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ALERTE ROUGE A GÜSTROW

Un film de Michael Krull

 

00.14 Lui, Voice-over:

Et puis, quelqu’un a sonné ici, en haut, c’était une dame d’un certain âge, elle a dit qu’elle venait de la mairie et qu’elle devait nous parler de la visite qui allait bientôt avoir lieu.

00:28 Voice-over:

Et ils nous ont bien dit de ne pas ouvrir les fenêtres au moment de la visite, bien sûr, pour éviter des manifestations de sympathie.

00:37 Voice-over:

En tant qu’habitants de cet immeuble, nous n’avions même pas le droit d’aller dans la rue.

00:42 Voice-over:

C’est-à-dire qu’il fallait partir avant 9 heures et ne rentrer qu’après 18 heures. Pendant tout ce temps, ici, nous ne pouvions ni entrer ni sortir de chez nous.

00:52 Voice-over:

On a pu nous reconnaître à la télévision, ma famille nous a d’ailleurs reconnus, nous étions à la fenêtre.

01:02 Commentaire:

Par " télévision ", il faut comprendre la télévision de l’ "ouest ", et cela se passait à Güstrow en 1981, le troisième dimanche de l’avent.

Commentaire:

48 heures plus tôt - vendredi après-midi- le 11 décembre.

Le chancelier fédéral Helmut Schmidt atterrit en RDA pour une réunion de travail avec Erich Honecker.

Plus d’un millier de journalistes sont accrédités, la télévision de RDA retransmet les images en direct en insistant bien sur la transparence de l’information.

Les acclamations d’usage en pareilles circonstances ne sont pas prévues. Ni pour l’aéroport, ni les deux jours suivants, pour la Schorfheide, où les deux hommes s’entretiendront. La population regarde la télévision.

01:42 Honecker, Voice-over:

Monsieur le Chancelier Fédéral, je vous souhaite la bienvenue en République Démocratique Allemande

01:49 Commentaire:

Ce n’est que le lendemain -le samedi 12- qu’Erich Honecker fait savoir à son peuple qu’un contact direct est prévu pour le dimanche.

Et c’est ainsi que la ville de Güstrow elle-même finit par apprendre ce que le reste du monde savait depuis 10 jours : la visite du chancelier fédéral dans ses murs.

02:04 Commentaire:

La raison pour laquelle le secret avait été gardé remonte à 11 ans: c’était à Erfurt, en 1970.

Lors de la première -et depuis lors unique- visite d’un chancelier fédéral en RDA, la direction de l'État et du Parti Socialiste Unifié, le SED, avaient, faute impardonnable, négligé le facteur d’insécurité le plus important : le peuple.

Et ainsi arriva ce qui devait arriver :

Le peuple se mit à acclamer l’autre.

Willy Brandt.

Seulement lui.

/Willy Brandt! / Willy Brandt! / Willy Brandt!/

02:30 Commentaire:

Décembre ‘81. Toutes les tentatives pour dissuader Helmut Schmidt de se rendre à Güstrow, la ville du dramaturge et sculpteur Barlach, ont échoué.

Chyron: "Il veut faire un show inter-allemand, là-bas",

se lamente Honecker auprès de son ministre de la Sécurité d'État. Et Erich Mielke reconnaît aussitôt :

Chyron: "Jamais encore le ministère de la Sécurité ne s’est trouvé devant une situation aussi explosive sur le plan politique.

Jamais encore une situation n’a nécessité une intervention aussi importante qu’ici et maintenant à Güstrow."

 

02:55 Commentaire :

Et il présente au bureau politique son plan d’intervention sous le nom amical de "Dialogue", qui garantit que rien de ce qui s’est passé à Erfurt ne sera toléré.

03:04 Honecker, Voice-over :

Monsieur le Chancelier Fédéral, je vous souhaite la bienvenue en République Démocratique Allemande.

Schmidt, Voice-ove r:

Très heureux.

03:10 Commentaire :

Vendredi après-midi, Neubrandenbourg.

Tandis qu’Erich Honecker accompagne son hôte loin des regards, dans la Schorfheide, un homme est arrêté, à cet endroit. Il voulait se rendre à Güstrow.

03:23 Voice-over :

Pour justifier mon arrestation, ils ont prétexté que j’étais soupçonné d’avoir provoqué un accident de la circulation, il y a quelque temps, dans le district de Rostock, et d’avoir pris la fuite.

A cause de cet ancien accident de voiture, on m’a interrogé pendant environ 6 à 8 heures.

03:43 Commentaire :

Accident et délit de fuite -une fable imaginée par la Sécurité pour pouvoir démonter en cachette la voiture. Ce qu’ils cherchaient, c’était une banderole de confection artisanale contre les fusées nucléaires en Allemagne avec laquelle Norbert Denz voulait manifester à Güstrow.

03:56 Voice-over :

Ils s’étaient sans doute attendu, en fouillant la voiture, à trouver le corps du délit. Erreur, car j’avais cette banderole avec moi, dans mon sac, sur moi. Et lorsqu’ils m’ont carrément dit en face qu’ils me soupçonnaient d’avoir fabriqué quelque chose de ce genre, alors bien sûr, j’ai sorti la banderole sans faire d’histoires et leur ai montrée.

 

 

04.14 Commentaire :

On lui avait confisqué une banderole en tissu (dimensions : 1 mètre sur 60 cm) qui portait l’inscription : Retrait de toutes les fusées nucléaires de l’Europe entière. Le mot " toutes " est souligné en rouge.

04:28 Voice-ove :

Oui, et alors après il y a eu l’interrogatoire à proprement parler, par la Sécurité, pendant 2-3 jours. Tout d'abord, lors des premières séances de l’interrogatoire, on m’avait attribué une pièce pour dormir ; devant cette pièce il y avait un garde qui quittait son poste à intervalles réguliers, irréguliers, et puis quelqu’un d’autre arrivait bruyamment dans le couloir, ouvrait toute grande la porte et disait tout fort : Ah ! il y a quelqu’un ici ! Et cela s’est produit plusieurs fois de suite. On faisait donc semblant d’ouvrir la porte par erreur et on constatait qu’il y avait quelqu’un, n’est-ce-pas ? Et ainsi, on n’arrivait pas à dormir.

Très vite, je n’étais plus capable de faire la distinction entre le matin, le soir et l’après-midi, et puis après, je ne savais même plus quel jour on était. Si bien qu’après coup, je suis incapable maintenant de me souvenir exactement combien de temps je suis resté là-bas. J’ai même refusé de manger. On m’a régulièrement apporté à manger et à boire, et j’ai refusé. Je leur ai dit mot pour mot, "je ne mange pas avec vous".

05:40 Commentaire :

A la Schorfheide, pendant ce temps, on en est arrivé aux conversations autour d’une table. Et comme il sera aussi question de devises pour la RDA, il y a quelqu’un, à la table, qu’on appellera plus tard le pourvoyeur de devises : Oberst Schalck-Golodkowski.

05:55 Commentaire :

Güstrow compte 37 169 habitants en décembre ‘81.

Ce chiffre est sûr puisqu’il provient du ministère de la Sécurité, Bureau de l’arrondissement de Güstrow.

Dix jours avant le début de l’opération "Dialogue" -ici, on ne sait assurément encore rien de l’événement à venir -, le bureau de l’arrondissement sort de ses fichiers 644 noms de personnes :

"... dont il faut s’attendre à ce qu’elles cherchent à troubler la visite par des actions hostiles et négatives."

Parmi elles :

Chyron: " 21 personnes qui ont déposé à plusieurs reprises et avec obstination des demandes d’émigration en RFA ou à Berlin-Ouest. "

Chyron: " 8 personnes qui ont été identifiées comme fréquentant la ‘Représentation Permanente de la RFA’ en RDA. "

Chyron: ?" 520 personnes qui pourraient se manifester par des démonstrations de sympathie pour des représentants d’états occidentaux. "

Ainsi que

Chyron: ?" 42 jeunes qui pourraient être utilisés pour commettre des actions de ce genre ."

07:08 Ces 644 personnes ont fait l'objet de mesures concrètes, spécifiques, et adaptées au profil de chacune.

Par exemple :

Commentaire :

Le dénommé Lietz, Heiko...

Rue Philipp Brandin...

doit être placé sous surveillance renforcée.

Il faudra boucler sa maison le 13 décembre.

Sa femme doit être retenue sur son lieu de travail, à l’hôpital. Prendre les mesures préparatoires pour que le téléphone tombe en panne...

07.36 ?Lietz est théologien de profession et habite exactement à l’endroit qui constitue " l’objet de la visite : la cathédrale "

07:44 Voice-over :

Ici, devant, il y avait environ 5-6 agents de la Stasi, et puis sur le chemin qui mène à la maison, on en voyait toujours 2 ou 3 qui faisaient des aller-retours, et puis dans la maison même, il y en avait encore quelques-uns, et puis derrière la maison, dans le jardin, il y en avait encore d’autres qui étaient en service, si bien qu’en tout, 10 à 15 personnes exerçaient un contrôle direct sur la maison .

08:17 Commentaire:

Mais ce n’est pas tout. Dans le cas plus qu'improbable où Lietz parviendrait à forcer le blocus et à s’échapper en cachette par cette rue..

08:27 ?la Stasi a installé, pour parer à cette éventualité, chez une famille qui habite en face,

08:36 ?la "base d’observation secrète appelée "Bijou 177" ... "

et dans le tribunal d’arrondissement, au coin de la rue, "le poste "Bijou 178""

08:43 ?11 autres agents de la Sécurité s’engagent par écrit à surveiller le dénommé Lietz au cas où celui-ci passerait devant eux

08:51 Les moyens techniques mis en oeuvre :

diverses caméras,

téléobjectifs,

grands angles,

jumelles,

matériel d’écoutes,

talkies-walkies,

et aussi malettes de talkies-walkies dissimulées et

sacs photos.

9.07 Voice-over :

En 1981, pour la visite d’Helmut Schmidt , la maison a été peinte sans notre accord, jusqu’à hauteur des fenêtres. Cela se voit encore très bien aujourd’hui, n’est-ce-pas ? Et puis nous avons demandé ce qu’ils faisaient. Eh bien, ont-ils dit, on sait ce qu'on a à faire. Plus tard, une fois ce remue-ménage passé, on a vu arriver la facture, mine de rien, hein ?

9:32 Commentaire :

La ville doit avoir un aspect digne de la réputation du socialisme, telle est l’exigence du parti.

9:44 ?Et tout ceci doit être fait d’ici dimanche, sans que cela n’entraîne de grandes dépenses, et évidemment dans le plus grand secret.

9:52 ?Comparé à cela, les camarades de la Stasi ont la tâche facile.

9:58?On lui avait signalé 644 personnes.

Sur 37 169 habitants ?!

Erich Mielke doute que dans ce chiffre on ait également pris en compte les sympathisants potentiels et il donne l’ordre :

Chyron: ?"Être en mesure de fournir des renseignements sur chaque immeuble et ses habitants.

Pour les personnes positives, une phrase suffit, pour les personnes négatives, une appréciation plus précise est nécessaire."

10:25 ?Commentaire :

Et à ce niveau-là, c’est le parti qui intervient à nouveau. Ses émissaires organisent ce qu'ils appellent des entretiens avec les ménages, tout le long du parcours protocolaire prévu -au total 1500.

10:40?Elle, Voice-over :

Quel genre de personnes habitent l’immeuble, si elles sont sûres, s’il y a des problèmes. Eh bien, on a répondu entre autres parce-qu’à l’époque, il y avait un chômeur ici, ou comment dire...

10:57 ?Lui, Voice-over :

Ce n’était pas un chômeur, c’était un...

11:00 Elle, Voice-over :

Un marginal. Voilà, et nous l’avons signalé parce-qu’il n’avait pas la même façon de vivre que nous.

11:07 ?Lui, Voice-over :

Et tous les allers et venues de gens que nous ne connaissions pas, de gens qui ne nous disaient rien. Voilà, elle a tout noté.

 

11:14 ?Elle, Voice-over :

Ca aurait pu se passer autrement. Si on n’avait rien dit, on aurait peut-être eu des problèmes par la suite, on ne sait jamais. "Vous auriez dû le signaler, ou quelque chose comme ça". Et pour éviter tout cela, nous l’avons fait, nous l’avons signalé.

11:33 Commentaire :

Télégramme codé / Direction d’arrondissement du parti de Güstrow / Objet : dans les ménages / Première synthèse au niveau de la direction du district / Souligné en bleu : aspects négatifs dans l'opinion populaire - en rouge, aspects positifs.

11:50 Elle, Voice-over :

Après, elle a fait le nécessaire, n'est-ce pas ? Ca ne nous concernait plus, voyez ?

11:55 Question, Voice-over :

Que s’est-il passé le dimanche ?

11:57 ?Elle, Voice-over :

Le locataire du dessous était surveillé tout le temps qu’a duré cette histoire.

12:06 Et comment cela s’est-il passé ?

12:08 ?Elle, Voice-over :

Quelqu’un lui a tenu compagnie. Quant à savoir ce qui s’est passé précisément dans l’immeuble..., je n’en sais rien. Mais en tout cas, il y avait quelqu’un, et il y est resté pendant tout ce temps, jusqu'à la fin de la visite.

12:21 Lui, Voice-over :

Ecoutez, la personne qui est restée tout le temps dans l'appartement a fait en sorte que l'autre ne puisse même pas se rapprocher de la fenêtre.

12:29 Elle, Voice-over :

Non, croyez-moi, aucune fenêtre n’était ouverte.

12.31 Lui, Voice-over :

Ah non ! C’était rudement calme en bas ce jour-là. On n’entendait même pas un robinet couler pour ainsi dire, n’est-ce-pas ?

12:39 Commentaire :

Affirmer aujourd’hui que les partis considérés comme proches du Parti Socialiste Unifié, le SED, n’aient pas participé à la recherche des sympathisants, serait inexact au vu de l'histoire.

12:50 ?Commentaire :

Il est également exact que des gens comme Dieter Mense ne surent jamais quelle dénonciation avait amené la Stasi à s’intéresser de près à eux.

13:02 Voice-ove r:

C’est là que j’ai été introduit, dans cette pièce. Celui qui menait l’interrogatoire était assis là-bas, il a commencé à me poser des questions. Il a d'abord balancé un classeur sur la table. Je devais dire ce que j’avais l’intention de faire ce jour-là.

J’ai demandé : "Dites-moi, s’il vous plaît, de quel droit me faites-vous venir ici ?" Alors, il s’est penché comme cela, au-dessus de moi, et s’approchant tout près, il a crié d’un ton brusque, en bon allemand : "Et nous avons encore bien d’autres droits ! Et nous pouvons faire de vous encore bien autre chose !"

J’ai dit que, ce jour-là, j'avais l'intention de manger, de dormir et de regarder la télévision. Apparemment il ne voulait pas me croire. J’étais obligé de répéter toujours la même chose, et il disait : "Vous voulez manger, dormir ? Eh bien, Monsieur Mense, maintenant, dites-nous ce que vous avez vraiment l’intention de faire ce jour-là ?!"

Je lui ai encore une fois raconté la même chose, et puis 3, 4 fois, c’en était trop ; et alors, je n’ai plus rien dit, je ne lui ai plus répondu.

Alors, il s’est dirigé vers la porte, l'a ouverte, a juste fait un signe du doigt, et deux hommes sont entrés, ils ont fait des allers et venues dans la pièce, je ne savais pas vraiment ce qu’ils voulaient, ils tournaient autour de moi, puis ils m’ont empoigné et m’ont collé au mur, ici. Je devais rester debout, je gardais les pieds serrés. L’un d’entre eux m’a dit : "Ecartez les pieds !" et m’a donné un coup ici, au pied gauche, et je suis resté dans cette position.

Je sentais les larmes venir, mais je ne les ai pas non plus montrées. C’était seulement des larmes de rage contre moi-même, parce-que j’avais du mal à garder une contenance dans cette position. Mais il s’agissait bien de cette fameuse terreur psychologique qu’on voulait exercer sur moi.

14:39 ?La mère, Voice-over :

J’étais toute seule. Je ne savais pas ce que je devais faire tellement j’avais peur. J’étais tellement désespérée. Et puis nous avons appelé plusieurs fois la police criminelle. Trois fois, je l’ai appelée dans l’après-midi. Ils ont toujours dit qu’ils n’étaient pas au courant. Chaque fois, c’était quelqu’un d’autre au bout du fil. "Désolé, Madame Mense, nous ne sommes pas au courant. Votre fils va bientôt revenir s’il n’a rien à se reprocher." J’ai répliqué : "Mon fils n’a rien à se reprocher !"

15:07 ?Commentaire :

Pour ce troisième dimanche de l’avent , la Stasi réquisitionne 4 écoles de Güstrow.

15:16 /Musique/

15:22 Commentaire :

Les journalistes occidentaux jouissent, par contre, d’une liberté de circulation inimaginable. Ils ont le droit de se déplacer dans la ville plusieurs jours avant l’événement et de parler librement avec tout le monde. C’est la transparence de l’information.

15:33 ?Voice-over :

3- 4 jours avant la visite de Schmidt, nous avons eu de la visite également à la pharmacie ; je travaillais à cette époque sur la place du marché ; nous avons reçu des consignes sur la façon dont nous devions nous comporter lors de la visite de Schmidt, si des journalistes nous interrogeaient à ce sujet. Nous devions dire des choses positives... On nous parlait de la reconnaissance de la citoyenneté de la RDA ; et puis, nous devions mettre en valeur les mesures sociales et politiques et des choses de ce genre. Oui, pour l’instant, je n’arrive malheureusement pas à me souvenir d’autre chose.

16:09 Et qui faisait le tour des pharmacies ?

16:11 C’était une femme du syndicat unitaire, le FDGB, elle était à l’époque présidente du comité directeur de l’arrondissement à la Santé, c’est ainsi que cela s’appelait. C’était une certaine Madame Schroeder.

16:21 ?Voice-over :

Ce n’est pas vrai, c’est absolument faux. Il se peut que des consignes sur la façon de se comporter aient été données par ailleurs, mais en l'occurence il ne s'agissait pas de ma personne. Certainement pas. Aussi vrai que je suis ici devant vous. Nous n’avons jamais rien dit de semblable.

16:36 Voice-over :

Hum, elle a dû refouler tout cela. Elle ne veut sans doute plus rien savoir de tout cela.

16:42 Voice-over :

Environ une semaine avant la rencontre d’Helmut Schmidt avec Honecker, ici, à Güstrow, je traversais la place du marché et j’ai rencontré quelques étudiants de l'Ecole Normale. Ils avaient terriblement froid. Alors, je leur ai dit : "Dites-moi, que faites-vous tout ce temps sur ce marché de Noël où il ne se passe rien ?" Ils m’ont expliqué qu’ils devaient servir d'appâts, en quelque sorte. Répartis en petits groupes, ils avaient des réponses toutes faites au cas où, précisément, des journalistes occidentaux s’adresseraient à eux, leur adresseraient la parole ; alors, ils devaient répondre à certaines questions.

17:13 Commentaire :

La direction d’arrondissement du parti à la direction du district :

"Réaction politique intelligente d’une étudiante de l'Ecole Normale : ‘Ce que j’attends, c’est la reconnaissance de la citoyenneté de la RDA’. "

Signé Schubert, premier secrétaire en fonction.

17:28 Schubert aujourd’hui :

Voice-over :

Non, il y avait parmi eux un bon nombre d’étudiants dont le rôle consistait aussi à servir d’interlocuteurs aux journalistes occidentaux. Mais sans mission particulière.

- Pardon ?

- Sans mission particulière.

17:41 Voice-over :

Donc, ils devaient, et c’était le point le plus important, demander la reconnaissance de la citoyenneté de la RDA, c’était la priorité. Mais ils l’avaient aussi préparé ensemble à l’avance, vous voyez ?

17:52 Commentaire :

Certains citoyens rapportent à la Stasi qu’ils ont été contactés au téléphone par des journalistes occidentaux - ce sont de bons citoyens-.

Les citoyens qui ne "rapportent pas", entrent dans la catégorie des "personnes disposant de contacts", comme le docteur Thunicke.

18:05 ?Voice-over :

Il s’agit d’un couple qui fait partie de nos amis ; tous deux étaient journalistes à la télévision de Hambourg. Ils nous avaient annoncé par téléphone, environ une semaine avant la visite de Schmidt, qu'ils feraient partie des nombreux des journalistes qui allaient accompagner Helmut Schmidt. C’est ma femme qui a reçu ce coup de téléphone de Hambourg, et visiblement, cette conversation a été écoutée. Et puis juste après j’ai reçu mon rappel de réserviste. Je devais être présent à l’hôpital militaire de Neustadt-Glewe du 11 au 14 décembre.

Je pouvais me déplacer librement à l’intérieur de l'hôpital, mais je ne devais pas franchir l'enceinte de l’établissement situé dans une zone militaire. Et c’est ainsi que j’ai passé ces journées là-bas et que j’ai pu suivre à la télévision, dans ma chambre, la visite d’Helmut Schmidt à Güstrow.

19.04 ?Commentaire :

Plus la date de la visite approche, plus l’activité des "collaborateurs non officiels" de la Stasi, les IM, devient fébrile.

C’est ainsi qu’un certain IM répondant au nom de code "Günther" s’empresse de signaler trois personnes suspectées de "vouloir faire signe lorsqu’elles s’approcheront de Schmidt".

Des dispositions sont prises.

Mario, élève de seconde au lycée Thälmann, se vante qu’il va aller dimanche sur la place du marché et qu’il criera : "Schmid, emmène-moi."

Des dispositions sont prises.

L’usine d’hydrogénation de Parchim. Un millier d’ouvriers doivent s’engager par écrit à ne pas s'approcher de Güstrow. Mesure éventée et annulée.

Le 13 décembre, il faudra placer sous contrôle Madame Elisabeth Gerschewski, originaire de Daschow, dont la fille est soignée pour une tumeur au cerveau à la clinique neurologique du district de Schwerin.

19:52 Voice-over :

Voilà ce que j’ai fait. Je suis allée à Schwerin pour voir ma fille ; puis j’ai demandé au médecin du service "s’il était possible" de faire soigner ma fille à Essen, en RFA. Parce-que là-bas, il existait un traitement des tumeurs sans rayons, par injection d’un liquide.

Maintenant que la guerre froide est pour ainsi dire terminée, qu’Helmut Schmidt vient en RDA et même à Güstrow, cela devrait être possible de faire soigner ma fille à Essen parce que j’ai de la famille là-bas.

Et puis quelques jours avant la visite d’Helmut Schmidt à Güstrow, madame le maire est passé chez moi pour me dire qu’elle avait reçu la visite du conseil d’arrondissement, deux collègues du service de l'Intérieur, et qu’elles avaient entendu dire que j’avais l’intention de m’adresser à Helmut Schmidt et de lui remettre une pétition. Je ne devais pas m’amuser à ce genre de choses car mon mari risquait de perdre son poste de contremaître.

21:03 On n’aurait peut-être pas pu aider ma fille non plus à l’ouest, mais je voulais tout tenter. Peut-être qu’elle vivrait encore, peut-être. Elle aurait aujourd’hui 27 ans. Son anniversaire est le 1er août. Je ne voulais rien faire de mal, je voulais seulement que ma fille vive.

21:50 ?Commentaire :

Dimanche 13 décembre 1981.

Jour de la visite

Depuis les toutes premières heures du jour, les commandos d’intervention de la police et de la Stasi sont sur le pied de guerre.

22:01 1 200 hommes en provenance des districts de Gera, Leipzig, et de Karl-Marx-Stadt viennent renforcer le dispositif de sécurité.

22:09 ?Au début, on les dirige vers les commissariats de police des arrondissements proches de Bützow, Sternberg, Parchim, Lübz -les autres sont stationnés dans quatre écoles sélectionnées de Güstrow.

22:18 ?En République Populaire de Pologne, ont éclaté dans la nuit de samedi à dimanche des événements semblables à ceux qui, l’année précédente, avaient amené le chancelier fédéral Schmidt à annuler une première visite en RDA : se servant des paroles de l’hymne national polonais "La Pologne n’est pas perdue tant que nous vivons", le chef du parti et du gouvernement Jaruzelski proclame l’état de guerre.

22:38 ?/Jaruzelski, Voice-over/

22:45 ?Commentaire :

La police et l’armée marchent contre le syndicat "Solidarnösc" -avant que les pays socialistes frères ne le fassent.

22:52 Commentaire :

C’est pourquoi, à la Schorfheide, on se réveille un peu plus tôt que prévu.

Erich Honecker assure à son hôte qu’il a été lui-même surpris par les mesures prises par les camarades polonais -du moins à ce moment-là.

Le projet de se rendre ensemble à Güstrow est maintenu.

23:13 Commentaire :

A Güstrow, ce n’est pas l’état de guerre. Toute ressemblance avec les images de la télévision polonaise serait pure coïndence.

Dimanche matin, depuis 6 heures, tous les accès à Güstrow sont barrés.

23:27 Voice-over :

J’emmenais mes enfants de 4 et 6 ans, avec les skis. On partait d’ici pour aller skier. Nous remontions ce chemin quand deux hommes armés de pistolets sont venus à notre rencontre et nous ont fait savoir clairement que ce jour-là on ne pouvait pas faire de ski ici. Je n’ai pas cherché à discuter longtemps, ces messieurs disposaient des arguments les plus forts.

24:00 Commentaire :

Dimanche matin, 8 heures. Güstrow est bouclé par l'armée.

24:10 ?Commentaire :

11 heures. La direction d’arrondissement du parti de Güstrow à la direction du district, au comité central.

"Dans toute la ville règne une atmosphère d’attente bienveillante."

24:52 ?Commentaire :

12 heures 30. La direction de l’arrondissement à la direction du district et au comité central.

"Dans toute la ville règne une atmosphère de fête."

Ceux qui participeront aux manifestations dans les voies d’accès sont en train de se rassembler. Une grande discipline et une attente joyeuse caractérisent l’atmosphère."

25:07 ?Voice-over :

Vers 11 heures 30, on devait se rassembler dans une salle de sports. Notre groupe comportait environ une centaine de jeunes, et on a reçu encore une fois des instructions. Comme il restait encore un peu de temps, on nous a donné à manger parce qu'il était midi ; puis nous avons été conduits par des rues adjacentes vers la gare, selon un itinéraire qui avait été fixé par avance.

Quand Erich Honecker arriverait avec son hôte, comme on disait à cette époque, nous devions applaudir.

25:30 ?Commentaire :

Mais dans le rapport de la direction de l’arrondissement, rédigé le soir-même, on peut lire qu’il n’y a pas eu d’applaudissements que le chancelier fédéral aurait pu interpréter comme lui étant destinés.

25:39 ?A nouveau, le départ de la Schorfheide. On verra dans deux heures, si cette fois, c’est le bon chef d’Etat qui sera acclamé. Ce geste de la main qui invite le chancelier fédéral à prendre place à droite dans la voiture est plus qu’un signe de politesse protocolaire. Ici à Güstrow, ce geste fait bouger les masses.

25:56 ?Voice-over :

Et bien, on se trouvait tous du côté gauche, et on était étonnés de ne voir personne de l'autre côté de la rue. Mais après coup, nous avons compris. Lorsqu’ils sont passés, nous avons bien vu qu’Honecker était assis à gauche dans la voiture.

26:09 ?/Acclamations/

26:20 ?Commentaire :

Etat-major de l’opération "Dialogue". Quelques orientations concernant le comportement des spectateurs :

Chyron "les applaudissements sont autorisés et même souhaités."

Chyron "les camarades, les femmes et les jeunes doivent être bien choisis."

Chyron "un public sur mesure"

26:37 Quant à la question de la présence du public sur le lieu commémoratif :

Chyron?"... Il faut le regrouper à des endroits stratégiques, ou bien comme des individus qui se promènent. Dans ce dernier cas le nombre peut être variable."

Attention !

Chyron: ?"Eviter toute attitude crispée !"

26:54 ?Le marché de Noël doit être bien décoré, type Mecklenbourg.

27:00 Il faut créer une atmosphère détendue en utilisant beaucoup de lumière (couleur), différents effets... (mouvement) et de la musique de Noël...("Douce nuit")

Chyron ?"...Dès que le secrétaire général apparaîtra avec son hôte./

Pas de mises en scène artificielle !/

Décider qui va crier et de quels endroits !"

/Acclamations/

27:28 ?Commentaire :

Et puis, cela est arrivé quand même. Pendant qu’ils traversaient le marché de Noël - Des spectateurs à leur fenêtre ouverte.

27:35 ?Voice-over :

Nous étions rentrés juste la veille au soir d’Oberwiesenthal, où nous avons fêté nos noces d’argent, si bien que personne ne pouvait nous joindre pour nous prévenir de ne pas ouvrir la fenêtre... Alors, quand le chancelier Schmidt et Erich Honecker sont passés devant chez nous, nous avons ouvert la fenêtre, et j’ai fait quelques photos avec cet appareil.

28:10?La photo est un peu sous-exposée parce que je n’ai pas osé utiliser le flash ; dans cette situation, on n’était pas très rassurés, n’est-ce-pas ?

28:24 ?Voice-over :

Nous sommes contents, nous, habitants de Güstrow, d’avoir vu Honecker ici !

/Acclamations/

28:31 ?Le chancelier ne vous intéressait pas spécialement ?

Non, pourquoi donc ?

Ne trouviez-vous pas que sa venue était une bonne chose ?

Bien sûr, oui, pourquoi pas, mais le chancelier ne m'intéresse pas outre mesure.

28:40 ?Qui vouliez-vous voir ? Les deux ou seulement un seul?

Eh bien Erich Honecker, évidemment, et puis son invité aussi, les deux.

28:46 ?Voice-over :

J’étais à l’époque présidente du parti chrétien démocrate, la CDU, au niveau de l’arrondissement, et... à la direction, on avait le droit de sélectionner quelques personnes pour aller sur le marché. Bien entendu, j’en ai fait partie.

29:04 ?Commentaire :

La direction d’arrondissement du parti à la direction du district :

Chyron: ?"Le choix des participants aux cérémonies protocolaires est terminé. / Une formation complémentaire de tous les participants a été assurée."

29:17 ?Voice-over :

Environ une semaine avant la visite, j’ai été invitée à une réunion dans un centre culturel. Nous étions peut-être une trentaine de personnes. C’est le deuxième secrétaire de la direction du district qui nous a parlé.

29:36 ?Question :

Si, là-bas, sur la place du marché, un journaliste de la télévision occidentale venait à vous parler. Qu’est-ce-qu’il en disait, le secrétaire du parti ?

29:42 ?Eh bien, il en disait aussi qu’il fallait bien répondre, mais toujours en faisant en sorte de citer d’abord toujours en premier, dans la mesure du possible, notre chef de l’époque, Erich Honecker, et seulement après le chancelier fédéral Helmut Schmidt, n’est-ce-pas ?

30:05 ?/Voice-over/

30:09 ?Voice-over :

Au moment des préparatifs pour l’organisation de cette visite, on nous avait dit qu’il n’était pas question de se rendre seul sur la place du marché ; j’habite en effet à quelques pas seulement du marché, cela aurait été simple pour moi, mais il était impossible d’y accéder.

30:22 ?Voice-over :

Même mon fils qui n’habitait pas très loin n’avait pas le droit de venir le midi parce qu’il n’habitait pas ici. A partir de 10 heures, plus personne ne pouvait passer.

30:33 ?Voice-over :

Nous avons traversé le marché, jusqu’à la poste, et là, il y avait une espèce de barrière, de grillage. On a pu sortir, personne ne nous a rien demandé ni quoi que ce soit. Et lorsque nous nous sommes retrouvés de l’autre côté des barrières, il a dit tout à coup, "mon Dieu, je n’ai pas mes papiers sur moi. Comment allons-nous rentrer ?". J’ai dit : "Je n’en sais rien non plus."

30:53 ?Voice-over :

On pouvait quitter le marché, mais pas y retourner. Excepté nous, les riverains, munis de papiers d’identité.

31:00 ?Voice-over :

Et alors, je lui ai dit, "Viens, nous allons passer par derrière ; par le chemin de la poste ou par la cour de mon fils. Mais tous les accès étaient bloqués. Alors nous nous sommes rendus dans la Rue Etroite, il y avait une sorte de câble en travers de la rue, on ne pouvait marcher que sur le trottoir. Et là, nous sommes tombés sur deux hommes : "Où allez-vous ?"

J’ai dit que nous voulions rentrer chez nous, que nous habitions sur la place du marché.

31:23 ?Et alors, il a dit, "C’est impossible maintenant, à cause de la visite de Schmidt". J’ai dit : "Mais, ils ne sont pas encore là, et il faut bien qu’on rentre chez nous. Ca ne va pas, je ne peux pas rester dans la rue par ce froid."

31:34 ?Puis il est revenu accompagné d’un jeune homme qui nous a reconduits chez nous.

31:42 ?Je pensais d’abord qu’il allait nous accompagner jusqu’à la porte seulement, mais non, il est venu jusqu’au pied de l’escalier.

31:49 ?Commentaire :

Pendant qu’on reconduit Madame Stiemer chez elle, on amène par des rues fantômatiquement vides, des gens triés sur le volet -les forces progressistes, comme on les appelle, sur les lieux de la visite officielle.

32:00 ?Voice-over :

Beaucoup de gens auraient bien aimé y aller aussi, c'est certain, mais ils ne pouvaient pas. C’était réservé à des personnes sélectionnées. On ne pouvait pas y aller comme on voulait.

32:10 ?Commentaire :

Etat-major de l’opération "Dialogue" :

Le marché de Noël sera fermé entre 13 et 14 heures. Pendant ce temps, en liaison avec la police populaire, il faudra veiller à ce que la place du marché soit évacuée.

En première ligne pour l’évacuation, les agents de la Stasi en civil.

32:28 ?Voice-ove r:

On pouvait très nettement voir comment le marché a été inondé par les forces de Sécurité, littéralement inondé, et comment les gens qui s’y trouvaient ont été refoulés.

32:39 ?Commentaire :

Dès 14 heures, les forces progressistes sont introduites sur la place.

32:47 ?Voice-over :

Nous avons fini par comprendre qu’on avait fait entrer par un côté des gens qu’on avait sans doute fait venir spécialement, et le marché de Noël était de nouveau bien rempli, comme il fallait. Il y avait franchement du monde.

33:02 ?Voice-over :

Nous avions au départ l’idée -mais qu’est-ce-que cela veut dire, nous ?- il y avait l'idée dans l'air de renouveler les occupants du marché de Noël l’après-midi. Je veux dire, avec des personnes choisies, comme vous l’avez formulé. Mais cela n’a pas été possible sur le terrain.

33:15 ?Donc, cela ne s’est pas fait ?

Cela ne s’est pas fait.

33:18 ?Voice-over :

Nous avons observé la façon dont le marché a été évacué et cela a alors renforcé notre sentiment d’avoir échappé à cette évacuation ; nous avions déjà passé plusieurs heures sur la place du marché, et il faisait très froid. Nous voulions nous réchauffer quelque part, et nous avons donc cherché un endroit pour cela, et de l’endroit où nous sommes maintenant, nous aurions même eu la possibilité de suivre ce qui se passait sur le marché. Et on se trouvait à l’abri du vent.

33:49 ?Je suis en service.

-Ah, vous êtes en service ? Vous appartenez donc à la Stasi ?.

33:53 ?Voice-over :

On s’était mis à l’abri, ici, un moment, et puis on s’est dit, "Bon, maintenant on pourrait s’avancer un peu, dans la foule pour voir ce qui se passe, devant", et alors un homme qui se trouvait là nous a dit :

"Vous ne passerez pas ! Vous devez rester ici !"

Et alors, nous avons été emmenés en arrière, dans le magasin.

34:09 ?/ Chers téléspectateurs, vous pouvez voir quel intérêt, quelle affluence suscite cette visite. De nombreux habitants de cette ville, qui travaillent durement en semaine, accompagnés de leurs femmes et enfants, s’empressent d’aller vivre cette journée, d’aller assister à cette rencontre, pour exprimer leur satisfaction, leur approbation quant au résultat de cette rencontre au sommet./

34:35 ?Voice-over :

Après avoir été emmenés par ce magasin et par l’entrepôt qui se trouve derrière, nous avons atterri dans cette rue et nous avons su que l’événement, la visite de Schmidt, avait bien lieu là-bas, sur la place du marché...

34:47 ?...et c’est ainsi qu’a pris fin l’événement, pour nous : nous nous sommes retrouvés à la maison devant la télévision...

... et avons suivi la visite de Schmidt de cette façon-là.

34:56 ?/Nombreuses acclamations/

35:01?Commentaire :

Et il y avait là un homme, dira-t-on le soir-même dans un commentaire d’une télévision de l’ouest, il y avait un homme sur le marché de Noël de Güstrow qui faisait preuve de courage.

35:13 ?Voice-over :

Nous sommes aussi pour que les contacts soient intensifiés. En tant qu’Allemand de la RDA, je voudrais voyager dans toute l’Allemagne. Je voudrais pouvoir le dire ici devant tout le monde.

35:22?Timmermann, à voix basse - Voice-over (la voix baisse) :

Mais ça, on peut le faire, on peut le faire.

Hans Camin, Voice-over :

Car je ne comprends pas pourquoi je ne peux voyager qu’en RDA et dans les pays de l’est. J’ai de la famille à l’ouest, mais je n’ai pas le droit d’y aller.

35:30 ?Commentaire :

L’homme n’est pas connu à Güstrow. Voici ce qu’ont donné nos recherches pour ce documentaire : membre du conseil de sa paroisse, et chauffeur de tracteur dans une coopérative agricole, il a hérité, neuf ans après les événements de Güstrow, de la ferme de ses parents. Puis il est mort. Il s’appelait Hans Camin.

35:44 ?Voice-over :

Lorsque mon père a appris qu’Helmut Schmidt se rendait à Güstrow, il a décidé d'aller là-bas pour dire publiquement devant des journalistes occidentaux ce qu’il pensait.

Ma mère et moi étions quelque peu inquiètes, on se demandait comment cela allait se passer, mais il est allé jusqu’au bout de son projet et il est parti le dimanche matin à Güstrow.

36:09 ?Commentaire :

Il s’était renseigné, la ville serait fermée à partir de 6 heures. Mais le bus de 5 heures 25 arriverait avant.

 

36:21

?Vers 10 heures, des témoins l’ont vu dans la cathédrale chauffée où, lorsque les pompiers ont revêtu leurs uniformes , l’office religieux du troisième dimanche de l’avent peut commencer normalement.

36:31 ?Comment il a réussi à s’introduire dans le centre ville, de là où il était, et comment il a pu échapper à l’évacuation du marché, à midi, cela reste un mystère. Toujours est-il que cela fait maintenant 10 heures qu’il se trouve dans la ville. Et lorsqu’il atteindra son but dans l’après-midi, qu’il pourra dire devant tout le monde qu’il aimerait se déplacer librement dans toute l’Allemagne, le camarade à sa droite, à côté de lui, dira : "Mais ça, on peut le faire."

36:53 ?Voice-over :

"Car en tant qu’Allemand, j’aimerais pouvoir circuler en RDA mais aussi dans toute l’Allemagne."

36:59?Voice-over :

Mais çà, on peut le faire.

37:04 ?Commentaire :

20 heures plus tôt, quelqu’un a tenté de le faire. Un jeune homme, près de Grossenburschla, en Thuringe.

On n’a pas tiré sur lui. Mielke avait suspendu l’ordre de tirer pendant toute la duré de l’opération "Dialogue".

37:16 ?/Coup de feu/

Mais le dispositif de tir automatique SM 70 n’obéit à aucun ordre. A Salzgitter, à l'ouest, on enregistre un incident frontalier entre les deux Allemagnes, un de plus : un blessé grave, il voulait se rendre de Thuringe en Hesse.

37:32 ?Voice-over :

Mais çà, on peut le faire, on peut le faire, on peut le faire.

-la voix de Camin qui diminue-

 

 

37:34 ?Commentaire :

Bien sûr qu'il sait lui aussi, que c’est impossible. Mais les camarades sont décontenancés par ce Hans Camin qui continue à parler dans sa caméra de l’ouest.

Et pourtant l’état-major de l’opération a donné des directives claires !

Former des petits groupes en cas de confrontation directe avec des envoyés spéciaux !

Mener le dialogue de manière offensive !

Ne donner aux forces négatives aucune possibilité de s’exprimer !

Aucune possibilité, camarades, cela veut bien dire: aucune !

(S’il vous plaît, camarades !)

37:59 ?/Ceux qui l’entourent réagissent, se mettent à parler tous en même temps/

38:11 ?Dernière phrase Voice-over :

Ta citoyenneté n'est pas reconnue à l’ouest !

Personne ne te respectera en tant que citoyen de la RDA !

38:16?enchaînement d’images

38:20 ?Est-ce que vous vous en souvenez ?

38:21 ?Voice-over :

Bien sûr, que je m’en souviens.

38:23 ?Vous avez parlé avec un homme âgé...

38:25 ?Vous ne m’avez même pas demandé si vous pouviez utiliser un micro, une caméra ?...

*38:37 [Avez-vous quelque chose contre un micro ou une caméra ?

Non, je n’ai rien contre, mais vous pourriez au moins me demander si je suis d’accord, et alors, après on peut commencer à parler. Pourquoi aurais-je quelque chose contre ?]

*ajouté par le traducteur - n’apparaissait pas dans le script original.

Etiez-vous membre de la direction du parti du district, à l’époque ?

Oui, c'est exact.

38:50 ?Puis-je vous demander ce que vous faites aujourd’hui, ici, à l’ouest ?

38:54 ?Je suis aujourd’hui représentant de commerce de plusieurs entreprises, qui s’implantent aussi bien à l’ouest qu’ici à l’est. J’estime que jouer les martyres ne sert absolument à rien.

Ici à l’ouest, on peut se réaliser beaucoup mieux qu’on n’aurait jamais pu le faire en RDA. A condition de s’engager dans le travail et de le faire avec intelligence.

39:22 ?/Acclamations en direction du Secrétaire Général/

/Musique d’orgue/

39:24 ?L’évêque Radtke, Voice-over :

Monsieur le Chancelier Fédéral, je...

39:29 ?Voice-over :

Monsieur le Chancelier Fédéral, je vous souhaite...

39:32 ?Commentaire :

Un véritable événement, la visite de la cathédrale. Pas d’acclamations, mais de la musique d’orgue.

Helmut Schmidt mène un dialogue muet avec l’oeuvre d’Ernst Barlach, et se tient ostensiblement à l’écart, pendant que l’évêque du land Radtke essaie de s’approcher de son chef d’Etat.

39:52 ?Voice-over :

En tant qu’évêque du Land, je voyais là l’occasion unique de rencontrer, le chef d’Etat sans intermédiaires et je pense qu'il était de mon devoir de lui parler, à cette occasion, très clairement et si possible en face à face, de choses qui nous pèsent terriblement.

J’ai eu l’impression qu’il était un peu surpris, peut-être cela tenait-il à ma façon un peu brusque de l’aborder, parce que j’étais très préoccupé par ces problèmes.

 

 

40:19 ?Commentaire :

Honecker n’est pas du tout surpris. La veille, à 13 heures 30, on lui remettait le rapport d’un agent de la Stasi infiltré dans l’entourage de l’évêque :

Chyron ?"Radkte est extrêmement indigné et il veut essayer de parler en face à face au camarade Honecker."

40:38 ?Voice-over :

Dans cette situation, il était clair pour moi qu'on avait essayé par tous les moyens, y compris des agents, de savoir ce que l'Eglise avait l'intention de faire. Car s’il y a une chose que nous avons essayé d’obtenir par tous les moyens, c’est que la Stasi n’ait rien à faire dans notre église.

40:57 ?Commentaire :

Pourtant, elle a toujours été présente, comme le montre cette photo prise par la Stasi lors de l’accueil officiel. Cet homme de forte corpulence, à gauche sur la photo, président du conseil de la paroisse, se fera même rembourser sa contribution au denier du culte lors de son prochain rendez-vous avec son officier de liaison.

41:12 ?Honecker, Voice-over :

Monsieur Schmidt ! J’ai encore des bonbons !

41:26 ?Voice-over :

Alors que Honecker prenait congé de Monsieur Schmidt à la gare de Güstrow, j’ai vu arriver peu après dans ma chambre l’un des officiers de cet établissement militaire qui m’a dit : "Maintenant, tu peux rentrer chez toi."

41:41 ?Voice-over :

Vers 19 heures, on m’a rendu mes papiers et nous sommes venus à cet endroit, et c’est là qu’on m’a dit que je pouvais rentrer chez moi. Je leur ai demandé : "Comment cela, à pieds ? Vous m'aviez amené ici en voiture. J’espère quand même que vous allez me reconduire chez moi." Alors ils m’ont frappé, et on m’a poussé dans l'escalier : "Allez, fichez le camp !"

 

 

 

42:02 ?Commentaire :

Les "personnes éloignées" qu’on avait retenues dans des commissariats alentour ne rentrent que tard dans la nuit à Güstrow.

42:09 ?Voice-over :

Combien de temps êtes-vous resté ici ?

Environ trois jours. Après avoir examiné encore une fois tous les dossiers, cela doit bien faire trois jours. Mais à ce moment-là, j'avais l'impression que cela avait duré 4 ou 5 jours.

42:20 ?Voice-over :

Vous savez, cela fait déjà un certain temps, je ne peux plus me souvenir exactement.

Sur la dernière page on voit votre signature.

Oui c’est exact.

Après le départ du chancelier fédéral, environ 2 ou 3 heures plus tard.

Est-ce vous qui avez rédigé ce rapport ?

En effet.

42:34 ?Commentaire :

Les acclamations des citoyens de Güstrow dans les rues et en particulier sur le marché, les cris de joie

et les conversations ont reflété une grande considération, de l’amour et du respect pour le camarade Honecker.

Et celui qui ignore à quel point son système est malade, exprime ainsi sa reconnaissance :

Chyron: ?"... nous avons réussi à empêcher certains éléments de faire de Güstrow un nouvel Erfurt".

43:02 ?Fin de l’image

43:09?Générique

Adaptation   3i Traductions