Archives



Vivre en Algérie

 

00.10

La guerre venait de commencer quand j’ai quitté l’Algérie. Ce n'est pas si loin. Et pourtant, cela me semble une éternité. 00.17

 

00.25

Les élections se suivent sans rien apporter de nouveau. Les gens continuent à mourir comme avant. Les massacres et les attentats sont de plus en plus violents. 00.33

 

00.37

Que sont devenus mes amis ?

Depuis mon départ d’Algérie, les mauvaises nouvelles pleuvent. 00.43

 

00.45

J’ai longtemps hésité avant d’entreprendre ce voyage. Finalement, la nostalgie du pays l’a emportée sur ma peur. 00.53

 

00.58

La ville portuaire de Annaba, où je passais mes vacances, autrefois. 01.02

 

01.28

En 1992, le président Mohammed Boudiaf a été assassiné ici, à Annaba ; en public et devant les caméras de télévision. Personne n’imaginait que cela puisse se passer dans cette ville paisible. L’acte d’un fou, selon la version officielle. 01.44

 

 

 

01.54

Djanette est mariée et mère de deux enfants, Mohammed et Meriem. Elle travaille dans la fonction publique, son mari est ingénieur. Djanette a longtemps milité au sein du mouvement de libération de la femme. Elle s’est retirée entre-temps, déçue mais pas découragée. Maintenant, elle continue son combat à sa manière. 02.15

 

05.20

Annaba semble calme et tranquille. Cependant, la ville a changé de visage. Les hommes restent encore et toujours entre hommes. Les femmes, que je rencontre, portent plus souvent le voile, que je ne l’aurais imaginé. Nos femmes replongent-elles dans le Moyen Âge ? Ce tournage me prouve bientôt le contraire : la plupart des hommes refusent de s’exprimer devant la caméra, car ils ont peur. Les femmes — même si elles portent le voile — sont plus courageuses. 05.51

 

11.42

Ce chanteur, Hasni, a été tué récemment par des intégristes. 11.46

 

12.49

La route menant de Bejaja à Jijel. Combien de voyageurs les terroristes ont-ils surpris et combien ont dû y laisser leur vie ? 12.58

 

12.59

Aujourd’hui, pour la première fois depuis 5 ans, je me risque sur cette route en taxi. Mon émotion est grande. La vie reprend peu à peu son cours. Les voitures circulent. Les écoles et les administrations sont de nouveau ouvertes. Progressivement, la population retrouve la confiance. 13.19

 

13.29

Les belles plages, la belle promenade, la végétation luxuriante réjouissaient jadis les estivants. Il ne reste plus que des souvenirs maintenant. Depuis le début des années 80, les milices islamistes font ici leurs exercices militaires. Le précédent gouvernement les a laissé faire. 13.52

13.58

Depuis, les hôtels et les centres de vacances ont fermé. La nuit, seuls les habitants s’aventurent dans cette rue. 14.06

 

15.16

Jijel — une ville avec de nouvelles forces vives. 15.19/15.24 La vie nocturne a repris. 15.26

16.16

J’approche de Belghimouze, un village typique de l’Algérie socialiste. Dans les années 70, j’y ai moi aussi laissé mes marques. J’étais membre d’une brigade d’étudiants bénévoles et nous cherchions alors à convaincre les fermiers de l’utilité d’une coopérative. Nous avions pour slogan : " La terre appartient à ceux qui la travaillent ".16.38

19.14

" La révolution par le peuple et pour le peuple ". Le monument portant cette devise de l’Algérie socialiste est toujours au centre du village. 19.22

20.35

Nous avons peur, mais cela, la caméra ne peut pas le montrer. Pendant cette prise de vue, des civils armés se sont rassemblés derrière nous, sur la place. Nous quittons Belghimouze au plus vite. 20.47/20.54 Nous prenons congé de Hammama au bord d’un champ. C’était la plantation de son ancienne coopérative féminine. Maintenant, on lui interdit d’y pénétrer. Aujourd'hui, c’est une propriété privée. 21.08

 

 

 

22.01

Je roule vers le sud. J’évite le trajet par la rue Laghouat. Cette rue est tristement célèbre pour ses massacres de civils par des groupes islamistes. 22.13

 

22.47

Ici commence l’Algérie lucrative : l’Algérie du pétrole et du gaz naturel. 22.53

 

23.16

" Dieu est le plus grand ! " Ce proverbe sur la sonde n’est pas là par hasard. Il est censé apaiser d’éventuels terroristes. 23.25

 

23.35

Dans cette vallée désertique, Bakir, un fermier qui vient de s’installer, tente de rendre la terre fertile.23.40

 

25.19

Des centaines d’Algériens comme Bakir ont décidé de se lancer dans l’aventure en mettant en culture les terres du sud.25.25

 

25.48

A 8 kilomètres de la vallée désertique de Bakir, cachée derrière les collines, Ghardaia, la ville berbère, capitale du Mzab./ Ici, je souhaite revoir Linda, Attika et le marchand de tapis, Mafoud./ Linda et Attika ont quitté leur ville natale au nord de l’Algérie pour chercher du travail./ Ici, elles ont trouvé un stage dans un studio photo. 26.23

 

34.58

Ghardaia et le grand sud algérien ont su garder leur beauté et leur attrait. Je resterais volontiers plus longtemps ici, même en ces temps troublés. Curieusement, je n’éprouve pas le besoin de revoir ma ville natale, Constantine, dans le nord du pays. Ici, on peut facilement oublier... 35.22

 

36.10

Malgré de graves blessures, Tahar, un syndicaliste, a survécu à deux attaques des islamistes. Après mûre réflexion, il a décidé de porter une arme et de quitter sa ville natale. 36.19

 

 

39.22

Je me suis enfin décidé à me rendre à Constantine, ma ville natale, au nord du pays. Je suis inquiet de savoir ce que sont devenus mes amis. Ont-ils pris les armes pour se défendre comme Tahar ? Se sont-ils résignés ? Ou encore ont-ils rejoint ceux qui font maintenant la chasse aux terroristes ? 39.42

 

39.52

Derrière ce paysage exceptionnel se cache une ville pauvre et repoussante — la violence des quartiers périphériques, où des extrémistes de toutes sortes accomplissent leurs méfaits, semble s’infiltrer dans cette vieille ville située sur les hauteurs. 40.06

 

40.13

Constantine, berceau de ma jeunesse et de mes illusions. 40.18

 

40.24

Jusqu’au début des années 90, Nora animait la vie culturelle de Constantine. Tous les domaines la passionnaient le théâtre, le cinéma et la littérature. Aujourd’hui, elle sombre dans la dépression. 40.40

 

 

 

41.55

Malgré leur côté pittoresque, les innombrables ponts et ravins de la ville étranglent le peuple tel un garrot.

La mort rôde... Une mort lente, la mort par balles ou le suicide. Un jeune homme s’est d’ailleurs récemment suicidé en se jetant du haut de ce pont. Il s'agissait, paraît-il, d'un étudiant de 24 ans... 42.16

 

42.27

J’ai longtemps travaillé à la cinémathèque de Constantine. Quand les terroristes ont assassiné mes premiers amis, j’ai dû changer mes habitudes du jour au lendemain. Je me suis méfié de tout le monde. Les terroristes étaient partout, ils étaient parmi nous. Je ne pouvais plus continuer à vivre ainsi. 42.48

 

42.54

Voici Hassen, le comédien, le metteur en scène. Nous étions très proches, et nous partagions nos illusions. Il est resté ici. Il n’a pas cédé. Il symbolise encore l’espoir. 43.08

 

43.11

Tous les deux ans, il met en scène une nouvelle pièce. C’est sa manière de lutter pour l’Algérie et pour la vie. 43.17

43.20

Au lieu de répondre à une interview, il nous joue un extrait de sa pièce intitulée "le dernier chant ".43.26

45.44

Il n’y a plus de représentations le soir. Plus de vie nocturne. Pour la plupart des gens, la rue est devenue le dernier lieu où l’on s’amuse.

Des jeunes, sortant de l’école, s’adossent aux murs. Eux-mêmes d'ailleurs se surnomment " les dos au mur ". 46.01

46.32

Autrefois, j’empruntais chaque jour ce chemin pour me rendre au travail. Je connais chaque recoin, chaque boutique, chaque rue, chaque voisin. La peur omniprésente des attaques terroristes semble avoir disparu. Pourtant, très peu de gens sont prêts à donner leur opinion. Ils sont devenus plus égoïstes, plus agressifs, plus renfermés et plus méfiants. 47.06

 

47.20

Yasmina, la seule amie de Nora, travaille dans cette école. Yasmina est maître auxiliaire. Elle enseigne l’arabe. 47.27

 

50.51

La pétanque est une des activités favorites des hommes. Ou bien ils se rendent à la Mosquée. Aujourd’hui, c’est devenu dangereux de s’intéresser à la politique. 51.00

 

51.02

J’ai pris rendez-vous avec Yasmina et Nora au café du Panorama. Elles ont une discussion animée avec des étudiants sur le système éducatif. Contrairement à mon époque, les étudiants d’aujourd’hui sont apolitiques. Seul leur avenir professionnel les préoccupe. Tout leur semble si incertain. 51.30

55.11

Pendant ce périple à travers mon pays natal, j’ai essayé d’effacer ma peur. 55.16/55.23 Et parfois, cela a marché.

 

55.29

L’Algérie enterre ses morts à la hâte et en silence. 55.31

55.34 Elle tente de survivre, comme un homme blessé, qui tombe et se relève pour continuer à avancer. 55.41

 

Adaptation: 3i Traductions

Adaptation   3i Traductions