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LA MAISON RUSSE

I.
0 03 Commentaire
Réception du Nouvel An du président allemand

0 10 Commentaire
Serguieï Krilov. Après soixante années dâabsence, un ambassadeur de Russie revient dans Berlin réunifiée. Avec lui, lâAmbassade de Russie a retrouvé la place quâelle avait occupée pendant plus dâun siècle et demi. Berlin, Unter den Linden 0 26

Titre  La maison russe
Lâambassade russe à Berlin
Un film de
Andreas Christoph Schmidt
Artem Demenok

1 04 Commentaire
Lâambassade russe, située dans lâavenue Unter den Linden, est un bâtiment dâaprès-guerre. Splendeur impériale dans le style stalinien. Pas très avenant. Même pour lâambassadeur. 1 10

1 13 Sergueï Krilov
Lâédifice est de style stalinien. Bien que Staline, il me semble, nây soit pour rien. Une simple affaire dâépoque.
1 31 Jâen avais beaucoup entendu parler. Mais quand jây suis entré, sa grandeur et sa majesté mâont impressionné. 1 36 Au début, je ne me sentais pas bien dans ce lieu, avec ses grands espaces, ses très hauts plafonds. 1 45 Câétait il y a deux ans, ce nâétait pas encore lâambassade, [mais uniquement une annexe de lâambassade de Bonn    ]. Le bâtiment était pratiquement vide. 1 51 Dâailleurs, depuis que nous y travaillons, depuis le déménagement, je le vois autrement, cet édifice. Il mâest plus proche, plus familier. 2 07 Par exemple, ce bureau dans lequel nous sommes assis, je le trouve très agréable. 2 13 Cela tient peut-être à toutes ces boiseries. 2 15

2 21 Commentaire
Lâhistoire de lâambassade de Russie à Berlin débute avec cet homme  Nicolas Ier. Le tsar est entré dans lâhistoire sous le sobriquet peu glorieux de
de lâEurope  . Berlin en a fait un citoyen dâhonneur, entre autres parce quâen 1837, il avait acheté le palais de Courlande, au 7, Unter den Linden, pour le faire réaménager en ambassade dâAllemagne. 2 45

2 54 Commentaire
Propriétaire immobilier, Nicolas devenait automatiquement citoyen de Berlin. Et lorsquâun tsar devient citoyen, il est nommé citoyen dâhonneur. Câest dâailleurs lâunique monarque inscrit dans le registre des citoyens dâhonneur berlinois. 3 03

3 06 Commentaire
Un morceau de Russie à Berlin
câest ainsi que le tsar voyait son ambassade. Il a fait transporter de la terre noire russe sur 146 charrettes. Il est possible que la neutralité de la Prusse pendant la guerre de Crimée tous les autres étaient contre Nicolas ait eu un rapport avec sa présence près de la porte de Brandebourg.
3 32
Lâambassade de Russie était un beau palais de ville.  La grande salle de réception. La salle rococo, qui voulait faire concurrence à Sans-souci. Jusquâà ce que la Seconde Guerre mondiale éclate, câest là quâavaient lieu les réceptions de lâambassadeur soviétique. La salle de billard, la chapelle, la cuisine moderne. Ces clichés, c'est tout ce quâil reste de ce palais dont lâéclat et la splendeur ont été réduits en cendres au cours dâune nuit de bombardements, en 1942. 4 06

II.
4 22 Commentaire
1889. Une visite dâÉtat. Parade devant lâambassade de Russie en lâhonneur du tsar.
passe lui-même les troupes en revue. Alexandre III et son neveu, lâempereur Guillaume II. 4 39
4 43 Commentaire
Encore une visite dâÉtat  Nicolas II, fils et successeur dâAlexandre. La Gare de lâEmpereur, à Potsdam. 4 49

5 00 Commentaire
Le dernier empereur allemand croyait fermement au lien indissociable entre la Russie et lâAllemagne. Les relations diplomatiques étaient superflues. Après tout, on était parents. En lâon ne faisait pas vraiment de différence entre les affaires de lâÉtat et les problèmes familiaux. Dans une lettre à son cousin de Russie, Nicolas II, lâempereur Guillaume dit de lâancien chancelier du Reich, Bismarck, quâil était ·

5 25 Citation
  · un homme insubordonné au caractère vulgaire· 

· et quâil a eu raison de le relever de ses fonctions.

5 36
Câétait tout de même Bismarck, un virtuose de la politique dâalliances en Europe. Le chancelier avait jadis été ambassadeur à Saint-Petersbourg, et connaissait bien la Russie. Guillaume crut pouvoir sâen sortir sans lui et prendre personnellement les affaires en main. 5 50

5 57 Commentaire
Une visite rendue en Russie  parade pour lâempereur Guillaume devant le palais dâhiver.
6 06
Citation 
très cher Niki· 

6 07 Commentaire 
Ainsi débutent des dizaines de lettres de lâempereur à son cousin, le tsar de Russie 

6 12
Citation
  · défendre lâEurope contre la grande race jaune· Tu me trouveras toujours à ton côté· Ne devrions-nous pas nous retrouver quelque part avec nos deux  yachtsavoir, là où cela te plaira, un petit entretien en paix  Ce serait très sympathique. Porte-toi bien, très cher Niki, mes salutations cordiales à Alix· ton ami bienveillant, Willy.  6 31

6 34 Citation
jusquâici tenu secrète notre rencontre convenue. Suis heureux de te voir. Te souhaite traversée tranquille. Salutations, Niki.  6 42

6 46 Commentaire
Visite du tsar à Bad Hambourg. Niki et son haut-de-forme. 6 55
Baisemain aux princesses.



6 58 Commentaire
Les cousins nâétaient pas à la hauteur des mécanismes de la politique européenne dâalliances. Au cours de lâété 1914, ils entrèrent en guerre lâun contre lâautre sans vraiment savoir pourquoi. Cher Willy, très cher Niki. 7 11

7 23
Lâempereur Guillaume sur le front de lâEst. Les jours de son règne étaient comptés, tout comme ceux du cousin Niki. 7 31

III.
7 35
Quâarrive-t-il au juste aux membres dâune ambassade quand éclate une guerre  Les diplomates russes de lâambassade, Unter den Linden, ont été chassés du pays sous les coups. La populace montait sur les marchepieds de leurs voitures, sans que la police intervienne, armés de cannes ou de parapluies dont ils tentaient de frapper les diplomates sur le départ. 7 52

7 58
Sur le front de lâEst, en 1917. Soldats russes et allemands fraternisent. Il fallut que la guerre sâachève et que la Russie connaisse sa révolution pour quâun ambassadeur russe revienne à Berlin. 8 11



8 22 Commentaire
Adolf Ioffe a été le premier ambassadeur de Russie soviétique à Berlin. Ce fut dâailleurs le premier ambassadeur soviétique tout court, car la Russie soviétique nâavait à lâépoque quâune seule ambassade, et câétait sur le territoire de son ennemi dâhier. Lénine était persuadé que la bataille décisive devrait être livrée en Allemagne. Si ce pays tombait entre les mains des rouges, la victoire de la révolution mondiale était acquise. 8 46

8 49 Commentaire
Ioffe nâest pas venu à Berlin comme ambassadeur, la nouvelle Russie nâaimait pas les noms et titres anciens. Il avait les fonctions de
Polpred, une abréviation de élégué plénipotentiaire  . Sa mission nâétait pas non plus exclusivement diplomatique  il sâagissait de soutenir les communistes allemands. De préparer la révolution allemande. La maison russe, bastion de la révolution mondiale. 9 10

9 19 Commentaire
En 1918 dans la cour de lâambassade, les collaborateurs de Ioffe. Le chef du service courrier, Akkerman, la secrétaire de Ioffe, dont nous ignorons le nom, le conseiller dâambassade Iakoubovitch. Qui étaient ces gens qui venaient à Berlin en transportant la révolution dans la valise diplomatique  9 36

9 40 Commentaire
Ioffe lui-même, Adolf Abramovitch, fils dâun très riche entrepreneur juif de Crimée, avait fait ses études de médecine à Berlin et à Vienne  ; il avait utilisé lâargent de son père pour soutenir les révolutionnaires russes émigrés. En 1917, Ioffe entra sur la scène politique, cette scène rotative silencieuse dont avait parlé son mentor Trotski. Il se trouvait en effet à la tête de la délégation russe pendant les négociations de paix germano-russes à Brest-Litovsk, quâil a menées, dâabord aux côtés de Léon Trotski. Comme Trotski, Ioffe était opposé au traité avec lâAllemagne
et câest avec Trotski quâil fut au bout du compte obligé de lâaccepter. Car Lénine voulait ce traité à tout prix. Le voici, rédigé en cinq langues. Le cliché a été pris à Bonn, aux Archives des Affaires étrangères allemandes. 10 26

10 38 Commentaire
Ioffe est arrivé en avril 1918 dans un Berlin en pleine ébullition. Il a été expulsé pour activités subversives dès le début novembre, juste avant que la révolution nâéclate. Les relations entre lâAllemagne et la Russie étaient de nouveau gelées. 10 54

11 03 Commentaire.
Mais à lâaune des objectifs du communisme, la Révolution de Novembre fut un échec. Certes, lâempereur abdiqua et sâexila en Hollande. Ce nâest cependant pas la dictature du prolétariat qui le remplaça, mais une démocratie parlementaire, la République de Weimar. 11 18

11 29
Ioffe se suicida en 1927
partisan de Trotski, il nâaurait pu survivre dans lâempire de Staline. 11 37

IV.
11 43 Commentaire
La Russie soviétique a dû sâaccommoder dâune Allemagne démocratique et, au moins dans un premier temps, enterrer son espoir de voir éclater en Allemagne une révolution quâelle croyait inéluctable. Mais Lénine savait que la République de Weimar, elle aussi, avait besoin de la Russie 

11 58 CITATION 
traité de Versailles a créé une situation telle que lâAllemagne ne peut même pas rêver quâon lui laisse un instant pour reprendre son souffle, quâon ne la dépouille pas, quâon ne lui ôte pas ses moyens dâexistence, quâon ne condamne pas sa population à la famine et à lâagonie. Il est dans la nature des choses que lâunique salut de lâAllemagne soit un pacte avec la Russie soviétique, vers laquelle elle tourne logiquement son regard.  12 22

Câétait une instruction de Lénine aux hommes qui devaient mettre en þuvre la politique extérieure soviétique  12 29
12  Commentaire
Gueorgui Tchitcherine,
aux questions extérieures  , ministre des Affaires étrangères. Son musicien préféré était Mozart, auquel il consacra un livre. Et un jour où on lui demandait de résumer sa vie en deux mots, il répondit : révolution et Mozart·  12 45

12 46 Commentaire
Maxime Litvinov, adjoint, puis successeur de Tchitcherine. Litvinov, de son vrai nom Valach, était juif  ;
nuirait un jour à sa carrière. 12 55

13 04 Commentaire
Karl Radek, révolutionnaire professionnel. Né à Lemberg, en Galicie. Lâun des leaders de lâInternationale communiste, avec un grand faible pour un pays  lâAllemagne. A passé près de la moitié de sa vie en prison. Où il est aussi décédé, en 1939, dans le Goulag stalinien, après avoir été condamné comme espion allemand. 13 24

13 26 Commentaire
Leonid Krassine, ingénieur électricien, études à Berlin, cadre supérieur chez Siemens. À cette date, commissaire du peuple pour le Commerce extérieur. 13 


13 34 Citation 
communisme  ,
disait Lénine,
âest le pouvoir des Soviets plus lâélectrification  . 13 38

13 50
Krassine à Berlin. Au début 1922, Tchitcherine, Litvinov, Radek sây trouvaient aussi. Leur objectif  un traité avec lâAllemagne, le pays des ingénieurs et des inventions. À lâépoque, malgré Versailles, malgré la défaite, Lénine considérait lâAllemagne comme le pays le plus avancé du monde. Après lâAmérique, peut-être. La Russie voulait se raccrocher à ce train-là. 14 12

14 23 Commentaire
Négociations germano-soviétiques  Krassine devant la villa Rathenau au Tiergarten. Le commissaire aux questions extérieures Tchitcherine, en haut-de-forme, avec sa serviette. Son adjoint Litvinov, avec sa canne, et derrière lui Karl Radek et son chapeau melon. 14 38

14 48 Commentaire
Côté allemand  Walter Rathenau, ancien président du groupe électrique AEG, désormais ministre allemand des Affaires étrangères. Ici, dans la maison de ses parents, il vient de négocier un traité avec les Russes, mais il nâose pas le signer. Pas à ce moment-là. Pas avant la Conférence mondiale sur lâéconomie de Gênes. Là-bas, estime Rathenau, toutes les cartes seront redistribuées. 15 12

15 18 Commentaire
Gênes, avril 1922, Conférence économique mondiale. Il sâagit de réorganiser lâEurope après les catastrophes quâont été la guerre mondiale et la révolution russe.
15 26

15 30 Commentaire
Arrivée de la délégation russe, le commissaire Tchitcherine est noyé dans la masse. Personne ne se doute du rôle quâil va tenir ici. 15 38

15 41 Commentaire
Les Russes sont logés dans un hôtel de luxe. Loin du lieu des négociations. À trente kilomètres de Gênes. Il fallait les isoler et les tenir un peu à lâécart de toute la manifestation. Mais les choses vont suivre un autre cours. La ville sâappelait Rapallo. 15 55

15 59 Commentaire
Le palais San Giorgio à Gênes, où se tient la conférence. Entrée du chancelier du Reich allemand, Wirth, et de son ministre des Affaires étrangères, Rathenau. 16 06

16 07 Commentaire
Le jour de lâinauguration. Tchitcherine est le septième orateur à se présenter au pupitre, après quatre heures et demie plutôt ennuyeuses. Il explique, dans quatre langues quâil parle couramment, que lâUnion Soviétique nâest disposée ni à payer la moindre dette remontant à la période des tsars, ni à verser des dédommagements pour les biens étrangers expropriés par la Révolution. 16 

16 31
Au cours des jours suivants, le Premier ministre anglais, Lloyd George, tente de convaincre Tchitcherine de revenir sur sa déclaration. Il le rencontre à plusieurs reprises. Rathenau lâaccompagnerait volontiers, mais on ne le laisse pas participer aux entretiens. Il craint que les puissances occidentales et la Russie ne sâentendent aux dépens de lâAllemagne. 16 47

16 48
Il nâa pas tort. Il semble que Lloyd ait proposé à Tchitcherine de compenser les dettes russes envers lâOccident en demandant des réparations à lâAllemagne. Article 106 du Traité de Versailles. Il ne connaissait sans doute pas le point de vue de Lénine sur la question, et ignorait que Tchitcherine négociait seulement avec lui pour faire perdre leur sang-froid aux Allemands. Lloyd George qualifia plus tard Tchitcherine de

Citation
  · démon du malheur incarné  . 17 18

17 26 Commentaire
Rapallo, au matin de Pâques 1922. Les Allemands nâont pas beaucoup dormi pendant la nuit. À onze heures et demie, ils se trouvent à lâhôtel Palazzo Imperiale, chez les Russes. Pour signer le traité de Rapallo. 17 41

17 46 Commentaire
Rathenau. Le matin à huit heures, il a encore tenté de joindre les Anglais. Ils nâétaient pas disponibles pour lui. 17 52

17 56 Commentaire
Les membres de la délégation allemande et une secrétaire. Elle tape le texte dont l'ébauche a déjà été rédigée à Berlin : renoncement réciproque aux revendications, clause de la nation la plus favorisée.

Tchitcherine a atteint son but. Il a son traité avec lâAllemagne en poche, Lénine va être satisfait. 18 12

18 14 Citation
cours des journées qui ont précédé le traité de Rapallo, Rathenau sâinformait heure par heure sur nos conversations avec Lloyd George, et nous les lui rapportions. Il sâest précipité pour nous rendre visite à Rapallo, craignant de perdre du temps. Avec Wirth· 

18 27 Commentaire
... le chancelier du Reich allemand·
18 28 Citation
· câest une tout autre histoire. Son instinct infaillible lui a fait comprendre combien il était important de
pas nous quitter d'une semelle. Lorsque nous allions nous promener à trois dans le parc de lâhôtel, il arrivait que Rathenau nous quitte un instant pour aller chercher son manteau ou prendre un parapluie. Et pendant ces quelques minutes, Wirth me chuchotait rapidement ce quâil ne pouvait pas dire en présence de lâanglophile quâétait Rathenau  malgré la pression de lâAngleterre, il suivrait une politique qui nous serait favorable.  18 55

18 57 Commentaire
Wirth, le chancelier du Reich, Leonid Krassine, le commissaire aux Affaires étrangères Tchitcherine.

19 08 Commentaire
Wirth et Rathenau. Ce dernier savait très bien se mettre en valeur.  Salutations de Pâques à sa mère, la conseillère privée Rathenau 

19 17 Citation 
âhui, ce dimanche de Pâques, jâai fait une excursion à Rapallo. Lis le journal pour les détails· 

19 26 Commentaire
Rapallo fut un choc pour les puissances occidentales. Les conséquences du traité, qui permettrait à deux marginaux dans le concert des nations de se tendre la main par-dessus le mur des idéologies, sont considérables et font encore aujourdâhui lâobjet de débats. Le nom de Rapallo revient de temps en temps, jusque dans les remous de lâunification allemande.
19 44

V.

19 55 Commentaire
Avec Rapallo débute un nouveau chapitre des relations russo-allemandes. La maison russe
à droite sur cette image a retrouvé un maître. 20 05

20 10 Commentaire
Nikolaï Krestinski, bolchevique depuis 1905, plusieurs fois emprisonné lorsquâil était un étudiant révolutionnaire, devenu Commissaire du peuple chargé des Finances en 1918. De 1922 à 1930, ambassadeur à Berlin, puis vice-commissaire du peuple aux Affaires étrangères. Condamné à mort en 1938 au cours du dernier procès de Moscou, et exécuté. 20 30

20 38 Commentaire
Berlin. Les années vingt, lââge dâor. Les Soviétiques et leur ambassade y jouent aussi un rôle. Les réceptions données à lâoccasion de l'anniversaire de la Révolution dâOctobre sont fameuses 


20 50 Citation 
dix heures, on joua lâinternationale et lâon se leva, pour autant quâon avait réussi à dénicher un siège 

21 01
camarade Krestinski [·] a su réunir le tout-Berlin chez lui. [·] Les meilleurs créateurs du monde de la littérature, du théâtre, de lâart, etc. Les sommités de la science sây rencontrent, et lâon voit converser ici des hommes politiques de tous les bords...  21 16

21 27 Natalia Krestinskaïa
Notre vie sâécoulait paisiblement dans un cadre que jâapprécie encore aujourdâhui. Mon père avait bon caractère. 21 38 Je ne me souviens pas dâavoir entendu une quelconque dispute à la maison. Et à lâAmbassade, les relations semblaient amicales. 21 46 Jâétais alors une fillette heureuse, jâavais de bons parents, tout allait bien. Jâai eu une nounou allemande, une communiste qui avait déjà travaillé pour lâAmbassade. Tante Toni. Elle sâappelait Tante Toni. 22 05 Câest avec elle que jâai appris lâallemand. 22 06

22 10 Commentaire
Une enfance berlinoise. Pour Natalia Krestinskaïa, une époque heureuse dans une ville belle et agréable. En ce temps-là, encore·
Krestinski avait du temps pour sa fille. Il se rendait même régulièrement aux réunions de parents d'élèves organisées le soir à lâécole. Son travail nâen pâtissait pas. Câétait plutôt son sommeil. 22 29

22 31 Natalia Krestinskaïa
Il avait une mauvaise vue, mais il travaillait encore le soir. Un secrétaire lui tenait compagnie et ils veillaient jusquâà trois heures du matin. On lui lisait tout à haute voixil travaillait ensuite de mémoire. Parce quâil nâécrivait pas et ne lisait pas non plus. 22 42 Maman était une femme vaillante. Elle avait un emploi officiel en Allemagne. 22 48 Je ne sais pas sâil sâagissait dâun travail dâaide sociale. Mais elle allait travailler à la Charité auprès du Professeur Tcherni 23 01 dont elle était lâassistante. 23 03

23 05 Commentaire
Krestinski à lâaéroport de Tempelhof. Réception dâun
aérien soviétique.
23:16
Derrière lâévénement sportif, un sombre contexte  ensemble la Russie et lâAllemagne ont mis au point une technologie militaire qui contourne les règles prévues par le traité de Versailles destinées à limiter le réarmement. 23 25

23 34 Commentaire
1930 Krestinski se rend chez le président du Reich, von Hindenburg. Pour se faire remettre sa lettre de recréance.
LâAllemagne quâil quitte, la République de Weimar, est en crise. Dans la rue, la révolution se prépare : la brune ou la rouge ? Ernst Thälmann. 23 55

24 02
Krestinski part pour Moscou. Il a vécu huit ans à Berlin. Cet homme presque aveugle a marqué une époque. 24 

24 19
Moscou, 1931. Krestinski, en bas à droite, est vice-commissaire aux Affaires étrangères. Avec lâambassadeur allemand, von Dirksen, il signe le dernier avenant au traité de Rapallo. La Russie de Staline et lâAllemagne de Hitler sâen tiendront, elles aussi, à la règle fixée lors de la conférence de Rapallo
la coexistence de deux systèmes différents. 24 38
24 42
Jusqu'au début de la guerre.

VI.

24 55 Commentaire
1933, les nazis arrivent au pouvoir. Unter den Linden, câest le successeur de Krestinski, Chintchouk, qui tient désormais la barre. 25 03



25 10 Commentaire
Lev Chintchouk. Menchevik, il fut en 1917 hostile à la révolution dâoctobre. En 1926, il est représentant de commerce en Angleterre. Mort en 1944 au Goulag. 25 19

25 22 Commentaire
Chintchouk avec ses collègues ambassadeurs lors dâune réception. Au début, les relations étaient encore cordiales. 25 28

25 30
Maxime Litvinov, désormais vice-commissaire aux Affaires étrangères, en compagnie de Chintchouk à lâAmbassade soviétique. Peu avant la prise du pouvoir par les nazis, Litvinov avait estimé quâil jugerait·

25 42
Citation 
  ·tout à fait naturel que lâon réserve aux communistes en Allemagne le traitement que lâon fait subir dâordinaire aux ennemis de lâÉtat en Russie  25 49

25 52 Commentaire
La face cachée de lâarrangement de Rapallo. LâUnion soviétique abandonne les communistes allemands à leur sort. Cela nâaméliore pas le climat entre les deux États. En 1934, le successeur de Chintchouk, Sourits, arrive dans un Berlin hostile. 26 07

26 10 Commentaire
Iakov Sourits, études dâhistoire et de philosophie à Heidelberg. Avant de sâinstaller à Berlin, il a été ambassadeur en Turquie. Plus tard, il sera ambassadeur en France. Un des rares à ne pas être mort en camp. 26 

26 27 Citation 
vous recommande  ,
lui conseilla son commissaire du peuple, Litvinov, dans un message à Berlin,
Citation 
réagir très calmement au fait que les Allemands se refusent à venir à nos réceptions et ne nous invitent pas aux leurs. Ici, cela nous laisse parfaitement indifférent. 26 40

26 40 Elisavieta Sourits
Quand on regarde les photos de mon père, on voit bien quâil est juif. 26 59 Câest évident sur cette photo qui avait disparu de chez mon père, où il serre la main de Hitler, et où ils sont tous les deux de profil. 27 10 Le profil de mon père est nettement sémitique, avec ce nez· 27 15 Comment Hitler aurait-il pu accepter un ambassadeur juif  27 22

27 29 Commentaire
La photo disparue... En fait, Sourits l'avait brûlée. Elle aurait pu devenir dangereuse pour lui à Moscou : Sourits, un espion de Hitler  27 38

27 42 Commentaire
Elisavieta Sourits en costume pour une soirée Pouchkine. Son enfance berlinoise nâa pas été aussi heureuse que celle de Natalia Krestinskaïa. Avec des amis dans la cour de lâambassade. On ne pouvait pas sortir simplement pour jouer dehors, dans lâavenue Unter den Linden. Et surtout, on ne pouvait pas avoir dâamis allemands. Parfois, elle partait
avec ses parents dans la voiture de lâambassade se promener à la campagne, sur les côtes de la Baltique, par exemple. 28 09

28 13 Elisavieta Sourits
Je me souviens, nous passons un pont, nous sommes sur un bac ou en voiture, et je vois écrit  28 21 Juifs, vous ne devez pas entrer dans cette ville. Ou quelque chose dans ce genre. Je ne suis pas capable de le dire en allemand. 28 30 Je me rappelle avoir pensé  Et nous, quâest-ce que nous sommes  Mon père, ça ne fait aucun doute. Mais ma mère est russe. 28 37 Et si nous entrons dans cette ville, que nous arrivera-t-il  Câest ce que je me demandais. Cela nâa rien à voir avec la haute politique. 28 50 Le choc que mâa causé ce premier contact mâa empêché dâapprendre la langue allemande : je ne le voulais pas  28 57



29 02 Commentaire
Hôtel Adlon, Pariser Platz. Lâambassade des États-Unis se trouvait à côté, celle de France juste en face, celle de Grande-Bretagne au coin de la rue, dans la Wilhelmstrasse, celle dâUnion Soviétique sur lâavenue Unter den Linden, cinq cents mètres plus haut. On se rencontrait à lâhôtel. Même sous le nazisme. 29 18

29 23 Citation 
  À la table voisine de la nôtre étaient assis les ambassadeurs dâAngleterre et de Russie, qui ne se parlaient pratiquement pas, et Monsieur François-Poncet qui, semblait-il, était très aimable avec ses deux interlocuteurs. Le pauvre Russe, peut-être le plus brillant esprit de tous les diplomates de ces lieux, était pratiquement seul. Le prince Louis Ferdinand le salua, mais il avait auparavant annoncé à Miss Schultz quâil ne sâassoirait pas avec elle si le Russe était installé là.  29 

29 48 Commentaire
William Edward Dodd, ambassadeur des États-Unis à Berlin de 1933 à 1937. Il entretenait des relations détendues avec son collègue soviétique. Dodd, comme Sourits, avait lui aussi fait ses études en Allemagne. 30 



30 04
Lâambassadeur Sourits. On lâévitait parce quâil était communiste. Et les Allemands le battaient froid aussi parce quâil était juif. Journal de Goebbels, 10 avril 1937 

30 18 Citation 
est muté de Berlin à Paris. Nous enverront-ils encore un juif  Jâai peine à le croire.  30 25

30 26 Commentaire
À Berlin, une seule exception confirmait la règle  un seul Allemand fréquentait Sourits. Un diplomate qui avait été ambassadeur dâAllemagne à Moscou et avait pris sa retraite. Parce quâil ne voulait pas sâarranger avec les nazis. 30 38

30 38 Elisavieta Sourits
Nadolny. La famille Nadolny. Il était, si je mâen souviens bien, ambassadeur dâAllemagne en Turquie, où il avait fait la connaissance de mon père. Il sâétait lié dâamitié avec lui, puis avait été envoyé en poste en Union soviétique. 30 58 Nous allions chez eux. Je me rappelle son épouse et ses trois filles. Elles aussi vivaient dans lâattente inquiète de quelque chose qui, évidemment· 31 18 Toutefois, lâAmbassadeur estimait possible de maintenir cette relation et de nous recevoir. Ce nâétait pas fréquent, mais il nous invitait à Noël. 31 32 Je me rappelle bien de cet arbre de Noël allemand· Je me souviens bien de tout cela. 31 32

VII.
31 36 Commentaire
Moscou. Lâancien commissaire du peuple aux Affaires extérieures. Un petit ministère. Et tout autour, le complexe de bâtiment du NKVD
NKVD  lâancien nom du KGB. Une abréviation qui signifie  : Commissariat du peuple aux Affaires intérieures un petit ministère des Affaires étrangères à côté dâun grand ministère de lâIntérieur. Peu de politique extérieure dans lâempire de Staline, mais beaucoup de politique intérieure. Il sâagissait essentiellement de lutter contre les parasites et les ennemis du peuple. La vieille garde des diplomates qui avait servi sous Tchitcherine dans les années vingt a été presque intégralement éliminée. 32 18

32 29 Natalia Krestinskaïa 
Un soldat mâa réveillée et mâa ditme lever. Je me suis levée. Jâai vu quâil y avait beaucoup de monde. Maman nâétait pas encore rentrée. Elle travaillait à lâHôpital. 32 41 Ils fouillaient partout. Quand Maman est arrivée, elle a tout de suite compris et elle a sonné à la porte 32 51. La lumière était allumée. Elle est entrée et je lui ai dit 32 59  On perquisitionne. Elle sâest écrié  Quoi    Mais dis-moi: Quoi  33 07 Et moi comme une idiote  On perquisitionne. Quoi  Puis elle est passée avec mon père dans la pièce de derrière. Ils sont tous dans le bureau 33 21 (câétait un grand bureau avec une quantité de livres). Ils fouillent, ils cherchent quelque chose. Mes parents sont passés dans la pièce du fond. Je ne sais pas si dâautres les ont suivis. Ou s'ils étaient seulement tous les deux. · Moi, jâavais envie de dormir  Que tout cela finisse au plus vite  33 48 Petite sotte  Je nâai pas réalisé quâon allait les emmener  Et quand il mâa fait ses adieux, il mâa dit  33 56 Étudie. Étudie  Je suis innocent !

34 05 Commentaire
1938, le dernier grand procès spectacle. Il a été préparé pendant près dâun an. Le Procureur général Vychinski lit lâacte dâaccusation. Les accusés nâont pas été filmés. Les images auraient pu révéler comment
eux avaient été préparés au procès. Chacun dâentre eux a tout avoué. Seul Krestinski, le petit myope, accusé dâespionnage au profit de lâAllemagne, ne sâest pas plié à la mise en scène et a refusé de reconnaître sa culpabilité. 34 34

34 40 Natalia Krestinskaïa
Un jour, sur le chemin de l'école, je vois un journal. Celui du procès. Je lâachète, bien sûr, et pendant la récréation, je lis à voixque Krestinski affirme ne pas être coupable. 33 57 Si vous saviez quelle joie cela mâa causée. 35 01 Cela mâa donné de lâespoir. Je me suis dit : mon papa mâaime, il veut me faire savoir quâil nâest pas coupable. Câest évidemment naïf. 35 11 Mais cela a pu jouer un rôle. 35 15


35 18 Commentaire
Natalia Krestinskaïa avait 17 ans à lâépoque. Son père a été condamné et exécuté, ensuite on a dâabord emmené sa mère, qui a été exilée. Et elle a connu le même sort un peu plus tard. Elle a survécu en Sibérie. 35 30

35 33 Citation
chère maman, ma maman tant aimée, comme je me réjouis de savoir enfin où tu te trouves. Nous avons ici un hiver très froid, et je me fais du souci  ne meurs-tu pas de froid là où tu es· Tu tâétonnes que je tâécrive dâAktioubinsk. Jâai été bannie ici. Ne te fais pas de souci, jâai déjà dix-neuf ans.  35 54

35 57 Commentaire
Journal de Goebbels, le 14 novembre 1937 

36 02 Citation 
  À Moscou, on arrête des diplomates tous les jours. Pour Litvinov aussi, cela sent le roussi· 

36 08
Maxime Litvinov a été démis de ses fonctions en 1939. On avait déjà préparé son procès. Mais Staline lâa gardé en réserve. Il pouvait en avoir besoin en Amérique, où Litvinov devint ambassadeur par la suite. 36 23



36 27 Citation
parle aussi dâun procès contre Ioureniev, le nouvel ambassadeur à Berlin. Un criminel comme représentant du peuple  Quel spectacle répugnant !  36 35

36 37 Commentaire
En fait, Goebbels aurait mieux fait de dire quâon avait pris un représentant du peuple pour jouer le rôle du criminel. Constantin Ioureniev. Arrivé en juillet 37 à Berlin. Il fut rappelé dès le mois dâoctobre, et exécuté à Moscou. Trotskiste. 36 51

36 54 Commentaire
La porte donnant sur lâimmeuble de la Loubianka, que tous ont été forcés de franchir. 36 58

VIII.
37 08 Commentaire
La vieille garde des diplomates a été totalement éliminée. Elle a été remplacée par des hommes qui ne possédaient pas toujours le don de la diplomatie. 37 16

37 16 Commentaire
Chkvartsev, Alexandre Alexandrevitch. Apparatchik. Secrétaire du parti à lâInstitut moscovite du Textile. 37 23

37 23 Citation
lieu considérez-vous comme le plus dangereux du monde 
Câest en ces termes que Staline testa Chkvartsev avant de lâenvoyer à Berlin.
Citation
Lituanie   
répondit Chkvartsev du tac au tac.
Citation
le tiens, ton ambassadeur  ,
dit Staline à Molotov. 37 37

37 41 Commentaire
Le nouvel ambassadeur à Berlin. Septembre 1939. Il remet à Hitler ses lettres de créances. 37 47

37 51 Citation 
voilà désormais ici, à tenter de renouer les fils subtils de la diplomatie.  37 57

38 01 Commentaire
Le temps du pacte germano-soviétique était venu. Une fois de plus, comme à Rapallo, lâAllemagne et lâUnion Soviétique avaient conclu un accord qui avait laissé pantois le monde entier. Cette fois-ci, cependant, ce nâétait pas entre deux vaincus, mais entre deux puissances agressives et surarmées. 38 15

38 17
Le général Guderian et Kombrig Krivoschein. Parade militaire germano-soviétique à Brest-Litovsk.
La coexistence de deux systèmes différents imaginée par Tchitcherine était devenue une tentative commune de faire main basse sur la planète.
38 34
La partition de la Pologne, scellée dâun trait sur la carte par Staline et le ministre des Affaires étrangères allemand, von Ribbentrop. 38 39

38 45 Commentaire
Berlin, 1940. Lâambassade, Unter den Linden. Réception chez lâambassadeur Chkvartsev. Lâéclat des années de Krestinski nâest plus quâun souvenir. Lâassemblée est strictement masculine. Câest la guerre. La Pologne est conquise et partagée. LâAllemagne a vaincu la France, elle est en guerre avec lâAngleterre. LâUnion Soviétique a un allié puissant. Du moins, elle le croit. 39 10

39 19 Commentaire
Le plus grand événement diplomatique à Berlin sous le nazisme a été la visite du commissaire soviétique aux Affaires étrangères, Molotov, en novembre 1940. Il avait remplacé Litvinov, le juif que lâon ne pouvait pas utiliser pour une politique dâalliance avec lâAllemagne nazie. Molotov, reçu en grande pompe, était en 1940 le numéro 2 du régime, après Staline. Les actualités cinématographiques soviétiques et allemandes étaient presque entièrement consacrées à cet événement. Mais personne nâapprit quel était le véritable objet de la visite de Molotov. 38 50

39 59
Il sâagissait de se répartir le monde. Hitler offrait à Molotov une partie de ce quâil appelait
âactif de faillite du monde  un morceau de lâempire britannique quâil comptait vaincre rapidement. Staline avait donné à Molotov des directives claires avant son départ pour Berlin. Ses plans à lui nâétaient pas aussi napoléoniens. Ce qui lui importait, câétait la zone dâinfluence autour de lâUnion Soviétique et un accès à tous les océans. Un peu ce qui allait se passer en 1945, après la fin piteuse de Hitler. 40 31

40 41 Valentin Berechkov 
Avant son départ, Hitler a dit  je vous en prie, Monsieur Molotov, faites savoir à Monsieur Staline que je le considère comme lâun des plus grands hommes politiques de notre temps, quâil entrera dans lâhistoire comme lâun des principaux leaders de notre siècle, et lâun des plus talentueux. Puis il a ajouté : je me figure que je vais, moi aussi, entrer dans lâhistoire, et câest pour cette raison que deux personnalités comme nous doivent se rencontrer. Et Molotov, bien évidemment, a rapporté ces propos à Staline lorsquâil est rentré à Moscou. Et Staline n'a pas cessé d'attendre cette rencontre. Jusquâau dernier moment. 41 23



41 26 Commentaire
Molotov avait ramené avec lui à Moscou le malheureux ambassadeur Chkvartsev. Il ne se retrouva cependant pas au Goulag et put retourner dans son Institut du textile. Câest un
qui le remplaça à Berlin 41 39

41 46 Commentaire
Câest une grande époque, tout semble aller pour le mieux. Sauf que·
Goebbels à propos des nouveaux Russes 

41 51 Citation 
visages, on lit la peur quâils sâinspirent les uns aux autres et leur complexe dâinfériorité. Même une discussion anodine est pratiquement exclue. Le guépéou veille·  42 00

42 01 Commentaire
Le guépéou, un acronyme qui désigne les services secrets soviétiques de lâépoque. Câest de cet organisme quâest issu Vladimir Dekanossov. Directeur du renseignement extérieur. Comme ambassadeur, il aimait gifler ses collaborateurs pour les garder en forme. Exécuté en 1953, après la mort de Staline. 42 21

Goebbels, toujours 
42 25 Citation
âest épouvantable. Dans ce monde, la vie ne vaut plus dâêtre vécue. [  ·] Plus nous nous rapprochons politiquement, plus nous sommes étrangers les uns aux autres, par notre esprit et par notre idéologie. Et câest bien ainsi. 42 36

42 46 Commentaire
Janvier 1941. Alors quâon signait à Moscou le dernier avenant du pacte entre Hitler et Staline, lâattaque contre lâUnion Soviétique était déjà une affaire réglée à Berlin. La diplomatie servait à faire diversion pendant les préparatifs militaires. Staline écarta toutes les mises en garde dâun revers de main. Il ne voulait surtout pas provoquer Hitler. LâUnion Soviétique continuait à fournir des céréales, conformément aux traités économiques quâils venaient de signer. Les Allemands, en revanche, commençaient à retirer leurs navires des ports russes et à rappeler peu à peu le personnel de leur ambassade. 43 

43 32 Valentin Berechkov
Le 21 juin 1941, nous avons reçu de Moscou un télégramme où lâon formulait une sorte de proposition  une rencontre immédiate au sommet, câest-à-dire entre Staline et Hitler, pour éviter une guerre. On y lisait que cette guerre serait une source de souffrances pour le peuple allemand et le peuple russe, et quâil fallait lâéviter. Mais lâambassadeur nâavait plus aucune possibilité de transmettre ce message. Tout suivait déjà son cours. Câest Ribbentrop qui nous a reçus, tout seul. Et il nous a dit  il y a deux heures, les troupes allemandes ont franchi la frontière soviétique. 44 16

44 30 Commentaire
À Moscou et à Berlin, les diplomates étaient devenus des otages. Après de longues négociations, on les a échangés à la frontière turque.
44 40
Les nazis ont envoyé une équipe de destruction des insectes à lâambassade dâUnion Soviétique. Pour éliminer les poux. Les Russes, avec lesquels ils pactisaient encore quelques mois plus tôt, nâétaient plus maintenant pour eux que des sous-hommes. 44 51
44 54
Plus tard, Alfred Rosenberg est venu résider à lâambassade où il a installé son
ère des Secteurs orientaux occupés  , chargé des problèmes ethniques. Jusquâà cette nuit de bombardement, en 1942. 45 03

IX.

45 20 Commentaire
Le nouveau bâtiment de lâambassade soviétique a été édifié à lâépoque de la fondation de la RDA, à lâendroit où sâélevait jadis lâancienne maison russe. 45 28
45 29
La plus grande ambassade dâEurope, aussi bien par le nombre de ses collaborateurs que par les dimensions du bâtiment. 45 35
45 37
À cette époque, il était parfaitement inutile de déployer une grande activité diplomatique entre lâUnion soviétique et la RDA. Ce nâétait quâune affaire de pouvoir et de prestige. LâUnion Soviétique voulait montrer quâelle était présente et comptait bien rester. Sur ce poste-frontière, à huit cents mètres de la Porte de Brandebourg qui séparait désormais le monde entre Est et Ouest.
45 56

46 05 Commentaire
À lâintérieur, la maison reproduisait lâélégance de lâancien bâtiment. Mais malgré toute sa splendeur, elle restait sombre et hostile. Câest ce qu'éprouvaient non seulement les Allemands, mais aussi et surtout les Russes, qui se sentaient ici comme les sujets lilliputiens dâun empire gigantesque au pouvoir tentaculaire. 46 23

46 28 Commentaire
Piotr Andreievitch Abrassimov. Né en 1912. Partisan pendant la Seconde Guerre mondiale. Ambassadeur en RDA à deux reprises, dix-huit années au total, sous Khrouchtchëv et Brejnev. Abrassimov a été membre du comité central du PCUS, et ce nâest pas pour rien quâon lâappelait
âambassadeur régnant  . Aucune décision importante en RDA nâétait prise sans son assentiment. 46 


46 54 Piotr Abrassimov
Lâambassadeur soviétique nâavait nul besoin dâexercer la moindre pression, 47 00 comme on dit, sur la politique et le gouvernement de la RDA. Toutefois, tous les problèmes politiques les plus importants qui étaient soulevés à Moscou 47 13 se réglaient avec les dirigeants de la RDA. 47 18 Et réciproquement.

47 20 Commentaire
Mars 1965. Une visite dâÉtat  près de la porte de Brandebourg, le Premier ministre soviétique,  Kossyguine, regarde lâOuest par-dessus le mur. Une frontière hermétique. Période glaciaire. 47 32
47 37 Commentaire
Mais d'un point de vue diplomatique, lâambassadeur soviétique à Berlin-Est était également compétent pour Berlin-Ouest. Et ici, lorsquâapparaissent frictions et hostilités, on en revient à la diplomatie. Car la diplomatie recherche la discussion avec lâennemi. 47 51


48 04 Commentaire
Willy Brandt, maire gouvernant de Berlin-Ouest
Maire gouvernant et ambassadeur régnant
ils ont cherché le contact par-dessus le Mur. 48 13

48 21 Commentaire
1968. Brandt, ministre des Affaires étrangères et vice-chancelier, lors dâune visite en Italie. Il a peut-être déjà une idée précise sur sa politique de détente. Petite plaisanterie dans lâavion du retour. Mais il prépare
autre surprise de taille. 48 38

48 41 Commentaire
Le vice-chancelier rend visite à lâambassadeur dâUnion Soviétique en RDA. Secrètement. 48 46

48 49 Piotr Abrassimov
Lâarrivée sâest faite sans difficulté à bord dâun véhicule soviétique. Pourtant quelques journalistes avaient remarqué que Willy Brandt se trouvait apparemment dans la voiture. 49 00 On mâa remis un message  un nombre considérable de journalistes se tenaient à la frontière et attendaient Brandt. 49 20 Mais nous avons trouvé une échappatoire. Ils attendaient dans la zone frontalière américaine. 49 30 Mon conseiller Belitsky lui a fait traverser le secteur anglais, dans notre voiture, pour quâil rejoigne sa résidence à Berlin-ouest. 49 46

49 48 Commentaire
Wandlitz. Abrassimov possédait une datcha non loin du quartier boisé où siégeait le gouvernement de RDA. Il aimait s'y rendre lâaprès-midi, y passait la nuit et allait pêcher aux premières heures du matin. Il a aussi emmené Willy Brandt dans sa datcha. Ils ont discuté et se sont mis dâaccord sur des détails mineurs. Par exemple, ils ont décidé que la taxe dâutilisation de lâautoroute est-allemande devrait à lâavenir être réglée forfaitairement. Une question secondaire. Pour nous, aujourdâhui. Pas à lâépoque. Plutôt ce cliquetis des petits cailloux qui précèdent lâavalanche. Le gouvernement de RDA en est resté bouche bée. On attentait à sa souveraineté. Mais ni Brandt, ni Abrassimov nây prirent vraiment garde. 50 29

50 32 Citation 
soir où je dînais chez lui, lâambassadeur a reçu un appel de Leonid Brejnev. Il a lourdement insisté sur le fait que son camp souhaitait le calme à Berlin et autour de la ville.  50 43

50 48 Commentaire
1971. Politique de détente. Les quatre puissances reviennent à une table de négociation. La menace des chars laisse place à la discussion. 270 heures de négociations. Souvent sur des formulations du type : faut-il établir des liens avec Berlin-Ouest, ou bien des relations  51 05

Au bout du compte, on a échangé des concessions formelles contre des facilités concrètes. 51 11
51 16
Il est interdit de parler de Berlin-Ouest comme dâune partie de lâAllemagne fédérale. Mais désormais, il est plus facile d'y accéder. 51 21
51 27
LâAllemagne ne participait pas à la Conférence quadripartite. Mais son résultat correspondait sans doute aux attentes de Brandt. Dâune certaine manière, câest son esprit à lui qui y a soufflé. 51 36

51 41 Piotr Abrassimov 
On a envoyé Guillaume, un agent de RDA. 51 45 Un agent expérimenté, qui a été introduit chez Brandt. 52 00 À Moscou, nous étions satisfaits de recevoir des documents confidentiels, nous ignorions de qui ils provenaient. Nous savions seulement quâils arrivaient dâAllemagne fédérale. 52 06 Mais nous avons eu tort de ne pas remettre à leur place nos amis de la RDA, ce que lâon appelait la STASI, 52 16 et de ne pas exiger quâils retirent ce Guillaume de chez Brandt. Au bout du compte, Brandt a été obligé de démissionner. 52 31

52 34 Commentaire
Brandt et Abrassimov nâont-ils vraiment parlé que de péages dâautoroute  Pendant huit heures  52 40

52 43 Piotr Abrassimov 
Au cours de nos conversations avec Brandt, quand il a été question de la réunification éventuelle de la nation allemande 52 52 et que nous nous sommes retrouvés dans lâimpasse, Brandt mâa dit  : 53 00 Vous savez, laissons ce problème à nos enfants. Il pensait que cela nâirait pas aussi vite. 53 09 Et il a été étonné, dâaprès ce quâon m'a raconté, que tout arrive aussi rapidement, sans prévenir. 53 14

53 19 Commentaire
Au fil des ans, la partition de lâAllemagne était presque devenue naturelle. Même ceux qui pressentaient quâelle ne durerait pas n'ont pas osé aller au bout de leur intuition. 53 28

53 32 Maximytchev
Alors quâil assistait au 40éme anniversaire de la RDA le 7 octobre, Gorbatchev a eu une conversation en tête-à-tête avec notre ex-Ambassadeur, Kotchemassov . 53 45 Par la suite, Kotchemassov nous a souvent rappelé ses paroles  Si nous perdons la RDA, le peuple soviétique ne nous le pardonnera pas. 53 57 Gorbatchev comprenait que la RDA nous était indispensable, et que nous ne pourrions pas mener notre politique européenne sans elle. 54 10 Si la RDA disparaissait, nos positions en Europe seraient gravement affaiblies. 54 20 Il lâavait bien compris. Mais on nâen a tiré aucune conclusion pratique. 54 27 Sâil nous avait demandé : Réfléchissez et dites-moi ce quâil faut faire à votre avis dans ce genre de situation, alors bien entendu, nous aurions réussi à proposer quelque chose à Moscou. 54 42 Mais il ne l'a pas fait. Et Kotchemassov nâa rien fait non plus. Au cours des réunions que nous avons eues par la suite, Kotchemassov a donné ce mot dâordre  54 54 Ne dramatisons pas, il ne faut pas dramatiser la situation en RDA, Michael Gorbatchev a déjà bien assez de soucis comme cela. 55 01
 
55 04 Commentaire
Pendant la nuit du 9 au 10 novembre, le Kremlin dormait. Le ministère des Affaires étrangères, à Moscou, ne se doutait pas de ce qui se passait à Berlin. Lâambassadeur Maximytchev nâa pas envoyé de message à Moscou. 55  18

55 20 Piotr Abrassimov 
Lâambassadeur dormait cette nuit-là, et je me suis demandé sâil fallait le réveiller pour informer Moscou. 55 32 Mais il était déjà bien tard pour entreprendre quoi que ce soit. Et il y avait un danger. 55 41 Si tout sâeffondrait immédiatement après que nous aurions envoyé cette nouvelle inquiétante à Moscou· 55 46 A Moscou, au sein du pouvoir, il y avait aussi des forces auxquelles une solution à la chinoise nâaurait pas déplu. 55 53 Au moment où tout le commandement dormait, de petits chefs insignifiants auraient pu prendre une décision aux conséquences très sérieuses. 56 05

56 09 Commentaire
Le risque dâune solution à la chinoise. Place Tienanmen. Câétait il y a un peu plus de dix ans. Et cela paraît tellement inconcevable aujourdâhui. 56 18


56 19
Comme les temps ont changé. Serguieï Krylov vit dans une autre époque.
56 26
Lâatmosphère est studieuse mais détendue dans lâambassade russe. Krylov impose la décontraction. La diplomatie, consiste à discuter avec tout le monde. Quel genre de film vous tournez  demande-t-il. Son attaché de presse lui répond 

56 43 Victor Koslikine 
Un documentaire dâune heure. Le contenu est à peu près le suivant  56 49: des photographies, des commentaires, des conversations avec des parents dâanciens ambassadeurs, 56 56 avec lâancien ambassadeur en RDA Abrassimov, avec lâenvoyé Maksimytchev, avec les filles de Sourits et de Krestinski. 57 00 Et puis quelques autres personnes quâils ont trouvées à Moscou. Tout cela mêlé à des prises de vue contemporaines. 57 11



Adaptation : 3i Traductions.

Adaptation   3i Traductions