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" BEST MAN "

Interventions "commentaire"

04:29 Philip Wohl [pron. Wôl] — ou Philly, comme on l’appelle en famille — est mon cousin. Moi, je me nomme Ira [pron. Ayra] Wohl et "Best Boy", dont vous voyez un extrait, est le film que j’ai fait sur lui il y a vingt ans. Philly, arriéré mental depuis sa naissance, en avait alors cinquante et vivait toujours chez ses parents, entouré de leurs soins et de leur affection. C’est alors qu’à l’occasion d’une réunion de famille, je me suis demandé pour la première fois ce qu'il deviendrait quand ses parents ne seraient plus là. C’était un sujet délicat, mais j’ai voulu leur en parler et nous avons commencé à envisager toutes les possibilités. C’est ainsi qu’ont commencé, pour Philly, ses premiers pas vers une plus grande autonomie, et pour moi, les quatre années de tournage qui ont abouti au film "Best Boy".05:07

05:32 On nous conseille, aux parents de Philly, à sa sœur Frances et à moi, d'entamer la démarche par un bilan psychologique. 05:39

06:13 L’étape suivante fut un examen neurologique.06:15

06:39 Nous avons fini par trouver un centre de ce type, et c’est ainsi que Philly, à 52 ans, a fait sa première rentrée scolaire.06:44

07:25 C’était la première fois que Philly quittait la maison sans ses parents, et cette expérience nouvelle l’excitait prodigieusement.

Le simple fait de s’acheter une glace au magasin du coin était pour lui une fête et une libération. 07:37

07:47 Cet été-là, Philly franchit un autre grand pas en participant à un camp de vacances de deux semaines : pour la première fois de sa vie, il dormait loin de chez lui !

Mon oncle, souffrant de diverses maladies, faisait la navette entre la maison et l’hôpital.08:03

08:40 Après plusieurs mois, mon oncle mourut.08:43

09:10 A peine un an plus tard, une occasion s’est présentée d’assurer l’avenir à long terme de Philly. Mais en parler à ma tante, si peu de temps après la mort de mon oncle, fut un des moment les plus pénibles de ma vie.09:20

10:21 Ma tante finit par accepter, sachant que c’était pour le bien de Philly.10:25

10:32 Ça n’a pas dû être une journée facile pour ma tante. Mais elle s’en est tirée d’une manière très digne, et avec même une pointe d’humour.10:39

10:59 Quatre ans après le début de sa grande aventure, une nouvelle vie commençait pour Philly.11:03

11:08 Moins d’un an plus tard, ma tante mourut à son tour.11:10

11:19 Au départ, je voulais seulement témoigner des progrès de Philly, mais le projet du film a évolué pour devenir l’histoire d’un garçon quittant la maison où on l’avait tant aimé, et du bouleversement qui s'ensuivit dans la vie de tous ceux qui l’entouraient.

11:34 Il y a 20 ans que j’ai fait "Best Boy", et les gens me demandent encore des nouvelles de Philly ; ils veulent savoir s’il vit toujours... Il est bien vivant, et s’apprête à fêter son 70e anniversaire. Il vit dans le même centre d’accueil et, pour autant que je sache, s’y sent parfaitement heureux.

11:51 Frances [pron. Fran’cès], sa soeur, habite juste à côté, et il a de nombreux amis qui sont pour lui comme une seconde famille. Il peut aussi compter sur moi, bien que je le voie beaucoup moins souvent qu’avant depuis que je vis à Los Angeles, à 5.000 kilomètres de là. Aussi, quand je lui ai rendu visite l’an dernier pour lui présenter Jan [Djènne], ma femme, j’ai été très frappé de voir combien la vie de Philly avait changé depuis "Best Boy". J’ai voulu en savoir plus et c’est ainsi que - tout en ayant abandonné le cinéma pour devenir psychothérapeute - je me suis bientôt retrouvé de nouveau en train de filmer la vie de Philly. Quant à lui, il était ravi de nous avoir à ses côtés.12:32

12:46 Chaque matin, tout comme vous et moi allons à l’école ou au travail, Philly se rend au centre de jour.12:51

14:50 Philly se débrouille sans peine avec les plateaux : il a toujours adoré faire la vaisselle ! Et chaque semaine, après sa paye, il va prendre un café avec Glen, son professeur, et Maureen [pron. Maurîne], une amie, pensionnaire du même centre d’accueil.15:03

17:32 Je me suis toujours senti proche de Philly et Frances, même quand j’étais très loin d’eux physiquement. Ce film m’a permis, au moins pour un temps, de partager leur vie.17:41

18:01 Frances a maintenant le même âge que la mère de Philly quand nous avons commencé à tourner "Best Boy", et elle ressemble beaucoup à sa mère, notamment par son dévouement envers Philly.18:10

18:58 Le tournage s'effectue avec la même équipe que pour "Best Boy" : il y a Tom, Peter, et aussi sa femme Catherine. Avec le temps, nous sommes tous devenus très amis.19:07

22:06 En plus d’inviter Philly chez elle un week-end sur deux, Frances suit de très près sa vie au centre d’accueil. Au fil des années, elle est devenue un peu son ange gardien.22:16

22:51 Dana, l’infirmière du centre d’accueil, la tient au courant de la santé de Philly.22:56

33:14 Nous sommes venus rendre visite à notre cousine Phyllis, qui vit à Coney Island, près de la plage. Elle et Frances ont à peu près le même âge, mais elles ne voient pas la vie de la même manière.33:22

34:08 Phyllis et Philly ont hérité non seulement du même nom, celui d’un parent, mais aussi, dirait-on, d’une même joie de vivre.34:13

37:56 Comme le veut la tradition juive, juste avant le Nouvel An, en septembre, je propose à Frances d’aller nous recueillir tous ensemble sur les tombes de leurs parents, à elle et Philly, et sur celle de Norman, son mari. Je suis surpris d’apprendre qu’elle n’a jamais emmené Philly, de peur que l’émotion soit trop forte pour lui.38:13

45:20 Une fois par semaine, Philly participe à un groupe de culture juive dans un centre Y.M.C.A. [pron. Ouaille aime scie éille] à Manhattan.45:24

46:30 Chaque vendredi soir, avant l’office du Sabbat, l’animateur lance un débat sur un sujet d’intérêt général.46:36

49:18 En voyant Philly participer à l’office, j’ai commencé à me demander pourquoi lui aussi n’aurait pas sa Bar Mitzvah. Après tout, il n’a fait que de bonnes actions dans sa vie. Et puis, fondamentalement, il est vraiment devenu un adulte. Alors pourquoi le priver de cette marque de reconnaissance à laquelle nous avons eu droit ?49:34

50:26 Trouver le bon rabbin n’a pas été aussi facile que je me l’imaginais ! Après quelques tentatives infructueuses auprès des rabbins du réseau new-yorkais, j’ai fini par m’adresser au centre de renseignements de Miami pour obtenir le numéro de celui qui avait célébré ma propre Bar Mitzvah, il y a 40 ans. Et lui m’a adressé à un rabbin nommé Aizenberg, un de ses protégés, venu d’Argentine à New York au début des années ‘80, et qui avait justement sa congrégation pas très loin du quartier où habite Philly.50:51

54:36 La date de la Bar Mitzvah fut fixée aux environs du 70e anniversaire de Philly. J'ai commencé à contacter toute la famille. Mais là, très bizarrement, sans succès..54:46

55:08 J’ai fini par établir le contact...55:10

56:26 Philly parlait souvent de me rendre visite en Californie. Le moment de la Pâque, où chaque année toute notre famille avait coutume de se retrouver, semblait le meilleur choix.56:36

00:13 Je me suis souvent demandé si Frances n’était pas amère d’avoir hérité de la charge de Philly à la mort de ses parents. Mais, en passant du temps avec eux ces derniers mois, j’ai fini par comprendre qu’elle a choisi d’assumer cette tâche auprès de Philly, malgré tout ce que ça lui a coûté dans sa propre vie.00:30

04:59 Pendant la promenade de Jake [pron. Djéyk], je réalise soudain que Philly est le premier membre de notre famille à nous rendre visite en Californie. Certes, je suis un enfant unique, et j’ai perdu mes parents il y a des années. Mais la présence de Philly pour la Pâque me fait mesurer comme on perd vite le contact avec le passé, et combien cela me manque parfois.05:20

07:34 La tradition veut qu’on porte un costume neuf pour sa Bar Mitzvah.07:37

07:39 Je suis heureux de prendre Philly sous mon aile. Je connais un tailleur idéal.07:43

09:49 Chaque année, Jan et moi nous fêtons la Pâque avec nos amis Ken et Jess et leurs deux filles, Lea et Joanna. Ken est cinéaste et Jess travaille à la fondation Shoah sur les témoignages vidéo des survivants de l’holocauste.10:01

10:36 Cette année, la Pâque tombe le même jour que l’anniversaire de Jan — mais, à voir l’enthousiasme de Philly, on jurerait que c’est le sien !10:45

15:29 Deux jours avant sa Bar Mitzvah, Philly a un dernier rendez-vous avec le rabbin.15:33

21:26 Je suis sincèrement impressionné de voir à quel point Philly a été à la hauteur. Je ne serais pas plus fier de mon propre fils ! En un sens, c’est presque comme si j’avais pu organiser la Bar Mitzvah du fils que je n’ai jamais eu.21:39

24:22 Dans le temps, quand on me demandait des nouvelles de Philly, je répondais souvent, en riant, que je nous souhaitais à tous une vie aussi pleine et aussi heureuse que la sienne...

24:29 Aujourd’hui, je comprends à quel point j’étais dans le vrai. Philly reçoit l’amour de beaucoup de personnes, mais il est tout aussi évident qu’il apporte à chacun quelque chose d’unique ; et je suis heureux d’être parmi ceux-là.24:43

 

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