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WALL STREET

 

2:22 Commentaire

Dans la salle des marchés d'une grande banque d'affaires américaine, les traders actions suivent le mouvement perpétuel du cours des actions où alternent la hausse et la baisse. 2.29

 

3:24 Jerry Gleason

Plus jeune, j'avais une vision grandiose de Wall Street : tout le monde portait des bretelles, était millionnaire, côtoyait le gotha de la finance avec gros cigare, femme superbe, grosse voiture, alcool fort et maison immense. Mais je reconnais que c'est un peu surfait. 03.47

 

4:07 Richard Grasso

Wall Street canalise les rêves et les concepts des entrepreneurs novateurs et peut les transformer en réussites exceptionnelles, grâce aux épargnants qui sont prêts à prendre le risque. 4.25

 

4:26 Jill Considine

Pour moi, aujourd'hui Wall Street est un nom plus qu'une réalité. C'est peut-être la première rue virtuelle dans le monde. Concrètement, Wall Street est partout. Elle fonctionne 24 heures sur 24, sur les cinq continents. 4.39

 

4:41 Commentaire

Nous avons tourné ces images au mois de février 1997.

L'indice Dow Jones Industrial franchit alors pour la première fois la barre des 7 000 points.

L'ambiance est à l'euphorie et à la nervosité.

Environ 250 000 personnes travaillent pour Wall Street : traders actions, traders devises, courtiers en valeurs mobilières, intermédiaires financiers, analystes, spécialistes, stratèges, credit managers, employés et administrateurs. Soit un quart de million de banquiers de toutes sortes.

Les grandes banques américaines sont ici en terrain conquis : Goldman Sachs, J.P. Morgan, Merryll Lynch, Bear Stearns, Chase Manhattan, entre autres. Par ailleurs, 300 établissements financiers américains ou étrangers possèdent une filiale ou une succursale dans Wall Street.

En 1996, les 150 000 employés du secteur des actions ont touché 8,1 milliards de dollars de primes.

En cette fin du XXe siècle, la notion d'argent m'intéresse tout particulièrement.

J'observe Jerry Gleason, trader devises, et Joseph Roche, un trader actions. Je suis invité par le New York Stock Exchange qui compte parmi les plus puissantes Bourses du monde, et reçu par Joe Borello, le cordonnier, propriétaire d'un petit magasin juste au coin de la rue.

Le montage de mes observations suit la chronologie d'une journée imaginaire, une journée vraiment ordinaire sur Wall Street en ce mois de février 1997. 6.15

 

6:44 Commentaire

Huit heures, New York Stock Exchange :

Dans son bureau, Maria Bartiromo, correspondante boursière de la chaîne d'info économiques CNBC prépare son premier direct de la journée. 6.54

 

8:02 Commentaire

Huit heures trente, Bear Stearns : salle des marchés. Bear Stearns figure parmi les dix premières banques d'affaires américaines. Elle emploie 7 600 personnes dans le monde entier.

Le trader sur devises Joseph Roche nous explique son travail. 8.15

 

8:16 Joseph Roche

Chacun des teneurs de marché présents ici gère un compartiment d'environ 35 titres. 8.23

 

8.23 Thomas Oui.

 

8.24 Joseph Roche

Les sociétés cotées opèrent dans de nombreux secteurs : biotechnologie, high-tech, électronique et services de santé. Nous, opérateurs, sommes responsables, un jour donné, des transactions initiées au sein de notre banque, à savoir Bear Stearns. Comme je l'ai dit, nous avons des clients institutionnels. Il s'agit des SICAV et des fonds de pension. Nous opérons également pour le compte de gros clients voulant acheter ou vendre des titres. Ce sont eux nos principaux clients. Et puis, il y a la clientèle privée des épargnants. Ils sont également très importants. En réalité, personne n'est plus important pour nous. Seulement... cela dépend qui injecte le plus d'argent dans le marché à un moment donné.

Voilà comment nous procédons. Nos clients nous passent des ordres et nous facilitons leur traitement. Nous essayons d'assurer la liquidité du marché. Comme je vous l'ai dit, nous négocions les actions dans une optique de profit. 9.12

 

9:15 Commentaire

Au même moment, quelques centaines de mètres plus loin dans la filiale de la Münchner Hypobank sur Wall Street :

Le trader devises Jerry Gleason à son poste de travail. 9.20

 

9:21 Jerry Gleason

D'une manière générale, toutes les informations plus ou moins disponibles à travers le monde sont affichées sur ces écrans devant moi. Nous sommes connectés au système d'information Reuters, au système Teleroid et aussi à Blumberg Nightraider.

Il s'agit essentiellement de données macroéconomiques me permettant d'anticiper la tendance des marchés, de savoir si une économie est plus performante qu'une autre, ou encore si une situation politique pourrait s'aggraver. Je peux également juger d'une ambiance de marché haussière ou baissière. Ces facteurs influent sur la devise et sur les taux d'intérêt d'un pays, de même sur ses entrées et sorties de capitaux. Pour le trader devises que je suis, le seul moyen de profiter de ces circonstances de manière à faire gagner de l'argent à ma société, c'est d'en décrypter les conséquences et d'intervenir de façon adéquate sur le marché. Et ce faisant, je dois réaliser un profit pour la banque. 10.11

 

10:18 Commentaire

Huit heure quarante-cinq :

Maria Bartiromo peu avant sa première intervention. 10.22

 

12:35 Carl Amendola

Je dirais que l'on commence à parler d'opération de changes importante quand le montant unitaire se situe entre 50 et 100 millions de dollars. Pour certaines banques, comme les chefs de file des grandes places financières, la Deutsche Bank en Allemagne par exemple, ce montant pourrait être plus élevé encore. Pour eux, une transaction importante porterait sur 100 à 200 millions. 12.59

 

13:00 Jerry Gleason

Il m'est arrivé certains jours de faire un bénéfice de 550 000 dollars, ou autant de pertes. Un jour, j'étais dans le rouge à concurrence de ce montant et j'ai terminé la journée avec un profit presque équivalent. Ce qui correspond à une variation de presque un million de dollars. C'est un peu éprouvant pour les nerfs. 13.20

 

13:21 Joseph Roche

On n'y pense même pas. On se concentre sur les titres sans penser aux sommes en jeu. Il s'agit de 10 000 ou de 50 000 actions. Bien sûr, on sait dans notre tête que cela représente des sommes énormes, mais on n'y pense pas... vous savez... j'ai actuellement pour trois millions de dollars d'actifs dans mon portefeuille. On ne fonctionne pas comme ça. On suit les deux P tout au long de la journée, c'est-à-dire les pertes et profits. On connaît le montant total de sa position, mais on n'y songe pas vraiment. 13.50

 

13:51 Richard Grasso

En 1996, nous avons totalisé plus de 413 millions de titres échangés par jour. L'équivalent d'environ 16 milliards de dollars quotidiennement. Depuis le début de 1997, notre volume de transactions porte sur presque 527 millions de titres. Soit plus de 20 milliards de dollars par jour. 14.18

 

14:19 Jill Considine

Notre moyenne se situe actuellement aux environs de 1,3 billion de dollars. C'est-à-dire 1,3 multiplié par 10 puissance 12. C'est le nombre de zéros qu'il convient d'aligner. Mais ce chiffre ne correspond qu'à 213 000 transactions par jour. Le lendemain d'un jour férié aux Etats-Unis, le volume peut atteindre deux billions de dollars. Alors seulement, on commence à qualifier d'importants les montants qui transitent par la Chambre de compensation. 14.43

 

14.44 Thomas

Deux billions de dollars, ça représente combien de zéros ? 14.46

 

14.47 Jill Considine

Eh bien deux billions, c'est deux suivis de douze zéros. Donc c'est 2 000 000 0... et ainsi de suite. En 27 ans, nous avons assuré la compensation de presque trois mille billions de dollars. C'est-à-dire trois suivis de 15 zéros. 15.09

 

15:34 Commentaire :

Neuf heures.

Réunis à Berlin, les chefs d'Etat et de gouvernement des pays du G 7 délibèrent sur la situation économique de leurs pays. Jerry Gleason suit les flashs de presse officiels de Helmut Kohl et recherche en même temps de possibles effets sur son activité de trading en dollars américains et en yens. 15.51

 

17.02 Commentaire :

Neuf heures quinze, New York Stock Exchange :

Quinze minutes avant l'ouverture. Sur le parquet, c'est l'effervescence. 4 000 personnes travaillent dans les salles de marchés de cette Bourse. 2 900 sociétés, dont cinq entreprises allemandes parmi lesquelles Daimler Benz et Telekom, ont à ce jour été admises à la cote du New York Stock Exchange après un examen à la loupe. 17.24

 

17:46 Richard Grasso

Cette Bourse fonctionne sur le mode d'un marché aux enchères. Mais contrairement à une vente aux enchères dans le domaine de l'art, il s'agit d'une vente aux enchères unitaire où un commissaire-priseur est confronté à un groupe de vendeurs qui surenchérissent l'un après l'autre jusqu'à ce que le silence se fasse. L'objet de la vente est alors attribué à la personne ayant fait l'offre la plus élevée. Sur le marché boursier, les acheteurs augmentent leur prix et les vendeurs le baissent jusqu'à ce que l'offre et la demande atteignent un point d'équilibre qui débouche sur une transaction. En fait, l'année passée, la plus active depuis notre création, près de 80 % des volumes échangés ont été initiés par la mise en relation d'acheteurs et de vendeurs potentiels par l'intermédiaire de courtiers dans le cadre de ce mécanisme de détermination des prix. 18.41

 

19:21 Joseph Roche

Avant l'ouverture, le marché est toujours très animé. Les opérateurs jonglent avec les positions. Ils préparent leurs ordres et tentent d'amener les prix au niveau qui leur convient. C'est pourquoi les fluctuations sont nombreuses à cet instant.

C'est bon ça ?

L'ouverture devrait se révéler assez active. J'entends beaucoup de cris. Beaucoup de bénéfices ont été publiés aujourd'hui. Nous en parlions tout à l'heure, des bénéfices distribués par certaines sociétés. Que les résultats soient bons ou mauvais, les cours deviennent volatiles. C'est pourquoi les choses devraient bouger ce matin pour beaucoup de ces titres. 19.58

 

19.59 Thomas

Vous aimez le moment de l'ouverture ? 20.00

 

20.01 Joseph Roche

Oui. J'aime la matinée. J'aime la première et la dernière heures de cotation. Le marché est très actif. J'aime être actif. OK, on est prêts. 20.06

 

20:55 Commentaire

James A. Jacobson, membre du New York Stock Exchange à son poste de travail.

Il remplit trois fonctions : comme courtier, il doit respecter à la lettre les ordres transmis par ses clients institutionnels et défendre leurs intérêts lors des achats et cessions de titres. Comme trader, il spécule pour son propre compte dans les limites extrêmement strictes fixées par la Bourse. Enfin, en qualité d'intermédiaire du marché des actions, il aide les vendeurs à trouver des acheteurs, et inversement les acheteurs à trouver des vendeurs. 21.22

 

22:46 Commentaire :

Au même moment, au siège de la banque d'affaires Bear Stearns. 22.48

 

24.54 Thomas

Qu'est-ce que vous pouvez faire ? 24.55

 

24.56 Joseph Roche

Je peux faire une chose, même deux. Je peux couvrir et recommencer. Enregistrer les pertes et essayer d'en refaire une partie dans le courant de la journée. Ou bien ce que je vais probablement faire, c'est rester court sur ce titre et le négocier. Vous savez, ... en espérant qu'il remonte, et si c'est pas le cas, nous vendrons davantage pour faire monter notre prix. Pour tenter de couvrir par la suite. C'est monté très vite. Généralement lorsque ça arrive, il existe deux scénarios possibles, ou il continue à grimper, ou il se stabilise puis retombe. 25.25

 

25.26 Thomas

Combien de titres avez-vous achetés ? 25.27

 

25.28 Joseph Roche

J'en ai vendu 25 000 à un client, alors un point de plus c'est une perte de 25 000 dollars. 25.34

 

25:36 Commentaire

A Berlin, le sommet des pays du G 7 se poursuit. Jerry Gleason détient quelques " positions longues ", des positions d'achat à long terme de dollars contre yens. Mais les déclarations politiques des chefs d'Etat ont un impact instantané sur le cours des devises en sa défaveur. Jerry Gleason essuie des pertes. 25.55

 

27.22 Thomas

Qu'est-ce qui ne va pas ?

 

27.23 Jerry Gleason

Le dollar/yen ne monte pas.

Le dollar est fort contre toutes les devises sauf le yen. A cause des ventes massives de mark/yen. Alors s'ils vendent le mark/yen, ils doivent vendre le dollar/yen aussi et acheter du dollar/mark. La tendance générale du dollar est haussière sauf contre le yen. La situation n'évolue pas dans mon sens. 27.43

 

27:49 Joseph Roche

Nous regardons ces écrans pendant la majeure partie de la journée. Nous observons. Et nous nous tenons prêts à intervenir à tout moment pour acheter ou vendre des actions. Parfois vous voyez des gens simplement assis là comme ça. Et ça nous arrive souvent. Nous sommes sur le qui-vive, nous suivons les fluctuations de cours, et nous sommes prêts à faire des offres, ou à acheter des actions. Il faut être très rapide. Extrêmement rapide, sinon un autre saisira l'occasion. 28.18

 

28.19 Thomas

Combien de personnes consultent l'écran en même temps ? 28.22

 

28.23 Joseph Roche

C'est affiché ici. A cet instant précis, dix personnes regardent cet écran. Maintenant, sur celui-ci il y en a trente. 28.32

 

28.33 Thomas

Lequel ?

 

28.34 Joseph Roche

Ici. Trente personnes sont connectées. 28.36

 

28.37 Thomas

Et où se trouvent-elles ?

 

28.38 Joseph Roche

Dans tout le pays. 28.39

 

28:41 Jill Considine

A Wall Street, être agressif signifie pour moi savoir maîtriser les enjeux. Vous devez être, selon une expression typiquement new yorkaise, " au charbon ", vous ne pouvez pas vous mettre en retrait, vous installer confortablement et attendre que les choses vous tombent du ciel. Vous devez les provoquer et aller dans le sens du vent. Vous devez maîtriser la situation et comprendre ce qui se passe. Vous devez communiquer et tirer le meilleur parti de vos talents personnels. 29.07

 

29:08 Carl Amendola

Selon moi, il faut ignorer la peur, savoir prendre des risques et être habité par une envie presque insatiable de réussite. Je veux dire par là que toute personne ayant travaillé à Wall Street sait pertinemment que si elle a réussi, elle est capable de faire tout à fait autre chose dans la vie. C'est à mon sens l'état d'esprit qui prédomine. Cela relève, je crois, plutôt de la confiance en soi que de l'arrogance. 29.43

 

29:44 Jerry Gleason

C'est presque une drogue. J'ai toujours aimé ça. Par exemple, en me rendant à l'entretien pour mon premier travail avec la maison de courtage, je suis entré et j'ai immédiatement ressenti une sorte de poussée d'adrénaline. Je me suis dit, c'est de ça dont j'ai besoin. C'est ce que je désire. 30.00

 

30.01 Thomas

Pourquoi ?

 

30.02 Jerry Gleason

J'aimerais pouvoir vous l'expliquer. Mais je n'en sais rien. J'ai toujours agi de cette manière. Tout le monde se moque de moi parce que je fais du saut en parachute le week-end et j'arrive au boulot en moto. C'est simplement une manière de me faire plaisir. 30.14

 

30.15 Thomas

Vous aimez le risque ?

 

30.16 Jerry Gleason

J'aime le risque, oui.

 

30.17 Thomas

Quel risque pouvez-vous ou devez-vous prendre dans votre métier ? 30.21

 

30.22 Jerry Gleason

C'est la fonction en elle-même qui définit le risque. Notre tâche consiste à prendre des risques pour faire un profit, et pour cela vous devez prendre une position. Vous devez vous faire une opinion sur une devise et décider si elle est sous-évaluée ou surévaluée. Nous gérons le risque chacun de notre côté. 30.44

 

30:45 Kurt Sachs

Wall Street paie des primes. Ainsi, de jeunes traders peuvent gagner beaucoup d'argent très vite. Certains d'entre eux gagnent même plus que moi. Dans ce contexte, je leur recommande fortement d'en mettre une bonne partie de côté chaque année en prévision des mauvais jours. Car tout se paie un jour. Je veux dire qu'un trader sait cela. Il en a conscience. Il n'y a pas de surprises ici. Il n'est pas étonné, arrivé à 35 ou 40 ans, de constater qu'il est moins performant et que ses revenus baissent. Il sait cela. Et comme il le sait - c'est quelqu'un d'intelligent, sinon il n'occuperait pas ce poste - il doit anticiper sa reconversion. 31.27

 

31.29 Thomas

Avez-vous déjà rencontré des gens qui ont craqué ; comment cela se manifeste-t-il ? 31.33

 

Kurt Sachs

31.31 Oui.

31.35 Nous avons même eu plusieurs personnes dans ce cas l'année dernière. Il faut alors se séparer. 31.39

 

31.40 Thomas

Comment cela se traduit-il ? Je veux dire comment... ? 31.43

 

31.43 Kurt Sachs

Ils tombent malades, se droguent, ne viennent plus au bureau ; on les remarque tout de suite au sein de l'équipe. Ils commettent des erreurs impardonnables. 32.02

 

32:03 Commentaire

Pas de commentaire dans la version finale allemande enregistrée

 

32:10 Commentaire

Joe Borello est propriétaire de son magasin sur Wall Street depuis 25 ans. Pour un forfait journalier de 20 dollars, Michael Johnson, Adrion Martinez et Cesar Orosco lui louent un fauteuil, ils peuvent ainsi cirer des chaussures pour leur propre compte. 32.27

 

34.44 Commentaire

Midi trente.

Jerry Gleason continue à enregistrer des pertes sur le dollar/yen. 34.48

 

37:06 Carl Amendola

Voilà ce qui s'est passé : Robert Rubin, le secrétaire au Trésor du gouvernement américain, a fait une déclaration avant le début du sommet de Berlin. En résumé:  tout le monde se fait du souci à propos de la volatilité des monnaies. L'orientation générale et le sentiment dominant au sein des partenaires du G 7 tendent vers une situation plus confortable. Cependant, la seule chose qui les rend un peu nerveux, c'est la vitesse à laquelle fluctuent les cours dollar/yen et dollar/mark. De même, les Japonais seront bien entendu représentés lors de ce sommet et le yen a considérablement baissé face au dollar. Alors, ceux qui avaient acheté du dollar contre le yen au cours des dernières semaines commencent à se dire qu'il y aura peut-être un changement de politique dans le courant du week-end. Mieux vaut donc cesser d'acheter du dollar à tout va.

Ce qui s'est passé, je pense que Jerry avait sous la main des ordres transmis par ses clients et d'autres sociétés affiliées de la Hypobank. Par ailleurs, il avait pris une position personnelle, il a dû un peu se laisser surprendre. Il a été obligé de réagir extrêmement vite pour couper court à toute perte éventuelle. 38.22

 

38:44 Jill Considine

Certaines personnes trouveront peut-être choquant que l'on soit amené à prendre une décision portant sur plusieurs centaines de millions de dollars en l'espace de trente secondes. Et cela arrive constamment au cours d'une journée. Alors vous devez être affûté ; être sur le qui-vive, être prêt à prendre des décisions et à vous y tenir. Parce que le monde ne s'arrête pas de tourner quand vous êtes en train de réfléchir. 39.07

 

39:09 Richard Grasso

Nous pouvons prendre un ordre à Francfort, le transmettre à New York, le présenter, l'exécuter et le renvoyer à Francfort en 22 secondes. Au cours d'une journée ordinaire, 80 % de nos ordres transitent par la super autoroute dédiée à la bourse, un système appelé Super DOT. Ces ordres représentent moins de la moitié du volume de titres négociés par nos services. 39.37

 

39:38 Carl Amendola

C'est généralement la personne disposant du jouet le plus rapide qui gagne. L'information est là depuis toujours;  la vitesse à laquelle elle est transmise fait seule la différence. Si un autre opérateur possède un système d'information plus performant, il détient incontestablement un avantage. 39.56

 

39:58 Kurt Sachs

Regardez le montant des investissements consacrés à l'informatique sur cette place. Les géants, dont nous parlions tout à l'heure, - car il faut bien parler de géants - investissent jusqu'à un milliard de marks, pardon, de dollars par an dans le développement de leur infrastructure informatique. Face à de telles sommes, on est bien obligé de prendre un peu de recul. Un milliard de dollars sur douze mois ! Même nous, avec une structure pourtant plus modeste, nous investissons un tiers de toutes nos dépenses dans le développement informatique. Car la rapidité des transactions dépend du matériel informatique et des logiciels. 40.59

 

41.01 Commentaire

Midi quarante-cinq. 41.02

 

42:22 Commentaire

13 heures : déjeuner. 42.24

 

44:20 Michael Johnson

Quel que soit ton travail, fais de ton mieux. On ne sait jamais ce qui peut arriver. Fais de ton mieux. Que ce soit un sale boulot ou un bon boulot, fais de ton mieux. Car il y aura toujours quelqu'un pour regarder par-dessus ton épaule. Tu ne le sais pas, mais quelqu'un t'observe. Alors fais de ton mieux. J'essaie, moi, de faire le mieux que je peux. Par exemple nous avons -combien ?- cinq types de cirages différents. Cirage miroir, cirage crème, cirage normal etc. Pour moi, tous les cirages que je fais doivent être des cirages miroir. Et je les fais payer, parce qu'un cirage miroir c'est - euh...- trois dollars, comme un cirage normal, - pardon, un cirage normal, c'est euh... deux dollars. Le cirage crème c'est trois dollars. Mais personnellement, je considère la plupart de mes cirages comme des cirages miroir. Et je facture deux dollars. Sauf si vous entrez et vous demandez un cirage miroir, alors je vous facture trois dollars. C'est comme ça. J'essaie de faire de mon mieux, de toute façon. 45.13

 

45:14 Carl Amendola

En Allemagne, vous avez une main-d'oeuvre qui, à mon avis et d'après mon expérience, travaille dur, mais qui travaille pour vivre. En Amérique nous avons une situation extrême. Je crois que nous vivons pour travailler. Et dans le cadre de notre vie professionnelle, nous sommes tellement obsédés par la réussite et l'argent, que nous n'avons parfois pas de temps à consacrer à la vie de famille ou aux amis. Ou de prendre davantage de vacances. En Allemagne, comme en Europe, je crois que vous faites preuve d'une attitude plus civilisée. 45.54

 

45:55 Commentaire

Quatorze heure quinze, Bear Stearns. 45.58

 

46:53 Joseph Roche

A l'instant, je viens de regarder l'action et j'ai décidé de vendre à ce prix-là.

Alors j'ai dit à tous mes vendeurs que je voulais vendre.

Alors j'espère qu'ils vont me trouver des acheteurs.

C'est une autre manière de lancer une perche... pour, vous savez...

J'ai décidé de vendre à ce prix-là si un client est prêt à le payer. 47.11

 

48.18 Joseph Roche

Bon.

Tout le monde aime ce jeu. C'est un autre aspect. C'est un environnement très intense. Alors on apprend très vite à se connaître. On est entraîné dans une sorte de... on sait très vite à qui on a affaire. On s'entraide, vous savez. Les gens s'énervent. Quand on n'est pas occupé, on aide les autres. C'est impératif, impératif. Un jour vous aurez à votre tour besoin d'un coup de main, et vous voudrez être aidé.

Alors..., des fois, vous avez l'impression que vous pouvez quitter tout ça. Mais si vous y êtes déjà depuis un moment, vous n'y arrivez pas. Vous devenez, euh, ... accro. C'est une partie de quitte ou double.

Bien sûr je ne suis pas un habitué des " Joueurs Anonymes ", mais... C'est un bon moyen de gagner sa vie. Vous savez, vous arrivez au bureau et vous êtes content d'avoir une activité satisfaisante et... et d'être le meilleur. 49.06

 

49:07 Thomas

Comment ça va Jerry ? 49.09

 

49.10 Jerry Gleason

Ca ne peut pas vraiment être pire. Je n'avais pas vu ça depuis longtemps. Le dollar/yen s'est creusé d'un bon chiffre sur trois ou quatre prix. Ca n'arrive pas si souvent. Mais nous avons bien maîtrisé la situation. Nous avons largement profité du mouvement. Beaucoup de grandes banques d'affaires ici à New York ont vendu du dollar. Et maintenant on rigole, parce que la bécane ici nous permet de faire jeu égal avec elles. Bien que nous soyons beaucoup plus petits, nous disposons exactement des mêmes informations. 49.43

 

49:46 Jill Considine

Si Wall Street n'existait pas, beaucoup de ces gens seraient acteurs. Ainsi, ils seraient toujours en train de faire leur numéro devant un public. Et c'est exactement ça, vous êtes toujours en train de jouer un rôle. Et le retour d'information est instantané, car les décisions que vous prenez au cours de la journée se reflètent dans le montant des profits totalisés à la fin de cette journée, le comportement du marché des actions à la clôture. Et ces gens sont inévitablement attirés par ce type de tension. Et c'est une sorte de cercle vicieux. Vous sentez l'énergie qui se dégage ici, et elle attire toujours davantage de gens voulant vivre dans un environnement électrique comme celui-là. 50.20

 

50:22 Commentaire

Peu avant trois heures : encore une bonne heure avant la clôture de la Bourse. 50.26

 

51:20 Jerry Gleason

Je pourrais négocier des devises dans ma cave sur mon ordinateur si je voulais. Je pourrais ouvrir un compte, négocier à la Bourse de Chicago, m'installer comme trader pour mon propre compte et regarder exactement les mêmes écrans que ceux-là. Des millions de nouveaux opérateurs peuvent surgir à tout moment, très gros ou tout petits. 51.44

 

51:46 Jill Considine.

L'argent est en train de se transformer en un simple bit électronique circulant tout autour du monde. L'Union européenne se prépare à l'avènement de l'euro, le monde se modernise et l'argent va devenir quelque chose qui circule exclusivement sur un petit morceau de plastique. Les gens ne se promèneront plus avec des dollars ou des deutschemarks dans leurs poches. Et cela arrivera bien plus vite que nous n'oserions même l'imaginer. 52.13

 

52:14 Richard Grasso

Les économies basées sur l'endettement ont échoué, aussi bien en ex-URSS qu'en Allemagne lors de la réunification. Le capital prime sur la dette, l'initiative du secteur privé sur la planification, la liberté des prix sur les mesures gouvernementales. Toutes ces mutations dans notre environnement, dans un laps de temps relativement court, ont écrit ce que je considère comme le dernier chapitre du futur. Cela recouvre toute une culture, une planète d'investisseurs plutôt que d'emprunteurs. Une planète où les principes d'économie de marché gouvernent la réussite commerciale et non l'action gouvernementale. 53.02

 

54:02 Commentaire

Encore deux minutes jusqu'à la clôture de la séance. 54.05

 

55:35 Joseph Roche

Nous avons fait 25 000 dollars. C'est pas mal, vous savez. On se donne du mal pour réaliser un bon mois. En fait, nous générons surtout des commissions. Les opérations négociées pour le compte des clients nous ont rapporté 25 000 dollars de commissions. Ca signifie que nous avons probablement négocié trois à quatre cent mille actions dans le portefeuille aujourd'hui. C'est peu. Ce n'est pas une mauvaise journée en soi, mais nous avons l'habitude de faire mieux -vous savez...beaucoup mieux. 56.08

 

56.11 Thomas

Qu'est-ce que vous faites ce soir ? 56.12

 

56.13 Joseph Roche

Ce soir j'emmène mon fils au cinéma. 56.14

 

56.16 Thomas

Pour voir quel film ?

 

56.16 Joseph Roche

Star Wars, le XXe anniversaire. 56.18

 

56:32 Maria Bartiromo

Les titres pharmaceutiques sont en baisse d'environ 32 points aujourd'hui, tout comme l'indice S&P pharmaceutique. L'indice S&P des équipements électriques a perdu 24 points aujourd'hui, les titres pétroliers affichent les plus mauvaises performances après le textile, avec une baisse d'environ 100 points de l'indice S&P concerné.

Du côté des titres en hausse, les chaussures avec les titres Nike et Fila se sont également bien comportées, en hausse de 57 points. Les titres de l'industrie du divertissement et des produits pharmaceutiques s'inscrivent en hausse, avec les produits de consommation comme Procter & Gamble et quelques marques d'équipements domestiques et de produits de consommation. Ainsi se termine la séance d'aujourd'hui. Je vous rends l'antenne, Bill. 57.05

 

57.12 Merci. Ca y est. 57.16

 

58:07 Jill Considine

Comment j'investirais 100 000 dollars pour vous ? Eh bien, je suis très mondialiste. Je diversifierais probablement la somme, dans le monde entier. Une partie sur les marché émergents, une partie aux Etats-Unis et très certainement également en Europe. Et je l'investirais en actions. 58.29

 

58:30 Richard Grasso

Vous savez certainement, que les présidents du Stock Exchange qui sélectionnent les différents titres cotés deviennent d'anciens présidents du Stock Exchange. Alors je ne m'aventurerais pas à choisir des stocks. Je vous indiquerais seulement que, parmi toutes les formes de placement, les actions ont réalisé au cours du XXe siècle les meilleures performances. 58.51

 

58.54 Joe Borello

J'irais voir ma femme pour savoir ce qu'elle veut en faire. C'est elle... -ce n'est pas elle qui tient les cordons de la bourse, mais c'est elle qui le dépense, ouais.

C'est vrai, ça mérite réflexion. C'est certain.

C'est vous qui faites l'interview mais c'est à mon tour de vous poser une question.

Réfléchissez. Si vous avez cent dollars, ou bien cent mille dollars ou encore cent millions de dollars ou cent milliards de dollars. 10 à la puissance 50, vous savez, vous vous rappelez de vos maths ? Ca fait combien de milliards ? Je n'en sais rien. Mais dix fois dix à la puissance cinquante, ça ferait probablement tellement de zéros que ça irait jusqu'à l'autre côté de la rue. Seriez-vous plus heureux pour autant ?

Combien en faut-il pour être heureux ? 59.52

 

59.53 Thomas

C'est une bonne question.

 

59.54 Joe Borello

Certains n'ont jamais eu 100 dollars entre les mains ; vous leur donnez 100 dollars et ils se croient millionnaires. D'autres, vous leur donnez un million de dollars et ils n'ont pas l'impression d'être plus riches pour autant. Ils ne connaissent pas la valeur de l'argent, en réalité. C'est une appréciation très personnelle.

On pourrait prendre un autre exemple : la nourriture.

Si vous étiez par exemple le patron de Microsoft, j'ai oublié son nom, mais tout le monde connaît probablement Windows 95, qui vient de lui rapporter des milliards, douze milliards de dollars, je crois, et seulement pour l'année dernière.

J'ai oublié son nom, mais de toute façon il est dans tous les journaux.

Combien de steaks peut-il manger par jour ?

Je peux manger autant de steaks et de homards que lui grâce à mes talents de cordonnier.

Combien de paires de pantalons peut-il porter en même temps ?

J'ai peut-être autant de pantalons que la personne la plus importante ou la plus riche du pays. Mais combien peut-on en porter en même temps ? C'est vraiment là le fond du problème. Vous ne pensez pas ? 00.01.19

 

Adaptation : 3i Traductions

 

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