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BOY HERO 001

COMMENTAIRE

01:25 Le titre officiel du jeune Pavlik Morosov, âgé de douze ans, était celui de " pionnier-héros numéro 001 de l’Union Soviétique ".

Pavlik, devenu héros pour avoir dénoncé son propre père à la police politique. Le 6 septembre 1932, il a été assassiné par des " ennemis du peuple ". 01:46

01:51 ALEXANDRE MASLOV

On nous a toujours inculqué des idéaux positifs, des modèles héroïques, afin que nous aimions notre patrie, que nous nous sacrifions pour notre pays.

Pour les écoliers, Pavlik Morosov a toujours représenté cet idéal. Son portrait se trouvait dans toutes les salles de classe. Et les classes se battaient pour avoir l’honneur de porter son nom. 02:29

COMMENTAIRE

02:52 Pendant plus de soixante ans, Pavlik Morosov a été un exemple pour tous les enfants soviétiques: , ils devaient consacrer leur existence à l’État, et non à leur propre famille. 03:02

VLADIMIR BOUCHINE

03:10 Pavlik Morosov avait 13 ans. Il vivait dans un village du lointain Oural. Il s’est retrouvé au coeur des événements dramatiques qui s’y déroulaient. 03:24

03:29 Le hasard a voulu qu’il incarne les transformations survenues dans la vie des Russes après la Grande Révolution Socialiste d’Octobre. 03:42

03:46 Les gens contre lesquels il s’est insurgé incarnaient les puissances les plus ténébreuses du passé. Et tout cela a provoqué un choc violent avec son propre père. 03:55

COMMENTAIRE

04:19 Gerassimovka est un petit village proche du massif de l’Oural, dans la région de Tavda, en Sibérie Occidentale.

Des espaces arides. Une région où l’on installe des camps de travail pour les exilés de Biélorussie et d’Ukraine. 04:32

ALEXEÏ KORNEÏEV

04:38 Pavlik Morosov est un pionnier-héros parce qu’il a accompli un acte héroïque. Il s’est insurgé contre son père. 04:48

DIMITRI PROKOPENKO

04:54 Je suis un ami et un camarade de classe de Pavlik Morosov. Je connais Pavlouchka depuis que j’ai cinq ans. On était voisins et on s’invitait mutuellement à la maison. Nous jouions aux gorodki et à la balle, nous conduisions les chevaux au pré et nous les ramenions. Il aimait la chanson de Semen Boudienny, " Personne ne prendra la route par laquelle nous sommes arrivés, cavaliers de Boudienny, division, en avant! " 05:24

MARIA VARIGINA

05:25 Beaucoup ont été exilés ici. Des Biélorusses venus du bassin du Kouban, de Minsk, de partout. Les plus riches d’entre eux allaient voir le père de Pavlik. Et il leur procurait des papiers.

Pavlik a donc été convoqué devant le conseil du village, et on lui a demandé: " Pourquoi n’as-tu pas fait un rapport? Tu es pionnier, et ton père vend des papiers en contrebande! "

Pavlik a répondu: " Je dormais sur le poêle, j’ai tout vu. Je me rappelle, quelques hommes sont venus, c’étaient des étrangers et Papa leur a donné je ne sais quels papiers. 06:02

DIMITRI PROKOPENKO

06:07 Il avait de très bonnes relations avec sa mère. Mais ses rapports avec son père étaient mauvais. Pourquoi? Son père donnait à ces gens du bassin du Kuban des papiers qui leur permettaient d’être " dékoulakisés ". Ensuite, ils retournaient dans leur patrie, chez eux.

Pavlik a demand_ à son père: " Pourquoi donnes-tu des papiers? " Et celui-ci a répondu: " Ça ne te regarde pas! " 06:33

SACHA SOROTCHINSKI

06:38: Le père de Pavlik volait tout, les céréales de l’État, la viande, etc. Cela ne plaisait pas à Pavlik, et son père l’a battu, oui... Ça n’a pas plu à Pavlik, et il a tout raconté à l’État. 06:59

VLADIMIR BOUCHINE

07:01 En tant que président du conseil du village, le père de Pavlik avait accès à des formulaires qui pouvaient servir aux déportés. Il les leur vendait, et ils se débrouillaient avec.

Et il s’est retrouvé devant le tribunal avec quatre autres présidents de conseil de la région. Sa femme Tatiana, la mère de Pavlik, et le petit Pavlik lui-même ont été cités à comparaître en tant que témoins. 07:32

COMMENTAIRE 07:54

Le père de Pavlik a été inculpé de falsification de documents d’identités - des papiers qui permettaient aux exilés de revenir chez eux- et de dissimulation de céréales à l’État. Il a été condamné à dix ans de camp de travail à régime sévère. Il a disparu, et on ne l’a jamais revu. 08:13

COMMENTAIRE

08:15 Pour éduquer les enfants qui grandissaient désormais dans le système communiste, Staline avait besoin d’une nouvelle morale.

Pavlik fournissait un exemple parfait. Il incarnait la bravoure et la loyauté. 08:29

08:31 Pavlik est devenu un héros immortel du mouvement des " Jeunes Pionniers ", où l’on forgeait la relève du Parti Communiste. 08:38

08:40 Les pionniers devaient adopter Staline comme nouveau père, et le communisme comme nouvelle mère. 08:47

08:54 En droit pénal, on autorisait l’utilisation des témoignages d’enfants et de la dénonciation anonyme. 09:00

COMMENTAIRE

09:02 L’histoire officielle dit que Pavlik était tellement courageux qu’il a dénoncé d’autres membres de sa famille et des habitants de son village. 09:10

 

MARIA VARIGINA

09:14 Le grand-père et Danilka, le gendre, ont préparé un sale coup. Pavlik est allé chercher une jument. Danilka a attrapé Pavlik et l’a rossé. Tatiana, la mère de Pavlik, en a informé le milicien Titov. Il n’a rien fait.

Ensuite, le gendre est arrivé chez le grand-père Morosov, et il a dit au grand père: " Si nous ne liquidons pas ce morveux de pionnier, c’est lui qui nous liquidera. " On a montré à Danilka une boîte en fer-blanc remplie d’or, et Danilka a donné sa parole: " Je vais le tuer ". Ensuite, la grand-mère a envoyé ses frères chercher des baies. Elle les a conduits à Krugli Mochok et les y a laissés. Elle est revenu chez elle et a dit à Danilka: " Vas-y, ils sont sur place " 10:11

VLADIMIR BOUCHINE

11:00 A la suite de sa déposition au procès contre son père, Pavlik a été assassiné d’une manière extrêmement brutale. Son propre grand-père et son propre cousin les ont attrapés, lui et Fedor, son frère cadet, dans la forêt où les deux garçons ramassaient des airelles. Et ils les ont égorgés. 11:19

MARIA VARIGINA

12:05 Pavlik avait dix blessures. Quant à Fedka, je ne sais plus combien. Ils avaient des entailles partout, des entailles partout! 12:14

12:29 Qu’est-ce que sa mère pouvait ressentir? Elle a pleuré, elle les a regardés et elle a pleuré tout le temps. Ça lui a fait tant de peine qu’elle n’a rien pu manger pendant longtemps. Personne ne mangeait, tout le monde pleurait. On était tellement bouleversé. 12:39

 

MARIA VARIGINA

12:40 La grand-mère a lavé le linge et l’eau était pleine de sang. Et le policier lui a demandé: " Qu’est-ce que tu fais là, petite mère? " Elle a répondu: " Je lave des affaires, petit fils ". Et ils ont trouvé un couteau derrière l’icône, taché de sang. 12:56

DENNIS BAIDAKOV

12:57 Pavlik Morosov aimait la vérité, et c’est pour cela qu’il a été tué, pour la vérité. 13:04

DIMITRI PROKOPENKO

13:05 Pour moi, c’étaient de très mauvaises personnes. Des monstres. Son propre grand-père, sa propre grand-mère et Danilka, le cousin. Comment dire... c’est le même sang. Ils ont fait tout cela d’une manière l‰che. Pas d’une manière soviétique. De la manière des ennemis, si je puis dire. 13:37

COMMENTAIRE

13:38 Plus de cinquante personnes ont été arrêtées. Il y a eu un procès-spectacle avec musique et saucisses grillées. Dans toute l’Union Soviétique, des enfants criaient " Exécutez les adultes! " 13:49

COMMENTAIRE

13:54 Tous ceux qui ont été soupçonnés d’avoir commis le meurtre, y compris l’oncle et les grands-parents de Pavlik, ont été condamnés à mort.

Les membres de la famille de Pavlik avaient été si violemment battus qu’ils n’étaient pas en état de se défendre. Mis à part quelques citations de Staline, on n’a apporté aucune preuve de leur culpabilité. 14:08

 

 

COMMENTAIRE

14:11 A cette époque, la Russie n’arrivait pas nourrir sa population. Pour imposer la collectivisation de l’agriculture, Staline a dû chasser les koulaks, les paysans riches. Le procès-spectacle des assassins de Pavlik a aidé à imposer la constitution de la première coopérative agricole, le kolkhoze de Gerassimovka.

Pavlik a été utilisé comme un modèle: il s’agissait d’inciter les enfants à dénoncer leurs familles. Une puissante vague de dénonciations s’est alors abattue sur l’ensemble du pays. 14:41

COMMENTAIRE

14:44 Cet exemple a miné la conception de la famille.

Par la suite, au cours d’une nouvelle vague de terreur, plus de neuf millions de koulaks ont été assassinés, et un nombre plus important encore a été enfermé. 14:55

FEODOR BURLAZKI

16:15 Pavlik s’inscrivait dans une nouvelle idéologie apparue après l’effroyable processus de la collectivisation: on était obligé d’emprunter ce chemin, appelé le socialisme, le chemin vers le communisme, on était obligé de l’emprunter, même s’il fallait trahir ta propre famille. 16:43

16:45 Vous savez peut-être qu’aujourd’hui, notamment parmi la nouvelle génération communiste, il existe encore beaucoup de personnes restent persuadés que l’État est plus important que la société, la famille, la personnalité. L’État est devenu une sorte de mythe. Mais c’est dans la tradition officielle russe. Pierre le Grand avait déclaré qu’il n’était rien de plus qu’un serviteur de l’État. 17:22

COMMENTAIRE

17:28: Staline ordonna que Pavlik devienne le personnage principal de toute la littérature soviétique pour enfants. 17:34

17:41 Épopées, livres, opéras, contes et chants populaires: partout, on célébrait le nouveau héros. 17:47

17:49 On lui dressa des statues et des monuments, on a donné son nom à des écoles, des maisons de pionniers, des rues et des parcs 17:56

COMMENTAIRE

18:04 En 1935, Sergueï Eisenstein a commencé le tournage d’un film sur Pavlik, commandé par le Comité central. L’oeuvre a été détruite; on l’a reconstituée ultérieurement à partir de photographies. 18:17

NAUM KLEIMAN

19:24 Je pense que pour Eisenstein, c’était une histoire mythique, qui se rattachait à toutes les grandes tragédies, par exemple celles de la Grèce antique ou celles de l’époque de Shakespeare. La Renaissance connaissait ce genre de conflits, entre pères et fils, mais aussi entre parents, lorsque tout s’était effondré. Et Eisenstein a établi une relation très claire, y compris avec la Bible. 19:51

20:19 Son Stepok était une sorte de Christ en miniature, et il portait aussi cette auréole sur la tête.

20:27 C’est une image très connue, empruntée à un tableau russe, le portrait de saint Sergueï Radonechtchki. Sur la toile de Nesterov, déjà, on peut voir ce type de jeune garçon dont la chevelure blonde ressemble à une auréole.

20:44 Eisenstein a utilisé des produits chimiques pour obtenir des cheveux blonds, parce qu’il voulait avoir exactement le type du jeune Sergueï Radonechtchki. 20:53

21:02 Eisenstein a placé au milieu du film la séquence de la destruction de l’église et de sa reconstruction en maison de la culture.

Pour lui, il ne s’agissait pas seulement de détruire la civilisation des monuments religieux. C’était une expérience visant à remplacer Dieu par l’être humain. 21:22

COMMENTAIRE

21:55 La destruction des églises allait de pair avec la collectivisation.

22:02 EDUARD PURIM,

En mars 1933, la Maison de la Culture pour enfants d’URSS baptisée Pavlik Morosov, la première de toute l’URSS, a été inaugurée. 22:10

22:11 C’était tout naturel, car Pavlik incarnait la loyauté, l’amour de la vérité, la dignité et l’intégrité du caractère - des qualités que l’on s’efforçait d’inculquer aux pionniers dès l’instant où ils étaient admis dans cette organisation. 22:32

COMMENTATEUR:

23:08 Même après la mort de Staline, on a longtemps continué à enseigner l’histoire de Pavlik dans les écoles. A chaque changement d’orientation politique, on l’adaptait, on y ajoutait quelque chose. Dans l’ensemble de l’Union Soviétique, on trouvait trente-cinq versions différentes du mythe. 23:23

IOURI DROUJKINOV

23:30 J’ai appris l’histoire de Pavlik Morosov à l’école. J’avais huit ans. Nous chantions en choeur: [il chante] ce qui signifie: " Sois aussi bon que Pavlik Morosov ". Nous ne comprenions pas, à cette époque, ce que cela voulait dire. Mais nous étions effectivement tenus d’informer les autorités du comportement de nos parents. 24:00

24:03 Le premier portrait original de Pavlik m’a été donné par l’une de ses enseignantes, Ielena Posdnina.

J’ai découvert que tous ses portraits étaient des dessins, il n’y avait pas de véritables photographies.

24:24 Tous les portraits de lui qui figurent dans les publications soviétiques étaient retouchés.

24:30 Différents artistes ont travaillé à l’image de Pavlik Morosov. Sa chevelure est devenue plus impressionnante. On l’a revêtu d’un uniforme de pionnier avec un foulard rouge, alors qu’il n’avait jamais vu un foulard rouge de sa vie. 24:50

24:51 Plus tard, Pavlik Morosov s’est transformé. Il veillissait un peu plus à chaque nouvelle génération. 25:00

25:03 Sa photographie originale n’avait jamais été publiée. Elle a paru pour la première fois dans mon livre. 25:09

 

COMMENTAIRE

25:11 Beaucoup d’autres contradictions ont été découvertes.

Au Musée Pavlik, à Gerassimovka, on n’a pas conservé un seul objet qui lui ait appartenu. Toutes les reliques sont en fait des copies.

25:24 Pavlik n’avait jamais été pionnier. Avant son assassinat, il n’existait pas la moindre cellule de pionniers dans son village. Mais en affirmant que Pavlik avait été pionnier, l’État pouvait transformer les assassins - sa propre famille - en une bande de terroristes politiques. 25:40

25:42 En réalité, Pavlik était un simple petit paysan qui savait à peine lire et écrire, et qui était encore moins capable de lancer des slogans politiques élaborés. 25:50

ALEXANDER MASLOV

25:51 J’ai commencé à m’intéresser à cette affaire, pas seulement du point de vue moral, mais aussi dans une perspective criminaliste. Que s’est-il passé au juste à Gerassimovka, ce lointain village de la Taïga? Qu’est-ce qui est vraiment arrivé? Un hasard m’a mis entre les mains l’authentique dossier criminel numéro 374, qui est toujours conservé par le parquet général de Russie. Le meurtre des frères Morosov. 26:26

26:37 Le père de Pavlik Morosov a abandonné sa famille et a épousé une jeune femme; il a laissé son ancienne épouse seule avec quatre enfants en bas âge.

Et Pavlik, qui avait seulement 12 ans à cette époque, s’est retrouvé de facto avec la charge de nourrir toute cette grande famille.

26:54 Lorsque le père a quitté sa famille, le grand-père, Sergueï Sergueïevitch, a exigé la restitution du sol qu’il avait légué à son fils lorsque celui-ci avait épousé sa fille Tatiana. Il condamnait ainsi la famille de Pavlik à mourir de faim.

27:20 Il y a eu un épisode qui, ultérieurement, a traversé comme un fil rouge l’image mythique de Pavlik Morosov.

27:31 Sur décision du conseil du village, l’un des frères, fils du vieux Morosov, devait céder à l’État, à titre d’impôt, une meule de foin et une charrette.

27:47 A cette époque, cela avait une grande valeur. Il a caché sa meule de foin et la charrette dans la ferme de son père, Sergueï Sergueïevitch. Lorsqu’ils sont venus confisquer la meule de foin et la charrette, ils n’ont rien trouvé.

28:04 Pavlik a indiqué que ces objets étaient cachés chez son grand-père. Evidemment, le grand-père s’est mis à haïr Pavlik: à cause d’un garçon de douze ans, il était spolié d’une véritable fortune. Ainsi a débuté la tragédie de cette famille. 28:30

chanson 28:33 - 28:58 incompréhensible. Pas de décryptage dans le dossier.

ALEXANDER MASLOV

28:58 Dans les pièces du dossier criminel que nous avons étudiées, nous n’avons trouvé aucun rapport de Pavlik Morosov contre son père. Nous n’avons rien trouvé du tout. Pavlik n’a adressé à la police aucune espèce de rapport contre son père.

Il n’a pas commis l’acte dont on le rend aujourd’hui personnellement responsable: avoir trahi son père. [C’était une tragédie personnelle de la famille Morosov.] 29:29

COMMENTAIRE

29:32 Après l’effondrement de l’Union Soviétique, en 1988, le mouvement des Jeunes Pionniers a été dissout. Le statut de héros dont jouissait Pavlik est devenu trouble. Beaucoup considéraient désormais que la dénonciation de son père avait été une trahison. Un débat public a commencé. 29:48

VERONIKA KONONENKO

29:50 En 1988 a paru dans la revue Iounost le premier article sur Pavlik Morosov où l’on disait que Pavlik Morosov n’était pas un héros, mais un garçon répugnant qui avait trahi son père.

Peu à peu, son nom est devenu un symbole du mal, de la trahison, un objet de honte. 30:20

IOURI DROUJNIKOV

30:36 A la rencontre de l’Union des Écrivains, j’ai posé une question. " Pourquoi a-t-on démonté les monuments à Staline, alors que ceux érigés à Pavlik Morosov sont encore debout dans tout le pays? " Personne ne m’a répondu. 30:52

30:56 Au bout de quelques jours, j’ai tout de même reçu une convocation au bureau central, à la Lubianka, le siège du KGB. J’ai tenté d’exposer quelques éléments de mon point de vue moral. 31:09

31:12 A la fin de l’entretien, les représentants du KGB m’ont proposé de changer d’attitude. Dans le cas contraire, ils me laissaient le choix: la clinique psychiatrique ou le camp de travail. Et je devais, bien entendu, m’estimer encore heureux. 31:33

32:12 VERONIKA KONONENKO

A cette époque, je travaillais à la revue Tchelovek i Zakon. J’étais chef de service, et j’ai reçu une lettre du frère de Pavel Morosov, Alexeï Morosov. 32:23

32:30 Et Alexeï écrivait que même dans les camps, où il avait passé dix ans, personne ne l’avait jamais maltraité et injurié comme il l’avait été après la publication de tous ces articles sur Pavlik Morosov. 32:52

32:53 Des gens leur criaient au visage: " Les voilà, les traîtres, les félons! Des fils et des neveux de traîtres ". On leur lançait des pierres. Son frère était malade et m’a donc demandé de l’aider à défendre l’honneur de Pavlik. 33:14

IOURI DROUJKINOV

33:26 Même après la fin de l’Union Soviétique, mon livre est resté interdit. Alors je l’ai diffusé, chapitre après chapitre, depuis le studio new yorkais de Radio Liberty. Selon leurs statistiques, vingt millions de Soviétiques ont entendu l’émission. C’est alors que le scandale a éclaté. 33:53

VERONIKA KONONENKO

33:57 Alperovitch Droujnikov, par exemple, écrit dans son livre que les tombes ont été ouvertes, à Gerassimovka, et que les enfants ont joué avec les crânes de Pavlik et de Fedor. Ce livre est tellement répugnant et mensonger, je ne veux pas en parler.

34:19 Vous savez : au moment où la Deutsche Welle a commencé à diffuser sur ses ondes ce livre calomniateur, l’enseignante de Pavlik - Zoïa Kabelnaïa - a eu sa première crise cardiaque. Elle voulait portait plainte contre lui au Tribunal International. Mais cette retraité n’avait pas les moyens de poursuivre quelqu’un qui a fait son beurre avec le sang d’un enfant assassiné et a filé en Amérique. 34:45

IOURI DROUJNIKOV

34:46 Des enfants et des étudiants se sont mis à écrire des lettres aux journaux: à l’école, on nous a enseigné que Pavlik Morosov était un héros, et nous venons d’apprendre, à la radio étrangère, qu’il avait trahi son père. Que devons-nous faire, maintenant? Devons-nous continuer à chanter les chansons sur Pavlik Morosov, ou arrêter de les chanter? 35:14

MARIA VARIGINA

35:15 Je pense aujourd’hui encore, il ferait la même chose. Ils ont dit récemment à la télévision qu’un correspondant avait dit des mensonges, avait écrit des calomnies. 35:31

ALEXEÏ KORNEÏEV

35:32 Il risquait d’être affamé, pourtant il a agi noblement et il a témoigné contre son père. 35:42

VERONIKA KONONENKO

35:44 Maintenant, je réfléchis. C’est plus tard, seulement, que j’ai compris pourquoi toute notre presse, toute notre presse démocratique contemporaine s’en est pris à Pavlik Morosov: c’était un représentant des gens simples. Et en 1988, l’objectif était clair: il fallait détruire le premier État ouvrier et paysan du monde. Or Pavlik était justement un représentant de ces catégories-là. 36:13

DENNIS BAIDAKOV

36:36 Si ce lieu n’était pas sa terre natale... alors nous vivrions comme des bêtes sauvages. Pas une rue, rien! Juste des forêts et de la boue. Nous nous volerions sans doute les uns les autres. 36:47

DIMITRI PROKOPENKO

37:31 Dès 1934, nous avions une coopérative agricole qui portait le nom de Pavlik Morosov. L’inauguration du monument à Pavlik Morosov a eu lieu dès le 24 juin 1954. 37:51

VICTOR PIREGOV

37:57 Ce fut, bien sûr, un événement considérable. Pas seulement pour la circonscription de Tavda, mais aussi pour toute la Russie, et particulièrement pour la région de Sverdlovsk. 38:05

RUDOLF SOLOVIEV

J’étais pionnier, tambour. Nous sommes venus en délégation de la ville de Tavda, nous étions vingt au total. Un grand concours de tambour avait eu lieu chez nous. J’en suis sorti vainqueur, et c’est comme ça que je suis venu. 38:27

VICTOR PIREGOV

38:38 J’étais très près du monument et ce spectacle m’a fortement impressionné. Toute l’assistance ressentait la présence de cette grande construction. Car c’est à un jeune pionnier qu’on dressait un monument pareil, un monument qui est encore debout aujourd’hui. 38:52

 

 

 

RUDOLF SOLOVIEV

38:55 Après l’inauguration du monument, ce gigantesque cortège s’est rendu sur les lieux où Pavlik et Fedor avaient été assassinés.

39:05 J’ai écrit un poème sur Pavlik Morosov, le héros des pionniers: 39:15

39:20 " Contre qui, furieux, avez-vous levé la main? Morosov vous fait-il obstacle? Ne touchez pas à Pavlik, essayez de comprendre, c’est un jeune villageois loyal, ne détruisez pas l’histoire tout d’un coup. Il est monté sur le socle de l’éternité. " 39:34

COMMENTAIRE

39:58 Le parc Pavlik Morosov se trouve juste derrière le bâtiment du Parlement à Moscou. Au début des années quatre-vingt dix, il a été le théâtre d’émeutes et de manifestations, lorsque la Russie luttait pour obtenir des changements rapides. Le monument à Pavlik a été rasé, le parc simplement rebaptisé " parc des enfants ", et le terrain remis à l’Église. 40:20

IOURI DROUJKINOV

40:35 C’est ici que j’ai trouvé le socle du monument à Pavlik Morosov, dans le parc Krasnaïa Presnaïa. Il a été détruit après la perestroïka, pendant un concert de rock. Ici, on lit: " Pour Pavlik Morosov, pionnier héroïque ".

40:55 Mais avant, ici, il y avait une autre plaque: " A Pavlik Morosov/ Les écrivains de Moscou ". Plus tard, nous avons appris que -grâce aux dénonciateurs- plus de quatre cents écrivains moscovites ont disparu dans les camps de travail. 41:11

 

VICTOR ROSOV

41:12 Pour la majorité des gens, Pavlik n’a jamais été un héros. Il a toujours été un jeune traître, un garçon qui avait trahi son père pour servir les intérêts de l’État. On peut vraiment se demander si ces intérêts-là peuvent passer devant ceux de son propre père, celui qui vous a donné la vie, ou ceux de sa propre mère.

Pour moi, en tout cas, ça n’était ni un héros, ni une canaille, mais un pauvre garçon tourmenté par des idées idiotes. C’était une victime de son époque. 41:58

FEODOR BURLAZKI

42:05 A présent, nous sommes débarrassés des traîtres, et c’est une très bonne chose. Mais du même coup, nous avons perdu les héros, parce que nous n’avons pas trouvé de nouvelles idées susceptibles de produire une forme quelconque d’héroïsme. 42:23

EDUARD PURIM

42:47 Et la perestroïka est arrivée. Le président a donné des ordres pour que l’on restitue à l’Église tous les anciens bâtiments religieux. On n’a pas tenu compte du fait que dans ces bâtiments, nous avons façonné des âmes. Nous avons inculqué aux enfants l’esprit et une vision réelle du monde.

Mais au bout du compte, la Maison de la Culture n’existe plus. Quant à l’église... à ce jour, il n’y a pas d’église. 43:26

43:29 Et maintenant, il ne reste plus rien. Rien. Juste ce sorbier qui rougit. De honte. De ce qui s’est passé. 43:40

VALENTINA SVONKOVA

43:51 Notre église de la Sainte Vierge, ainsi que la chapelle de saint Nicolas et de saint Dimitri Rostovski, commencent à être restaurées, comme vous pouvez le voir. Elles ont été détruites au cours des années de la Révolution. Après la destruction, on a ouvert ici la Maison de la Culture Pavlik-Morosov.

44:13 Mais la Bible nous enseigne que les enfants qui se dressent contre leurs parents s’exposent à la damnation et à la malédiction de Dieu. 44:23

VIKTOR ROSOV

45:33 De mon point de vue, ce qui caractérise un jeune héros moderne, c’est le respect des principes moraux qui ont été conçus par l’humanité.

Bien entendu, pour moi, le trait central est la spiritualité. L’entretien de la spiritualité en soi-même. 45:56

IOURI DROUCHNKINOV

46:03 Il existe un proverbe russe qui dit: " Un homme qui ne boit pas est un dénonciateur ". Une fois, j’ai moi-même été qualifié de dénonciateur dans un journal soviétique parce que je racontais aux lecteurs toute l’histoire de Pavlik Morosov. 46:21

FEODOR BURLAZKI

46:36 Je ne crois pas qu’aujourd’hui, vous puissiez trouver ne serait-ce qu’un seul garçon qui trahisse son père. 46:45

IOURI DROUJNIKOV

47:18 C’est le drapeau des pionniers! C’est tout ce qui reste du monument à Pavlik. Attend-il le jour où il reviendra? 47:30

VERONIKA KONONENKO

48:02 Pavel Morosov n’est pas seulement l’incarnation des gens simples, ceux que l’on a tués et que l’on continue à tuer. Je pense aussi qu’il est une sorte de figure mystique. Regardez donc: ceux qui ont fait de l’argent avec Pavlik, avec le sang de cet enfant assassiné, ont eu une triste fin. J’ai appris qu’en 1989, un an après cette campagne infâme et débridée contre Pavel Morosov, les auteurs, les instigateurs de cette campagne sont morts l’un après l’autre, et le même jour, l’anniversaire de Pavlik. Un très grand nombre de ceux qui ont fait de l’argent avec cette histoire sont morts subitement. 49:08

COMMENTAIRE

49:20 Le 6 septembre 1996, anniversaire de l’assassinat de Pavlik, une nouvelle génération de jeunes pionniers lui rendait hommage. 49:29

LES JEUNES PIONNIERS DE TAVDA

49:35 Nous sommes au musée, là où se trouvait jadis une école que fréquenta Pavlik Morosov. Lorsque tous ces enfants sont devenus adultes et que plus personne n’allait à l’école ici, on a aménagé un musée, et l’on a conservé la classe de Pavlik Morosov. 49:53

VICTOR PIREGOV

49:55 Voici le texte d’un appel lancé par l’assemblée des komsomols: " Nous méritons le nom du héros des pionniers! Nous conservons son souvenir sacré et pur! Laissez résonner nos voix de pionniers, laissez-les nous appeler à accomplir de grands actes! " 50:14

ALEXANDER MASLOV

50:37 Devant le tribunal, le grand-père a été déclaré coupable du meurtre, sans qu’il soit fait mention de quelque motif politique que ce soit: on a dit qu’il avait fait ça pour le terrain, qu’il haïssait son petit fils parce que, comme il disait, Pavel Morosov avait mis le nez dans les affaires des autres.

Il faut se rappeler quelles étaient les habitudes dans un village russe à l’époque. Un garçon de douze ans avait donné une leçon à une personne âgée. Cela ne pouvait pas être accepté en Russie, où l’aîné a toujours dirigé le plus jeune. 51:18

ALEXEÏ KORNEIEV

51:20 C’est l’époque qui veut ça. Tout le monde vole tout. Tout le monde ramène des choses chez soi. Si un parent m’a pris quelque chose pour lui, personnellement, ou pour le revendre à quelqu’un d’autre, je n’irai le dénoncer nulle part, je ne dirai rien du tout. 51:40

COMMENTAIRE

51:42 La coopérative agricole qui porte le nom de Pavlik Morosov existe toujours. 51:47

DIMITRI PROKOPENKO

51:48 Vous voyez, avant la perestroïka, il y avait un véritable fleuve humain à Gerassimovka. Des pionniers venaient ici, des komsomols venaient ici en autobus, un, deux, trois autobus, mais aussi des ouvriers, des employés. Ca les intéressaity, ils se rendaient sur les lieux du meurtre.

Et maintenant, personne ne vient plus. Tout cela à cause de la perestroïka. S’il n’y avait pas eu cette perestroïka, les gens vivraient beaucoup mieux! 52:33

ALEXANDER MASLOV

53:32 Ainsi, dans les documents de l’affaire criminelle que nous avons étudiée, nous n’avons pas trouvé de rapport écrit par Pavlik Morosov contre son père. Pavlik n’a pas adressé à la police de rapport sur son père qui ait valu à celui-ci d’être accusé. Il n’existe aucun rapport de ce type. 53:52

Adaptation : 3i Traductions

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