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Das Haus am Meer

(UNE MAISON AU BORD DE LA MER)

 

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Le Sud m’avait toujours attiré. Je savais qu’un jour ou l’autre, je vivrais sous les Tropiques.

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(TITRE)

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Je fis la connaissance de Jamili lors d’un voyage au Brésil.

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"Il te faut une fille gaie comme moi", me dit-elle. Elle avait raison.

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Je l’emmenai tout simplement avec moi. Vers le grand large.

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Notre amour garderait toujours la légèreté d’un amour de vacances, pensais-je.

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Jamili disait qu’elle n’avait ni père ni mère, qu’elle partirait avec moi et resterait avec moi pour toujours.

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Il ne me fallut qu’une nuit de réflexion...

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... et ma décision fut prise : je ne la laisserais pas dans son pays d’origine.

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Jamili venait d’avoir 18 ans et pouvait quitter le territoire avec moi.

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"La vie avec toi commence comme un beau conte de fées", me dit-elle.

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Le temps, les gens, l’ordre, la propreté dans la rue, tout cela lui plaisait en Allemagne

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Jamili voulait gagner sa vie...

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... et elle trouva effectivement un boulot.

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Jamili en voulait...

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... elle me proposa de faire des photos d’elle et de les envoyer à toutes les agences. Je pris les photos avec plaisir - mais je ne les ai jamais envoyées !

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Oui, j’étais amoureux de Jamili.

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On se voyait beaucoup trop rarement.
Elle travaillait la nuit, moi le jour.

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Je savais ce qu’il lui fallait - au lieu de se produire dans les discothèques...

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... Une vie saine dans le Sud.

Nous bâtir une nouvelle existence

Ouvrir un bar sur la plage, sous les palmiers.

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Je pourrais tout diriger de mon transat.

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Je quittai l’Allemagne. Cette fois-ci, pour toujours.

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Avec Jamili à mes côtés, j’en avais le courage.

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Dans l’avion qui nous emmenait au Brésil, un homme, assis à côté de nous, feuilletait un magazine de petites annonces matrimoniales.

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Il savait exactement ce qu’il voulait, disait-il, c’était sans problème.

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Jamili adora se promener en touriste à Salvador de Bahia et prendre des photos.

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En quittant le pays, elle ne possédait rien. Mais cette fois, elle y revenait en femme d’affaires.

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Nous avons pris un bus et longé la côte de Bahia pour chercher la maison qui nous convenait. C’était maintenant ou jamais. En l’an 2000, toutes les maisons sur la plage seront vendues. Il n’y aura plus de place libre - en bord de mer !

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Je ne nierai pas que nous avions quelques divergences sur notre future acquisition :

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Jamili voulait une grande et belle maison, alors que moi, je voulais quelque chose de simple, une petite maison qu’on pourrait arranger au fil des ans.

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Je filmais toutes les étapes de notre voyage pour pouvoir montrer plus tard les débuts de notre idylle.

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Ce que d’autres n’osent même pas imaginer en rêve, je l’ai fait : "décrocher", quitter l’Allemagne, mais - prudence ! - car rien n’est plus difficile que de vivre une vie simple !

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Nous avons trouvé l'endroit idéal : un petit village de pêcheurs, isolé, avec des palmiers trois fois plus hauts que le clocher de l’église.

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C’est là que nous allions ouvrir notre bar sur la plage !

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Acheter ne pose aucun problème, mais pour tenir un bar, il faut une licence et ce n’est pas si simple pour les étrangers.

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Nous devions sans cesse nous rendre en ville.

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... j’ai dû faire des dizaines de demandes et déposer autant de dossiers à la préfecture.

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Nous invitions les fonctionnaires influents à venir "se baigner" - et finalement, grâce à l’habileté de Jamili, les négociations aboutirent. J’obtins la licence pour ouvrir le bar.

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Et voilà le résultat : notre "café-restaurant" en bord de mer. Pas bien grand, mais c’était un bon début

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Nous n’étions pas venus en touristes ou en retraités, nous ne cherchions pas une villégiature.
Nous voulions monter notre affaire ici.

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Qu’il y ait toujours quelque chose à boire - au prix coûtant, bien entendu -, dans un endroit où on vit en maillot de bain, jour et nuit...

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Ici, personne n’avait son mot à dire, je décidais seul, selon mon envie.

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Nous avions notre rêve - et Jamili le réaliserait.

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Il était temps qu’elle ait un travail régulier.

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Tout était prêt. Il ne manquait plus que les clients.

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La vie serait forcément belle.

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Je voulais vivre dans ce village comme tout le monde.

Une petite maison nous suffirait, pour débuter.

Une table, deux chaises, et les fruits du jardin.

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Mais Jamili voulut louer cette maison, la plus grande du village.

Au lieu du jardin, de la céramique. Du carrelage, partout.

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Moi qui rêvais de marcher pieds nus dans le sable, je me retrouvais les pieds dans la lessive !

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Au lieu d’avoir vue sur la mer, j’avais vue sur les voisins...

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Je lavais le linge - et Jamili faisait la cuisine.

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Je voulais mener une vie simple avec elle, mais elle avait d’autres ambitions.

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Jamili mangeait peu, mais préparait toujours de trop grosses portions pour nous deux.

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Peut-être aurons-nous un jour une grande famille, pensais-je.

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Dans ses nouvelles fonctions de chef du restaurant, elle devait affiner ses talents de cuisinière - et me les faire tester.

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Les clients l’aimaient bien, certains ne venaient que pour elle. Les gens les plus influents de la région, des milieux d’affaires ou du monde politique, devinrent bientôt nos habitués.

Rien d’étonnant à cela : je payais souvent la tournée.

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Dans le Sud, il est important d’avoir de bons contacts. On ne sait jamais.

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Je me faisais discret.

J’avais pour devise : ne jamais susciter l’envie, surtout, ne pas se faire remarquer. Je restais dans son ombre. Pourtant, c’est moi qui avais acheté le bar.

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Cette nouvelle vie me convenait parfaitement.

Je pouvais rester des heures entières à contempler la mer - sans me lasser !

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C’était vraiment agréable de vivre toute l'année ici - quand les autres ne peuvent se le permettre que pour les vacances.

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Nous étions heureux.

Je voulais construire notre propre maison en bord de mer.

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Le propriétaire du terrain qui donnait sur la mer m’assura que le permis de construire n’était qu’une simple formalité.

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Certes, la plage était administrée par la Marine, mais il affirmait que je pouvais commencer les travaux sans problème.

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J’avais signé l’acte de vente - je demandai donc à ma banque en Allemagne de m’envoyer tout ce que j’avais sur mon compte.

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La ville était en pleine campagne électorale. Un nouveau préfet allait être élu.

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Par mesure de précaution, je me rangeais du côté du candidat le mieux placé : Zezeca.

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Il avait bonne réputation - et savait apprécier des investisseurs étrangers comme moi.

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Pour les 21 ans de Jamili, je fis confectionner le plus grand gâteau d’anniversaire qu’on ait jamais vu au village.

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Des amis et des parents de Jamili - qui ne s’étaient jamais occupés d’elle - vinrent à la fête.

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Ils m’accueillirent tout de suite comme l’un des leurs.

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Dona Dete, une des mères adoptives de Jamili, était venue.

Jamili s’était sauvée plusieurs fois de chez elle. Mais c’était du passé...

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Don Jose aussi était venu, Jamili l'appelait "Grand-Père".

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Jamili ne parlait jamais du passé. Excepté que sa mère était morte. Et personne ne posait de questions.

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Je devais m’occuper d’un contrat avec une maison de disques en Allemagne pour son cousin Josuel. Je promis bien sûr de le faire.

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D’autres proches me demandaient de les aider à émigrer en Allemagne.

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La plupart de nos convives passèrent la nuit ici et commencèrent à s’incruster...

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Notre petite entreprise progressait bien lentement.

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Tout se déroulait en fonction de Jamili - et c’était bien ainsi.

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Le bar sur la plage représentait la chance suprême de Jamili.

Mais au village, tout le monde sentait qu’elle n’arrivait pas à oublier sa vie passée en Allemagne.

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Dona Dete, la sévère mère adoptive de Jamili, prit l’organisation de la cuisine en main, ce qui fut profitable aux affaires.

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Dona Dete préparait de merveilleuses sauces odorantes...

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... Jamili en utilisa même une comme huile solaire !

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Oui, nous passions vraiment des jours heureux sur la plage

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Les gens du village disaient : chez l’Allemand, on travaille en famille dans la bonne humeur, on rigole tout le temps !

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"Grand-Père" était fatigué, il avait une longue vie de travail derrière lui. Pendant 30 ans, il avait travaillé dur - à couper les bois tropicaux dans la forêt amazonienne.

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Il avait une maxime : celui qui n’a jamais été à l’école est tellement bête qu’il ne saurait même pas piller une banque.

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Je voyais que notre entreprise ne faisait pas de bénéfice, mais je n’en parlais pas. Mes réserves financières étaient épuisées.

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Le chantier en bord de mer restait en plan.

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Je commençais à parler des vacanciers comme les autochtones : tout étranger qui passe sans s’arrêter, c’est de l’argent perdu...

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... et celui qui s’installe à une table pourrait bien avoir des vues sur ta femme.

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Un beau jour, je découvris des roses à la cuisine.

Je lui avais décroché la lune, et voilà qu’un autre s’amenait avec des fleurs !

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Chez nous, c’était toujours la fête.

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La consommation "familiale" de bière était nettement plus élevée que prévu, mais Jamili chérie ne pouvait tout de même pas mettre ses proches à la porte.

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Ce jour-là, c’est mon départ qu’on fêtait. Je devais retourner en Allemagne...

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... gagner de l’argent pour continuer.

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Tout le monde allait très bien autour de moi. J’étais le seul à faire les frais de la situation.

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Jamili resta seule pendant de longues semaines.

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Elle m’écrivait qu’elle se sentait seule.

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Et puis, elle me raconta qu’il y avait déjà 13 cafés dans le même genre sur la plage d’en face.

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Et le nouvel Hôtel-Club, construit dans la baie d’à côté, ne coûtait que 250 F par jour, tout compris.

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C’était un vrai problème, car tous les clients de l’hôtel passaient, le ventre plein, devant notre bar - et ne s’arrêtaient pas.

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Je suppliais Jamili de tenir bon, j’économisais tout ce que je gagnais - pour notre avenir, tel que je l’imaginais.

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Je restai plus longtemps que prévu en Allemagne, et lorsque je revins au Brésil, tout avait changé.

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Jamili disait qu’elle avait beaucoup trop réfléchi pendant mon absence. Notre entreprise familiale était au-dessus de ses forces.

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Maintenant que nous étions presque au bout de nos peines, tout se disloquait.

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"Si toi, tu as pu ‘décrocher’, alors moi, d’autant plus !", me dit-elle.

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Jamili disparut une nuit, et ne revint jamais.

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Je parcourais les grands boulevards et les ruelles tortueuses de Salvador en taxi.
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Plus je la cherchais, plus je paniquais à l’idée de ne jamais revoir Jamili.

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Je la trouvai dans un quartier sinistre de la ville.

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Elle racontait à des passants complètement ivres qu’elle n’était pas une paumée - mais une célèbre danseuse en Allemagne - et que, Dieu merci !, elle s’était sortie de cette vie de chien.

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Une prostituée poursuivit Jamili dans la rue et essaya de la frapper au visage avec son trousseau de clés. Je pus intervenir juste à temps - et la faire monter dans le taxi.

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Le chauffeur de taxi reconnut Jamili.

Au début, il ne voulait rien me dire, puis il finit par parler :

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Elle avait été une enfant des rues et avait vécu ici, dans ce quartier.

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Au fond d’elle-même, elle était toujours demeurée une enfant des rues abandonnée. Elle n’avait pas pigé qu’elle n’était plus seule au monde.

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Jamili avait ressenti, plusieurs fois, des malaises - dont elle se remettait en prenant une pincée de sel.

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Elle n’avait pas assez confiance en l’avenir, elle voulait tout, tout de suite.

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Elle avait des palpitations. Je la conduisis à l’hôpital.

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On ne décela aucune anomalie.

Le médecin dit qu’elle avait un cœur tout à fait normal.

Mais qui peut comprendre le cœur d’une danseuse de samba ?

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Je lui offris un petit singe pour la réconforter.

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Je lui promis d'achever rapidement la maison au bord de la mer - et d’en faire par la suite un café dansant.

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Mais ce n’était pas son seul souci. Ni le plus grave.

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Quelque chose qu’elle m’avait toujours dissimulé.

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Je lisais autre chose dans les yeux de Jamili qu’elle ne voulait bien me dire.

Il y avait des profondeurs que je méconnaissais totalement.

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Nous primes le bus pour nous rendre dans les villages à l’intérieur des terres - à la recherche de sa mère, qui n’était absolument pas morte, comme me le révéla alors Jamili.

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De village en village, de maison en maison, nous revenions sur les traces du passé de Jamili.

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Dans sa famille comme avec ses anciennes amies, Jamili parlait de l’Allemagne avec enthousiasme : elle évoquait ses grands spectacles sur scène outre-Atlantique.

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On la félicitait, sans l’envier.

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J’espérais qu’une fois sa mère retrouvée, elle oublierait l’Allemagne.

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Sa mère vivait dans un quartier sans nom, au-delà de la décharge municipale, là où les chauffeurs de taxi n’osent plus s’aventurer : au bout du monde. Un endroit qui ne figure sur aucun plan.

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Jamili me prit par la main, et me dit de ne pas avoir peur.

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Sa mère était comme paralysée de voir soudain sa fille faire irruption devant elle. Elle avait abandonné Jamili quand elle était petite, car elle était très pauvre.

Jamili ne demandait pas d’explications.

En fait, elle avait acheté des boucles d’oreille à sa mère.

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Elle découvrit aussi son petit frère, dont elle ignorait l'existence.

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Dans la maison de sa mère, au-dessus de la porte, il y avait un cœur en plâtre peint, avec cette inscription: "Maman, je t’aime".

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Au retour, nous apprîmes que "le mauvais candidat" avait gagné les élections. Celui qui n’avait jamais mis les pieds dans notre bar.

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Un beau jour, un attaché de la préfecture, fort déplaisant, se présenta.

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Je dus payer une amende pour avoir entrepris des travaux sans autorisation sur ma propriété en bord de mer...

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...j’aurais dû savoir que ce terrain appartenait à la Marine et qu’il me fallait donc une autorisation spéciale - qui pouvait être fort longue à obtenir !....

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Tout le monde finit par se rendre compte que Jamili n’était pas heureuse.

Elle passait des heures sur la plage - le regard perdu au loin.

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Les gens du village voulaient nous voir rester ensemble...

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... mais Jamili partit.

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Elle réussit à "décrocher" de notre paradis sous les Tropiques.

Sa petite famille, qui ne dédaignait pas la boisson, me resta fidèle.

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L’Allemagne se trouve à gauche de la lune.

"Je ne veux plus que tu fasses tout pour moi, tu en as déjà beaucoup trop fait."

Jamili voulait partir vers le Nord, je voulais rester dans le Sud.

Quel malentendu !

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Jamili reprit sa vie en Allemagne.

En hiver, elle claquait des dents, mais elle était tenace, et tint bon. Elle ne tarda pas à devenir une danseuse reconnue, avec permis de travail et compte en banque.

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Je demeurai seul sur la plage.

Jamili avait compris - longtemps avant moi - que notre projet commun était voué à l’échec.

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Dehors, la tempête faisait rage, et la mer envahissait tout.

Si les glaces de la calotte polaire fondent, ma maison au bord de la mer n’a de toute façon aucune chance, pensé-je.

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Quelques mois plus tard.

Je décidai d’aller en Allemagne - pour revoir Jamili.

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Le jour même de mon départ, elle prenait, elle aussi, l’avion - pour venir me voir.

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Nos avions se sont croisés quelque part au-dessus de l’Atlantique. Et nous sommes passés à côté l’un de l’autre, à 11 000 mètres d’altitude...

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Adaptation   3i Traductions