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Le Journal de classe 2.12 Commentaire En cette année 1932, 65 millions de personnes habitent le Reich allemand, un peu plus de la moitié sont des femmes. Mais très peu d'entre elles ont fait des études. 02.24 2.41 Commentaire En 1932, 10 000 jeunes filles passent leur baccalauréat, soit 1/3 de leur classe d'âge. Parmi elles, quinze jeunes filles de cette classe, toutes fermement résolues à réussir leur examen. 02.56 Mais elles ont pris également une autre décision : elles feront circuler un cahier, dans lequel elles relateront à tour de rôle leur vie après le baccalauréat. Au fil des années, le journal s'étoffera. 03.13 03.26 Lettre Nous avons décidé de faire circuler ce journal. Nous demandons à chacune de respecter les règles suivantes : 1) Personne ne doit conserver ce journal plus de 8 jours ! 2) Si vous avez des photos de vous, n'hésitez pas à les coller ! 3) Personne ne doit critiquer les fautes ou le style d'une autre ! 4) Les événements extraordinaires comme les fiançailles, les divorces, la réussite ou l'échec à un examen, etc., devront être communiqués sans tarder à la classe. 03.58 04.07 Commentaire Le lycée de la Reine Luise, à Erfurt. Un lycée moderne pour jeunes filles de la haute société. 04.15 Après treize années de classe commune, de nombreux voyages d'étude, des excursions et des manifestations sportives, ces jeunes filles forment une communauté très soudée. Rien ne pourra les séparer, pensent-elles. 04.27 04.33 Texte off d'Eva Nous nous entendions à merveille. C'est ainsi qu'est né le journal. Nous avions décidé de ne jamais nous perdre de vue. 04.42 04.45 Commentaire Près de 70 ans plus tard. Une d'entre elles, Eva, vit encore. En février 1932, à l'époque de son baccalauréat, elle avait 18 ans. 04.57 05.21 Eva Jantzen Pour nous distraire, nous faisions de la musique et de la danse en attendant d'être appelées à notre tour. À l'époque, on pouvait être interrogée dans toutes les matières. Mais si on m'avait interrogée en physique ou en chimie, je n'aurais pas pu dire grand-chose, car je ne savais rien. Par chance, ils ont eu le tact de ne pas m'interroger dans ces matières. 05.40
05.45 Commentaire L'oral du baccalauréat a lieu dans la grande salle de dessin de l'école. Tous sont présents, le directeur, les professeurs et même l'inspecteur. 05.50 05.55 Eva Jantzen Ursel Grosse a même été interrogée en dessin. On lui a présenté un dessin, puis on lui a enlevé et elle devait reproduire ce qu'elle avait vu. Et la pharmacienne, celle qui est devenue pharmacienne plus tard elle était très bonne en chimie , elle a mélangé je ne sais quels liquides en disant : si je fais ça, ça va devenir vert. Même l'inspecteur a fait "Aaah" quand ça a marché. 06.25 06.27 Commentaire Toutes réussissent leur bac. Puis leurs chemins se séparent 06.36 Chacune a ses projets : Katharina, la plus calme de la classe, veut étudier la médecine. Elisabeth, douée pour l'organisation, doit veiller à ce que tout le monde se retrouve une fois par mois. 06.52 Käthe est très appréciée de la classe, tout le monde l'aime et la chimie est sa grande passion. 0.700 Eva, fille d'un gros commerçant, est très assurée ; elle veut devenir journaliste. 07.08 Toutes trouvent Wilhelmine un peu singulière et excentrique. Cinq jeunes filles très différentes, avec désormais pour seul lien ce journal de classe. 07.19 07.22 Tout commence en juillet 1932. Elles croient que le monde leur appartient. Toutes veulent devenir des jeunes filles indépendantes et apprendre un métier. 07.32 07.57 Commentaire Käthe est la première à inaugurer le journal. Elle est devenue pharmacienne. 08.02 08.04 Lettre À toutes mes chères anciennes ! Depuis le 1er juillet, j'ai eu le bonheur d'atterrir à la pharmacie de la gare. Le premier jour a été mémorable, tout le monde s'occupait de moi et me prodiguait ses conseils, ou regardait d'un air critique la façon dont je fermais les bouteilles comme on me l'a appris. Peu à peu, j'ai trouvé mes marques. Ce que je connais le mieux, c'est l'armoire aux poisons, elle m'intéresse beaucoup. Donc si un jour, l'une de vous en a assez de la vie, qu'elle ne se gêne pas pour me faire signe. 08.36 08.39 Eva Jantzen Elle était extrêmement charmante et très, très attirante. Vraiment. Très réfléchie aussi, on pouvait lui faire confiance. 08.48
08.57 Eva Jantzen Käthe venait d'une famille très sévère. Son père était officier supérieur et avait donc des idées bien arrêtées sur la discipline. Pour elle, cette atmosphère de la pharmacie la libérait de chez ses parents, où elle vivait vraiment dans un carcan très étroit. 09.17 09.33 Commentaire Un mois plus tard, le cahier est entre les mains de Wilhelmine. Elle est à Leipzig. 09.40 Lettre Ah mes enfants, que la vie est intéressante ! Je n'ai jamais vécu une période aussi belle. Je suis à l'école de bibliothécaires de Leipzig. Trois fois par semaine, nous avons cours aussi l'après-midi, littérature ancienne et moderne, musique, anglais commercial et sténographie. 10.02 Mais on a encore le temps de sortir, heureusement, à l'opéra ou pour écouter des concerts. Pour ça, il y a toujours le choix à Leipzig. Je ne cherche pas encore de mari. Surtout ne pas se marier, c'est le bon conseil que je vous adresse à toutes ! 10.14 10.14 Commentaire Et elle signe de son surnom : votre Wilhelm. 10.18 Eva Jantzen Wilhelmine était incroyablement moderne. Très chic. 10.23 10.23 Interview Friedel Lesser Elle riait beaucoup. Et très fort, si bien que tout le monde était pris de fou rire sans même savoir pourquoi. 10.31 Commentaire Wilhelmine avait un tempérament bouillant, plein de vie, de nervosité ; elle parlait trop vite pour qu'on puisse vraiment la suivre. 10.41 Eva Jantzen Elle avait un peu trop de tempérament ; une sorte d'excitation perpétuelle. C'est ce qui nous plaisait, mais plus tard, il s'est avéré qu'elle avait bien un problème psychique quelque part. 10.57 11.00 Commentaire Eva, quant à elle, souhaite devenir journaliste. À 18 ans, elle part à Munich étudier l'histoire de l'art, la philosophie et l'archéologie. En septembre 1932, elle écrit dans le journal de la classe. 11.11 11.13 Lettre À vous toutes qui être entrées dans la vie, je passe actuellement mes premières vacances universitaires. Pour ne pas trop me rouiller, je me suis promis de relire tous les grands classiques. Et quand je reviendrai à l'université, je ne serai plus l'une de ces nouvelles venues que l'on regarde d'un air condescendant empreint de pitié. 11.29
11.37 Eva Jantzen Mon père voulait que j'étudie l'économie, c'est sûr. Il aurait voulu que je reprenne ses affaires. J'ai donc trouvé très généreux de sa part qu'il me dise finalement : Fais ce qu'il te plaît. 11.49 11.50 Lettre Le premier semestre s'est bien passé. On perd d'abord tous ses repères quand on entre à la fac, on est un peu perdue dans ces grandes salles, seule fille au milieu de tous ces inconnus. Et puis, il faut choisir entre plein de cours différents, tous très intéressants. Il faut quelque temps pour s'y retrouver. Et plus on avance, plus c'est pénible. On apprend surtout une seule chose : qu'on ne sait rien et qu'il y a tant de belles choses qu'on aimerait connaître. Toute ma vie n'y suffira pas. 12.28 12.43 Lettre Il faut d'abord se faire une place parmi les étudiants, car ils n'ont rien de galant. Il faut s'habituer à plein de choses et on peut parfois, sans exagérer, avoir un rôle très éducatif. Ils se saoulent toujours aussi bêtement, c'est vrai ce que racontent les livres. 13.00 13.02 Pour une chambre d'étudiant, ma chambre est plutôt agréable, car j'y ai beaucoup de choses personnelles. Pourtant, elle en a vu des larmes ces derniers temps, quand le mal du pays revenait. Je crois que la soif de vivre se résume à un seul souhait que nous partageons toutes : avoir un métier correct, certaines d'entre vous ont appelé ça un rayon d'action. 13.23 13.35 Commentaire Peu après, c'est le tour d'Elisabeth, le talent d'organisation de la classe. 13.39 13.42 Lettre Hé, les copines ! Eh bien, il y en a déjà des choses dans ce journal ! Je suis contente d'avoir aussi des choses à raconter. Vous savez que je me suis inscrite à l'hôpital des diaconesses de Stettin, c'est presque un couvent et dans peu de temps je me baladerai en coiffe et col montant, je soignerai les malades et je leur ferai des prises de sang avec une robe ficelée jusqu'au cou. 14.02 14.04 Friedel Lesser Comment elle était ? Elle était très naturelle, elle avait un contact très direct. Elle venait d'une famille de cinq enfants. Le père était pasteur, donc ça devait marcher droit, ils devaient mettre la main à la pâte. 14.15 14.16 Lettre Avec ma soeur Rosemarie, nous avons fait un grand tour d'Allemagne pendant quatre mois, sur nos vieux vélos. Nous avons adoré les routes de montagnes, de la vallée du Neckar jusqu'au lac de Constance. À la Pentecôte, nous avons reçu la bénédiction de l'évêque dans la Frauenkirche de Munich. Puis nous avons descendu le Danube jusqu'à Passau. Ensuite, le chemin du retour. Le 9 août, nous retrouvions nos parents. Je vous salue toutes, votre Elisabeth, randonneuse infatigable en repos provisoire. 14.45 14.49 Eva Jantzen Elle donnait plutôt une impression un peu timide. Très raisonnable. avec aussi un côté romantique, mais on ne s'en rendait pas compte. 14.59 15.01 Commentaire Elisabeth n'est pas la seule à entrer dans les ordres pour devenir infirmière. Katharina également, la plus calme de la classe. 15.09 15.29 Eva Jantzen Elle était toujours en retrait, comme absente. À l'école, du moins. Ensuite, je ne l'ai jamais revue. 15.37 15.39 Commentaire Dans son C.V., Katharina avait écrit : 15.50 Lettre Je suis née à Erfurt le 19 mars 1912. J'y ai fréquenté le lycée jusqu'au baccalauréat. Mon plus grand souhait était de devenir pédiatre, mais mes parents ne peuvent malheureusement pas me payer les études. 15.57
16.00 Commentaire Katharina, née dans une famille noble appauvrie, ne pourra donc devenir qu'infirmière, à cause de la situation financière de sa famille. 16.09 16.22 Lettre Chère classe, cela fait maintenant six mois que nous avons enfin pu jeter tous nos cahiers ! Pourtant, il me semble que cela fait des années. La période que j'ai passée chez les diaconesses de Darmstadt a été un vrai cauchemar. La première année, les jeunes novices ne servent que d'aides-cuisinières ou de femmes de ménage. Mon travail consistait à laver la vaisselle de 80 personnes et à trier des pommes de terre à moitié pourries. Nous n'avions même pas de pause à midi. Voilà comme on devient une vulgaire bête de somme. Enfin, cela m'a valu de fortes inflammations aux mains. Alors on m'a dit : Grand Dieu, impossible de soigner les malades avec des mains pareilles. Pourtant, c'était vraiment ça que je voulais faire. Elles m'ont donc laissé partir avec leur bénédiction et tous leurs vux de réussite. Comme j'étais contente de pouvoir abandonner la coiffe et le col montant ! Ce n'était pas ce que je croyais, leur dépliant ne disait pas tout. Avec ma plus cordiale amitié, Katharina. 17.35 17.44 Eva Jantzen Elle avait deux soeurs, je crois. Une vivait dans un fauteuil roulant. Je suppose qu'elle savait ce qu'était la souffrance. Je me suis souvent dit que ça avait sûrement joué un rôle dans sa vie. Quand on grandit avec une soeur paralysée, qu'on voit toutes les difficultés que ça pose... 18.02 18.06 Commentaire Katharina revient à Erfurt et entre à la Croix rouge. Elle travaille dans le quartier pauvre proche du pont Krämer. 18.20 Commentaire Pendant six mois, jusqu'à l'été 1933, le journal ne progresse plus. 18.33 Commentaire Le 30 janvier 1933, Hitler entre à la chancellerie du Reich. Mais cet événement politique n'est pas mentionné dans les lettres des jeunes femmes. 18.42 18.44 Eva Jantzen J'avais un père franchement de gauche et qui avait lu "Mein Kampf". Quand Hitler a été élu, il est entré dans la pièce le visage blême, la lèvre tremblante, je le revois encore, et il a dit : "Hitler a été élu, ça va être la guerre". C'était vrai, mais un peu plus tard. Ça n'est pas arrivé aussi vite qu'il le pensait. 19.05 19.06 Lettre Après une longue pause, j'écris à nouveau dans le journal de classe. Je repars à Munich dans trois jours poursuivre mes études. Je me demande sans cesse à quoi servent tous ces efforts. Malgré tous les diplômes du monde, une femme n'aura jamais de travail. Notre pays est en crise et nous sommes une génération maudite. J'espère que nous tiendrons encore le coup longtemps, nous les terminales sans affectation ! 19.27 19.29 Eva Jantzen Je ne voulais pas me laisser faire. Je voulais traverser l'époque nazie sans lever une seule fois la main en disant "Heil Hitler". Et j'y suis arrivée. Ce n'est pas grand-chose, mais ça m'a fait plaisir tout de même. 11.42 19.45 Commentaire En septembre 1935, Eva écrit de Munich : 19.51 Lettre En plus des études, les obligations s'accumulent. Des soirées à l'initiative des organisations étudiantes, des groupes de travail sur la race, sans parler des trois soirées obligatoires par semaine : cours de secourisme, protection contre les gaz et techniques de transmissions. Nous avons beaucoup appris et quand la guette éclatera, nous saurons arrêter les bombes incendiaires d'un simple coup de tablier. 20.18 L'obligation la plus agréable est la gymnastique, la culture physique pour les femmes. Quatre fois par semaine à sept heures du matin. 20.25 20.33 Commentaire En 1935, près de 30 000 femmes n'ont plus aucune chance de trouver du travail dans des postes à responsabilité, par exemple comme avocate, médecin ou professeur de lycée. Privilèges que les femmes avaient difficilement réussi à arracher tout juste une décennie auparavant. Par contre, les hommes leur abandonnent des postes comme dans les asiles de vieillards et les institutions pour malades mentaux. 20.55 21.02 Commentaire C'est dans la clinique psychiatrique du cloître de Haina, près de Marburg, que Katharina trouve un emploi. 21.07 21.10 Lettre J'ai été très contente de trouver un emploi sûr comme laborantine dès janvier 1936, malgré le taux de chômage élevé à cette époque. Au grand effroi de mes parents, c'était comme par hasard dans un asile de fous pour hommes. 21.25 21.29 Seule femme au milieu de 850 malades hommes, de 150 aides soignants et de quatre médecins, je me sentais très isolée. 21.37 J'aidais beaucoup le professeur dans ses recherches sur l'épilepsie et la schizophrénie. Je devais faire des analyses de sang, faire passer des radios et photographier les patients pour les études sur la race et l'hérédité. 22.01 Et, bien sûr, assurer le secrétariat de tous les médecins : expertises, rapports sur les malades et lettres aux parents. J'avais beaucoup à faire et souvent, j'étais encore à trois heures du matin devant la machine à écrire. Ça m'a beaucoup abattue. 22.18 22.20 Commentaire Désireuse de rendre visite à ses parents, Katharina demande des congés peu après Noël. Mais on ne lui accorde qu'une journée, ce qui rend le voyage impossible. 22.31 Elle démissionne et prend un autre travail. 22.39 Lettre Ensuite, je suis allée aux usines Behring, à Marburg. J'y travaille à la fabrication de sérum contre le tétanos traumatique. Il faut respecter scrupuleusement les concentrations du poison et de l'antidote. Il faut vraiment oublier son petit cur de femme quand on administre aux animaux l'injection mortelle et qu'on note en détail tous les stades de leurs effroyables souffrances. Je me demande souvent si la vie d'un être humain a plus de valeur que celle d'un animal. 23.14 23.17 Eva Jantzen Je le découvre à l'instant... Ce qu'on souhaite : être satisfait de soi et avoir un rayon d'action. Oui. C'est sans doute aussi pour cela qu'autant de filles sont devenues infirmières. Elles voulaient faire quelque chose d'utile. Évidemment, l'histoire de l'art n'était pas nécessairement utile. 23.46
23.48 Commentaire Eva aime les sorties culturelles qu'elle entreprend chaque dimanche avec des amis. À quatre, ils se sont acheté une voiture et parcourent les routes de Bavière. Würzburg, Passau, rien n'est trop loin pour eux. À cette époque, Eva fait la connaissance d'un jeune homme à l'institut d'archéologie. Il s'appelle Ulf Jantzen. 24.07 24.09 Eva Jantzen Oui, c'était ce que je cherchais. Un homme à part entière. Aussi à l'aise physiquement que dans toutes les activités intellectuelles. Pas comme les juristes, par exemple, l'un d'eux élevait des pigeons voyageurs, l'autre ne parlait que de lois, ou un médecin ne parlait que d'anatomie et de maladies. Les historiens de l'art étaient tous des esthètes très tendres, fades, ils étaient incapables de faire autre chose. Mais lui, il faisait de l'alpinisme en Suisse et c'était un remarquable skieur, vraiment incroyable. C'est difficile à imaginer aujourd'hui quand on le voit. 24.50 24.55 Commentaire Le jour même où ils font connaissance, ils partent faire du ski dans les Alpes. 25.01 Eva Jantzen C'était dans le train pendant le retour vers Munich et il ne parlait pas, ce qui m'agaçait beaucoup. Et puis nous avons décidé de boire encore un café ensemble. J'habitais dans la Schönfeldstrasse, nous sommes allés au Café Trötsch. Il n'a dit qu'une phrase : Vous avez réussi le test, je dépose ma tête et mon cur à vos pieds. Ça a été tout. 25.25 25.27 Commentaire Eva raconte dans le journal de la classe : 25.30 Lettre J'ai passé ma thèse en histoire de l'art, archéologie et philosophie à la fin de ma quatrième année. A l'âge de 22 ans, j'étais le plus jeune docteur de la Faculté. Comme la plupart des filles qui avaient fait des études, je me suis fiancée juste après. L'homme me plaisait, bien sûr, mais aussi le pays dans lequel il voulait partir comme archéologue : la Grèce. 25.51 25.52 Commentaire Le jeune couple part le jour même de ses noces. D'Italie, ils rejoignent l'Afrique du Nord, puis la Grèce. 26.00 26.03 Commentaire Avant de partir, Eva dépose le journal à Käthe, à la pharmacie. Käthe s'en réjouit : elle a de nouveaux projets et sera heureuse d'en faire part aux autres. 26.11 26.14 Lettre Je vais rester à la pharmacie jusqu'au 1er avril, puis je rejoindrai le Service du Travail. Ensuite, je pourrai commencer des études de pharmacie. Vous ne le croirez pas, mais comme je suis enfermée en permanence dans la pharmacie, je suis contente de partir pendant six mois au Service du Travail. Un séjour au grand air me fera le plus grand bien. Pour moi, ce sera comme des vacances d'été gratuites. Portez-vous bien, chères camarades des temps anciens. Käthe. 26.45 26.48 Commentaire Pour Käthe, le Service du Travail est un passage obligé si elle veut poursuivre des études. À la différence d'Elisabeth, qui est devenue sur diaconesse après son tour d'Allemagne en vélo. 26.58 26.59 Lettre Chères toutes. Depuis six ans, j'avais un peu perdu le contact avec la classe. J'ai travaillé avec vertu et application à la clinique de Stettin. Mais chaque soir après le travail, je profitais de la moindre occasion pour sauter sur ma bicyclette. Par exemple pour aller au Kickelhahn. Une heure de montée, un quart d'heure en haut et dix minutes pour redescendre à la clinique. Parfois, je restais dehors jusqu'à onze heures du soir. Vous imaginez que ça ne plaisait pas beaucoup à la supérieure. 27.33 Bref, il y a eu du grabuge et je me suis inscrite au Service du Travail du Reich, dans l'espoir secret mais ardent de trouver un nouveau métier. 27.42 27.46 Lettre En janvier 1937, je suis devenue jeune travailleuse volontaire et c'était formidable. Bien sûr, la perfection n'existe pas. Il faut beaucoup d'esprit de camaraderie et d'idéalisme. Nous avons reçu une formation fabuleuse. Le 1er juillet, on m'a "lâchée" comme assistante, je suis devenue responsable d'un commando de construction pour ouvrir un nouveau camp. 28.09 28.13 Lettre Depuis février, je dirige seule le camp de Vollenborn et je me réjouis chaque jour de ce travail. On m'a confié l'éducation de 36 jeunes travailleuses volontaires : les éduquer à la camaraderie, au national-socialisme, au travail. Voilà un but dans la vie ! Si vous nous voyiez dans nos beaux uniformes, vous comprendriez ce que nous représentons. Le métier de chef de camp de travail féminin est certainement le plus beau, le plus varié et le plus intéressant qui existe pour une femme. Je ne peux que vous le conseiller chaudement, je ne regrette nullement les bonheurs du mariage et de l'enfantement. Heil Hitler à vous toutes ! Votre Elisabeth, plus en forme que jamais. 28.59 29.04 Commentaire Le Service du Travail des femmes est la principale mesure des nationaux-socialistes en matière de politique des femmes. Strict dans son idéologie et indéniablement tourné vers le passé, mais il ouvre aux femmes des chances d'ascension. C'est ce que cherche Elisabeth. 29.17
29.27 Rosemarie Hesse Au début, nous étions plutôt contre. Mais c'était national, c'était socialiste. et on entendait peu parler de mauvaises choses. Ou quand c'était le cas, on entendait aussi des histoires mensongères diffusées par les radios étrangères, alors on se disait, non ils ne disent pas la vérité. Donc si eux mentaient, nous pouvions bien mentir aussi, ça n'était pas si grave. 29.59 30.04 Marga Martini On voyait bien que ce Service du Travail, elle y croyait, elle ne vivait que pour ça. 30.11 30.13 Friedel Lesser Je n'ai jamais parlé du national-socialisme avec elle. Je l'ai appris seulement par le journal de classe. Je ne sais pas si elle était dangereuse. 30.23 30.30 Eva rentre de Grèce à l'automne 1939. 30.35 Eva Jantzen Je suis rentrée par le dernier avion civil, mon père nous avait écrit en disant que c'était la guerre et qu'il fallait rentrer. J'ai donc pris l'avion d'Athènes à Berlin, puis j'ai continué en train. 30.47 30.59 Lettre La guerre est maintenant là, mon premier enfant aussi, le petit Rüdiger. Mais mon mari doit rester en Grèce. Nous voilà séparés pour une durée indéterminée. Le soleil me manque, la mer aussi et la liberté de la Grèce, au lieu de la morosité allemande. Bien sûr, c'est sans importance par rapport aux grands événements mondiaux, même s'ils sont franchement négatifs actuellement. Espérons que la paix revienne vite. 31.25 31.45 Commentaire La guerre s'immisce dans la vie des femmes. Eva a fondé une famille, Käthe aussi. 31.51 31.55 Lettre Chères amies ! Je constate que la dernière fois que je vous ai écrit, c'était peu avant d'entrer au Service du Travail. Que de temps passé ! À l'époque, je connaissais déjà celui qui est maintenant mon mari. Nous nous étions rencontrés à la pharmacie de la gare où il travaillait. Ensuite, il a fait des études de chimie et nous avons attendu pour nous marier. J'ai définitivement abandonné l'idée de faire des études, car mon beau-père possède une entreprise de chimie et de pharmacie à Meuselbach. Mon mari la reprendra plus tard, s'il m'est permis d'y penser déjà. Mais pour se marier et entrer à l'usine de Meuselbach, pas besoin de diplôme d'État ! 32.36 Nous voulions nous marier en septembre 39, mais la guerre a éclaté et nous ne nous sommes mariés qu'en janvier 40. J'avais imaginé mon mariage autrement. Mais en cette période difficile, personne n'a le cur à la fête. Au moins étions-nous ensemble. Pendant quatre semaines ! Puis mon mari a été appelé et je me suis retrouvée seule. Vous imaginez dans quel état, car je suppose que beaucoup d'entre vous ont vécu la même chose. 33.09 33.16 Commentaire Le journal de classe tourne moins vite et ne circule plus que de main en main. On se le transmet en personne, car la poste n'est plus sûre. En plein milieu de la guerre ressurgit soudain une camarade dont on avait perdu la trace. C'est Wilhelmine, celle qui avait écrit cette lettre pleine d'enthousiasme depuis Leipzig. 33.35 33.36 Lettre Chères anciennes, Dix ans après, notre cher journal de classe m'a enfin retrouvée. Quelle joie de l'avoir reçu de Käthe ! Elle l'a gardé très longtemps et je suis très heureuse de cette nouvelle occasion de reprendre contact avec vous, car tant d'évènements se sont accumulés depuis. Je me suis mariée à l'automne 38. Mais ma vie heureuse de jeune mariée n'a duré que peu de mois. Puis notre mariage s'est résumé à quelques jours de permission. Mon mari était officier d'active et les visites des écoles de blindés et des terrains d'entraînement l'intéressaient plus. 34.14 34.23 Eva Jantzen Nous nous sommes souvent posé la question. Ça n'est pas dit explicitement, mais cet homme était sans doute Waffen-SS. Elle ne l'écrit nulle part, elle ne l'avoue pas. Elle raconte à un endroit qu'ils n'ont pu se marier que très tard, parce que ses parents s'y opposaient, je suppose. 34.40 34.44 Barbara Kölbing Je sais que c'était une bonne famille bourgeoise, comme on dit. Sa mère était anglaise et avait épousé un ingénieur. Ses parents sont morts assez tôt, de sorte que je n'ai pas eu de grands-parents non plus. Je ne l'ai jamais rencontrée, je l'ai seulement vue sur des photos. 35.01 35.02 Commentaire Les parents de Wilhelmine s'opposent à son mariage avec un capitaine SS. Il est stationné à Dachau, près de Munich. Wilhelmine ne le rejoindra à Munich qu'en 1937, après la mort de ses parents. Par amour pour son mari, elle entre alors au Service du Travail du Reich. 35.18 35.19 Lettre Je me suis portée volontaire pour le Service du Travail,. Mais je n'ai pas vraiment une nature de meneuse, comme Elisabeth, de notre classe, qui était quasiment prédestinée pour ce métier. Je suis vraiment une solitaire, je préfère être seule. Pourtant le fait que je mène une vie qui ressemble vaguement à celle des soldats a fait naître une formidable camaraderie entre mon mari et moi. Jamais une tranquille existence bourgeoise n'y serait parvenue. 35.46
35.54 Lettre Ma fille est née à la mi-décembre à l'hôpital SS de Dachau, pas moins de huit livres ! Elle avait tout juste trois mois quand m'a frappée le coup le plus dur de toute ma vie. C'était le 19 mars 1942, j'apprenais la mort héroïque de mon mari, tombé sur le front de l'Est. Inutile de vous dire ma réaction ! Ne dites pas "Tu avais au moins la petite". Non, rien ne peut vous aider dans une telle épreuve. Et la joie d'avoir un enfant n'est plus tout à fait la même. Je n'ai pas réussi à accepter qu'il n'ait même pas vu sa fille. Plus que jamais, je me suis jetée dans les bras de la musique parce que, quand j'entends une symphonie de Beethoven, je sais qu'il existe un monde meilleur. 36.39 36.42 Eva Jantzen Elle l'a certainement beaucoup aimé. Mais elle a aussi dû batailler beaucoup avec lui. La situation n'était pas facile. Donc elle a confié la petite à l'orphelinat. Toutes ces histoires, c'est terrible. 36.54 36.56 Lettre Malheureusement, on m'a placée dans une usine d'armement. C'est un travail que je déteste, c'est idiot, sale et bruyant. La seule consolation, c'est que ce soit un travail nécessaire. Le plus grave, c'est que je suis souvent trop fatiguée physiquement et mentalement pour m'occuper correctement de ma fille. Elle est devenue un petit être parfaitement anarchique, qui n'en fait qu'à sa tête. Pour lui assurer une bonne éducation, je l'ai donc confiée à l'orphelinat municipal, qui est vraiment exemplaire. 37.19 37.30 Barbara Kölbing Ma tante explique toujours les choses par son parcours personnel. Elle n'a pas réussi à surmonter ce destin : perdre son mari et se retrouver avec une enfant privée de père. Quelque part cette enfant, même si cela paraît très brutal, l'empêchait presque de développer sa personnalité. C'est très exigeant, un enfant. Elle n'arrivait pas à faire face, elle-même n'était pas encore stable, elle se cherchait encore. 38.07 38.07 Eva Jantzen Une autre aurait dit "C'est un souvenir de cet homme". Non, tout cela n'est pas tout à fait normal. À cette époque, elle cherchait dans toutes les directions, elle s'est plongée dans l'anthroposophie, la méditation, toutes sortes de choses étranges pour essayer de trouver une aide. Parce qu'elle était perdue. 38.30 38.41 Commentaire Les maris sont au front, les femmes à la maison, exposées aux alertes aériennes de plus en plus fréquentes. Mais l'une d'elles trouve encore le temps de décrire sa nouvelle vie de famille, on s'y croirait en temps de paix. C'est Elisabeth, la meneuse. 38.55
38.57 Rosemarie Hesse Une ancienne amie de chez les diaconesses, je crois, lui a écrit qu'elle avait rencontré à Dresde un médecin qui cherchait une femme. Il n'avait pas d'enfants de son premier mariage et il en voulait. Mais la femme choisie devrait être une bonne nationale-socialiste. 39.25 39.26 Lettre Quatre mois après, j'étais donc mariée, car j'étais plutôt d'accord avec l'homme en question et lui visiblement avec moi. Mon mari est médecin, il travaille au ministère, mais il a aussi de nombreuses obligations à côté. De manière incompréhensible, Dresde a plutôt été épargnée jusqu'ici par les bombardements. Nous jouissons donc d'une vie de famille presque comme en temps de paix. Depuis que notre petite fille est là Karla, du nom de son père, Karl le bonheur de la famille est naturellement complet et nous menons une existence heureuse au milieu de cette époque sombre. 40.00 40.00 Karla Koziar Chaque individu devait construire une maison, planter un arbre et faire un enfant. Comme il n'avait pas d'enfant à 50 ans, malgré 20 ans de mariage avec une femme qui ne pouvait pas en avoir, tout cela l'ennuyait beaucoup. À 50 ans, il a décidé de tout recommencer, parce qu'il lui manquait quelque chose dans sa vie. 40.25
40.26 Commentaire Le mari d'Elisabeth n'est pas au front. À Dresde, il forme les futurs médecins militaires, ce qui lui permettra de rester auprès de sa famille jusque dans les dernières années de la guerre. 40.34 40.35 Lettre Peu après le deuxième anniversaire de notre fille, le 12 février 1945, j'ai quitté Dresde avec la petite. La situation dans la gare de Dresde était indescriptible, le front approchait et des foules innombrables de fugitifs arrivaient de l'Est. 40.51 41.40 Commentaire Au même moment, Erfurt est également bombardée. C'est là que vit Eva. Elle est durement touchée par une attaque de nuit. Seule, Eva doit s'occuper des vieux et des enfants. Son mari est toujours à la guerre. 41.53 41.56 Lettre C'était le jour du premier anniversaire de ma fille. J'essaie maintenant de sauver ce qu'il reste à sauver, pour que nous ne mourrions pas de faim. Car nous sommes nombreux : les parents, les enfants, deux grands-mères jetées à la rue par les bombardements, et une tante. Chaque jour, je passe plusieurs heures à la cave, enfoncée jusqu'aux genoux dans une eau saumâtre pour dégoter peu à peu quarante kilos de pommes de terre, quelques carottes et des bocaux de conserves. Plusieurs fois par jour, je traverse la moitié de la ville avec un énorme sac à dos pour tout mettre à l'abri dans une cave, chez des amis. La dernière fois, hier soir, dans le noir, je suis passée la tête la première par-dessus un barrage de rue, le sac à dos m'est tombé sur la tête j'ai des bleus partout. 42.39 42.42 Eva Jantzen Je pensais n'être qu'une boule de nerfs, mais quand notre maison a été bombardée et que je me suis retrouvée la seule survivante indemne, je suis restée de glace. Ce sont des choses qu'on découvre seulement face au danger. 42.58 43.05 Commentaire En ville, la situation ne cesse d'empirer pour Eva. La nourriture se fait rare et les attaques aériennes se multiplient. Elle déménage avec ses enfants dans la petite maison de campagne de ses parents. 43.15 43.24 Lettre Sans train, sans courrier et parfois sans lumière, nous voici perdus au milieu de la forêt de Thuringe. La nourriture est difficile à trouver et les hivers sont rudes. Je passe l'été à accumuler du bois et à ramasser des pignons, des champignons et des baies, parfois même j'abats des arbres. Tout ce qu'on fait est absolument essentiel à la survie, mais la situation reculée du village permet de retrouver quelques moments de calme, seule plongée dans un bon livre. 43.55
43.57 Eva Jantzen À Gehlberg, j'ai vécu sans journal, sans radio ; il y avait juste un homme qui apportait les nouvelles avec une cloche, au coin de la rue. Il sonnait et tout le monde se mettait à la fenêtre pour écouter ce qu'il racontait. À la fin, on l'appelait "Monsieur le maire". Mais c'était tout. Parfois, il y avait des rumeurs, et on se disait, c'est pas possible. Des atrocités. Des choses inimaginables. On se disait, c'est impossible. Pourtant, c'était bien vrai. 44.30 44.32 Lettre Pour nous, perdus dans la forêt de Thuringe, la vie reprenait son cours. Vers la fin avril, nous avons commencé à entendre en permanence des bruits de moteurs de l'autre côté de la forêt. Nous nous disions, ça ne peut être que les colonnes des vainqueurs et nous étions convaincus d'être prisonniers sans nous en rendre compte. 44.50 45.10 Eva Jantzen Un jour, je m'en souviens très bien, deux soldats américains ont traversé le village, ils avaient l'air si décontractés, avec leurs mains dans les poches et sans arme. Nous nous disions, mon Dieu, qu'ils sont imprudents. Nous avons accroché tous nos draps aux balcons, des draps blancs. Et nous avons tous commencé à pleurer comme des Madeleines. J'ai pris mon fils par la main et j'ai remonté la rue du village. Il y avait des soldats partout, dans tous les fossés, presque tous mâchaient du chewing-gum, je n'avais jamais vu ça. 45.44 45.50 Eva Jantzen Les Américains étaient là depuis à peine trois mois et ils ont dit, dès que les accords sont signés, nous nous retirons et c'est l'armée russe qui viendra. 45.59 46.02 Quatre mois après la fin de la guerre, il est décidé que les alliés américains et britanniques cèdent aux Soviétiques, en échange de leur présence à Berlin, la Saxe, la Thuringe et le Mecklembourg-Poméranie. 46.13 46.14 Eva Jantzen La première chose qu'ils ont faite, ça a été d'organiser des rafles, ils ont emmené tous les gens qui pouvaient leur servir, notamment les médecins, ils les ont tous déportés en Russie. 46.23 46.34 Karla Koziar Mon père a été emprisonné en 1946, j'avais trois ans. Il est décédé en 1947, je ne peux donc pas savoir ce qu'il pensait du régime. J'essaie de reconstituer les choses après coup ; il me semble que, d'une certaine manière, il devait être encore plus fanatique que ma mère. Son cabinet tournait bien, il aurait pu continuer à travailler comme médecin généraliste au village jusqu'à la fin de ses jours. Il a dû penser qu'une nouvelle époque commençait et il voulait en être : planter un arbre, construire une maison, faire un enfant. 47.04 47.05 Commentaire Elisabeth écrit dans le journal de classe
47.07 Lettre Mon mari était très affecté physiquement et moralement par les événements de la fin de la guerre et par le déclin de la grandeur allemande. Il cherchait une autre activité et il pensait l'avoir trouvée dans une petite ville dans la région du Niederlausitz. Mais peu de temps après, il a disparu derrière le rideau de fer, sans doute au cours de l'une des nombreuses rafles que les Russes organisaient partout à cette époque. Ils ont emmené beaucoup de gens, notamment des médecins. Je n'ai aucune nouvelle depuis deux ans et j'ignore même si mon mari est encore en vie. "À bas les crimes contre l'humanité !" Mais les braves allemands vont sans doute devoir boire le calice jusqu'à la lie, après avoir commencé avec toute leur bonne volonté et toutes leurs forces. Et malgré toute l'amertume que cela nous apporte... 47.57 48.05 Karla Koziar Elle ne dit nulle part que ses idéaux se sont effondrés. Je ne crois pas que quelque chose se soit effondré en elle à cause de la défaite du national-socialisme. 48.15 48.16 Commentaire En janvier 1947, le mari d'Elisabeth décède du typhus dans le camp d'internement russe de Jamlitz. Elisabeth ne l'apprendra qu'un an et demi plus tard. 48.26 48.29 Marga Martini Je ne peux pas dire qu'elle ait beaucoup pleuré. Peut-être que ce n'était pas son genre. 48.39 48.40 Commentaire Gagnant difficilement sa vie au village comme infirmière, Elisabeth nourrit seule sa mère et sa fille. Lors d'un voyage à Erfurt, elle rend visite à Käthe, la pharmacienne. Mais Elisabeth ne parvient pas à la convaincre d'écrire dans le journal de classe. 48.52 49.01 Commentaire Käthe ne voulait pas parler de l'échec de son mariage. Sa lettre de 1940 sera donc la dernière que ses amies de classe liront. 49.12 49.13 Lettre J'espère seulement que la guerre sera bientôt terminée et que mon mari et moi pourrons enfin commencer une vie commune. Je vous souhaite à toutes plein de bonnes choses pour l'avenir, même s'il semble parfois qu'il n'y en ait pas pour nous. 49.26 49.27 Commentaire À son retour de la guerre, ils commenceront une vie de couple à Meuselbach, dans la maison de ses beaux-parents. Mais la guerre a transformé le mari de Käthe. Il doit maintenant reprendre l'entreprise familiale, qui connaît des difficultés. 49.43 50.01 Marie Möller Ils se disputaient en permanence. Dès le début, ça n'a pas marché. Sa belle-mère disait toujours : il devrait avoir un peu de tranquillité, mais ils se disputent sans cesse. C'était trop de travail pour elle, trop agité aussi. Une entreprise, c'est toujours agité, ça n'arrête jamais. On ne peut pas dire, il est quatre heures ou cinq heures, je rentre chez moi. C'est impossible, encore moins quand l'entreprise est juste à côté de la maison. Mon mari a dit tout de suite, ça ne peut pas marcher. Et puis la maison avait besoin de descendants des enfants. Et elle n'a en pas eu. 50.36 50.38 Commentaire Käthe rentre à Erfurt, où elle peut au moins retrouver son travail à la pharmacie. 50.42 50.43 Marie Möller Mon mari a dit, si tu ne viens pas à Meuselbach, il n'y aura pas de vie commune. Donc tout s'est passé très vite. 50.53 50.54 Commentaire Le divorce est prononcé à Erfurt. Käthe vit à nouveau auprès de sa mère. Peu après, son mari épouse à Meuselbach une femme plus jeune. 51.03 51.05 Eva Jantzen Pourquoi ça a mal tourné ? Je ne sais pas. Tant de choses ont mal tourné pendant la guerre... 51.12 51.15 Commentaire Eva elle-même quitte la forêt de Thuringe et retourne à Erfurt. 51.19
51.21 Lettre Nous vivons maintenant dans la partie russe du monde et mon mari a peu de chances de trouver du travail comme archéologue. Cela fait donc deux ans qu'il est parti à Hambourg. Nous voici de nouveau séparés. Lors de mes passages de la frontière, je suis passée quelques fois clandestinement de l'autre côté et je me suis fait prendre plusieurs fois. On nous a même confisqué tous nos biens pendant le déménagement. Mais mon obstination à déposer des demandes, en allemand et en russe, a heureusement porté ses fruits. Nous sommes autorisés à partir : on nous jette de l'autre côté de la frontière dans des chariots à chevaux, à côté de rapatriés de l'Est. Nous avons même été autorisés à emporter ce qui nous est le plus cher. 52.06 52.15 Eva Jantzen Je suis tombée un jour entre les mains d'un policier, qui m'a interrogée. J'avais appris le russe en quatrième vitesse. Il était allongé sur un lit avec de grandes bottes et il me submergeait de questions en russe, à tel point que j'ai oublié tout mon russe. Il m'avait surestimée. Une autre fois, ça a été l'inverse. Comme je parlais russe, on m'a prise pour une espionne. Et mon Rüdiger attendait tout tremblant dans un fossé en se disant que sa mère ne reviendrait jamais. 52.50
52.53 Commentaire Au printemps de 1949, Eva avec ses deux enfants vient retrouver son mari à Hambourg. Ils vivent tout d'abord dans un logement collectif, avec quatorze autres personnes. 53.03 53.05 Commentaire La trace du journal se perd alors. Aucune des femmes ne s'étonne, car chacune pense qu'il se trouve chez une autre. Neuf années passent avant qu'il réapparaisse. À l'Ouest, la réforme monétaire est intervenue et les magasins sont soudain à nouveau bien approvisionnés. 53.19 53.50 Commentaire Elisabeth, Käthe et Katharina, toutes trois restées en Thuringe, assistent, elles, à l'arrivée de l'économie planifiée selon le modèle socialiste. La vie des femmes d'Est et d'Ouest évolue dans des directions très différentes. 54.00 54.01 Commentaire Le journal de classe réapparaît soudain chez Elisabeth, à l'Est. Elle écrit le 7 avril 1958 : 54.09 54.10 Lettre Personne ne peut expliquer où se trouvait le journal pendant les neuf années écoulées depuis la dernière lettre. Je l'ai reçu un jour par la poste, sans nom d'expéditeur. Essayons maintenant de le remettre en circulation le plus vite possible. 54.24
54.29 Lettre Ma vie n'a pas beaucoup changé au cours de ces dix dernières années. J'ai travaillé pendant 4 ans comme infirmière de nuit à la clinique. Puis on a construit dans notre village une sorte d'annexe de la polyclinique. Nous habitons maintenant dans une maison de village, au premier étage ; le rez-de-chaussée est occupé par le cabinet médical. 54.57 Ma fille a maintenant 15 ans et va au lycée. Je révise donc toutes les matières avec elle, mais j'ai vite abandonné l'idée d'apprendre le russe en même temps qu'elle. Pour le cours d'allemand, elle lit actuellement un gros bouquin d'Ostrowski "Comment l'acier a été durci". C'est ça, la littérature allemande ? Je dois dire que le cours d'histoire contemporaine dépasse mon modeste horizon. Mais au moins, pour ma part, je peux assurer que je mène une vie modeste dans le calme de la campagne ; cela me suffit amplement. 55.31 55.37 Karla Koziar Il lui a fallu être à la fois un père et une mère pour moi, s'imposer comme chef de notre petite famille, avec grand-mère, mère et enfant. Je crois qu'elle n'a jamais envisagé de se remarier. D'abord à l'époque, il n'y avait pas beaucoup d'hommes, ensuite elle n'a jamais semblé y tenir. 55.59 56.00 Lettre Je rêve parfois qu'il n'y a pas de frontière entre les zones Est et Ouest et que je reprends mon vieux vélo pour aller me balader. Nous devons également essayer de faire passer notre journal à travers cette maudite frontière, puisqu'il semble que certaines d'entre nous habitent maintenant de l'autre côté. 56.36 Commentaire Le Mur coupe toute l'Allemagne en deux. La division entre Est et Ouest rend plus difficile les contacts entre les anciennes camarades. Le journal de classe parvient néanmoins à Munich dans les bagages d'une amie autorisée à s'y rendre. 56.47 57.07 Lettre Il est temps que je remplisse mes obligations et que je vous parle de moi. Vous vous souvenez que j'avais placé ma fille Gesine dans l'orphelinat de la ville pour lui assurer une bonne éducation. Dans l'atmosphère calme et sereine de cette maison, qui applique de formidables méthodes d'éducation moderne, elle s'est développée et est devenue une enfant formidable, qui promet de devenir un membre utile de la société. 57.30 57.32 Barbara Kölbing Ces filles, quand à 15 ou 16 ans, elles quittent l'orphelinat et qu'on les renvoie chez leurs mères, on imagine bien ce que peuvent être leurs sentiments pour cette mère. Je ne sais pas si elles en ont parlé ou si elles ont abordé la question d'une manière ou d'une autre, je sais juste qu'il y avait des tensions énormes. 57.52
58.02 Barbara Kölbing Chez mes parents, il y avait d'abord un affrontement verbal, qui tournait ensuite en affrontements physiques. Ce n'est pas bon, j'en ai beaucoup souffert. Je sais seulement que ça a marqué une rupture définitive et qu'elles ne se sont plus fréquentées. 58.21 58.31 Commentaire Wilhelmine n'en dit rien directement à ses anciennes camarades de classe. 58.35 Lettre Mes pensées, mes sentiments et ma volonté ont changé radicalement depuis que je m'intéresse à la gymnastique respiratoire et au yoga. Il est vrai que j'y étais poussée. Mais il faut longtemps pour retrouver la sérénité. Je renonce donc à habiter un appartement élégant je me restreins à l'extrême. Nous savons toutes qu'on peut tout perdre très rapidement. 59.00 Il y a six ans, j'ai découvert les montagnes et mon goût pour la randonnée. Armée d'un réchaud à alcool et d'une casserole, je pars en auto-stop. Et je passe ensuite des semaines que les dieux m'envieraient. 59.16 59.30 Commentaire À cette époque, et sans que la classe en sache rien, un destin se joue à Erfurt. Celui de Käthe. Käthe juge sa vie ratée. Elle fait une tentative de suicide, mais les autres de la classe n'en sauront rien. Car elle ne veut plus écrire dans le journal. 59.48 59.55 Ses amies apprendront indirectement qu'à 40 ans, Käthe s'est subitement remariée avec un homme plus jeune, très avenant, une sorte de charmeur. Il était représentant de commerce et voyageait beaucoup. À 42 ans, Käthe met au monde un fils qu'elle baptise Volker. 00.14 Ses camarades de classe constatent à quel point son état nerveux est lamentable. Mais personne ne devine combien la situation financière de la famille est précaire, car ils habitent l'une des plus belles rues d'Erfurt. 00.26 00.30 Eva Jantzen Quand elle a épousé cet homme plus jeune, je l'ai revue quelques fois et nous nous rencontrions à plusieurs, d'autres étaient là aussi. Elle était alors d'une incroyable nervosité. 00.46 00.51 Eckard Wiederhold Ils vivaient en fait d'une façon très retirée, il était très difficile de les approcher. Je dois dire que rétrospectivement, je suis même très étonné d'avoir pu pénétrer dans cet appartement. Pourtant, j'ai toujours eu l'impression que cela faisait très plaisir à la mère, à elle surtout, parce que peu d'autres enfants s'intéressaient à Volker, donc elle était contente que je lui apporte ses devoirs quand il était malade, par exemple. Et elle me recevait toujours très gentiment. 01.27
01.28 Eva Jantzen Elle m'a fait asseoir dans l'escalier en me disant : il y a deux appartements ici au même étage. Et elle a poursuivi : j'ai une pièce dans chaque appartement, une à gauche et une à droite. Mais je ne peux pas te laisser entrer, tout est en désordre. Nous sommes donc restés dans l'escalier. Alors je lui ai dit : Essaie donc de gagner un peu d'argent, retourne à la pharmacie. J'ignore pourquoi elle ne l'a pas fait. Le petit allait déjà à l'école, c'était donc possible. 02.01 02.02 Eckhard Wiederhold Il arrivait souvent avec plusieurs heures de retard, parfois plus, et on avait toujours l'impression que ce retard était dû à je ne sais quelles choses qui s'étaient passées à la maison. 02.11 02.12 Friedel Lesser Ah si on avait pu penser que le petit... il venait souvent nous voir, il empruntait des livres à mon fils. Il avait quatre ou cinq ans de moins que mon fils Frank. Dès qu'il arrivait, ma mère lui disait toujours je ne me rappelle plus de son prénom : Veux-tu boire quelque chose ? Et elle lui préparait du cacao. Alors il s'asseyait et il le buvait d'un trait. Ma mère disait : il y a sûrement quelque chose qui cloche chez eux. Il doit être dans le besoin Un jour, je suis allée dans leur immeuble et une femme qui habitait là m'a expliqué que le petit récupérait les bouteilles vides dans l'immeuble et qu'ensuite il les vendait pour s'acheter des petits pains. 02.45 02.46 Eva Jantzen Cet enfant était fabuleux. Fabuleux. Dire qu'elle l'a pendu. 02.53 02.57 Eckhard Wiederhold On a entendu dire que la mère de Volker l'avait pendu et qu'elle s'était pendue ensuite. 03.03 03.05 Commentaire Käthe apprend que son mari est en prison pour non-assistance à un enfant d'un précédent mariage, falsification de chèques et escroquerie. Elle est tombée sur un imposteur. 03.19 Le 15 mars, Käthe pend son fils, puis se pend elle-même dans son appartement d'Erfurt. Deux semaines avant le dixième anniversaire de l'enfant. 03.29 03.32 Eva Jantzen Elle a dû perdre complètement les pédales, à cause de cette immense déception. Et puis son père était amiral, elle avait sans doute une conception complètement tordue de l'honneur, n'est-ce pas. Elle aurait bien pu laisser filer ce type. Elle avait un métier, Elle aurait bien fini par trouver une solution. 03.54 03.56 Commentaire L'acte d'accusation mentionne à propos de cet homme : Sans emploi régulier, il a perçu pendant un temps l'aide sociale. L'accusé n'avait pas une conception saine du travail et de la famille. Du fait de sa mauvaise conduite, l'accusé se disputait fréquemment avec sa troisième femme et ces confrontations finissaient souvent par des voies de faits. 04.18 Apprenant le tragique événement, la justice accorde au mari de Käthe une autorisation de sortie de trois jours. Il se rend à l'appartement et vend absolument tout ce qui s'y trouve. 04.28 04.30 Eva Jantzen Cet homme était un tel salaud qu'il nous a écrit une lettre à toutes, en disant que sa femme était malade, qu'elle avait été opérée de la vésicule. Et nous devions continuer à envoyer des petits paquets, toujours des petits paquets. Alors qu'ils étaient déjà morts tous les deux. On l'a laissé sortir de tôle quelques jours pour se rendre auprès de sa famille défunte. 04.57 05.02 Lettre de l'homme Je vous écris au nom de ma femme, qui est à l'hôpital. Elle a subi une opération de la vésicule et ne va pas bien du tout. Elle pourra sortir seulement dans quelques semaines. Je vous transmets les meilleures salutations de ma femme et de Volker. 05.15 05.16 Commentaire Voilà ce que le mari de Käthe écrit à ses anciennes camarades de classe, trois semaines après la mort de Käthe et de leur fils commun. 05.24 05.40 Commentaire À cette époque, le journal de classe se trouve à Hambourg, chez Eva. Elle a désormais trois enfants. Ce que souhaite Eva, c'est un refuge, un lieu d'intimité et de sécurité, posséder enfin sa propre maison. 05.51 05.57 Lettre Nous avons construit une maison à la périphérie de Hambourg, avec vue sur les champs, et nous vivons maintenant très heureux. À 40 ans, c'est mon premier logement vraiment à moi. 06.09 06.12 Eva Jantzen Pour nous, c'était un immense progrès, chaque enfant avait sa chambre, c'était nouveau. Et quand un des enfants voulait entrer, l'autre hurlait : "fous le camp" et claquait sa porte pour être tranquille ! C'était formidable. Et puis il y avait le jardin, nous avons tout fait ensemble, c'était vraiment bien. 06.34 06.35 Lettre J'écris notamment des critiques d'expositions et de théâtre pour les journaux. J'aime ça et c'est vraiment nécessaire financièrement. Notre aîné, Rüdiger, a maintenant 19 ans et une coupe de cheveux qui fait penser à Néron jeune. Bettina a 15 ans et adore lire E.T.A. Hoffmann. Christophe, le plus jeune, est en cinquième et il est très malin. Notre papa est archéologue et enseigne à l'université. La cinquième de la maison, c'est moi, la bonniche qui se charge de tout, la famille, la maison, le jardin. 07.12
07.15 Eva Jantzen Je n'avais pas imaginé ça. On vient d'une certaine famille et je me disais que ma vie ressemblerait tout à fait à celle de ma mère. Mais nous sommes la première génération qui a été totalement prolétarisée, parce que la femme doit tout faire, il n'y a pas une bonne qui reste jusqu'à 8 heures du soir. Et il y a les enfants, les garçons qui ne veulent pas faire leurs devoirs. Il fallait toujours les surveiller. 07.39 07.40 Bettina Jantzen Ce qui était très difficile pour elle, je crois, c'était ce rôle de mère dans une famille où elle était responsable de tout. Dans cette génération, les hommes se tenaient à distance des choses. Ce sont les mères qui supportaient toute la charge. Je pense que ça devait être difficile de devoir s'occuper d'absolument tout. 08.06 08.07 Lettre Nous avons des habitudes bien établies. Nous partons toujours skier à Pâques et nous menons alors une vie très spartiate dans un petit refuge de montagne. L'été, nous avons l'habitude d'aller à la mer Baltique. 08.18 08.23 Commentaire Le journal de classe reste trois ans chez Eva, puis elle écrit : 08.28 Lettre Tout ne va pas pour le mieux avec nos enfants et je ne peux malheureusement pas raconter ces belles réussites qui font la fierté des mères. Pendant des années, ma fille Bettina a été une historienne de l'art exemplaire, elle a même obtenu une bourse pour préparer son doctorat à Paris et elle semblait bien partie pour réussir. Mais sur les rives de la Seine, elle a assisté aux révoltes étudiantes et est devenue une gauchiste aussi radicale que passionnée. Ensuite, Bettina s'est installée à Berlin avec son copain et est naturellement devenue encore plus gauchiste. Elle est maintenant maoïste convaincue. Quant à notre fils aîné, il a quitté la famille, qui représente à ses yeux une obligation beaucoup trop bourgeoise. Nous ignorons tout de lui, même son adresse. 09.15 09.22 Commentaire À 50 ans passés, Eva repart en Grèce avec son mari. 09.28 09.49 Commentaire Elisabeth a collé dans le journal de classe une lettre de la sur de Katharina. Elle informe la classe de son mauvais état de santé. Katharina avait donné signe de vie la dernière fois en 1938, peu après avoir travaillé dans une institution pour malades mentaux. 10.08 Depuis quelques années, Katharina souffre d'hallucinations et a été placée dans une clinique psychiatrique. Elle refuse tout contact avec sa sur et avec ses anciennes camarades. 10.18 10.25 Commentaire En 1974 a enfin lieu une première rencontre de toute la classe. Peu après une autre rencontre, qui aura lieu en 1982, Wilhelmine envoie une lettre au journal de classe. 10.36 10.37 Lettre Je pars le 1er septembre à Sexten, je vais essayer de me remettre à la randonnée, car depuis quelques mois, je ne suis plus la même. Les montagnes n'ont jamais laissé tombé personne. Chère Eckchen, je te remercie de tes fidèles pensées pour mon d'anniversaire, porte-toi bien, pour que nous puissions bientôt nous réunir à nouveau. Avec les sincères pensées de ton ancienne camarade Wilhelm. 11.02 11.05 Eva Jantzen Je crois qu'elle était complètement passionnée de montagne, elle a toujours dit qu'elle partait seule et le plus souvent possible. Elle ne voulait pas reconnaître que ses forces diminuaient. Elle avait sûrement remarqué que les choses n'étaient plus comme avant. 11.21 11.22 Friedel Lesser La dernière fois que nous avons fêté son anniversaire, nous sommes allées nous promener. Elle nous a guidées autour de chez elle, nous sommes allé voir des lacs. Et là, elle nous a dit : ça fait bizarre de penser que c'est la dernière fois que je vois ce lac. Alors j'ai dit à Mme Finck : je ne trouve pas ça drôle, ce que Wilhelmine vient de dire. Mais elle m'a dit : Ne le prends pas mal, tu sais bien qu'elle est capable de dire des choses pareilles. En fait, elle savait bien ce qu'elle avait en tête. 11.46 11.48 Barbara Kölbing Elle se croyait persécutée, c'était devenu très grave les dernières années, nous en avons beaucoup souffert. Elle se sentait bien sûr incomprise, comme tous ceux qui souffrent d'une telle maladie. Pour nous, c'était vraiment très dur, car cela pesait énormément sur toutes les relations, ça pose des problèmes énormes de savoir comment traiter la chose. Je ne pouvais pas lui dire en face : tu es atteinte de la manie de la persécution, tout ce que tu dis ne tient pas debout. Parce que pour elle, c'était sa vérité. Toute cette période a donc été très difficile. 12.22 12.29 Commentaire Quand Wilhelmine arrive à Sexten, dans les Dolomites, elle s'installe dans une petite pension. Une maison en bordure du village, avec une vue superbe sur les montagnes. 12.38 12.43 Époux Summerer Elle était arrivée le samedi dimanche samedi soir. Le dimanche est passé et, le lundi, elle est partie toute la journée et n'est revenue que le soir, pour dormir. 12.58 13.03 Commentaire Le troisième jour, Wilhelmine ne ressort plus de sa chambre. 13.08 13.09 Époux Summerer (Elle) Alors je suis montée et j'ai frappé. Rien. Frappé à nouveau. Rien. Alors je suis entrée et je me suis dit, c'est pas vrai : elle a les yeux fermés. Je me suis approchée et je (Lui) Elle était au lit. (Elle) l'ai touchée avec le dos de la main, pour ne pas laisser d'empreinte. Elle était déjà froide. 13.32
13.33 Commentaire L'autopsie conclura à un suicide par absorption de comprimés et d'alcool. 13.38 13.42 Barbara Kölbing Elle disait, si ça continue comme ça, je ne pourrai plus vivre, je me donnerai la mort. Pour elle, c'était réglé. Elle avait parlé de suicide. Elle avait dit, si un jour, je ne supporte plus la vie, peu importe la raison, je me suiciderai. 14.00 14.05 Barbara Kölbing Elle a laissé une lettre avec ses dernières volontés. Elle voulait être enterrée dans ses habits de randonneurs, avec le pantalon tyrolien, les chaussures de marche et le sac à dos, dans le petit cimetière de Sexten. Mais ce n'était pas possible, bien sûr. 14.20 14.23 Commentaire La lettre d'adieu de Wilhelmine est collée dans le journal de classe. Elisabeth reçoit trois ans plus tard une autre lettre. Elle vient de nouveau de la sur de Katharina, qui informe la classe du décès de Katharina des suites d'une attaque. 14.40 14.49 Commentaire Elisabeth elle-même décédera deux ans plus tard, en 1989, peu avant la chute du Mur de Berlin. 14.55
15.07 Commentaire Eva vit toujours à Hambourg avec son mari. Tous deux vivent de leurs publications en archéologie et en histoire. 15.16 La vie d'Eva, qui a débuté avant la Première Guerre mondiale, a été marquée par un esprit de communauté auquel, comme toutes les autres filles, elle voulait croire. Un sentiment d'appartenance mutuelle qui trouvait ses racines dans treize années de scolarité commune. 15.31 15.51 Commentaire Le lycée de la Reine Luise. Un vieux bâtiment resté pratiquement inchangé depuis 67 ans ; on y prépare toujours le baccalauréat. En 1998, 200 000 lycéens ont passé le bac, dont 125 000 filles. Deux d'entre elles connaissent la vie de celles qui les ont précédées. La vie de cinq femmes dont le passé a autrefois fait partie du présent, comme la vie de ces deux jeunes filles d'aujourd'hui. 16.21 16.40 Patti Szilagyi Je voudrais faire des études intéressantes, dans un domaine que j'aime. J'espère que je pourrai faire le métier qui me plaît : je voudrais devenir reporter pour la télévision et tourner des reportages culturels. Et bien sûr gagner assez d'argent. Sinon, dans 20 ans, je ne sais pas encore. 17.00 17.01 Patricia Hoffmann J'espère avoir réussi quelque chose dans le domaine du théâtre, et que ça me rapportera aussi un peu d'argent. Il n'y a pas que l'argent qui compte, bien sûr, l'important est de faire le métier de ses rêves. 17.11 17.12 Patti Szilagyi Actuellement, je ne m'imagine vraiment pas avec des enfants, une famille. Je voudrais d'abord profiter de ma liberté et faire ce que j'ai envie, essayer des choses. Après peut-être... 17.25 17.47 Voix de Patti Chère Patricia ! Tout d'abord, mes meilleurs vux pour la nouvelle année 1999 ! J'ai donc finalement atterri à Leipzig et j'étudie le journalisme et les sciences de la culture. La vie d'étudiante est fascinante, j'ai fait la connaissance de plein de gens intéressants de toute l'Allemagne, et puis d'une ville nouvelle. Malgré cela, on se sent seul, parfois. Et je ne suis pas encore pleinement satisfaite. Je cherche encore autre chose études ou pas quelque chose qui me paraisse "juste" ! Mais je n'ai aucune idée de ce que c'est ! Et que sont devenus tes projets ? Donne-moi vite de tes nouvelles ! Salut, Patti. 18.26 18.36 Voix de Patricia Hello Patti, merci pour ton super e-mail. Chez moi, rien de neuf. Mon rêve de devenir chorégraphe ne m'a pas quittée, il faut donc que je travaille beaucoup. Donc : danser, danser, danser. Mais on doit m'enlever les amygdales dans quinze jours et je vais être interdite de sport pendant au moins deux mois. Ça ne va pas être facile. Je vais essayer d'en profiter pour m'améliorer en histoire de la musique et de la danse. Voilà, c'étaient les dernières nouvelles de la "métropole" d'Erfurt. J'espère qu'on se reverra bientôt. Fais-moi signe ! Patricia. 19.11 Adaptation : 3i Traductions. |
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| Adaptation 3i Traductions |