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SWORN TO THE DRUM :
Hommage à Francisco Aguabella
1/17/95
02.37
John Santos
Francisco fait partie de la première vague de percussionnistes qui sont arrivés dans ce pays et qui ont inspiré tous leurs successeurs. Le tout premier fut Chano Pozo, qui a rejoint lorchestre de Dizzy Gillespie en 1946. Après Chano, toute une bande de percussionnistes est arrivée : Patato, Candido, Armando Peraza, Mongo Santamaria, Julito Collazo et Francisco. Ils nous ont transmis les bases. Les morceaux quils ont enregistrés avec des artistes de jazz, de pop et de salsa sont ceux que nous écoutons tous aujourdhui pour apprendre à jouer.
03.13
05.12
Cachao
Il est lun des principaux garants de notre musique, celle qui nous est propre, depuis toujours. Et toujours, il a conservé la préoccupation de rester fidèle au patron de la rythmique cubaine. Sans jamais varier ; il joue avec tout le monde, mais toujours, il maintient le patron rythmique qui est le nôtre. Cest une tâche très importante. Cest dailleurs le travail qui nous incombe à tous. Nous jouons de tout, mais toujours en préservant la base rythmique. 05.40
06.10
Dizzy Gillespie
Je mapprêtais à enregistrer ce disque en Californie et jai demandé à Mario Bauza : " A qui pourrais-je faire appel ? ". Il ma répondu : " A Francisco. Cest à lui quil faut que tu tadresses, car tu nauras rien à lui expliquer. Il sait ; il a grandi avec cette musique. "
06.29
06.49
Francisco
Je suis né à Matanzas. Jai appris à jouer là-bas parce quà Matanzas, il existe énormément de rythmes différents aux percussions. 06.56
06.57
Armando Peraza
La province de Matanzas a une grande richesse sur le plan des traditions venant dAfrique, car Cuba est lun des pays dAmérique où cette tradition dorigine africaine est la plus variée, Cuba sest construite à partir de cultures venant de différentes régions de lAfrique. 07.15
07.34
Santos
On considère le batá comme un tambour qui parle, car la langue nigériane est une langue tonale. Le tambour imite une suite de sons comme " mo bu due " pour dire " merci ". On peut copier, reproduire cette séquence à laide du tambour : " kon ki ki ", avec des sonorités sourdes ou ouvertes et toute une variété de hauteurs de tons obtenue à partir de linstrument. 07.55/ 08.00 Le plus grand des tambours dirige lensemble, il appelle et signale les changements de rythme. 08.11 En indiquant certains changements, il instaure un dialogue avec le tambour moyen et le tambour le plus petit, qui lui répondent.
08.19
10.03
Santos
Francisco est un maître des batá, un des tout premiers à être venu aux Etats-Unis et à sy être installé. Lui et son ami Julito Collazo, qui vit également à New York depuis de nombreuses années, sont les maîtres des batá les plus expérimentés de ce pays.
10.22
10.23
Robert Farris Thompson
Julito et Francisco peuvent vous chanter une chanson dont la mélodie remonte au moins au XVI
ème siècle. Par exemple, " (il chante la chanson yoruba) ". 10.35 Et ils vous diront que cette même mélodie se retrouve dans 21 variantes et quelle est fredonnée ici, comme à la Trinité et tout le long de la côte brésilienne. Car nous avons affaire à un véritable classique. Ces deux musiciens sont aussi riche que la pierre de Rosette. Ce sont des encyclopédies vivantes.10.53
11.32
Francisco
Santa Bárbara est ma sainte patronne. Et le jour de la Santa Bárbara - le 3 Décembre - peu importe avec qui je joue, ce jour-là je ne travaille pour personne. Quil sagisse dun vendredi, dun samedi, cest la même chose, je ne travaille pour personne. Pour personne, ce jour-là appartient à Santa Bárbara...// Cest une sainte que jaime beaucoup. 11.53
11.55
Thompson
Dès leur arrivée à Cuba, les Yoruba ont remarqué une chose étrange : les blancs allumaient des bougies pendant lorage. Ils se sont alors demandé pour qui. Tôt ou tard, on leur a répondu : pour Santa Bárbara, car elle est la sainte qui nous protège de la foudre. 12.15 Le jour de Santa Bárbara, cest Changó quon célèbre.
12.19
12.48
Francisco
En réalité, jai commencé par jouer des tambours batá, pendant les rites religieux.
12.52
13.16
Santos
Les tambours jouent un rôle essentiel dans les cérémonies religieuses, car leur voix permet aux initiés de communiquer avec les divinités. Le but du rituel est dappeler un Orisha afin quil prenne possession dun des participants. Ensuite, la divinité parle aux personnes présentes par lintermédiaire de linitié en transe. Parfois, le percussionniste connaît davance lOrisha de cette personne. Sinon, ses vêtements ou la chanson quelle a choisie pour saluer les tambours le lui indiquent. Le musicien peut alors commencer à jouer un morceau destiné spécifiquement à cet Orisha et à cette personne.
13.48/ 13.49 Jai déjà vu Francisco concentrer son énergie de cette manière et commencer à jouer en se fixant sur un individu précis. Cela fonctionne toujours : la personne entre en transe et la possession saccomplit.
13.58
14.24 Sous-titres 15.08
15.42
Santos
Il existe des religions différentes mais apparentées qui proviennent de la même région dAfrique. Prenons par exemple celles des Iyesa et des Yoruba. Leurs rythmes, leurs tambours et leurs chants diffèrent de ceux des Yoruba, mais ils ont des points communs car il sagissait de deux ethnies voisines. Il est fréquent pour un Afro-Cubain davoir quatre grands-parents dorigines distinctes : Carabali, Yoruba, Arará et Iyesa.
16.09
16.14
Francisco
Ma grand-mère était dorigine Iyesa. Elle était initiée, fille dOgún, lesprit qui venait en elle, cétait Ogún. Elle avait un chant qui toujours faisait venir le Santo pendant les cérémonies. Toujours le même chant que voici /1628, a la é a é é, Ogún a e é a é a é é Ogún .....
18.01
Francisco
Jai quitté Cuba [en 1953] parce que jai fait la connaissance de Madame Katherine Dunham, je travaillais au cabaret Sans Souci et elle appréciait beaucoup ma façon de jouer. Elle a demandé au professeur Irma Rodriguez sil était possible de mentretenir du film quelle sapprêtait à tourner. 18.16
18.27
Santos
Katherine Dunham était célèbre pour ses recherches sur la musique des Caraïbes. Pour étudier la musique dHaïti, de la Jamaïque, de la Trinité ou du Brésil, elle simmergeait toujours dans le pays. Elle allait sur le terrain rencontrer des spécialistes qui étaient aussi des percussionnistes et des danseurs très connus dans le pays. A Cuba, elle a découvert Francisco et Julito. Ils étaient parmi les meilleurs, et elle ne les a plus quittés.
18.53
20.45
Santos
Francisco était célèbre dans les quartiers populaires parce quil faisait partie de la comparsa, la formation de rue qui sort à chaque carnaval pour jouer.
20.53
20.54
Francisco
Dès que la Noël approchait, nous ne pensions plus quà une chose : la comparsa... parce que la comparsa, pour nous, cest, cétait encore plus important que..., que dêtre riche. 2104
2110 Je mettais mon tambour, le quinto ici sur lépaule, " shoulder " comme disent les Américains. Et je ne men séparais plus de huit heures du soir à quatre heures ou quatre heures et demi du matin quand se terminait le défilé des comparsas. Nous faisions serment..., nous disions, jurons de ne pas poser le tambour avant la fin du défilé, daccord [OK], et on jouait sans arrêt, et on jouait sans arrêt, et on transpirait et on transpirait, la comparsa, toutes ces comparsas qui étaient là, environ dix-huit, et on jouait, on marchait, on sarrêtait, et on jouait, on jouait, on jouait jusquà ce quon arrive au bout, il se peut quil y ait une autre comparsa qui soit plus forte que vous, alors il faut renforcer la sienne parce que sinon, celle qui vous précède va vous éclipser complètement, et tout le monde veut briller, tout le monde veut proclamer " cest moi qui suis le meilleur et personne dautre ".21.48
22.14
Francisco
A Cuba, on joue aussi la rumba. 22.15
22.30
Francisco
A Cuba, on joue la rumba tous les jours. / Il ny a pas de jour spécifique pour la rumba. La rumba.... nous autres ici nous pouvons attaquer une rumba sans tambour. Il suffit que lun de nous frappe ici, ou là, ou sur le mur. A Cuba, la rumba, cest vingt-quatre heures sur vingt-quatre. Nous nous retrouvons dans la rue, nous allons boire un verre de rhum ou boire une bière et, par exemple, il dit : " bon, et pourquoi on ne jouerait pas une petite rumba ", et il commence ... lautre frappe contre le mur, un autre sur une bouteille de bière, et même avec la capsule de la bouteille, comme ça " ka ka ka...kaka " et voilà, la rumba a commencé !
23.09
25.05
Patato
Sans rythme, rien nest possible. Pour marcher, personne nattaque la marche du pied droit parce quil va sarrêter, arrivé à mi-chemin, pour réattaquer du pied gauche. Je dis bien personne. Quand on parle, on parle en mesure, ceci et cela, ceci et cela. Et quand on marche, on marche en mesure. Et tous les gestes se font en mesure. Sans rythme, rien nest possible ; et sans musique, encore moins.
25.23
26.38
Santos
Francisco a enregistré avec Peggy Lee et a fait partie de son groupe pendant des années. Il a aussi enregistré avec Tito Puente, et de nombreux albums avec Eddie Palmieri. 26.48 / 26.52 Il a vécu alternativement à Los Angeles, à New York et à San Francisco et il a joué dans des groupes de musique latine et des formations de jazz dans chacune de ces villes.
27.00
27.09
Santos
Ce qui mémerveillera toujours, cest la capacité quil avait à jouer toute la nuit au Cesars, et même tout le week-end. Il jouait le vendredi et le samedi soirs, jusqu'à quatre heures du matin, puis il prenait le volant pour aller à Los Angeles. Il arrivait à dix ou onze heures du matin pour participer à une cérémonie qui commençait en début daprès-midi... et qui durait toute la journée. Ensuite, il dormait quelques heures et se levait aux aurores, pour commencer à préparer ses tambours et à rassembler ses affaires, car en général, il se produisait deux fois de suite. Malgré le manque de sommeil, il jouait pendant toute la cérémonie, et plus elle avançait et se faisait intense, plus il avait dénergie. Cette vie, il la puisait dans le tambour.
27.51
27.57
Carlos Santana
La chose la plus importante que ma apportée Francisco, cest sa spiritualité, la source de son inspiration, sa façon de montrer que musique et spiritualité ne font quun. 28.05 / 28.11 Jouer avec Francisco et Armando ma toujours inspiré. Jusquici, chaque fois que je les ai vus jouer ensemble, les murs eux-mêmes transpiraient. Je ninvente rien. Les murs transpiraient vraiment. Je sais ce dont ils sont capables... Je sais quen jouant, ils ont la faculté de modifier lunivers qui les entoure. Ils ont ce pouvoir-là.
28.32
Adaptation: 3i Traductions
| Adaptation 3i Traductions |