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L'Égypte et la vallée du Nil

00:02:06

Le Caire : avant le lever du soleil, le passeur allume un feu pour se chauffer, créant chaque jour un spectacle vieux de plusieurs milliers d'années. Un spectacle aussi ancien que l'Égypte elle-même : à bord d'une barque, une lumière traverse le fleuve. (02:19)

02:20

Le plus long fleuve du monde inspira autrefois le mythe du soleil traversant le ciel et le monde d'en bas dans une barque ; dans un cycle éternel figurant pour les Égyptiens le rythme immuable du temps. Le passeur de la barque solaire conduit le soleil sur le fleuve qui coule à travers le monde connu et inconnu, nocturne et diurne. Pour les Égyptiens, il est identique au fleuve dans le désert, porteur de toute vie, qu'ils nomment le Nil. (02:52)

03:17

Lorsque Dieu créa le monde, est-il écrit dans la Bible, il pétrit l'homme avec de la terre. C'est une histoire des bords du Nil, où toute vie provient du limon fertile du fleuve. Sans lui, rien ni personne n'existerait. Depuis des temps immémoriaux, le Nil apporte en Égypte le limon provenant des régions intérieures de l'Afrique. (03:39)

03:41

Dans les représentations de l'Égypte ancienne, le dieu Khnoum façonne l'homme sur un tour de potier. Ces potiers de la région du Fayoum mélangent de l'herbe séchée au limon glaiseux pour confectionner des cruches à eau qu'ils cuisent au four. Les brins d'herbe laissent des pores minuscules dans la terre cuite, permettant à l'eau de s'évaporer sous l'effet de la chaleur. Ainsi le contenu des cruches reste toujours frais. Les cruches du Fayoum sont réputées dans tout le pays. (04:10)

04:36

Ici, la nature offre à l'homme tout ce dont il a besoin pour vivre. Dans cette région, la fabrication des cruches est une tradition ancestrale. Les anciens Égyptiens les utilisaient déjà pour irriguer leurs champs. Cette terre est l'une des plus fertiles au monde. (04.53)

05:02

Les paysans de la vallée du Nil cohabitent avec des figures mythologiques, témoins d'un lointain passé. L'eau du Nil transforme les rives en terre paradisiaque, comme hors du temps. À l'emplacement de Memphis, autrefois puissante capitale, la rencontre entre le paysan et le sphinx de pierre semble tout à fait naturelle. (05:24)

05:35

À la fin du XVIIIe siècle, Napoléon Bonaparte débarque en Égypte. À cette époque, la plupart des Européens ignorent pratiquement tout de la taille et de la richesse réelles des monuments de l'Égypte ancienne. (05:48)

05:49 Les pyramides de Gizeh : Fort de 28.000 soldats et de 100 canons, Bonaparte livre ici sa première bataille d'Égypte. Avant le combat, il rappelle à ses troupes que 40 siècles les contemplent du haut des pyramides. Napoléon remporte la bataille, mais dans l'ensemble, cette campagne est un désastre militaire. (06:12)

06:16 Les 167 scientifiques et dessinateurs de l'expédition la transformeront néanmoins en succès. Au départ, les soldats les traitaient dédaigneusement de "baudets". Mais par la suite, on fond même des boulets de canon pour leur fabriquer de nouveaux instruments. Les outils nécessaires pour reproduire les trésors antiques semblent soudain plus importants que l'arsenal de guerre. Napoléon fait procéder à de savants calculs : les pierres des trois grandes pyramides de Gizeh pourraient ainsi former tout autour de la France une muraille haute de 3 mètres et épaisse de 30 cm ! La campagne d'Égypte ne se solde donc pas par une victoire militaire, mais par une Description de l'Égypte en 21 volumes. En Europe, elle déclenche un immense enthousiasme pour cette civilisation ancienne : une véritable "égyptomanie". (07:10)

07:11 La pyramide du roi Khéops est l'un des plus célèbres édifices jamais érigés par l'homme : construite voici plus de 4000 ans avec 6 millions de tonnes de pierres, c'est la plus grande pyramide du monde. (07:24)

07:26

La seule représentation connue du maître d'ouvrage, Khéops, est une statuette d'ivoire haute de 7 cm : c'est la plus petite sculpture d'un pharaon de l'Ancien Empire. (07:38)

07:40 Nous savons peu de choses sur lui. Quel homme pouvait donc prétendre à un tel monument funéraire ? (07:45)

07:48 Sans une minuscule inscription, près de la jambe droite, cette figurine n'aurait probablement jamais été identifiée. (07:54)

08:01

Des archéologues assemblent des pièces de joaillerie découvertes dans une pyramide du Moyen Empire, à Dahchour. Elles datent de la XIIe dynastie. (08:13)

08:17 Les bijoux en or sont parfaitement conservés. Seuls les fils sont tombés en poussière. Il faut donc procéder à un nouvel assemblage. Nous sommes frappés de voir combien l'esthétique de cette époque est proche de la nôtre. (08:29)

08:30 Le fermoir de ce bracelet rappelle l'artisanat du début de notre siècle. Fabriqué il y a 4000 ans, ce bijou pourrait être une création de l'Art nouveau. 08:40

08:55

Les pyramides égyptiennes témoignent de l'éveil d'une conscience. Leurs bâtisseurs se voyaient comme des êtres entre ciel et terre. Peut-être est-ce ici, en Égypte, que l'homme a pour la première fois eu le sentiment d'être la créature la plus proche de Dieu. Les pyramides reliaient deux mondes : la terre et le ciel. (09:21)

09:23 Toutes les pyramides égyptiennes sont construites sur la frontière, très nette, entre la plaine alluviale, verte et fertile, et le désert ; d'un côté, l'abondance de vie, de l'autre, le sable aride. (09:37)

09:46

Le long de cette ligne séparant le fleuve, symbole du temps, et le désert immuable, les pyramides pointent leurs cimes de pierre vers le ciel. Elles sont orientées selon les quatre points cardinaux et les étoiles fixes du firmament. (09:58)

10:01 La pyramide à degrés de Saqqarah est la plus ancienne : elle a presque 5000 ans. (10:07)

10:30 Les pyramides ne sont pas seulement des sépultures. À l'intérieur, commence pour le défunt un voyage qui, pendant plus de 3000 ans, constitue le thème principal des fresques ornant les tombes royales : le pharaon doit effectuer la traversée du monde d'en bas, à l'issue duquel il espère accéder à la vie éternelle. (10:47)

10:51

Dans sa chambre funéraire sous la pyramide, le roi défunt Ounas dispose d'un nouveau cadre de vie, car il continue d'exister. Dans son tombeau, il se prépare pour l'éternité. Autour de son cercueil, des formules destinées à lui faciliter la vie dans l'autre monde. (11:07)

11:13

La chambre ressemble à une maison. Au plafond : des étoiles. Le roi est environné de formules destinées à assurer son ravitaillement et son bien-être dans l'autre monde. Aucun texte relatif à la croyance dans l'au-delà n'est plus ancien que celui-ci, rédigé pour le roi Ounas. (11:31)

11:33

Les pyramides sont considérées jusqu'à nos jours comme des témoins d'autres mondes. Elles symbolisent la puissance et la gloire. Leur forme est une promesse d'éternité. (11:43)

11:52

L'une des pyramides les plus récentes se trouve à Las Vegas. Elle pourrait abriter 7 avions gros porteurs. Des chambres d'hôtel sont suspendues aux parois intérieures. À la base, se trouve une ville de jeu. (12:05)

12:25

La monnaie la plus puissante du monde mise sur la force des pyramides. Chaque billet d'un dollar affiche une pyramide au sommet lumineux. (12:33)

12:43 Le sommet de la pyramide de Las Vegas, qui réfléchissait autrefois la lumière du soleil, porte à présent un projecteur émettant des flots de lumière. Le rayon lumineux est si puissant qu'il peut servir de point d'orientation aux astronautes en orbite autour de la terre. (12:55)

13:09

Les vieilles pyramides sont marquées par les vents de sables. Certains pharaons ont saccagé les monuments de leurs prédécesseurs quelques générations seulement après leur construction, les utilisant comme carrières de pierre. À l'origine, les pyramides portaient un revêtement calcaire étincelant. (13.26)

13:27 Au Moyen Âge, les couches extérieures ont servi à construire la ville du Caire. (13:31)

13:57 Certaines pierres ont été utilisées dans l'immense nécropole du Caire. Même si peu de traditions relient l'Égypte moderne à la civilisation d'autrefois, le respect des morts s'est maintenu. Aujourd'hui encore, des Égyptiens fortunés construisent des monuments pour leurs morts, fermement convaincus que les défunts ne disparaissent pas entièrement et ont besoin d'un monde à eux. (14:22)

14:24 Aujourd'hui, la plus grande ville du continent africain s'étend jusqu'au pied des pyramides. (14:29)

14:34

L'égyptomanie, en vogue depuis l'expédition de Bonaparte, attira en Égypte des missions culturelles en provenance de tous les pays d'Europe. Le 15 octobre 1842, un groupe d'Allemands hardis escalade à grand peine la pyramide de Khéops, drapeau sous le bras. C'est la délégation prussienne, venue fêter l'anniversaire du roi Frédéric-Guillaume IV au sommet de la pyramide. Sous les regards étonnés des guides arabes, la petite troupe acclame son roi. (15:05)

15:12

Lorsque Chéops fit construire sa pyramide, c'était la seule sur le plateau de Gizeh. Son successeur Khéphren y fit ensuite bâtir la sienne. La construction de ces monuments demeure toujours une énigme. Personne ne sait exactement comment ils furent réalisés. À certaines époques de l'année, des milliers de travailleurs s'installaient dans les logements des ouvriers, proches du chantier. L'Égypte pharaonique était un peuple d'agriculteurs qui se retrouvaient régulièrement sans travail. Car chaque année, les crues inondaient les champs, interdisant longtemps les travaux agricoles. Pendant les hautes eaux, le débit des canaux permettait de plus aux barques de transport d'accoster au chantier. Tout le peuple laborieux était alors à la disposition du souverain pour des tâches plus "nobles". (15:54)

15:56 Pour construire, on aménageait probablement des levées de terre autour de la pyramide. Sur ces levées, des chemins sablonneux permettaient certainement d'utiliser des traîneaux pour transporter les pierres. (16:08)

16:15 On estime qu'environ 20.000 hommes participaient à la construction de la pyramide, dont un tiers seulement à Gizeh même. L'autre tiers taillait les pierres, le dernier s'occupant de l'infrastructure et du transport en direction du chantier. (16:31)

16:32 Seules des levées de terre ont pu permettre les travaux de finition sur les faces extérieures ; car un échafaudage autour de l'ensemble de l'édifice semble impensable ; d'autant que le bois était très rare. (16:42)

16:49 L'Égypte et le Nil ne font qu'un. Le Nil possède un débit et des crues plus réguliers que ceux d'aucun autre fleuve au monde. Tout changement dans le régime du fleuve représentait une menace sérieuse pour la civilisation de l'Égypte ancienne. Le niveau des eaux au moment de la crue déterminait le montant des impôts. (17:06)

17:07 À Assouan, les encoches du Nilomètre montrent jusqu'à quelle hauteur les flots pouvaient monter. Ici, la crue a atteint jusqu'à 10 mètres de hauteur. Lorsque la hauteur de la crue était inférieure de 2 mètres à la normale, les récoltes étaient sérieusement menacées. 17:20

17:40

En amont du fleuve, non loin de la ville soudanaise de Khartoum, la technique de construction des embarcations nilotiques est restée la même depuis 4000 ans. Les grands arbres sont rares. La coque se compose de madriers. Selon une technique millénaire, les artisans les découpent dans le tronc. (17:57)

18:12

Des clous servent à assembler la barque à la forme millénaire. (18:14)

18:19

Les Anciens Égyptiens étaient convaincus que la barque représentait également le seul moyen de traverser le monde d'en bas. (18:25)

19:27

Dans l'esprit des anciens Egyptiens, l'au-delà ressemblait fortement à leur univers des bords du Nil. Le fleuve est le symbole même de la vie. Il traverse le monde des vivants comme celui des morts. Dans les anciennes tombes, le paradis ressemble exactement au paysage champêtre des bords du Nil. Le fleuve est bordé de champs de lin et de dattiers. (19:50)

19:51 Les lois de la nature étaient ressenties comme des principes divins, sources de bonheur. (19:55)

20:08

Dans une tombe thébaine, on voit les champs de Ialou, le paradis des bienheureux évoqués dans le Livre de Morts. (20.16)

20.23 Des images aux couleurs vives montrent le défunt en compagnie de son épouse, au moment de la récolte. (20:27)

20:35

Une chambre de la face nord de la pyramide du roi Djoser est percée de deux trous semblables à des yeux. Derrière se cache la plus ancienne statue grandeur nature d'Égypte : de sa petite pièce, le roi peut porter son regard vers le nord et, la nuit venue, contempler les étoiles circumpolaires, toujours présentes au firmament. (20:55)

20:58 Les monuments funéraires égyptiens sont impressionnants ; mais ils reflètent surtout un amour profond des beautés de la vie terrestre. Des groupes de servantes portent toutes sortes de plats délicieux et accompagnent le défunt pour l'éternité. Bien entendu, tout est prévu pour lui permettre, même dans l'au-delà, de pratiquer la chasse à l'hippopotame sur le fleuve. (21:19)

21:20 Le défunt ne manque de rien. Même dans l'autre monde, il devait disposer pour l'éternité de presque tout ce qu'offrait l'Égypte. (21:27)

21:34 Dans la tombe de Ti, on voit des tailleurs de pierre, chargés de confectionner des statues dans le séjour des morts. (21:41)

21:55

La tombe devient un lieu plein de nostalgie et de vie. (21:58)

22:07 Ici également, le défunt regarde vers la lumière par une ouverture dans le mur. (22:11)

22:37

Ciel et terre sont intimement liés. La déesse Nout recouvre l'univers entier de son corps. Le voyage du soleil était le symbole d'éternité par excellence, familier à tout Égyptien. (22.50) / 22.55 L'astre du jour traverse le corps de Nout pendant la nuit, pour renaître au matin. Celui qui parvenait à accompagner le voyage du soleil devenait éternel. (23:06)

23:30

Ramsès II était un monarque puissant. La croyance populaire en faisait le fils de Rê, dieu du soleil. Il édifia de nombreux temples, y compris dans les lointaines régions du Sud. Dans celui d'Abou Simbel, creusé dans le grès, des statues à son effigie, hautes de 12 mètres, bordent l'allée conduisant à la chambre sacrée. (23.50)

23:58

Des fresques murales témoignent de ses victoires sur l'ennemi. Le pharaon avait choisi cet endroit face au Nil, à l'extrême sud du pays, pour faire ériger un monument à sa gloire. (24:08)

24:58

Il a fallu dégager les colosses de pierre du sable, pour retrouver l'entrée du temple et le secret de son orientation géographique. (25:11)

25:12

Mieux que toutes les scènes guerrières, la position du sanctuaire vis-à-vis du soleil illustre la grandeur du pharaon. Par l'architecture habile du temple, Ramsès II se rattache au monde des dieux. (25:25)

25:40

Un spectacle imposant se déroule deux fois l'an entre le pharaon et le cosmos ; il est possible d'y assister encore aujourd'hui. La mise en scène est parfaite. Deux jours précis dans l'année, les rayons du soleil levant pénètrent dans la montagne sur une distance de 45 mètres ; au bout du couloir, ils viennent frapper directement la statue de Ramsès II qui trône dans le sanctuaire à la droite du dieu suprême. La lumière du soleil éclaire uniquement le dieu et le pharaon ; les autres statues demeurent dans l'ombre. (26:17)

26:39

L'Égypte semble quelquefois irréelle. Comment l'eau et le désert peuvent-ils se côtoyer si étroitement ? Il n'est pas étonnant que les hommes de ce pays aient développé très tôt une conception particulière de la vie et de la mort. L'eau vivante se figeant soudain en désert : pour les Égyptiens, l'immobilité représentait la mort. Leur plus grande crainte était que survienne un arrêt subit de la barque solaire. (27:06)

27:07

La mort dans le désert offrait une image concrète de cet arrêt de mouvement. Un exemple de momification. Dans le désert, le temps semble être arrêté. (27:19)

27:31

Par la momification, on tentait de préserver le plus possible la personne du mort. (27:35) / 27:38 Aujourd'hui, la momie de Ramsès nous en dit davantage sur sa personnalité que les visages de pierre des colosses d'Abou Simbel. Les Égyptiens ne voulaient pas nier la mort, mais sauvegarder au maximum l'individualité du défunt. (27:56) / 27:59 Leurs techniques de momification parfaites nous permettent une rencontre directe avec les morts et leur histoire. (28:06)

28:07 Nous voyons encore les couleurs des roses déposées sur le cercueil voici plusieurs milliers d'années. (28:12)

28:14 Nous voyons les traits distordus du roi mort au combat. (28:17)

28:26 Nous voyons Ramsès V, victime d'une épidémie de variole.

28:31 Les momies égyptiennes nous font rencontrer des individualités, plus que dans aucune autre culture. Des individus à la mentalité très proche de la nôtre. (28:40)

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29:29

Les Textes funéraires dans les tombes royales de Thèbes ne sont pas simplement des paroles magiques. Elles permettent un fascinant voyage dans l'histoire de l'inconscient humain. (29:39) / 29.40 L'image de la vie et de la mort dans cette culture révèlent de nombreux aspects de la nature spirituelle de l'homme. (29:48) / 29:49 Le désir suprême du défunt consiste à monter aux côtés des dieux dans la barque solaire, lorsque celle-ci traverse le monde d'en bas entre le coucher et le lever du soleil. (29.58) / 30.00 Celui qui parvenait à accompagner le voyage du soleil à travers la nuit était admis dans le cycle éternel des astres. (30.05)

30.11 Au cours de son voyage nocturne sur le Nil éternel, le défunt, libéré de l'enveloppe de la momie, traversait un monde que nous qualifierions aujourd'hui d'intérieur. (30.22) / 30.23 Les joies et les peines alternent pendant les heures de la nuit. Le défunt rencontre d'autres morts et se rencontre lui-même. Il doit maîtriser les dangers du séjour souterrain et réunir à nouveau son corps et son esprit ; car seul l'être complet, matériel comme spirituel, peut accéder à l'éternité. (30:43)

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31:26

Pour qui comprend ces formules, les tombes de la Vallée des Rois de Thèbes révèlent un monde plein d'action, ne négligeant aucun détail de l'existence humaine. Tandis que le mort rencontre les dieux, on prépare pour lui tout ce dont il aura besoin pour la vie dans l'au-delà. Le serpent représente le temps, la nouvelle durée de vie impartie au défunt. Au-dessus, les porteurs de corde... (31:52)

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32.35

Les Égyptiens d'aujourd'hui ont conservé l'amour des images. À un jet de pierre des vieilles tombes thébaines, les pèlerins revenus de la Mecque dépeignent leur voyage sur les murs des maisons. En Égypte, écrire en images n'a jamais été le signe d'une culture scripturale arriérée. 3252

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33.46

Dans le monde de l'Égypte ancienne, on rencontre sans cesse des regards. (33.50)

33.51

Partout, des hommes nous paraissant plus proches que ceux d'aucune autre culture fixent leurs yeux sur nous. (33.57)

34:04

Le regard des défunts émerge des cercueils, exprimant sans doute le profond désir de rester en contact avec le monde des vivants. Mais l'œil, réceptacle de la lumière du soleil, représentait aussi le lien essentiel entre l'homme et la divinité. De même les Égyptiens voyaient le soleil comme l'œil de Dieu. (34:25)

34:41

L'œil représente donc le lien avec le monde et avec Dieu. Aujourd'hui encore, il est considéré comme siège de la personnalité. Le regard de l'autre nous permet de voir en lui. Les yeux révèlent l'individu. L'art égyptien fut le premier à comprendre ce mystère. 35.00

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36.38

La rencontre la plus mémorable avec une personnalité de l'Égypte ancienne eut lieu au début de notre siècle, lorsqu'en 1922 Howard Carter découvrit la tombe de Toutânkhamon. (36:50)

36:58

Un roi mort depuis plus de 3000 ans suscita soudain un intérêt mondial. Toutânkhamon avait à peine huit ans lors de son accession sur le trône. Il mourut 10 ans plus tard. De jeunes déesses à l'aspect étrangement vivant entourent de leurs bras protecteurs le coffre contenant les viscères du pharaon. Leurs silhouettes, leurs gestes et leurs regards forment un décor animé autour du coffre à canopes, rigoureusement géométrique. La vivacité de leurs attitudes, la légèreté des vêtements, leurs têtes penchées sur le côté évoquent une période parmi les plus mystérieuses de l'ancienne Égypte. Car Toutânkhamon, dont elles protègent les organes, était le fils du grand Akhénaton. (37:44)

37:49

Akhénaton révolutionna l'art égyptien, en mettant l'accent sur la subjectivité de l'artiste. Son regard sur le monde, et celui du spectateur, étaient devenus déterminants. Des résonances de ce style expliquent peut-être l'émotion que nous ressentons à la vue des trésors du tombeau de Toutânkhamon. (38:08)

38:10

Peu après sa découverte, Howard Carter décrivait Toutânkhamon comme un roi connu de la terre entière, qu'il n'était plus besoin de présenter. Aujourd'hui encore, le masque en or de sa momie figure parmi les œuvres d'art les plus célèbres au monde. Le regard du jeune pharaon fixe un horizon lointain, inaccessible pour nous. (38:30)

38:32

Mais quelle différence avec les images datant du règne de son père ! Ici, une scène familiale montre un enfant d'Akhénaton jouant avec les boucles d'oreille de l'épouse royale, Néfertiti. Le soleil domine la scène. À l'extrémité de chaque rayon : une petite main. Les traits du visage d'Akhénaton sont exagérément marqués. (38:50)

38:51

Le caractère souvent enjoué des représentations du temps d'Akhénaton ne doit pas faire oublier les changements radicaux qu'il imposa d'une main de fer aux Égyptiens : Akhénaton supprima tous les dieux sauf un : le dieu du Soleil. Et il transféra la capitale du pays à Amarna. (39:08)

39:11

Sa révolution esthétique, ce nouveau style dynamique faisant prendre vie aux peintures et aux reliefs, alliée aux bouleversements politiques et religieux de l'époque, a dû représenter un choc pour le pays. (39:23)

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39:56

Qui était Akhénaton ? Au début de ce siècle, des archéologues allemands, sous la direction de Ludwig Borchardt [prononcer loudvig borcharde] entreprirent des fouilles à Amarna, la capitale du pharaon, (40:06) / 40:07 aujourd'hui un petit village des bords du Nil. On procéda aux premiers travaux de repérage et d'arpentage, construisit des logements pour l'équipe. En 1912, les chercheurs dégagent un site contenant de nombreuses têtes sculptées : on avait retrouvé l'atelier du sculpteur Touthmôsis. (40:25) / 40:26 Le 6 décembre 1912, Borchardt note dans son journal la découverte d'un buste de 47 cm, pièce particulièrement belle qu'il esquisse rapidement. (40:36) / 40:38 Ce buste constitue à l'heure actuelle le chef-d'œuvre probablement le plus connu de l'Égypte antique : il représente la reine Néfertiti, l'épouse d'Akhénaton. (40:46)

40:49

On a longtemps cherché le secret de sa grande beauté. Pourquoi un visage d'une époque si reculée nous semble-t-il si moderne, rappelant presque celui de nos mannequins ? D'où lui vient cette beauté impénétrable ? 41:02

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41:24

Le site où il fut découvert nous fournit l'explication : 41:27

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42:10

Les égyptologues savent que Néfertiti a radicalement changé la vie d'une autre femme. (42:15)

42:20

Ce petit buste en bois d'if, très expressif, mesure à peine 9 centimètres et demi. Il raconte la vie de cette femme. (42:26)

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42:58

Nous n'aurions peut-être jamais connu son histoire sans une petite détérioration de la coiffe au niveau de l'oreille gauche : une boucle d'oreille en or apparaît. (43:07)

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44:45

Les constructions monumentales des souverains égyptiens ne sont pas à proprement parler des lieux terrestres. Ils appartiennent à un autre monde où les hommes se mêlent aux dieux. Comme celui de Karnak, les temples représentaient des lieux de culte avant tout dédiés au monde éternel. Les colonnes ne servaient pas uniquement à soutenir un toit. De tout temps, elles furent considérées comme des liens entre terre et ciel. Et elles se dressèrent ici, intactes, pendant des milliers d'années. (45:12)

45:19

Jusqu'à notre époque, où des touristes débarquent en Égypte pour découvrir les splendeurs d'antan. On invente de nouveaux rituels (45:25) / 45:38 On dégage les colosses du sable. On écoute des exposés sur la civilisation ancienne et on cherche l'inspiration dans les forêts de colonnes des grands temples. (45:46)

45:57

Dès les débuts de la photographie, les monuments pharaoniques ont fait partie des sujets favoris des visiteurs, européens pour la plupart, du moins au début. Le mouvement amorcé avec la campagne napoléonienne devint un phénomène de masse au début du XXe siècle. (46:12)

46:27

Il y a cent ans déjà, des touristes nantis survolaient en ballon les sites célèbres de Thèbes. (46:33) / 46 :35 Autrefois, les ouvriers employés à la construction regagnaient leur lieu de travail secret dans la vallée, en contournant le temple de la reine Hatcheptsout. (46:40)

46:42

Leurs chemins sont encore visibles sous forme de traces claires dans le grès. (46:45)

46:53

La Vallée des Rois attire toujours un nombre particulièrement important de visiteurs. Bien caché, ce paysage ingrat fut autrefois choisi comme lieu de dernière sépulture pour les pharaons ; il attira ensuite quantité de pilleurs, d'archéologues et de touristes. (47:09) / 47:10 Et on se mit à déterrer les momies autrefois inhumées dans le pieux espoir de la résurrection. (47:16)

47:18

Ces images du début du siècle montrent le "joyeux commerce" avec des parties momifiées de personnages autrefois puissants. La rencontre personnelle avec des notables du passé suscitait apparemment bien des nobles sentiments. (47:32)

47:38

Dans la tombe de Séthi Ier, on constate sous l'aile protectrice de l'aigle une lacune qui ne doit rien à l'usure naturelle du temps. (47:47)

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48:38

À certains endroits, comme ici, dans la tombe du pharaon Horemheb, on discerne encore le faste et la beauté d'antan. Les couleurs ont gardé leur fraîcheur. Dans l'au-delà, le souverain offre un sacrifice aux dieux. (48:49)

49:01

Dans la tombe de Séthi Ier, une scène du même genre a connu un tout autre sort. (49:06)

(Voice over)

49:44

L'égyptomanie atteignit de telles proportions qu'il parut de bon ton de rapporter un crocodile comme trophée. (49:52)

50:04

Dans la tombe de Horemheb : la scène centrale du jugement surplombant directement le sarcophage. Les actes du défunt sont pesés sous les yeux d'Osiris. Les plateaux de la balance sont restés vides et l'image semble incomplète. (50:18)

50:19

L'un des plateaux devait accueillir le cœur du défunt, l'autre, l'image de son âme. Cette tombe est restée inachevée. (50:27)

50:28

Les travaux ont été abandonnés. (50:30)

50:31

Cela nous permet aujourd'hui de retracer les différentes étapes du travail, strictement hiérarchisées. Une première esquisse était effectuée à l'encre rouge. (50:40)

50:44 Puis on procédait avec du noir aux corrections et à la mise en place des détails définitifs. (50:49) / 50:51 Les lignes de proportions sont encore visibles. (50:53) / 50:55 Enfin venait le travail de mise en relief. L'exécution de la barque solaire venait juste de commencer, (51:02)

51:05

mais ne fut jamais terminée. Nous ignorons pourquoi. Ce relief inachevé symbolise bien nos faibles connaissances sur cette époque. L'Égypte ancienne ne livrera probablement jamais tous ses secrets. (51:20)

51:25

L'empire égyptien se disloqua. Vers 750 avant notre ère, un peuple étranger dominait le pays. Il venait du sud, de la région située au-delà de la troisième cataracte du Nil. Les nouveaux maîtres s'appelaient les Kouchites. 5140

51:52

L'historien grec Hérodote a visité l'Égypte. À Assouan, point le plus au Sud de son voyage le long du Nil, on l'informa qu'il lui faudrait encore plus de 60 jours pour trouver le légendaire royaume de Méroé. (52:05)

52:06

Des fouilles archéologiques sont en cours dans l'actuel Soudan, l'ancien site de Méroé. (52:10)

52:12

Sur l'imposant plateau qui domine les quelques restes visibles de la ville de Naga, on découvre les vestiges d'anciennes carrières de pierre. Des blocs de pierre presque achevés gisent çà et là. 52:22

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52.54

Entre les temples, un point d'eau actuellement utilisé par les nomades. À environ 30 kilomètres de la rive du Nil, se trouvait autrefois le port de Naga ; aujourd'hui, la nappe d'eau est descendue à 70 mètres sous terre. (53:08)

53:09

On ne sait rien des hommes qui bâtirent ces temples. (53:13) / 53:14 Est-ce ici que vivait le peuple qui approvisionnait l'Égypte en marchandises venues d'Afrique, et notamment en or ? Un roi perse envoya jadis des espions dans la ville de Méroé, à quelques heures seulement de Naga. À leur retour, ils lui parlèrent d'hommes d'une grande beauté et de taille élevée, qui atteignaient en moyenne l'âge de 120 ans. Selon leurs dires, même les chaînes de leurs prisonniers étaient en or, tant ce métal était abondant dans le pays. (53:37)

53:42

Aujourd'hui, des bas-reliefs de style égyptien sont épars dans le sable : des fragments d'une ville disparue, dont on ne sait pratiquement rien à l'heure actuelle. Des textes historiques évoquent des contacts entre Rome et Méroé, juste avant le début de l'ère chrétienne. (53:56)

54:12

À plus de 2000 kilomètres de l'embouchure du Nil, des statuesde béliers semblables à celles des temples de Karnak et de Louxor émergent du sable. (54:21)

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54:44

Des archéologues allemands et le département soudanais des antiquités tentent actuellement de mettre cette ville à jour. (54:48)

55:00

Une pierre émerge du sol. On la dégage avec précaution. Les chercheurs berlinois Kröper [prononcer creupeur] et Wildung [prononcer vildoung] découvrent des reliefs sur les faces extérieures : ils représentent des personnages dans une posture très inconfortable. (55:16)

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55:36

L'orientation des personnages sur la face latérale indique qu'il faut retourner le bloc. (55:41) / 55:44 C'est un support de trône. (55:46)

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56:15

On ignore qui se tenait debout, ou assis, sur ce piédestal, foulant à ses pieds les ennemis vaincus. Qui étaient ces seigneurs, ces hommes de grande taille qui adoraient une divinité à tête de lion ? (56:25)

56:27

Le Temple du lion de Naga est construit sur le modèle égyptien. On y voit des dieux s'entretenir avec le souverain. (56:34) / 56:35 Les dieux arrivent de gauche, et le roi s'avance à leur rencontre du côté droit, où se situe l'entrée du temple. (56:43)

56:48

À l'endroit où s'unissent le Nil blanc et le Nil bleu : manifestations des liens privilégiés avec l'Éternel caractérisant depuis des millénaires tous les peuples vivant le long du fleuve. Chaque semaine, les hommes se rassemblent au centre d'un immense cimetière ; et engagent un dialogue avec leurs ancêtres ; les derviches les accompagnent de leurs danses. (57:08)

57:50

La nécropole royale de Méroé date du IIIe siècle avant notre ére. Arqamani-qo fut le premier roi à se faire enterrer ici sous une pyramide. Loin de l'Égypte, des Africains reprennent les formes d'expressions du temps de pharaons. (58:05)

58:38

2000 ans nous séparent des nécropoles royales méroïtiques, elles-mêmes érigées 2000 ans après la fin de l'Ancien Empire égyptien. (58:49)

59:06

Dans l'espace et dans le temps, Méroé est aussi éloignée des pyramides de Gizeh que nous le sommes des nécropoles de la mystérieuse cité africaine. (59:14)

59:15

Le Nil constitue le lien entre ces deux cultures. Et comme lui, les pyramides étaient pour les anciens le symbole du lien entre ciel et terre. (59:24)

Adaptation : 3i Traductions

 

Adaptation   3i Traductions