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Ma vie avec les éléphants
2.13 Tu veux savoir s'il peut y avoir de lamitié entre les hommes et les éléphants ? 02.18 2.20 Je ne sais pas. Ca dépend certainement de léléphant, et de lui seul. Certains sont presque doux, ils se laissent approcher et monter par chaque nouveau cornac. Avec ceux-là, il y a peut-être quelque chose comme de lamitié, oui. 02.35 2.39 Jai eu aussi des éléphants qui ont tué leur cornac, puis le cornac suivant, et ainsi de suite. Crois-moi : avec ceux-là, pas question damitié, cest toi qui commandes léléphant, ou alors il te tue. 02.54 2.58 Doux ou méchant, de toute façon, le matin, quand je vais les retrouver en suivant la trace de leur chaîne et le bruit des morceaux de bois suspendus à leur cou, je dois me méfier de chaque éléphant. 03.10 3.20 Pendant toute la nuit, ils ont vécu comme des éléphants sauvages, ils ont gambadé, ils ont mangé, ils ont dormi par terre, quelque part dans la forêt, et ils savent que je viens les rechercher pour les ramener à leur vie déléphants de trait. 03.34 4.19 Je connais lâge de presque tous mes éléphants. Mais je ne connais pas le mien. Mes parents mont juste dit que je suis né lannée où les pluies dété ont été tellement fortes qu'elles ont emporté notre vieille maison et que nous avons dû déménager. Mais ils ne savent pas quelle année cétait. 04.41 4.55 Saw Mosche Ma vie avec les éléphants 5.17 Jai passé toute ma vie dans la forêt, dans les camps de bambou des cornacs. Ici, tout le monde mappelle Pahdy, Papa, parce quici, cest mon camp. Et même si maintenant, je suis vieux, je reste ce que jai été toute ma vie : je suis cornac, ouzi, comme on dit ici. 05.35 5.47 Depuis le lever du soleil, nous faisons bouillir de lécorce de bigadou dans des tiges de bambou. Le harnais a blessé cette femelle à lépaule, et nous devons soigner sa plaie plusieurs fois par jour. 05.59 6.07 Cest la plus vieille de mes sept bêtes, et cest à cause de sa blessure quelle est encore au camp de Dodjiya, si tard dans la matinée. Elle nest pas encore en état de reprendre le travail, car dans ce coin de forêt, en plein cur de la Birmanie, les pentes sont raides, et le travail est dur pour les éléphants. 06.23 6.48 Un jour, un Anglais du ministère des forêts ma raconté quil existe des pays où les éléphants ne travaillent pas, ils vivent en liberté dans des espèces de grands parcs sans être apprivoisés ni dressés. Javais du mal à mimaginer une chose pareille. 07.02 7.06 Alors je lui ai demandé qui soccupait des travaux forestiers, et il ma répondu quen Afrique, il ny avait pas de travaux forestiers et que les éléphants passaient leur temps à ne rien faire, tout simplement. 07.16 7.29 Depuis tout petit, je connais les éléphants. Pour moi ce sont des animaux de trait comme les buffles, ou les ânes. Mais seuls les éléphants sont assez forts pour traîner les troncs darbres jusquaux routes, à travers la forêt. 07.41 7.48 Mon grand-père possédait déjà des éléphants, mais je nai jamais travaillé pour lui, car je voulais suivre mon propre chemin. 07.56 7.58 Quand jétais petit garçon, je travaillais dans les champs avec des buffles. Ensuite, j'ai été aide-cuisinier, c'était mon premier travail dans un camp déléphants. Je nai jamais eu le temps daller vraiment à lécole. 08.09 8.19 Les premières années dans la forêt ont été très dures pour moi, jai attrapé la malaria, et puis, les journées daide-cuisinier étaient longues. 08.26 8.32 Mais javais un rêve : je voulais devenir ouzi, et je voulais posséder mon propre éléphant. 08.40 9.00 En Birmanie, les meilleurs ouzis viennent de la tribu des Karen. Cest sur leur territoire que vivent la plupart des éléphants, et les Karen travaillent avec des éléphants depuis toujours. Et ce sont eux qui en savent le plus sur ces animaux. Je suis moi-même Karen, et quand je suis devenu ouzi, jai refusé que le propriétaire de léléphant me donne mon salaire. 09.19 9.33 Je voulais quil mette largent de côté pour moi, pour pouvoir un jour lui racheter léléphant. Léléphant et moi, on travaillait dur, mais malgré le travail pénible que je lui demandais, je prenais bien soin de lui, parce que je savais quun jour, il mappartiendrait. 09.49 10.15 A lépoque, on avait un bon système, ici, en Birmanie. Presque tous les ouzis mettaient leur salaire de côté pour pouvoir un jour sacheter un éléphant à eux. Cétait bien pour les ouzis, et cétait bien pour les éléphants aussi. 10.29 10.53 Et puis, soudain, les choses sont allées plus vite que prévu, parce que je nétais plus tout seul. On sest retrouvés à quatre, à quatre ouzis, et au bout de quelques années, on a pu sacheter un éléphant de trait, en commun. Ca nétait pas encore mon éléphant à moi tout seul, mais cétait un grand pas en avant. 11.10 11.58 Pour les éléphants,
la journée de travail doit sarrêter quand il fait
le plus chaud, vers deux heures. 12.04 12.10 Travailler plus longtemps, cest dangereux. Dangereux pour les éléphants, parce que dans leffort, la chaleur peut les tuer, et dangereux aussi pour louzi, car un ouzi qui en demande trop à son éléphant, qui ne lui donne pas assez à boire ou à manger, cet ouzi-là risque sa propre vie. 12.26
12.33 Un ouzi ne doit jamais oublier quau fond, léléphant est infiniment plus fort que lui. Ce mâle a déjà tué trois personnes, dont mon neveu. 12.43 12.52 Une fois par an, les éléphants entrent en rut, on appelle ça la musth, et alors, pendant des semaines, ils peuvent être très agressifs. On doit laisser certains attachés durant toute la musth. 13.00 13.04 Quand jétais jeune, jai été vidé plusieurs fois par un éléphant, mais un seul a essayé de me tuer : Cétait aussi un mâle, il voulait me transpercer avec ses défenses. Jai juste eu le temps de me retourner, mais à ce moment-là, je suis tombé. Il ma écrasé le bassin et cassé le fémur. 13.21 13.29 Les autres ouzis ont mis deux jours à me transporter à travers la forêt jusquà lhôpital de Pyinmana.13.37 13.42 A partir de ce moment-là, je me suis mis à voir les éléphants autrement. Javais perdu mon insouciance, et javais appris une chose : 13.49 13.50 Tu ne sais jamais ce qui se passe dans la tête dun éléphant. 13.53 14.02 Du piment écrasé et mélangé à de la pâte de poisson, épicé et salé: pendant des années, on na jamais eu rien dautre avec notre riz. Le cuisinier navait pas besoin de se casser la tête. 14.13 14.22 De nos jours, les jeunes vont quelquefois à la chasse, alors on a du singe, et puis on sest mis à élever des poules, et même à cuisiner des légumes sauvages ou des pousses de bambous. 14.31 14.50 Au camp de Dodjiya, une vingtaine dhommes vivent ensemble dans la même baraque : les ouzis, des bûcherons quelquefois, un cuisinier, un aide-cuisinier. 15.00 15.11 Cest mon camp, tous les éléphants mappartiennent, les ouzis travaillent pour moi. On a construit la maison nous-mêmes. On y vivra un an, deux ans maximum. Après, le travail sera terminé dans cette région, et on construira un nouveau camp, là où jaurai eu mon prochain contrat. 15.30 15.35 La maison, les ceintures, les cordes, les harnais, on fabrique nous-mêmes presque tout ce dont on a besoin. Laprès-midi, les ouzis ne chôment pas. 15.44 15.53 Je sais bien que ce chantier est difficile pour les animaux, aussi ils ne travaillent pas plus de deux jours de suite. Après, ils ont toujours au moins un jour de repos. Ils portent un kalaouk autour du cou, et pour certains, on leur attache les pattes de devant ensemble, pour quils ne s'éloignent pas trop. 16.09 16.13 Ils mangent, ils se reposent, ils rencontrent même des éléphants sauvages. On a des petits dont le père est un éléphant sauvage. 16.21 16.37 Quand jétais jeune, il marrivait de ne pas quitter la forêt pendant deux ans de suite. Maintenant, je pars de plus en plus souvent, à 50 ou 60 kilomètres. 16.47 16.51 Mes ouzis doivent apprendre à se passer de moi, de leur Pahdy. Pendant mes longues marches, il marrive de repenser à lépoque où, pour la première fois, jai eu le cur gros en retournant auprès des ouzis dans la forêt. Javais dans les 25 ans quand je me suis marié. 17.07 17.16 Ma femme est également une Karen. Pour moi cétait important. Elle savait ce qui lattendait en épousant un ouzi. 17.22 17.28 On a eu deux filles. Et tout en leur maquillant le visage avec du thanaka, la pâte à base de curcuma, ma femme parlait à nos deux filles de leur père, que les petites voyaient si peu. 17.40 17.56 Je nétais pas souvent avec ma famille, mais jai quand même essayé de bien men occuper. En fait, jai toujours eu deux familles : ma femme et mes filles en ville, et au camp dans la forêt, les ouzis, qui, au fur et à mesure que je vieillissais, mappelaient de plus en plus Pahdy, Papa. 18.14 18.29 Maintenant, cest ma fille qui étale la pâte de thanaka sur le visage de mes petits-enfants. Leur père aussi travaille à deux jours de voyage de chez eux, il nest presque jamais à la maison. 18.37 18.48 Mâcher de la noix de bétel, ça ma toujours manqué dans la forêt, mais les feuilles ne se conservent pas longtemps. 18.56 19.06 Ma famille vit à Toungoo, dans une maison en pierres. Le travail avec les éléphants nous a apporté une certaine richesse. 19.13 19.22 Jai rendez-vous avec deux amis, qui sont eux-mêmes propriétaires déléphants. Il se pourrait que jaie besoin de leur aide et de celle de leurs ouzis. 19.31 19.36 Le ministère des forêts a des problèmes avec une horde déléphants sauvages, dans le sud de la Birmanie. Alors, il va falloir les capturer. 19.43 19.56 Les chaînes, les couteaux, les crochets à éléphants : il y a des outils quon ne peut pas fabriquer nous-mêmes, dans la forêt. Le forgeron habite à seulement cent mètres de ma maison. 20.06 20.14 Mes petits-enfants ne me quittent pas dune semelle. Ils savent que je ne pourrai plus rester que deux jours à Toungoo. 20.21 20.33 A présent, jai de plus en plus de mal à me séparer de la vie confortable de notre maison. Cette fois-ci, je ne retourne pas dans la forêt, mais je vais dans la capitale, à Rangoon pour essayer davoir lautorisation dattraper les éléphants sauvages du sud du pays. Jai lintention de les apprivoiser et de leur apprendre à travailler. 20.53 21.01 Je ne me suis toujours pas habitué à devoir présenter mes papiers pour avoir un billet. Et pourtant, je vais à Rangoon presque tous les ans, quand je dois négocier les nouveaux contrats avec le ministère des Forêts. 21.14 21.25 Les négociations sont toujours difficiles à Rangoon, parce quen Birmanie, à peu près 3 000 éléphants appartiennent à des propriétaires privés, et autant à lÉtat. Et nous voulons tous avoir du travail. 21.38 21.45 Je serai parti environ une semaine. Cest un voyage dans un autre monde. Mais je devrai bien me débrouiller comme les autres, dans cette cohue. 21.56 22.03 Cette fois-ci, les enjeux du voyage sont plus importants que dhabitude. Rien que dy penser, nous les ouzis, ça nous excite. Ca faisait longtemps quil ny avait pas eu de khedah, de battue à léléphant, en Birmanie. 22.12 22.27 Il ny a pas beaucoup dhommes qui savent attraper et apprivoiser les éléphants, et on na plus beaucoup doccasions de le faire non plus. Le gouvernement donne peu de dérogations exceptionnelles, et jaimerais bien voir si jai mes chances. 22.41 22.55 Une semaine plus tard, javais lautorisation pour la khedah. 22.59 23.07 Il faisait encore nuit quand on sest retrouvés pour la cérémonie cétait le jour du début de la battue. 23.14 23.23 Saw Kale lit un passage de la Bible. 23.26 23.35 Ce quon va tenter de faire est très dangereux. Nous, les vieux, on le sait, et on la dit aux jeunes. 23.41 23.51 Ce sont presque tous des Karen, les meilleurs que jaie pu trouver. 23.55 24.21 On prépare ce moment depuis plus de trois semaines. Cest le premier jour de la khedah. 24.28 24.37 Nous sommes à 70 kilomètres de Rangoon, dans une région où la forêt cède la place aux terres agricoles. 24.44 24.49 Saw Kale doit avoir le geste sûr pour ce qu'il doit faire. Avec un mélange à base de soufre, il fabrique de lexplosif. 24.56 25.02 Pour une khedah, on a besoin de la force et de la rapidité des jeunes, de leur courage, mais aussi de notre calme et de notre expérience, à nous, les vieux. 25.10 25.24 On a mis trois semaines à construire ce piège, on a enfoncé les troncs à plus dun mètre de profondeur dans le sol, on les a attachés les uns aux autres avec des cordes. On a tout fait nous-mêmes, rien quavec nos haches et nos couteaux. 25.37 25.43 Cest un énorme entonnoir de palissades, qui se termine par le piège proprement dit. 25.49 25.54 Une immense porte coulissante de plusieurs tonnes sabattra derrière les éléphants et les enfermera en senfonçant dans le sol. 26.00 26.05 On a planté de jeunes bananiers et des arbustes le long de lentonnoir pour tromper les éléphants et leur camoufler le piège. 26.13 26.19 Je devais avoir 20 ans quand jai participé à ma première khedah, et quand jai aperçu pour la première fois les échafaudages auxquels on attache les éléphants pour les dresser... je me rappelle encore très bien le sentiment que jai eu en réalisant quon allait se mesurer avec de véritables géants. 26.36 26.50 Cest un troupeau de 14 bêtes, des femelles et des petits. Un mâle en musth, en rut, les a rejoints. 26.55 27.03 Depuis plusieurs jours, les éléphants se dirigent vers le piège. Ils évitent de rester trop près de lhomme et nous, on en profite pour les pousser tout doucement dans la bonne direction. 27.13 27.18 A présent, ils sont suffisamment près, et la partie dangereuse de la khedah va commencer : la traque. 27.24 27.29 On est dans la brousse, ici, on ny voit quà quelques mètres. Si un éléphant ne senfuit pas en entendant le bruit, mais tombe en arrêt devant un batteur, il peut facilement le tuer. 27.40 27.46 On forme un immense demi-cercle et on essaie de faire beaucoup de bruit pour que le troupeau entier senfuie vers le piège. 27.50 28.15 Le troupeau sest divisé, les mères seulement sentêtent à rester avec leurs petits et essaient de trouver une faille dans notre chaîne invisible de cris et de coups de feu. 28.24 28.30 Les éléphants tentent leur chance dans la seule direction où ils n'entendent aucun bruit. 28.36 28.58 Ils essayent de séchapper, et même si le piège est costaud, il ne va pas résister éternellement aux charges des éléphants en colère. Il faut quon les ligote le plus vite possible. 29.09 29.16 Les hommes mettent des nuds coulants par terre et poussent les cordes à lintérieur avec de longues tiges de bambou. Ils ont tous une longue expérience, ils connaissent les éléphants depuis toujours. 29.24 29.30 Les animaux se battent, mais leur combat est perdu davance. Même sils arrivent à dégager leur tête du nud coulant pour la troisième fois, un autre se resserre sur leur patte. 29.39 29.49 Les éléphants sont comme les hommes, ils sont intelligents, et ils ont tous leur caractère. Ils commencent déjà à me montrer leur nature, leur détermination, leur résignation, ou bien leur colère. 30.03 30.13 Quand les éléphants sont attachés, on ouvre une porte dans les palissades. 30.16 30.29 La femelle ne veut pas sortir du piège, il faut lexciter pour quelle fasse les premiers pas. 30.34 30.41 Les cordes attachées à ses pieds lempêchent dattaquer. 30.44 30.49 Elle est obligée de sarrêter sous lun des grands portails quon a échafaudés. 30.52 31.04 Cette jeune femelle a beaucoup de caractère, elle tire sur les cordes, elle naccepte pas que quelque chose lui résiste. 31.12 31.16 Ce qui rend la khedah si dangereuse, ce nest pas les éléphants capturés, mais le reste du troupeau, qui est libre et excité par le bruit et les cris des animaux pris au piège. 31.26 31.28 Ce mâle sest approché sans quon sen aperçoive. On arrive à le chasser avec des explosifs. 31.34 31.42 La colère des éléphants pendant les premières heures de captivité est sans bornes, et celui dentre nous qui ne fait pas attention met sa vie en danger en sapprochant deux. 31.51 32.03 Depuis plusieurs années, ce troupeau déléphants mangeait les bananiers et la récolte dananas des paysans de la région. Autrefois, on se contentait de leur faire peur, mais ça nest plus possible depuis quun lac artificiel barre tous les chemins de fuite. 32.17 32.24 Aussi, les paysans et leurs familles ont demandé au gouvernement de capturer le troupeau. Ils avaient peur pour leurs récoltes, ils avaient aussi peur pour leur vie. La nuit tombée, ils ne pouvaient souvent même plus se rendre à la rivière. Les éléphants peuvent être des voisins tranquilles, mais il peut leur arriver de tuer des hommes, si on les surprend dans un ruisseau ou derrière un buisson. 32.46 32.56 On fabrique nos cordes nous-mêmes. Cest normal, notre vie dépend delles. 33.01 33.09 Les premiers jours de dressage sont durs pour les éléphants. On ne les laisse pas dormir, on ne leur donne pas beaucoup à boire ni à manger. Ca les affaiblit, et au bout du compte, leur colère faiblit aussi. 33.21 33.32 Chaque animal réagit différemment au dressage. Ceux qui ont le plus de caractère se battent le plus longtemps. 33.37 33.48 Cette épreuve de force ne se joue pas sur la violence, mais sur lépuisement ou sur l'apprentissage rapide de lobéissance. 33.55 34.04 La mère a tout de suite compris que lhomme seulement pouvait lui donner ce dont elle a besoin tout de suite : de leau et de la nourriture. Elle ne tente même pas le combat. 34.15 34.22 Dans ma vie, jai capturé plus de 200 éléphants, je connais leur colère et leur résistance. 34.31 34.38 Mais je sais aussi qu'eux seuls décident combien de temps ils sont prêts à lutter. 34.44 34.49 Ils nont pas le choix, ils doivent accepter lhomme comme maître, car autrement le dressage continuera. 34.57 35.03 Petit à petit, on va capturer le troupeau entier, mais les éléphants ne sont pas tous pour moi. Le gouvernement en recevra une partie, et jen donnerai dautres à mes hommes comme salaire. 35.13 35.32 Quand jai eu le droit de faire ma première khedah, jétais encore un jeune homme, et cette femelle, cétait mon salaire. Elle travaille avec moi depuis plus de quarante ans, et elle a mis au monde cinq petits. A part le dernier, ils sont déjà tous devenus des éléphants de trait. 35.50 35.59 On a vieilli ensemble, mais elle devra se remettre au travail dès que son épaule sera cicatrisée. 36.06 36.24 Les jours de repos des éléphants, les ouzis préparent les troncs pour le halage. Ils doivent tailler dans les troncs, à la hache, des trous auxquels on puisse accrocher solidement les chaînes. En plus, les pentes sont raides à cet endroit de la forêt, il faut quon prépare des chemins de halage. 36.42 36.50 Les éléphants
sont assez forts pour traîner les troncs en grimpant des pentes
raides, mais dans la descente, les pentes ne doivent jamais être
trop à pic : 37.10 Alors, il faut faire des chemins en travers de la pente et planter des pieux sur les bords pour que les troncs ne puissent pas glisser. 37.16 37.31 Mes ouzis se lèvent à trois heures du matin pour aller rechercher leurs éléphants, et ils sont de retour au camp de Dodjiya avant le lever du soleil pour leur poser les harnais. 37.40 37.43 Ce mâle est encore tout fumant du bain quon lui donne tous les jours avant de le harnacher. 37.48 37.57 La journée de travail doit commencer très tôt, parce que les éléphants doivent arrêter avant la grosse chaleur du midi. 38.04 38.18 Ils atteindront les troncs dans la forêt juste avant le lever du soleil. 38.22 38.36 On va aussi rechercher la plus vieille de mes femelles tôt le matin comme les autres, mais elle nest pas encore capable de reprendre le travail. 38.44 38.51 Quand mes éléphants ont des petits, les jeunes suivent leur mère, tout simplement. 38.56 38.59 Cette femelle est accompagnée de deux petits. Il y en a un quelle a adopté, et lautre, cest son petit à elle. A quatre ans, il tète encore sa mère. 39.08 39.15 Quand les jeunes auront cinq ans, on les dressera et on leur apprendra à travailler comme aux éléphants sauvages. 39.21 39.33 Les troncs sont trop gros et trop lourds, alors jai demandé aux ouzis denlever lécorce. Le bois lisse glisse plus facilement sur le sol. 39.40 39.46 Cette fois-ci, les troncs sont vraiment énormes. 39.48 40.14 Quand jétais jeune, tous les ouzis rêvaient de posséder un éléphant, mais aujourdhui, ça nest plus pareil. 40.20 40.31 Les éléphants sont chers, et les ouzis préfèrent dépenser leur argent en ville plutôt que de le mettre de côté chez moi. Ils ne soccupent plus aussi bien des animaux, depuis quils savent que les éléphants ne leur appartiendront jamais. 40.44 40.56 Depuis longtemps déjà, il est très difficile de trouver de bons ouzis. Il faut dire qu'être ouzi, cest avoir un travail dur et dangereux, pour un maigre salaire. Et les jeunes gens ne sont plus prêts à vivre presque toute lannée dans la forêt. 41.09 41.20 Mais autre chose aussi a changé : le respect pour notre profession. Quand jétais jeune, le métier douzi était très bien considéré, et il rapportait bien. Mais aujourdhui, cest différent. 41.33 41.46 Ouzi, cest devenu un travail pour les gens pauvres et sans instruction. Les gens des villes respectent notre travail seulement quand ils savent combien notre vie est dure et difficile. 41.58 42.02 Toute ma vie, jai toujours voulu être ouzi, et rien dautre, et pour moi, ce nest pas grave si je ne suis pratiquement pas allé à lécole, mais là, les temps ont changé. 42.15 42.19 Laide-cuisinier ma demandé sil pourrait, lui aussi, travailler comme ouzi sur notre prochain chantier. Cest son rêve, comme cétait le mien à lépoque, et je lui ai promis quil le pourrait. 42.30 42.36 A la mi-février, on va quitter la camp de Dodjiya, et les éléphants pourront se reposer pendant trois mois. Ce sera alors la saison sèche. De toute façon, il ferait trop chaud pour travailler, et puis, aux alentours du camp, il y a de moins en moins de bonne nourriture pour les éléphants. 42.53 42.58 Normalement, on devrait tout simplement abandonner le camp, mais je viens davoir une nouvelle intéressante. 43.03 43.08 Lemployé du ministère des Forêts qui est chargé de mesurer et de marquer nos troncs a rencontré des éléphants mâles sauvages en venant ici. 43.18 43.23 Il ma fait une proposition inattendue et jai tout de suite accepté. 43.26 43.30 Cette nuit, on fera fuir les éléphants sauvages. On va faire un feu de bambou vert. Le bruit des branches qui éclatent suffira à les tenir éloignés de notre camp. 43.41 43.48 Le fonctionnaire ma proposé de capturer ce troupeau déléphants sauvages et de les dresser. Alors, quand mes éléphants partiront en vacances, mes ouzis resteront ici pour préparer une khedah. 44.02 44.16 Voilà. Je tai tout raconté, mais on na pas encore parlé de lavenir. 44.24 44.28 Je suis vieux, maintenant, et parfois je me sens fatigué. Je sais quen fait, il est temps darrêter. 44.33 44. 37 Mais ici, tout le monde mappelle Pahdy, Papa, et tant que je serai comme leur père, je devrai venir ici. Jai encore beaucoup de choses à montrer aux garçons avant quils en sachent vraiment autant que moi. 44.49 44.54 Non, je continuerai à aller dans la forêt jusquà ce que je meure ici. Je suis et je resterai un ouzi. 45.02
Adaptation : 3i Traductions.
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| Adaptation 3i Traductions |