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La Galicie, vous connaissez ?
2'06 La Galicie, vous connaissez ?
C'est ce que nous voulions vous demander, avec l'écrivain Joseph Roth, originaire de Brody, une petite ville de Galicie.
Presque plus personne ne se souvient de l'ancienne province de l'empire des Habsbourg, en Europe de l'Est.
Une province, qui recouvrait une partie de la Pologne et de l'Ukraine et s'étendait jusqu'à la frontière russe, misérable et mal famée, multicolore et pleine de vie - avec une culture juive unique en son genre.
* TITRE*
3' Nous commençons notre voyage dans la Galicie actuelle par une halte dans une auberge de Cracovie.
3'10 De jeunes musiciens jouent sur des klézmers, instruments de la musique juive traditionnelle.
Mais entendre de telles mélodies reste inhabituel en Pologne.
3'22 Rappel en douceur du passé, souvenir hésitant de l'existence d'un peuple vivant jadis ici et aujourd'hui disparu.
3'39 L'histoire des juifs en Pologne est depuis longtemps un sujet tabou dans ce pays.
Mais cela a tendance à changer aujourd'hui : c'est ainsi que l'on veut tout d'un coup retrouver les racines juives de sa famille. La prise de conscience du judaïsme est immense, petit à petit devenue une mode - tout du moins à Kazimierz, le quartier juif de Cracovie.
La ville participe elle aussi à ce mouvement, elle donne de l'argent pour l'entretien du cimetière juif jouxtant la synagogue.
4'12 Chaque année, elle organise aussi un festival de culture juive.
4'22 Ici, on peut manger kascher et écouter de la musique yiddish. Le Café Ariel constitue un pôle d'attraction pour les touristes en quête de passé juif à Kazimierz. Mais au bout du compte, il leur en manquera un élément essentiel : la population juive.
4'43 Avant leur extermination par les nazis, 60.000 juifs vivaient ici. Et ceux qui avaient survécu à la guerre et étaient restés en Pologne, quittèrent le pays pendant la grande vague d'émigration de 1968.
4'59 En prime, une troublante attraction pour touristes, qui a pour thème la 'Pologne juive' : le "Tour Schindler".
5'10 Quelques scènes d'une excursion sur les lieux du tournage.
Ils sont venus d'Amérique pour voir les lieux de l'horreur, pour inspecter les coulisses du film et la réalité historique -
la vieille carrière, dans le film le camp de Plasz w.
5'26 Survivants juifs et simples touristes participent à ce voyage dans le passé.
Et dans la carrière, on profite du choc causé par l'entrée dans l'histoire : veuillez passer à la caisse, s'il-vous-plaît.
5'49 A toute vitesse, on va d'un lieu de tournage à un autre, en passant par des camps de concentration, des synagogues et des cimetières.
6'01 En tout, neuf jours d'un tour de l'holocauste à travers la "Pologne juive".
6'09 La fabrique d'émaux de Schindler, où l'on produit aujourd'hui de l'électroménager.
6'13 L'organisateur de cette excursion, de nationalité américaine, allie des intérêts commerciaux à une volonté d'information.
6'23 Stuart Feiler :
"Plusieurs raisons me poussent à amener des touristes américains ici. Le film sur Schindler était un véhicule. Pour les Américains, il est difficile de faire face à une histoire qui leur a été volée. Beaucoup de juifs américains sont incapables de vous dire le nom de leurs ancêtres, car il n'en reste aucun. Beaucoup ont été tués pendant l'holocauste, et il ne reste aucune trace d'eux. Il est important de conduire ces gens ici, afin qu'ils puissent retrouver leurs racines."
6'52 Le tour Schindler continue, mais nous nous mettons en chemin de notre côté, pour un voyage en Galicie, aujourd'hui à la fois Pologne orientale et Ukraine occidentale, un pays à l'histoire extrêmement mouvementée et compliquée.
Il s'agit pour nous d'un voyage d'étude, les bagages pleins de documents littéraires et historiques, afin de retrouver un monde "qui n'existe plus". Qu'en reste-t-il ?
Pas grand-chose. La plupart des villes juives ont totalement disparu, il ne reste guère de vestiges.
7'37 La synagogue de Rymanow : une ruine, dont plus personne ne se soucie.
7'52 La synagogue a brûlé en 1941 ; les juifs du village ont été emmenés dans la forêt voisine et fusillés. On ne se donnait même pas la peine de les déporter.
8'10 Pour se représenter la vie au village juif, il faut lire des livres, regarder des photos ou des films. Ce sont les derniers témoins d'une culture exterminée par la violence, avec minutie - la culture des juifs d'Europe de l'Est.
Retournons-nous quelques instants sur le monde de cette époque. Images tirées d'un film juif réalisé en Pologne avant la Deuxième Guerre mondiale.
8'44 Voilà à quoi ressemblait la vie au village juif. Pagaille multicolore au marché, des gens venus tout droit des descriptions d'Isaac Bashevis Singer, Joseph Roth ou Manès Sperber - la vie de tous les jours.
9'05 Et de joyeuses fêtes - ici, on joue pour des noces.
9'30 La future mariée n'a certes pas l'air très joyeuse, sur le chemin du lit conjugal. Il semble bien que l'entremetteuse n'ait pas eu la main heureuse.
10'02 Les invités ne s'en soucient guère, ils font la fête, interruption tant attendue dans la dure vie de labeur quotidien du village.
10'24 Ces vieilles images rappellent un monde inconnu, dont les habitants vivaient de manière totalement différente de leurs voisins non juifs.
Ils restaient au sein de leur communauté, la vie était soumise à des lois sévères, les règles religieuses régnant depuis des lustres.
10'41 Les photos et témoignages littéraires, alimentés sans cesse en documents, décrivent la grande pauvreté du village juif. La description que fait Manès Sperber de son village Zablotow dans son autobiographie 'Les porteurs d'eau de Dieu', est aussi valable pour beaucoup d'autres.
"Zablotow, tel était le nom de ce petit village, semblable à des centaines d'autres petites villes, espaces restreints dans lesquels, jusqu'en 1942, les populations juives de la Galicie, de la Pologne russe, de la Lituanie, de la Biélorussie et de l'Ukraine, cohabitèrent.
Les trois mille habitants étaient juifs à 90 % : des artisans, beaucoup plus que de besoin, plus commerçants qu'acheteurs, d'ailleurs - des ,commerçants sans capital, qui, la plupart du temps, n'avaient même pas encore acheté les marchandises qu'ils vendaient.
Les Zablotowiens étaient, comme les habitants des autres villes, des 'gens de l'air', ou 'existences de l'air', comme ils aimaient à s'appeler ...
... c'était d'une pauvreté démesurée, grotesque jusqu'à l'absurdité, et pourtant cela n'avait rien de misérable, car les Zablotowiens n'étaient pas seulement croyants, mais ils savaient aussi que ce n'était là qu'une situation provisoire, et que tout changerait bientôt, même si la misère durait des décennies, ou même des siècles."
12'08 Le changement a bien eu lieu. Mais, à la place du Messie, vinrent les meurtriers.
12'20 Petit détour par le village de Zyndranowa, dans les Carpates. Un important événement culturel doit s'y dérouler aujourd'hui. Ici vivent les Lemkes, la minorité ruthène de Pologne. Les Ruthènes : c'est ainsi que s'appelaient les Ukrainiens dans l'empire des Habsbourg.
Dans la vie idyllique de la ferme, le passé est encore bien présent, car les Lemkes ont beaucoup souffert. Après la guerre, ils furent chassés dans le nord par les Polonais, parce qu'on les soupçonnait d'avoir collaboré avec l'armée d'insurrection ukrainienne. Avec le temps, certaines familles lemkes sont revenues dans leur patrie.
12'58 L'un de ces rapatriés, Theodor Gocz, a fait preuve d'une initiative digne d'intérêt.
Il a installé un musée afin que les souvenirs subsistent.
13'08 On peut ici admirer l'intérieur d'une maison lemke, exactement comme jadis, avec tout ce qui constituait la vie domestique quotidienne des Lemkes.
13'52 Juste en face, encore un musée. Un rappel macabre des massacres qui ont eu lieu tout proche : objets trouvés sur le champ de bataille du défilé de Dukla, en automne 1944.
14'10 Theodor Gocz est nerveux. C'est une journée importante pour lui : il va célébrer l'ouverture d'un autre musée, son troisième. Celui-ci est dédié à la mémoire des juifs qui ont vécu à Zyndranowa avant la guerre.
14'10 Gocz se prépare à rendre hommage à son hôte d'honneur, qui était un jeune juif, autrefois, à Zyndranowa. S'il a survécu, lorsque les Allemands ont envahi son village et assassiné ses parents, c'est parce qu'il était en visite chez des amis.
A force de ténacité et de patience, Gocz a retrouvé la trace du jeune juif d'autrefois.
14'33 Samuel Oliner est aujourd'hui professeur de sociologie en Amérique.
14'40 Pain et sel pour notre hôte californien.
Samuel Oliner, qui est retourné dans son passé.
14'50 Il a 12 ans, sur cette photo.
14'58 Dans le musée, Gocz a exposé tout ce qu'il a pu trouver,
des photos de familles juives de temps pacifiques,
15'07 des scènes de coutumes juives,
de circoncision,
de noces.
Objets de la vie quotidienne et du culte,
et documents sur l'exclusion, sur la persécution.
15'50 De nombreux visiteurs sont venus de loin, de Pologne, d'Ukraine, de Slovaquie, pour se souvenir des jours passés, quand lemkes, juifs et tziganes cohabitaient en paix à Zyndranowa.
Seuls les juifs polonais n'ont pu répondre à l'invitation, c'est en effet jour du sabbat, pendant lequel les juifs orthodoxes ne peuvent voyager. Gocz avait pensé à tout, sauf à ça.
16'22 Pour le professeur venu d'Amérique, l'initiative de Theodor Gocz représente comme un signal lancé d'un monde disparu. La Pologne, qui était pour lui la terre des exécutions et des fosses communes, a soudain pris à ses yeux une tout autre dimension.
16'38 Il a été ému ... et l'est encore.
16'53 Pour beaucoup de personnes présentes, c'est le jour du retour des sentiments oubliés et des souvenirs ensevelis.
17'10 Recueillement pour les juifs de Zydranowa et pour la famille du petit Samuel Oliner.
17'25 Theodor Gocz :
"Il n'y a jamais eu de conflit entre nous. L'oncle de monsieur Oliner était un de mes proches voisins. Je me souviens très bien de lui. C'étaient des gens respectables, travailleurs, très pauvres - une famille pauvre.
17'44 Et lorsque les Allemands sont arrivés, nous savions déjà que ce serait une tragédie pour eux, très certainement la mort. Les gens ont pleuré pour eux. Ils ont vécu cela avec souffrance, car soudain il manquait un voisin qui n'avait jamais fait de mal à personne. Les gens vivaient ici dans la paix.
18'07 On m'a demandé ce qui m'avait poussé à faire ce musée - c'est avant tout cette compassion pour le destin des juifs. Les juifs furent chassés d'ici, puis la tragédie nous a touchés nous aussi, les Ruthènes. Les cabanes ruthènes ont aussi été détruites. Il n'est resté qu'une seule cabane juive, et, des 180 cabanes ruthènes existantes, il n'en restait en tout que vingt, imaginez un peu. Le destin de l'un était en quelque sorte lié à celui de l'autre. D'autre part, je respecte chacune de nos cultures.
18'40 Si la reconstitution de ces cabanes nous a permis de montrer une partie de la culture juive et de l'histoire juive, alors je suis grandement satisfait. A vous, tziganes, je vous en prie - maintenant, c'est à l'orchestre tzigane de jouer."
15'04 Une journée consacrée aux minorités, et occasion pour les Ruthènes de se fêter. Les Ruthènes polonais, slovaques et ukrainiens se réunissent parfois, pour faire montre de leur cohésion et se disputer sur des questions politiques. Puis on aborde la religion ou la nécessité de l'union avec les Ukrainiens, les Ruthènes de l'Est étant pour, mais ceux de l'Ouest contre.
Mais aujourd'hui, la journée est consacrée à Theodor Gocz et Samuel Oliner, tout doit se passer sans anicroche.
19'49 Nous poursuivons notre chemin jusqu'à la patrie des frères Singer. De leur temps, leur région, loin de toute civilisation, avait conservé l'aspect antique "d'un monde qui n'existe plus", selon Israel Josua Singer.
"Cela tenait du miracle lorsqu'on sortait vivant d'un voyage à travers cette contrée, que les juifs appelaient 'les terres du Roi sans-le-sou'."
20'20 Si nous pouvons aujourd'hui nous représenter la vie pieuse, rustique et ancienne des juifs de cette région, nous le devons à Israel Josua et à son jeune frère, Isaac Bashevis Singer, prix Nobel de littérature.
Avec eux, nous passons par
"... des petites villes avec des cimetières, synagogues, églises et tours vieux comme le monde, avec des grandes places de marché en forme de cercle, bordées de petites baraques en bois, dans lesquelles s'asseyaient commerçants et marchandes à la criée ; par des petites villes où les juifs étaient encore appelés à la prière par le Schamme
où les professeurs accompagnaient les enfants au en chantant
où les crieurs publics sur la place du marché battaient le tambour et annonçaient les tout derniers décrets ainsi que quelques autres nouvelles ; où les juifs étaient plus juifs et les chrétiens plus chrétiens que partout ailleurs en Pologne."
21'22 Le grand-père Singer était rabbi à Bilgoraj, où plus rien pourtant ne rappelle les temps passés. Nous ne prenons pas la peine de nous y rendre, et partons directement pour la capitale de la province, Zamosc.
21'44 Avec ses maisons Renaissance, la ville vient d'être portée au rang de patrimoine culturel mondial par l'UNESCO. Cet honneur, s'il ne constitue encore aucun apport financier, représente pour la ville l'espoir de voir plus de visiteurs venus admirer son histoire.
Autrefois, cette ville était au centre des mouvements sociaux, ville de la reconnaissance judaïque, et carrefour économique.
22'08 Deux routes commerciales se croisaient ici, celle du sel et celle de l'ambre jaune.
Jan Zamoyski, fondateur de Zamosc, voulait qu'elle devienne la "ville idéale" - une ville de la reconnaissance, du commerce mondial.
22'26 Polonais, Arméniens, Grecs et juifs cohabitaient en harmonie, et tous ont laissé leurs traces à Zamosc.
22'46 Zamosc aimerait bien renouer avec la tradition de l'âge d'or : il y a quatre ans, elle a rappelé le descendant de son fondateur, Marcin Zamoyski, pour l'élire président.
Le temps d'une période électorale, il s'est immiscé dans le jeu de la reconstruction et du développement de la ville, mais pas avec autant de succès qu'il l'aurait souhaité. Ses idées coïncidaient avec la bureaucratie et l'engourdissement de ses concitoyens.
23'14 Pendant son mandat, il a fait rénover l'ancienne forteresse russe, qui sert aujourd'hui de halle du marché. A l'intérieur se sont établis les marchands de Zamosc, et dehors se retrouvent Ukrainiens et Russes dans les magasins.
23'32 Les commerçants se plaignent de la gestion de Zamoyski : d'abord la rénovation coûteuse, et maintenant ces Russes qui vendent de la pacotille et raflent les clients par des offres alléchantes.
23'45 Il ne reste rien de la cohabitation pacifique. Oui, la "ville idéale" de Jan Zamoyski est bien loin...
24'05 Marcin Zamoyski :
"Autrefois, la ville idéale telle que Jan Zamoyski la pensait était possible. Il n'y avait alors encore pas les nationalistes, si actifs de nos jours. Ici vivaient des juifs, des Arméniens, des Ruthènes, des Grecs - et l'idée de la ville que mon ancêtre a créée à cette époque, résidait justement dans cette coexistence pacifique. Aujourd'hui, nous pouvons voir les nationalistes à l'oeuvre, pas seulement en Pologne, mais dans le monde entier. Et on ne peut plus revenir en arrière."
24'30 C'est aussi à cette cohabitation pacifique que rêvaient aussi les habitants les plus connus de Zamosc, comme
le poète juif Jitzak Lejb Perez,
Rosa Luxemburg,
Ludwig Zamenhof, créateur de l'espéranto.
Avant la guerre, deux tiers de Zamosc des habitants étaient juifs, c'est-à-dire 13.000 personnes. Il n'en reste que deux aujourd'hui.
24'56 Comme cela nous arrivera souvent au cours de notre voyage, nous découvrons des documents du passé, des monuments commémoratifs, et les traces indélébiles de la terreur nazie.
25'11 Zamosc, la "ville idéale", devait devenir la 'ville de Himmler", si on en croit le plan général de compagne de l'Est. Selon les représentation du Reichsführer des S.S., la ville de Zamosc devait devenir le centre de la "zone d'habitation allemande". Des Allemands furent établis ici, et les "juifs, Polaks et autre racaille", comme les nommaient les nazis, furent déportés.
25'48 Des images que nous, voyageurs, devons nous remémorer.
Que ce soit à Zamosc ou ailleurs : le martyre des juifs.
26'36 Les juifs de Zamosc furent conduits à la gare de Izbica, à quelque 20 km de la ville, d'où partaient les wagons à bestiaux pour le camp d'extermination tout proche de Belzec.
27'31 Joseph Oberhauser, S.S. Obersturmführer, à propos du camp d'extermination de Belzec :
"Jusqu'au 01.08.42, on peut diviser le gazage des juifs au camp de Belzec en deux catégories. Les premières séries d'essais ont été faites sur 2 ou 3 convois de 4 à 6 wagons, contenant de 20 à 40 personnes. On livrait et tuait en moyenne 150 juifs par convoi. Mais ces gazages n'étaient pas encore effectués dans le cadre d'une extermination systématique, on voulait d'abord contrôler les capacités du camp, et expérimenter le gazage du point de vue de la technique.
Comme il apparut aux troupes d'actions qui ont chassé les juifs de certaines régions qu'il n'était pas possible d'exécuter les gens dans les grands ghettos de Varsovie et de Lvov, on décida de construire deux autres camps d'extermination, avant le 1er août 1942 : les camps de Treblinka et de Sobibor. La grande extermination devait donc être lancée le 1er août 1942."
28'40 Comme cet endroit semble inoffensif aujourd'hui. Mais les souvenirs sont toujours vivants dans les têtes des gens. Un témoin oculaire nous fait faire le tour. A 15 ans, il a pu à observer le camp et sa machine de mort. Il consent à nous faire un schéma montrant ce qu'il a vu il y a plus de 50 ans.
29'01 Joseph Lewko :
"Ici, au bord de la forêt, il y avait des tombes de partout, où étaient enterrés beaucoup de gens, sans être brûlés. Et tous se sont décomposés dans les tombes. Cela puait tellement, une puanteur insupportable, qu'on sentait à dix kilomètres à la ronde.
29'21 A cet endroit, les gens devaient sortir des convois, ici, sur toute la longueur. Puis ils rejoignaient, nus, les baraques.
Puis ils sortaient de CETTE baraque pour entrer dans CELLE-CI, étaient gazés, et tombaient sur le sol, et les commandos, des gens d'ici, qui travaillaient ici, devaient charger les corps dans les voitures, pour les conduire aux endroits où ils devaient être brûlés.
30'07 Ils n'avaient pas assez de temps pour les tuer vraiment. Les gens continuaient à vivre, ici, encore deux, trois, peut-être six heures. Mais après six heures, il n'y avait plus de convoi. Tout se trouvait déjà sur les lieux des bûchers."
30'24 Lecture de voyage. Passage tiré du livre de Karl-Emil Franzes, "
"Ma foi, il est infiniment aimable à la gare Karl-Ludwig de laisser passer le rapide de nuit. Car aucune autre voie ferrée de ce continent n'offre la même vision de désolation. Landes désertes, pauvres sillons, juifs déguenillés, fermiers crasseux. Ou bien quelque patelin à l'abandon, et, à la gare, le bâillonnement des notabilités locales. Celui qui voyage sur cette voie ferrée de jour mourra d'ennui, si ce n'est de faim. Il y a bien quelques restaurants sur le chemin ... mais on n'ose jamais les regarder ...
Un jour, j'ai mangé à Przemysl l'escalope de veau la plus incroyable de ma vie. C'était une escalope fourrée, et voici ce que j'y trouvai : une aiguille fortement rouillée, un ressort d'acier et une touffe de cheveux. Lorsque je tins le délit corporel devant les yeux du restaurateur, il me dit le plus stoïquement du monde : 'Je ne vois pas pourquoi vous vous échauffez ainsi. Vous ai-je dit que vous devez manger le vieux morceau de fer ? Vous devez manger la viande !'
Mais nous voyageons de nuit. Nous dormons, et évitons les frayeurs causées par le paysage et les escalopes de veau."
Des aiguilles dans les escalopes, ça n'existe plus aujourd'hui. On ne trouve malheureusement plus du tout d'escalopes. Le buffet de la gare, qui a fait l'objet d'une rénovation coûteuse il y a quelques années, est vide. Personne ne veut le reprendre, le montant du loyer est astronomique.
32'06 Autrefois, la ville de garnison Przemysl était une ville multiraciale turbulente : Polonais, Ruthènes, juifs, Ukrainiens. Mais la Deuxième Guerre mondiale mit définitivement un terme à cette coexistence plus ou moins pacifique. Aujourd'hui, Polonais et Ukrainiens se fréquentent avant tout pour le marché noir. Le train en provenance de Lemberg, amène une foule de marchands, qui veulent gagner des dollars avec leurs produits de contrebande.
32'36 Nous allons là d'où ils viennent : Lemberg, l'ancienne capitale de la Galicie. Une ville à l'histoire mouvementée : ville autrefois polonaise, puis autrichienne, de nouveau polonaise, russe, et enfin ukrainienne.
En 1924, Joseph Roth s'emballait pour la "ville aux frontières embrouillées" et sa "diversité polyglotte" : "C'est une flaque multicolore en Europe de l'Est ..."
33'22 Regard nostalgique sur la beauté d'une ville dont le centre est resté presque intact malgré les guerres.
aucun spéculateur n'a pu avoir de prise sur cette ville aux styles innombrables acquis au cours des siècles.
Seuls les hommes, de différents groupes ethniques, de différentes religions, qui donnèrent à la ville son rythme et son charme particulier, ne sont plus là.
34'05 De nombreux écrivains nous ont décrit la ville telle qu'elle était autrefois, ce qui constituait son atmosphère particulière : Scholem Alejchem, Leopold von Sacher-Masoch, Martion Buber, Joseph Roth, Alfred Döblin, Salcia Landmann, Zbigniew Herbert, Stanislaw Lem.
34'31 C'est dans cette maison que Stanislaw Lem a passé son enfance. Son autobiographie, , nous livre ses souvenirs dans cette ville, lorsqu'il observait la vie dehors, à travers la fenêtre de l'appartement familial ou en se promenant avec son père, main dans la main.
34'48 Mais, en 1944, Stanislaw Lem dût quitter la ville. Nous aurions aimé parler avec lui de ses souvenirs, mais il aurait sans doute éprouvé trop de douleur à se rappeler son expulsion, à se tourner vers la "vallée de larmes" de son passé.
35'05 La Deuxième Guerre mondiale, la cassure, qui a totalement changé la vie à Lemberg. Presque la totalité de la population a été expulsée ou tuée.
36'20 Images que nous devons nous remémorer.
Propagande soviétique.
Le siège de Lemberg. Tandis que les troupes Russes font leur entrée, les Ukrainiens exultent.
Les Polonais sont expulsés.
36'49 Monument du meurtre en masse : 200.000 juifs furent tués ici, dans l'ancien camp de Janowska. L'homme qui nous accompagne, Mejlach Szejchet, est chargé de l'entretien et de la surveillance des commémoratifs juifs en Ukraine.
37'06 Mejlach Szejchet :
"Le mur de la mort.
Les gens se tenaient là-haut. On les fusillait, et ils tombaient là en bas.
Parfois, les nazis faisaient mettre le feu aux corps.
Pour nous autres juifs, cet endroit est aujourd'hui un lieu du souvenir.
Nous aimerions bien faire place nette et ériger un monument, mais malheureusement nous ne pouvons pas, parce que l'administration municipale n'est qu'un élevage de chiens, qu'une porcherie.
J'ai vu de mes propres yeux des survivants avoir une crise cardiaque à la seule vue de ce lieu."
38'23 Mejlach Szejchet nous montre encore ce qui fait souffrir ses compatriotes juifs. Nous visitons le cimetière juif où, depuis longtemps, les morts ne reposent plus en paix. En effet, ,depuis quelques années, les tombes d'une partie du cimetière sont passées au rouleau et recouvertes de bitume.
Pour faire un parking.
Mejlach a un appareil pour détecter les tombes. Marcher sur le parking est pour lui une souffrance insoutenable. Mais comment peut-on garer des voitures sur des morts, demande-t-il. Avec toute la place dont on dispose ...
D'autres pierres d'achoppement.
Un petit mur, construit avec des dalles funéraires juives.
Ceux qui s'assoient dessus n'en savent rien. Et ne s'en soucient guère.
39'50 Nous laissons les buveurs de bière entre eux et partons avec Mejlach visiter un camp pour les enfants juifs de la région.
Frisettes orthodoxes et étoffe de Talis : choses inhabituelles en Ukraine.
C'est avec une grande satisfaction que Mejlach nous a conduits dans ce camp. Il fut construit par des juifs américains. Peut-être est-ce la chance de revoir un jour la culture judéo-allemande en Ukraine renaître de ses cendres ?
Pour les plus anciens, introduction à l'étude des écritures traditionnelles. Le rabbi de Lemberg vient lui aussi d'Amérique. Et, sans l'aide des juifs américains, la culture juive serait pratiquement nulle ici - où même la nourriture kascher doit être importée.
40'59 "Je pense que vouloir offrir à nouveau une éducation juive est une tâche difficile, car les juifs eux-mêmes ne sont pas prêts à l'accepter. Ils ont encore les anciennes phrases toute la propagande, ancrées en eux.
Après la Deuxième Guerre mondiale, nous avons subi un deuxième holocauste qui ne devait rien à la cruauté du précédent. Lors du premier holocauste, les juifs ont été exterminés physiquement, et, après la guerre, le système a essayé à la fois de nous tuer physiquement et de nous couper de nos racines juives.
Il n'était pas possible de trouver le moindre livre décrivant normalement l'histoire et les problèmes juifs."
42'11 Mais ils ont refait un petit pas vers la normalité, les juifs de Lemberg. La synagogue, qui, il y a trois ans encore, servait d'entrepôt de nourriture, est maintenant rénovée et peut à nouveau accueillir ses visiteurs.
42'34 Pour les juifs pratiquants, la vie dans la communauté est enfin redevenue possible.
Restons quelques instants dans la synagogue, cet autre monde des juifs croyants.
43'10 Avant de prier, on étale le tapis de prière et attache la lanière de prière, avec une petite boîte contenant des citations des livres de Moïse.
43'46 La vie de tous les jours est revenue - mais les souvenirs restent.
Et c'est pour ça que vit Mejlach Szejchet.
43'57 Lemberg se trouve aujourd'hui en Ukraine - rebaptisée Lvov.
Presque tous sont venus de l'Est après la guerre, même les expulsés.
On a parfois l'impression qu'ils sont des acteurs dans des coulisses qui n'est pas la leur.
La vie est dure ces derniers temps, l'indépendance n'a rien arrangé. La misère économique est grande, les réformes indispensables n'ont pas lieu, et personne ne peut dire comment cela va évoluer.
Les Ukrainiens nationalistes de l'ouest vont-ils s'opposer aux Ukrainiens de l'Est qui se réclament de la Russie ?
Il est dit que l'Eglise apporte le réconfort. La dévotion est toujours présente, et l'affluence dans les églises le prouve. Mais là aussi, on assiste à des conflits - les catholiques Grecs se heurtent aux les Russes orthodoxes ...
44'56 Une atmosphère de léthargie mélancolique plane sur Lemberg.
La reconstruction du pays concerne tout le monde.
L'initiative individuelle est la seule issue.
Les mots magiques sont économie libre de marché et libre entreprise. Quand le revenu moyen est de 15 dollars - la monnaie courante -, il faut savoir choisir.
45'40 Le regard se tourne vers l'ouest, mais pas seulement pour l'économie.
46'09 La place de l'opéra est une sorte de Hyde Park Corner où on aime à débattre des développements politiques. On demande aux étrangers : à combien se montent les loyers chez vous, combien coûte l'essence, le gaz ?
On a reconnu en nous une équipe de la télévision allemande, et le passé nous rattrape une fois de plus.
46'30 L'homme peste contre la bureaucratie allemande, qui ne l'a toujours pas indemnisé : il était travailleur de force à Bremen, de 1941 à 1945.
En fait, les Allemands auraient bel et bien payé, et les Polonais encaissé l'argent depuis longtemps, mais c'est le gouvernement russe qui garderait ses sous - un milliard de marks.
Ils attendent que nous soyons tous morts ? se plaint-il. Et les auditeurs d'acquiescer ...
47'07 Mais quand il s'agit de manger, la culture passe au second rang des préoccupations. Les jeunes artistes et intellectuels de Lvov ont le sentiment de vivre dans un vide culturel. Nous rendons visite au journal de l'opposition 'Post Post-up' ('Après le progrès'), écrit en ukrainien, et à Wolodja Pawliw, qui dirige la section culturelle du journal. Pawliw est en outre poète, et fait partie d'un groupe d'artistes alternatifs. A l'opposé des autres associations culturelles d'Ukraine, qui sont orientées vers Moskou et où on parle le russe, les écrivains et peintres de Lvov cherchent à lier des contacts avec l'Europe occidentale. Dans cette ville qui n'a aujourd'hui plus rien du centre intellectuel qu'elle était autrefois, ils se sentent seul, culturellement abandonnés.
Qu'y a-t-il d'étonnant à ce que de la nostalgie naisse de cette tristesse ?
48'10 Wolodja Pawliw :
"Une fois, nous avons entrepris de créer un club à la mémoire de l'empereur François-Joseph. Il devait contribuer à maintenir une continuité de la tradition qui existait dans cette région de l'Europe.
Car fut un temps où de grands noms ont vécu ici, comme Joseph Roth, Bruno Schulz, Franz Kafka, et d'autres encore.
Mais aujourd'hui, on est tellement fermé à tout, que même les grands noms ne peuvent plus s'épanouir. C'est notre problème, et nous le regrettons.
Nous voyons dans le renouvellement des relations d'autrefois, la possibilité d'un développement culturel - parmi les artistes de cette région d'Europe. C'est pourquoi nous regrettons tant le passé.
49'01 Mais la nostalgie n'est pas de mise dans les représentations des administrateurs culturels officiels. Ils ne font que de la culture exclusivement ukrainienne ou exclusivement russe dans l'Ukraine orientale. Voilà où on en est.
49'12 Tout comme jadis les bons compatriotes de Joseph Roth visitaient le café des gens de lettres 'Roma', Pawliw a aussi son établissemennt habituel, où se retrouvent entre 14 et 15 heures les artistes clandestins de la ville. Ils parlent des années 80, quand ils lisaient Sacher-Masoch, Roth et Schulz, quand ils avaient la chance de voir leurs oeuvres traduites en russe. Les auteurs auraient finalement vécu en Galicie, il faudrait maintenir la continuité ...
Les discussions ne sont pas toujours très élevées au-dessus de la basse réalité : qui a de l'argent pour acheter de la vodka ou de la bière ce soir ?
49'54 Nous nous trouvons chez un peintre clandestin, qui matérialise ses rêves : Lemberg à la mode des Habsbourg. Les artistes clandestins de Lvov ne sont bien sûr pas monarchistes. Ils rêvent simplement de l'art de vivre d'une ville, dont la tolérance et le désordre étaient - à tort ou à raison - réputés, et Jurko Koch rêve avec une force intensité toute particulière.
50'27 La ville de ses rêves apparaît comme une métropole d'art et moderne.
50'36 Jurko Koch :
"Il y a ici des gens simples de villes différentes. C'est mon Lvov, cela aurait pu être Paris ou Leipzig, mais c'est juste Lvov.
50'49 Aussi, il y a une sorte de déplacement des strates temporelles. Je pense que c'est à la fois le début du siècle et sa fin. Sans le Lvov autrichien, je n'arriverais pas à me représenter ma ville.
51'06 Lvov, c'est une synthèse de la culture austro-hongroise, avec l'influence polonaise et allemande. Et tout ceci est lié avec le folklore ukrainien. Cela crée une sorte de mélange, d'esthétique où nous avons grandi. Nous l'utilisons, nous la vivons."
51'25 Comment la tradition se fait-elle ressentir maintenant ?
"Je pense que les artistes se doivent de la sentir. Ils ne peuvent pas la fuir, car ils vivent ici. L'esthétique est omniprésente, on la voit partout. Sur les bâtiments - mais pas seulement dans les rues, on peut aussi la sentir dans l'air. Quiconque ne la sent pas avec le nez ne peut se la représenter.
A mon avis, il est très important que tant que tous ces bâtiments où nous habitons sont là, le Lvov autrichien vivra. Maintenant, il suscite en nous la sympathie. Quoique, si nous avions vécu à leur époque, nous aurions dû alors subir aussi une oppression. Sociale et nationale. Alors que maintenant nous la sentons plutôt attractive."
52'54 La "spécificité de Lvov", qu'on ne peut expliquer, selon Jurko Koch - combien de temps existera-t-elle encore ?
Les façades perdent déjà leur visage.
Les somptueuses maisons de la ville, qui doivent être rénovées, sont peut-être aussi le symbole de la chute de la tradition.
53'15 Ce qui est vieux tombe en ruine, et le nouveau n'est pas encore né. Il faut absolument
53'34 Voyage à travers la Galicie orientale, le long de l'ancienne frontière orientale de la monarchie. Un pays de fermiers et de marchands, qui, pour le lointain ouest était à la traîne et monotone, très loin de toute civilisation.
C'est la patrie de Joseph Roth.
"La Galicie, vous connaissez ?"
"La Galicie se trouve dans la solitude au bout du monde, et pourtant n'est pas isolée ; elle est bannie, mais pas exilée ; elle renferme plus de culture que ne le laissent supposer ses canalisation défectueuses ; beaucoup de désordre, et enncore plus d'étrangeté. Beaucoup le savent du temps de guerre, mais la Galicie cachait alors son vrai visage. Ce n'était pas un pays. C'était soit une étape, soit le front. Mais la Galicie détient une joie , des propres chants, des gens et une splendeur qui lui sont propres ; la splendeur triste des outragers."
54'44 Aux souvenirs de la Galicie de Joseph Roth vient s'ajouter une pensée pour Isaak Babel et son rapport sur l'armée la Légion polonaise de Budjonny, qui, pendant la guerre russo-polonaise, est venue jusqu'ici, dirigée vers l'ouest. Ce monument est érigé à la gloire de l'armée héroïque, mais Isaak Babel nous a donné d'autres informations.
55'08 Les marais de Brody. "Délabré comme à Brody", avait-on coutûme de dire, vers la fin du siècle dernier, quand on parlait d'un endroit lugubre et triste.
La ville de Brody a eu aussi une histoire agitée - elle fut un centre important du commerce entre la Galicie et la Russie. Plus tard le nid mal famé des contrebandiers. Puis une ville de garnison du bout du monde.
Brody - Terminus.
55'42 Il devait bien travailler à l'école, et aurait même de temps en temps écrit ses devoirs en vers : Joseph Roth.
"Est-ce que les habitants de Brody savent beaucoup de choses sur Joseph Roth, ou bien est-il plutôt inconnu ?"
Dana Melnik :
"Je pense qu'il savent pas, très peu de choses. Nous avons très peu de livres, l'ambassadeur d'Autriche en Ukraine nous a offert l'oeuvre de Joseph Roth en six tomes, mais nous n'avons malheureusement pas de traductions."
56'29 C'est ainsi que les étrangers connaissent mieux le Brody de Joseph Roth que les natifs d'ici.
La ruelle d'or est la rue principale de la petite ville. D'après Roth, l'essentiel était de supporter la vie ici, une fois qu'on avait bu quelques verres d'alcool à 90 % - à l'Hotel Bristol de cette époque, qui est aujourd'hui un café pour enfants, la plupart du temps fermé.
57'00 Voici un aperçu de ce qu'a connu Brody au cours des temps : la monarchie des Habsbourg et la Première Guerre mondiale, l'annexion à la Pologne et la guerre russo-polonaise, les pogromes contre les juifs de l'est, la Deuxième Guerre mondiale, l'extermination de la population juive, l'intégration au sein de l'Union soviétique, l'ndépendance de l'Ukraine.
57'27 Scène quotidienne à Brody. L'image est marquée par la pénurie et l'immobilité.
Exactement comme si le temps s'était arrêté.
57'43 Les gesn semblent attendre - sans vraiment croire à une amélioration de leur condition de vie, peut-être attendent-ils le miracle.
58'18 Celui qui autrefois arrivait à la garnison était à la merci de l'infinie désolation des marécages, et tombait en proie aux jeux de hasard et au schnaps corsé, le fameux à 90 %, voilà ce que nous savons grâce à Joseph Roth. Aujourd'hui, la désolation est tout autre - causée par les profondes blessures de la guerre et les décennies suivantes, le passé non digéré, la désorientation.
58'48 Un voyage à travers la Galicie, c'est un voyage dans un autre âge. Il n'est pas possible de voir ce pays aujourd'hui sans penser à la guerre et à l'holocauste, encore et encore.
59'02 Une parole nous vient à l'esprit, attribuée à Baal Schem Tow, à l'origine du mouvement Chassidiste, et toujours d'actualité pour nous :
"Vouloir oublier prolonge l'exile, le secret de la délivrance réside dans le souvenir".
| Adaptation 3i Traductions |