1
00°:03 MADAME GRÖTZSCHEL°:
Pour quelques tableaux ici, on fait parfois des comparaisons, parce qu'on y trouve des ressemblances avec certains collègues. Et sur ce tableau, cette vierge ressemble beaucoup à une collègue, Madame Linke.
Mais on en a dâautres comme cela, ici... 00°:24
00°:26
On passe ainsi tous plus ou moins à la postérité par un tableau peut-être même sans le savoir. 00°:33
00°:37 MADAME GARNMANN°:
Parfois, je me dis quâelle me ressemble, quand jâétais petite. 00°:41
00°:46
Il y a quarante ans, une enfant toute frêle... 00°:50
00°:56 MONSIEUR LIMMER°:
Quand on nâa pas grand-chose à faire, des choses incroyables vous viennent à l'esprit. Vous n'imaginez pas les trucs qui peuvent vous venir à lâesprit. Évidemment, je ne peux pas vous dire, quelles sont ces idées... 01°:09
01°:11 MONSIEUR FIOTAKIS°:
Si on me demande dâoù je viens on sâaperçoit bien que je ne suis pas né ici -, je dis°: je suis un Grec bavarois. 01°:24
01:32 MONSIEUR ÖCAL°:
Jusquâici, je nâavais jamais mis les pieds dans un musée, et maintenant, je travaille ici. Ca fait drôle, câest différent. On voit des tas de choses, on apprend des tas de choses. Câest un langage différent celui de lâart 01°:47
01:52 MONSIEUR HABRYKA°:
Quand je suis rentré ici pour la première fois, et que jâai vu tout cela, au début, les bras mâen sont tombés. Je nây comprenais rien. Même aujourdâhui, il y a encore plusieurs choses qui ne me parlent absolument pas°: quand je vois cela pour la première fois, je me demande°: Quâest-ce que ça veut dire, quelle idée l'artiste avait derrière la tête 02°:11
02°:17 MONSIEUR HENSCH°:
Pour moi, c'est une chose essentielle dans ma vie, que ma cravate soit bien en place.
Je le vérifie plusieurs fois par jour. 02°:24
02°:27 TITRE°:
Garde du corps chez Raphaël
02°:35
Un film de...
03 40 MADAME GRÖTZSCHEL°:
Parfois, on nâa pas la moindre envie de regarder les tableaux pendant le travail, parce quâon les voit quotidiennement. Et pourtant, on change dâendroit tous les jours. Mais on a tous nos bons et nos mauvais jours. Bon, les tableaux sont là, quâon le veuille ou non, mais il y a des jours où on nâa pas envie de les voir. Alors, on peut par exemple se concentrer sur les gens qui sont là, on peut les observer et penser à plein de choses. 04°:10
04°:11 Il y a en a qui traversent le musée au pas de course et ensuite, chez eux, ils racontent quâils ont été au musée de Dresde. Ils ont fait leur visite obligatoire, quoi. Mais ces gens-là, on les repère immédiatement. On voit des différences°: Si les gens sâintéressent vraiment à un tableau et sâen approchent un peu, alors on observe cela, de loin, mais on ne leur dit pas tout de suite°: Reculez Ou°: ne dépassez pas la limite, sâil vous plaît Et les gens sont contents quâon ne les embête pas toutes les deux minutes. 04°:56
05°:06 MADAME GARNMANN°:
Jâaime la galerie des maîtres anciens par-dessus tout. Toute cette atmosphère qui règne ici, c'est incomparable 05°:15
05°:22 Je nâaimerais pas du tout travailler chez les maîtres modernes, parce que je nâaime pas ce style. Chez les romantiques, encore, cela irait, mais mes préférés, ce sont les maîtres anciens de Dresde, les modernes ce nâest vraiment pas ce que jâaime. Je peux les regarder, mais sans beaucoup dâenthousiasme. Jâaimerais rester là où je suis, jâadore cela 05°:46
06:40 MADAME GRÖTZSCHEL°:
Les débuts ici ont été très difficiles. Il fallait lire des pages et pages pour se mettre au courant. En particulier, pour l'histoire de notre ville, beaucoup de Dresdiens ont de grosses lacunes à rattraper. Ils ignorent tout de la vie de nos ancêtres et comment les choses se passaient à lâépoque. La plupart connaissent lâhistoire de Dresde seulement depuis la Deuxième Guerre mondiale. Mais comment câétait à lâépoque baroque, peu de gens le savent, et pourtant, câest bien ce qui a été décisif pour lâévolution de Dresde. 07°:16
07°:24
D'abord, il y a des livres pour se documenter. Et puis, on écoute les gens expliquer quelque chose. Ou bien on demande à une collègue qui est ici depuis plus longtemps. Elle vous fournit l'information qui vous manquait. On peut ainsi compléter son puzzle. 07°:39
08:21 MONSIEUR HABRYKA°:
Ici, par exemple, vous avez Max Ernst. Lui aussi, câest un peintre merveilleux. Il me plaît bien, et ce quâil peint aussi. Ici, au fond°: fessée de lâenfant Jésus . Quand câest arrivé à Cologne, il paraît quâil y a eu un scandale. Accrocher un tableau pareil à Cologne, Cologne la sainte Et je me demande°: pourquoi Moi aussi, jâai été petit garçon, un petit garçon qui nâétait certainement pas toujours sage, nâest-ce pas Quâest-ce que vous en dites 09°:03
09:06 Mais pour comprendre ces choses-là · Moi, je dis°: pour lâart moderne, il faut avoir fait des études. 09°:14
MONSIEUR HENSCH°:
...à cette distance, ça va encore. Une classe, apparemment des élèves de terminal. 09°:42
09°:57 Les gens ne regardent pas en lâair. Et pourtant, à lâentrée, il y a une pancarte qui les prévient que nous avons un système de surveillance vidéo. Mais la plupart lâoublient complètement. Ils nâont peut-être pas lu le panneau et nây font plus du tout attention. Lâart leur fait oublier les installations de sécurité. Et câest très bien ainsi. 10°:17
10°:24
De telles choses, on en voit souvent, mais on ferme les yeux. Ca fait partie de la vie°: lâamour, la vie. 10°:39
MONSIEUR ÖCAL°:
11°:02 ON°:
Vous ne vous ennuyez pas Ah, non 11°:07
11°:08 OFF°:
En fait, je voulais devenir policier. Ce nâétait pas mon rêve, mais mon idée. Je nâai pas réussi... 11°:17
11°:19 ON°:
Ici, par exemple, quelquâun touche quelque chose. 11°:20
11°: 21 OFF°:
En allemand, sur mon bulletin scolaire, jâai la moyenne ; en sport, je suis bon. Alors, je me suis dit°: OK, je fais autre chose. Je peux toujours devenir policier plus tard, pourquoi pas 11°:32
11°:42 OFF°:
Si ça se trouve, je vais rester quelques années ici. Je peux améliorer mon allemand. Mon casier judiciaire est vierge, heureusement. Je peux encore faire autre chose. 11°: 53
12°:00 MONSIEUR LIMMER°:
Quand on se déplace toute la journée, le soir, on le sent passer Ca semble beaucoup mieux que ça ne lâest en réalité. Ce nâest pas du gâteau de marcher toute la journée. 12°:15
12°:15 MONSIEUR FIOTAKIS°:
Câest vrai, câest un peu ennuyeux. Mais je suis une personne qui pense beaucoup. Et alors, quand il nây a rien à faire, je vis dans le passé, alors le temps passe plus vite. Cela ne me dérange pas. Bien sûr, sâil y a beaucoup de gens, câest mieux, la journée passe plus vite, et on voit des gens différents, tout en surveillant. Alors, le soir, on est satisfait, quand on rentre à la maison, on se dit quâon a fait quelque chose de constructif. 12°:56
12°:58 MONSIEUR LIMMER°:
Quand jây pense°: je fais ça depuis 28 ans, je vous le dis franchement. Ce que jâai pu faire ici Poste de nuit, poste du matin, poste du soir, poste normal, vestiaire, caisse, accueil. Il faut pratiquement tout faire. Et si on fait cela correctement, le soir, bien sûr, on est lessivé. 13°:22
13°:30
On en vient à connaître beaucoup de gens quâon ne rencontrerait jamais dans d'autres circonstances°: par exemple, le Prince Charles mâa remercié dâêtre resté si longtemps exprès pour lui. Il ne savait pas que jâavais le poste du soir. Je lâai laissé croire que jâétais resté exprès pour lui. 13°:52
13°:52
Un jour Gorbatchev, avec sa femme, Raissa, celle qui est morte, malheureusement, un homme comme ça, tout à coup, devant moi, il me tend la main. Je ne suis pas de ceux qui diraient°: bon, je ne me lave plus les mains pendant huit jours parce que Gorbatchev mâa serré la main. non, je ne suis pas comme ça. Mais quand je lâai eu en face de moi°: câest un homme comme vous et moi On se dit°: ce nâest tout de même pas possible quâil ait un pouvoir pareil. Et il est si près, comme ça, je pourrais le prendre au collet et le... Mais câest ainsi 14°:21
16°:49 MADAME GARNMANN°:
Être debout une semaine entière, huit heures par jour, avec en tout et pour tout une pause à midi et encore une pause lâaprès-midi°: Câest impossible. Et dâailleurs, on nây arrive pas. Je voulais en avoir le cþur net. Les premiers jours, je mâen suis plutôt bien tirée, je nâavais pas trop mal. Les collègues mâont demandé°: Vous avez des problèmes Et à ce moment-là, non, je ne sentais encore rien. Les problèmes, je les ai eus seulement au bout de quatre, cinq semaines°: Jâai senti que jâétais contractée, jâavais les pieds en feu et mal au dos. J'ai véritablement dû mâentraîner à rester debout. 17°:25
17°:35
Lâêtre humain nâest pas fait pour rester debout, il doit bouger. Cette manière de se déplacer si lentement, câest contre nature. On fait son ménage, on court comme des dingues au tram, au bus ou ailleurs, et tout à coup, à partir de 10 heures précises, on doit se déplacer très lentement. Cela ne sâimprovise pas 17°:58
18°:04 MONSIEUR LIMMER°:
Celui-ci, vous lâavez vu à la pinacothèque, et câest un de mes tableaux préférés. Jâen ai même un autre dans ma chambre, mais en plus petit. Parce quâil me plaît, câest tout. Dans ce tableau, il y a de la vie Câest ça qui me plaît.18°:22
18°:23
Ce qui est agréable dans le travail en fait, je ne devrais pas le dire -, câest quand il y a très peu de visiteurs et que je peux me consacrer aux tableaux autant que je le veux. Il faut en avoir envie, sây intéresser. Si on nâa pas cela, si on ne sâintéresse pas à lâart, alors, on nâest pas à sa place comme gardien. 18°:48
18°:52 MADAME GRÖTZSCHEL°:
Sur la liste des préférences pour les pauses, aujourdâhui, jâai écrit quelque chose de drôle°: comme vous voudrez Et en retour, j'ai eu n'importe quoi : une seule pause à deux heures et demie seulement, et puis jâai dû continuer jusqu'à ce soir sans interruption. 19°:06
19°:06
Je mâassois, tout simplement, une demi-heure avec mon mari et on boit un petit café. Câest le moment où je peux parler de tous mes soucis. Il suffit que ça sorte, et cela va déjà mieux. Alors, je suis en forme pour reprendre le lendemain. 19°:22
20°:28 MADAME GRÖTZSCHEL°:
OFF°: au départ, je voulais faire quelque chose de très différent, quelque chose dâartistique. Alors, jâai demandé à faire une formation de fleuriste... 20°:21
OFF°:
...mais à lâépoque, ça nâétait pas si facile, il fallait avoir du piston...
OFF°: ...et nous, on ne connaissait personne dans cette branche-là. C'est pourquoi jâai commencé un apprentissage comme employée de boucherie. Et jâai appris tout ce qui a rapport à la viande et à la charcuterie. Cela mâa beaucoup plu. De lâabattage du cochon à la saucisse, je sais tout faire, je sais cuisiner, je connais le métier de A à Z. Mais on doit avoir un salaire en conséquence, quand on travaille de sept heures du matin à sept heures du soir. 21°:28
21°:29
Câétait bien cela, le problème Je voulais avoir un travail reconnu, trois huit ou pas. Et avec le temps, on nous donnait de moins en moins dâargent... 21°:41
21°:46
Ma mère a travaillé sept ans ici. Les derniers temps, elle me disait°: Essaie donc, il y a des postes qui vont se libérer, tu aimes bien peindre et tu tâintéresses à lâart. Ca te plaira sûrement. Bon, câest vrai, câest fatigant, mais on gagne un salaire correct et on a un travail honorable. Câest important aussi. Alors, on aime bien travailler et on le fait sans se forcer. 22°:12
22°:28 MADAME GARNMANN°:
Quand il y a peu de visiteurs, alors on peut se pencher sur un tableau. Moi, je me suis amusée à faire des comparaisons°: quelles chaussures étaient à la mode à lâépoque Quelles coiffures on portait ? Quels tissus on utilisait Comment on transformait tout cela Et surtout, quand jâavais mal aux pieds°: quâest-ce quâils avaient de jolis pieds Souvent, ils nâont pas de chaussures, mais leurs pieds sont magnifiques. Moi, je faisais souvent un souhait°: on pourrait les échanger, et moi, jâaurais ces pieds qui ne font pas mal. Je les ai regardés très souvent. 23°:10
23°:14
et puis, tous ces plats exquis°: on nâarrive plus à sâen détacher, quand on commence à y penser et plus on y pense, plus on a faim, une faim terrible. Surtout quand on a un appétit comme moi. 23°:27
23°:29
Un des plats du grand tableau de Rubens, là, je me le suis préparé, la semaine dernière. Pour être précise°: la darne de saumon. Jâadore le regarder. Surtout quand jâai très faim. Non seulement câest joli à regarder, mais câest délicieux. 23°:42
23°:44
Ou quand je vois le gibier°: tiens, tu pourrais te faire une petite selle de chevreuil. Sur celui-là, vous avez aussi des asperges et toutes sortes de légumes appétissants. Là encore, je me dis°: tiens, tu pourrais tâen faire. Cela vient de ces grandes natures mortes... 24°:01
24°:04 MONSIEUR LIMMER°:
Ce ne sont pas mes tableaux préférés, pour parler franchement. Mais bon, il en faut pour tous les goûts. Pour moi, ces tableaux sont trop sombres. Moi, je veux plus de couleurs, plus de vie. Là, câest presque toujours... la même chose Je nây comprends rien, je suis désolé. Je le dis en toute franchise et sincérité. Câest la seule salle de la pinacothèque que je préfère éviter si possible. Mais que voulez-vous que jây fasse°: si on mây met, jây reste, câest tout. 24°:44
24°:45 MONSIEUR FIOTAKIS°:
Le plus beau de tous, câest la paysanne avec les trois enfants, à mon avis. Les visiteurs aussi, ils demandent où se trouve ce tableau. Ils veulent voir la paysanne avec les trois enfants. Les petits enfants sont aussi très contents de voir le tableau°: le bébé , disent les petits dans leur poussette. Ici, câest intéressant, jâaime bien être dans cette salle. 25°:21
25°:22 MONSIEUR HABRYKA°:
Il y a pas mal de choses qui me plaisent beaucoup, ici. Mais la plupart, pour être tout à fait franc, jâai du mal à les comprendre. Tenez, un exemple°: 25°:41
25°:46
Ce tableau, ici, Race Riot °: pour le comprendre, il faut connaître le contexte. Je ne sais pas si câest le cas de tout le monde. Mais moi, ce nâest pas mon cas. Alors, si on sâavisait de me lâoffrir, je le prendrais quand même, parce quâil est de Andy Warhol, comme investissement, pour ainsi dire. 26°:02
26°:05
Avant de venir ici et de commencer ce travail, j'ai travaillé dans le bâtiment, de très longues années. Le bâtiment, câest un travail productif, on crée quelque chose, et on voit ce quâon crée. 26°:27
26°:29
Et puis, la mentalité des gens, ici En toute sincérité, quand jâai débuté ici et que jâai vu ça, je me suis dit°: mon Dieu Tu vas rester là jusquâà ce que tu aies un nouvel emploi sur un chantier, et après, tu disparaîtras. Malheureusement, ça ne s'est pas fait. Parce que jâavais certainement déjà dix ou quinze ans de trop. Alors je suis resté ici. 26°:53
27°:06
Il faut prendre chaque travail au sérieux et le faire aussi bien que possible. Si le boulanger ne fait pas du bon pain, il nâarrive plus à le vendre. Il doit fermer boutique. Si le maçon construit une maison en dépit du bon sens, lui aussi, il nâa plus quâà fermer. Moi, je me le dis chaque fois que je sors dâici°: Câest bien, il n'y a pas eu de problèmes aujourdâhui, la journée s'est bien passée... 27°:30
27°:33 MONSIEUR HENSCH°:
Si on nâaime pas ces tableaux, on ne peut pas les protéger efficacement et comme il faut. 27°:40
27°:48
C'est aussi très bien fait°: réduit à sa plus simple expression, et pourtant, reconnaissable au premier coup dâþil. 27°:56
28°:01
Les couleurs sont également magnifiques°: Alexej Jawlensky. Quelques-unes de ses þuvres, très bien faites. 28°:09
28°:18
Des goûts et des couleurs... Certains préfèrent ceci, dâautres cela. Il faut tout accepter et vouloir tout protéger de la même manière. 28°:28
28°:31
Cela, par exemple, je ne lâaurais pas peint de cette manière. Mais je lâaccepte. Même chose pour lâavion... 28°:36
28°:49 MONSIEUR HABRYKA°:
Câest un tableau très tentant, le . Le grand tableau dâAnselm Kiefer. Les gens aiment bien le toucher, le caresser. Vous voyez°: 29°:01
29°:05
Une sculpture, dâaccord, on veut sentir avec quel matériau elle est faite, mais pas un tableau Alors là, je vois rouge, je peux devenir méchant. 29°:21
30°:08 MONSIEUR ÖCAL°:
Ici, nous avons certaines règles°: Interdiction de photographier. Si vous avez une autorisation, alors ça va. Mais comme ça, simplement, on nâa pas de droit de photographier, ni de filmer au caméscope, ni de toucher, etc. Ceux qui viennent avec une autorisation, alors ils prennent quelques photos des objets, et de moi 30°:28
30°:32
Parfois, je leur demande°: mais quâest-ce que vous voulez faire de ma photo Il y a aussi des filles, des jeunes qui viennent de Dortmund, Francfort, Stuttgart, de Belgique, de France, de Hollande et qui ont toujours un appareil photo sur elles. Elles prennent deux photos des objets et quatre de moi... 30°:52
30°:56
Quand je leur demande°: quâest-ce que vous voulez faire de mes photos Elles disent toujours°: vous êtes beau, vous êtes mignon. On rencontre ce genre de filles ici. 31°:12
31°:20
Eh, les filles, je suis là 31°:21
32°:24 MONSIEUR HENSCH°:
En fait, jâai été par nature éduqué à la propreté. Je le dois surtout à ma belle-mère°: pour lâécole ou après lâécole, jamais elle ne me laissait sortir de la maison autrement que bien habillé. Cela reste. Cela marque. Ca fait partie de lâéducation. Une tenue agréable, donc, les vêtements, mais aussi une bonne présentation, et une bonne hygiène corporelle, tout cela est important pour moi, parce que cela crée des liens entre les gens. Il est plus facile dâentrer en contact avec les gens quand on a une bonne présentation. Les gens s'attirent, les couples se forment plus facilement, quand on se trouve mutuellement attrayant... 33°:20
33°:42 MONSIEUR FIOTAKIS°:
Mon appartement est petit, mais je lâaime beaucoup. Je me sens très bien ici. Et tous les jours, en rentrant du travail, je me détends dans ce petit appartement coquet avec ses beaux tableaux. Souvent, quand je me réveille la nuit, je me lève, jâallume la lumière et je regarde mes beaux tableaux. Ca, câest un tableau du professeur Hüther, celui-là aussi. Je suis amateur dâart, cela me fait très plaisir de posséder des tableaux. Celui-ci, je lâaime beaucoup. Et ces deux-là aussi. Vous savez, je les aime tous Et celui-ci, au-dessus de mon lit°: câest mon préféré. Nâest-ce pas un joli tableau Il est beau, magnifique... 34°:59
35°:06 MADAME GRÖTZSCHEL°:
Câest censé être un autoportrait, mais cela fait déjà pas mal dâannées, je nâavais pas de rides. 35°:15
35°:21 Jâai commencé à faire des aquarelles, mais jâai arrêté. Jâaime bien dessiner au crayon. Mais la plupart des tableaux, je les ai donnés, il nâen reste plus beaucoup et puis, ça dépend de lâhumeur, et il faut aussi du temps. 35°:45
35°:55 Je nâai encore jamais été en Italie. Mais jâaimerais bien y aller, pour voir tous les endroits peints par Canaletto et Belotto. Cela mâintéresserait. 36°:06
36°:12
Je voulais faire une pause de cinq minutes, sans caméra 36°:15
(répartition du travail)
37°:58 MADAME GARNMANN°:
Lâappel va commencer, mais je nâai pas encore terminé. 38°:01
38°:21 MADAME GARNMANN°:
Puis il y a le 100, puis le deuxième vestibule, puis place du théâtre, puis câest moi. il ne faut surtout pas que je rate mon tour 38°:31
39°:29 MADAME GARNMANN°:
Maintenant, tout va se calmer. Câest la période de calme. 39°:35
39°:41 MONSIEUR FIOTAKIS°:
Le dimanche, il y a trop de monde. trop de gens. Et quand on doit sâoccuper de trois grandes salles, le soir, on est exténué. Les autres jours, quand nây a pas trop de monde, ça va. Mais le dimanche, pour moi, câest trop. Jâai toujours réussi à le faire, et maintenant, jâessaie de tenir. Vous savez, jâaime bien aller au travail. 40°:12
40°:17 MONSIEUR LIMMER°:
Câétait bien, il y a deux ans, l'entrée était payante le dimanche. Alors, évidemment, seuls les gens intéressés venaient. Lâentrée gratuite le dimanche, elle remonte à un décret du roi Louis pour ses sujets les plus pauvres,. De nos jours, tout le monde vient. Puisque c'est gratuit. Mais câest ainsi. Ce quâon ne ferait pas pour lâimage de marque de la maison 40°:47
40°:51 Je vois souvent des gens arriver, s'asseoir devant un tableau et lâobserver sous toutes les coutures. Et au bout dâun quart dâheure ou peut-être dâune demi-heure, on sâaperçoit que le visiteur commence à être nerveux. Là, il faut faire attention. Il ne faut pas sâéloigner Et alors, il dit tout à coup°: croûte . Travaillant ici, câest bien normal que ça mâénerve, parce quâil nây a pas de croûte dans la pinacothèque Peut-être que ce ne serait pas plus mal, si de temps en temps, il y avait une croûte. Mais jamais je ne pourrais traiter un tableau de croûte, même sâil ne me plaît pas. 41°:28
41°:30 MONSIEUR FIOTAKIS°:
On a une grande responsabilité comme gardien. Certains ne prennent pas cela trop au sérieux, même des gardiens. Mais moi, je prends cela au sérieux. Aussi le soir, je suis exténué, parce que je vais dâune salle à lâautre. Et je surveille les gens. Quand je vois des gens suspects, cela me déprime, et je me dis°: il va se passer quelque chose. 42°:03
42°:33 MONSIEUR LIMMER°:
Cette destruction de tableaux, quand on a vécu cela une fois, on ne peut pas l'oublier. Jâétais là, jâétais même à lâentrée et jâai déchiré son ticket à cet homme. Il avait un regard pas franc. Jâai dit à ma collègue°: lui, il nâest pas clair. Il était bien habillé, il avait un costume bleu, magnifique, une cravate bleue en soie, une chemise bleue. Et alors, il a ouvert ses deux petites bouteilles remplies dâacide chlorhydrique°: tac, tac, tac. En deux temps, trois mouvements, tout est allé très vite. Et je vous le dis franchement°: je lâaurais tué. Ca mâa vraiment fait beaucoup de peine. On sâoccupe de tableaux pendant des années et des années et puis, on se retrouve devant ce truc qui dégouline, lâacide et la peinture. Ca mâa littéralement retourné. 43°:36
43°:43
Quand on est là depuis aussi longtemps que moi, on sâhabitue aux tableaux. Câétaient de beaux tableaux°: le retable de Baumgarten, la madone... Ils lâont vraiment merveilleusement restauré, mais ils y ont mis le temps°: dix années 44°:00
44°:03 MONSIEUR HENSCH°:
Il vaut mieux que nous intervenions trop tôt que trop tard. Nous travaillons de manière préventive. Nous voulons empêcher les déprédations, et pas seulement faire des rapports, des constats. Aussi nous le signalons dès que nous soupçonnons qu'une personne pourrait approcher de trop près. 44°:26
44°:37 MONSIER HABRYKA°:
En tant que visiteur, vous ne pouvez tout de même pas marcher là-dessus ou prendre cela dans la main, cela ne va pas Câest impossible Votre bon sens doit vous le dire, ne fais pas cela, tu es dans un musée. Et quâest-ce câest, un musée 44°:47
44°:48 MONSIEUR ÖCAL°:
Il est interdit de toucher, et je dois les prévenir. 44°:52
44°:55 MONSIEUR HABRYKA°:
Mais parfois, ça arrive vraiment, on vous répond°: Laisse-moi tranquille, connard Ca arrive Alors là, il faut garder le poing dans la poche, se retourner, et répéter°: Sâil vous plaît, ne touchez plus à rien et encaisser. C'est ainsi. 45°:16
45°:18 MONSIEUR HENSCH°:
Je prends mon travail très au sérieux. Pourtant, ce nâest pas le métier que je voulais faire. Jâaurais bien aimé faire des études de droit, devenir procureur, et même peut-être un jour professeur de droit pénal. Mais cela nâa pas marché. Jâai raté deux fois le premier examen dâÉtat, et alors, il faut bien faire autre chose à côté pour subvenir à ses besoins. Mais fort heureusement, jâai eu ce poste. Ca m'est égal si certaines personnes parlent en termes péjoratifs de ce métier°: gardien, comme on disait autrefois. Aujourdâhui, on ne parle pratiquement plus de gardien, mais de surveillant. Surveillant dans un musée, personnel de musée, surveillant de musée. Je mâen arrange très bien. 46°:05
46°:09
Câest une tendance moderne de réduire le personnel et de travailler avec des systèmes vidéo. Mais on aura toujours besoin de gens pour faire marcher ces machines. 46°:24
46°:28 MONSIEUR HABRYKA°:
Câest épouvantable, le peu de visiteurs quâon a 46°:31
46°:39
Si le nombre continue à baisser ainsi, ils pourraient envisager de faire encore dâautres réductions de postes. 46°:44
46°:51 MONSIEUR ÖCAL°:
Je suis bien content dâavoir ce travail. Il y a beaucoup de jeunes au chômage et qui ne trouvent pas de place dâapprentis ou de formation. Ce sont des jeunes intelligents, corrects, gentils et pourtant, ils nâont pas de travail, ils travaillent à temps partiel, deux heures, quatre heures, pour se faire de lâargent de poche, et câest tout. 47°:23
49°:09 OFF°:
Si un visiteur sâintéresse vraiment, on lui donne volontiers des informations. 49°:14
49°:23 OFF°:
Plus on reste longtemps dans la galerie, mieux on connaît les gens. Quelquefois, on peut dire dès le départ°: si celui-là te pose une question, tu y réponds en deux mots. Alors quâavec dâautres, on peut bavarder un petit peu plus longtemps. Mais il y a des gens quâil vaut mieux éviter. 49°:50
MADAME GARNMANN
Oui, oui
49°:58
Quand jâai commencé à travailler ici, bien sûr, je cherchais une chaise du regard, un endroit où mâasseoir. Et je me posais des questions°: Pourquoi n'a-t-on pas le droit de sâasseoir Au bout de tant dâannées, je suis dâavis quâil ne faut pas sâasseoir du tout. Ce nâest pas beau, câest une question dâentraînement. Je le supporte très bien. Si jâétais chef, jâexigerais la même chose de mes collaborateurs. 50°:30
50°:34 Il faut avoir une attitude correcte. Personne ne doit pouvoir deviner que vous avez mal aux pieds, ou que vous avez une contraction musculaire. On ne doit pas imposer ce spectacle au visiteur. Debout, debout, debout De dix à dix-huit heures avec une attitude correcte et sur le visage une expression correcte, avenante. 50°:58
51°:19 MOMSIEUR HABRYKA
Ah, la boule°: ça recommence ! 51°:21
51°:52
On se dit toujours quâon aime son travail, qu'on a des contacts avec des gens, que câest vraiment très agréable. À 18 heures, je suis content de ne plus voir personne. Ou alors, seulement dans le tram. Mais ceux du tram, je ne les vois pas longtemps, je suis tout de suite à la maison. 52°:10
52°:47
Jâai un bon travail. Je porte une cravate, des vêtements chics, jâai les mains propres, la figure propre. Et je fais un travail propre, jâai un talkie-walkie, et câest tout. Il me suffit de surveiller. Il faut être un peu malin, regarder ce que fait celle-ci ou celui-là. 53°:04
53°:08
Jâaime bien mon travail. Jâen suis satisfait. Il nây a pas de raison. Jusquâà ce quâon me licencie, je le ferai. 53°:15
53°:30 MONSIEUR HENSCH°:
Jâai un petit appartement dâenviron treize mètres carrés. Câest un semi-meublé, en fait conçu pour des étudiants. Ces conditions de logement sont tout à fait suffisantes parce que je suis célibataire et que pour lire, écouter de la musique ou écouter la radio, je nâai pas besoin de beaucoup de place. 53°:55
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Mon salaire nâest pas très élevé, mais comme célibataire, on nâa pas besoin de beaucoup. Nourrir une famille avec un ou deux enfants, ça irait peut-être encore, à la rigueur. Jâaimerais bien me marier et avoir un ou deux enfants. 54°:14
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Je ne suis pas encore marié parce que je nâai toujours pas trouvé la bonne, la femme prête à mâépouser. Il y a bien eu certaines qui mâauraient beaucoup intéressé. Elles avaient déjà demandé à leurs parents, mais ils étaient dâavis qu'elles devaient rester avec leur petit ami. Aussi je nâai malheureusement pas encore trouvé la bonne. 54°:51
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Je suis un peu exigeant et jâattends des personnes prêtes à mâépouser quâelles le soient également. Et si du point de vue esthétique ou pécuniaire, surtout pécuniaire, chez moi, elles ne trouvent pas ce quâelles attendent, alors je peux comprendre qu'il soit difficile de trouver la bonne partenaire. 55°:19
55°:57 MONSIEUR FIOTAKIS°:
Quand on sâintéresse à lâart, câest une nourriture, une nourriture intellectuelle. Et jâécris, oui, quand je suis en forme et que jâai de lâinspiration, jâécris des poèmes et des nouvelles. Et quand je suis tout seul, je lis mes poèmes. 56°:22
Il lit ses poèmes en grec 56°:36
57°:03 MADAME GARNMANN°:
Oui, cela me tenterait bien, de sentir combien ils sont beaux, ces objet que je surveille tous les jours de finir par les toucher un jour, oui... 57°:18
57°:18 MONSIEUR LIMMER°:
Jâai eu par exemple presque chaque tableau de la vieille pinacothèque entre les mains. A cause des trois transformations, il a fallu décrocher les tableaux à chaque fois, le dernier et les autres... Tiens, voilà mon épouse. On la laisse rentrer 57°:36
57°:39 MADAME GARNMANN°:
Je me retiens. Mais un jour, cela arrivera. Et alors, je devrai avouer que câétait moi. Oui, on aimerait bien toucher 57°:49