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La passion du jeu
Le comédien Heinrich George
02.05
Sachsenhausen, près de Berlin : " Le camp spécial n°7 ", les Soviétiques occupent cet ancien camp de concentration nazi depuis août 1945. Le plus illustre des prisonniers sappelle Heinrich George. Il figure parmi les plus célèbres comédiens dAllemagne. Il ne se néprouve aucune culpabilité de ne pas être nazi ousent pas coupable : il nest ni nazi, ni ennemi des Russes. Il se bat, résiste, oppose à sa détresse la passion dun grand artiste. Il jouera, passionnément sa vie durant. Il jouera jusquau bout. 02.43
02.53 Extraits films (sous-titres)
04.20
4.48 Interview voice overvoice-over (Götz George, fils 2)
Cétait certainement un phénomène pour son époque, le comédien du siècle, comme lappelait Fehling. Jai moi-même choisi ce métier, je connais...euh un peu la difficulté de la profession, il faut être imaginatif et créatif dans ce métier. Quelque chose sest passée à ce moment-là, quelque chose de tout à fait inhabituel : un esprit imaginatif, créatif dans la conception des rôles, des... des personnages. Jai retrouvé cet esprit après la guerre chez Werner Krauss et Wassermann. Jai eu la chance de pouvoir jouer avec lui....Euh,lui... Euh, George était sans aucun doute un artiste original, comme Picasso, Dix ou Beckmann, un être vraiment exceptionnel. 05.43
05.45
Une vie ne suffisait pas à cet être hors du commun. Heinrich George voulait vivreaspirait à connaître plusieurs vies. Son énergie et son enthousiasme le destinaient au métier de comédien. Les rôles lont aidé à se glisser dans dautres vies, à les remplir, à se dévoiler sous un jour nouveau sans cesse à chaque fois. Ce comédien cherchait à découvrir. Il ne portaitsous un jour nouveau. Ce comédien allait à la découverte de l'autre. Il ne revêtait pas seulement un costume, il sagrippait au personnage imaginé, se lappropriait, en donnait toujours, dune façon ou dune autre,toujours sa propre interprétation...vision... Ainsi il pouvait pousser jusquà leurs limites les héros dramatiques allemands et les personnages de fiction créés pour lui. 06.33
06.36
Il était impétueux et plein dénergie, mais il était également sensible, mélancolique, bon, drôle et naïf. Sa naïveté devait lui être fatale. Car Heinrich George sest laissé abuser. Il na pas vu la fatalité, il a refusé de la voir. Hitler et Joseph Goebbels, son ministre de la Propagande, ont utilisé George et sa passion dévorante du jeu pour servir leurs intérêts. Ils lui ont donné sa chance, il la saisie. Puis, ils lont forcé à faire des compromis, à montrer son dévouement. 07.13
07.15
Après leffondrement du IIIe Reich, George est arrêté par deux foisà deux reprises dans sa maison près du lac Wannsee, puis libèré.libéré. Le Général Bersarin, le premier commandant de la place de laen zone soviétique à Berlin, lui délivre un laissez-passer. CependantMais sa mort va tout changer. 07.32
07.35 Interview voice overvoice-over (Jan George, fils 1)
Il était avec nous, ensa famille, dans sa maison de Wannsee. A vrai dire, tout était normal jusquà la mort de Bersarin le 22 juin 45... Un Allemand est venu à la maison. Il portait un brassard rouge sur lequel était inscrit " police judiciaire " ou " provisoire ",judiciaire ", ou quelque chose comme ça. Il était accompagné dun soldat de lArmée Rouge armé uneRouge, armé d'une mitraillette. Ils ont interrogé George. Ce jour-là, je lai vu pour la dernière fois. Par trois fois, des membresunités opérationnelles du NKVD lont interrogé, sans rien trouver. Cest seulement plus tard... une tard...une quelconque autorité a décidé de lemprisonner. IlsEn fait, ils voulaient lenfermer en fait. Les preuves leur faisaient défaut. Ils les ont fabriquées de toute pièce.toutes pièces. 08.30
08.32
George sera finalement emprisonné en 1946 dans le camp soviétique de Hohenschönhausen. Les dossiers de la police secrète soviétique, le NKVD, indiqueNKVD, indiquent quon la dénoncé. Heinrich George nappartenait ni au Parti ni à aucune autre organisation nazie. Cétait un suiveur,suiviste, mais une vedette avant tout. 08.54
09.00
Stettin, capitale de la Poméranie, province prussienne. Heinrich George est né ici, le 9 octobre 1893. Il est laîné de 6 enfants. Fils dun ancien officier de la Marine impériale et dune fille daubergiste. Georg August Friedrich Hermann Schulz : cest le nom figurantqui figure sur son acte de naissance.09.10
09.25
La comédie est sa vocation.Il le saîtvocation. Il en prend conscience très tôt. Son penchant pour la scène brise toutes les résistances. 09.32
09.34
Le jeune artiste se trouve un pseudonyme pour son premier engagement à Kolberg au cours de lété 1912 : Heinz George. AgéÂgé dà peine 19 ans, il surprend déjà la critique dans son premier rôle : " un maître dhôtel rusé, psychologue et philosophe " dans lopérette de Jean Gilbert : Die keusche Suzanne ( la chaste Suzanne).09.51
09.53
Sous son pseudonyme, il se produit sur de nombreuses scènes de la province prussienne. Il joue souvent le rôle du jeune amant. 10.00
10.04
Quand la guerre éclate, il est sapeur-mineur volontairerejoint le bataillon du génie dans lArmée prussienne. Il continue à jouer tout en étant soldat. On le surnomme alors " le comique ". Puis, il se met à boire. La guerre des tranchées sur le front de lEst laffaiblit psychologiquement. On linterne dans une clinique psychiatrique. Il évite ainsi le pire. Au printemps 1917, on lautorise à quitter létablissement. 10.29
10.31
Après un passage par Dresde, il se rend à Francfort sur le Main, la même année.la même année, il se rend à Francfort-sur-le-Main. Pendant les " années folles ", il acquiert la maturité des acteursd'un acteur en jouant des rôles de caractère. Il sappelle désormais Heinrich George. Son entourage se compose décrivains, de compositeurs, de peintres : Fritz von Unruh, Paul Hindemith, Max Beckmann comptent parmi ses amis. Cest aussi lépoque de nombreux excès. 10.53
10.55
Speakerine : Dès Dresde, il lie une amitié profondeÀ Dresde, il se lie d'une profonde amitié avec le peintre Oskar Kokoscha. Il met en scène lesses uvres dramatiques et avant-gardistesdu peintre au Nouveau Théâtre de Francfort. 11.05
11.06
Speaker : " Kokoschka peutremercier grandement remercier le comédien Heinrich George. "George, "
Speakerine : écrit le critique Bernhard Diebold.11.11
11.12
Speaker : " Le tempérament volcanique de ce comédien surdoué - et peut-être encore trop impétueux - a permis de cachermasquer la faiblesse du scénario ". 11.22
11.23
Speakerine : Kokoschka, euphorique, remercie son " ami intime " en lui dédicaçant son uvre. 11.27
11.29 Interview voice overvoice-over (Jan George, fils 1)
Kokoschka , par exemple, il a nié connaître George après la guerre. Il disait : " Qui est-ce ? Je ne le connais pas, je ne lai jamais connu ! " (rires) Pourtant, George a été le premier à porter à lamettre en scène ses drames difficiles et pleins deffusions, à Francfort et à Dresde dabord en 1917, puis en France en 1918... Euh... à Francfort, et de nouveau à Francfort en 1921. 11.51
11.52
Berlin, au début des années 20 : la Mecque de la vie théâtrale allemande. Quand Heinrich George fait ses premiers pas dans la Métropolemétropole en septembre 1920, Paul Wegener, Werner Krauss, Alexander Granach et Fritz Kortner sont déjà des stars adulées. Le légendaire Max Reinhardt lui apporte son soutien.le fait venir. Sous sa direction, peu de temps auparavant,Sous sa direction, Heinrich George avait interprété au festival de Salzbourg,peu de temps auparavant, Salzbourg le rôle de Mammon dans une pièce dHofmannsthal : Jedermann. Il lavait joué au grand théâtre. 12.21
Maintenant, il le joue au Grosses Schauspielhaus (grand théâtre). 12.21
12.27
Une nouvelle étoile illumine le ciel du théâtre de Berlin : Bertolt Brecht. Sa seconde pièce : Tambours dans la nuit rencontre peu de succès. Mais on remarque Heinrich George. Le critique Siegfried Jacobsohn dira de lui dans la revue littéraire Weltbühne : " éblouissant, dans son rôle daubergiste extravagant ",de cabaretier terre-à-terre, il a surmonté au mieux la difficulté de jouer du Brecht ".12.49
12.54
Elisabeth Bergner est une des actrices les plus appréciées du théâtre allemand. George la vénère autant que le public berlinois. Leur liaison dure à peu prèsenviron deux ans. 13.04
13.06
Speakerine : George se produit sur de nombreuses scènes de Berlin, notamment au théâtre national du Gendarmenmarkt.
13.10
Speaker : " un fossoyeur dont lesprit subtil est partagé entre modération et concupiscence, tout est dit (?)",sous cette masse de chair se cache un homme bon, débordant de vitalité et de bons sentiments ",
13.16
Speakerine : Un critique juge ainsiainsi un critique juge-t-il son rôle dans Der arme Vetter (Le pauvre cousin)de Barlach. Il se lie d'une amitié à vie avec Jürgen Fehling, le metteur en scène, une amitié à vie. 13.24
13.25
AÀ la fin des années 20, Heinrich est une star du théâtre de Berlin.de la scène berlinoise. On le voit apparaître dans des pièces récentesmodernes traitant de lactualité. Il passe pour un comédien de Gauche.engagé. Il travaille en collaboration avec des metteurs en scène gauchistesréputés de gauche comme Erwin Piscator, Piscator et se rapproche du Partiparti communiste. 13.40
13.43
A la Volksbühne (théâtre des syndicats ouvriers),À la Volksbühne, Piscator produit un théâtre passionné, avant-gardiste, et politique. LUnion soviétique est sonlui sert de guide spirituel. Heinrich George compte parmi les stars de la scène. Sa violente émotion alliée aux mises en scène subtiles de Piscator permettent de faire vibrer des pièces dauteurs pratiquement oubliés aujoudhui.14.04
14.08
Speakerine : En janvier 1928, a lieu la Première de Homme pour Homme de Brecht au théâtre de Piscator. Le critique Herbert Ihering est en admiration :enthousiasmé : 14.14
14.15
Speaker : " Heinrich George est remarquable dans le rôle de Galy Gay. Il jouemaîtrise la difficulté avec une telle aisance, cest divin. On dirait un éléphant qui se met en mouvement. Quelle gentillesse et quelle délicatesse ! " 14.25
14.26
Speakerine : George continue à jouer à Hohenschönhausen. LeHohenschönhausen, le premier camp sous contrôle soviétique où il est incarcéré en juin 1945. Un compagnon de captivité se souvient : 14.37
14.38
Speaker : " En 8 semaines, il avait réussi à réunir le Urfaust en 10 tableaux. Il a joué devant une salle bondée dofficiers russes qui connaissaient en partie le Faust deun peu le Faust dans la version de Pouchkine. Cétait si impressionnant. Cétait la victoire de Goethe, de George et des acteurs sur tous les sceptiques. Les gens affluaient de tout le camp vers ce théâtre souterrain. Ils ressortaient ragaillardis pour quelques jours de ces heures passées à admirer George rajeuni et méconnaissable dans le rôle de Faust. 15.10
15.17
Speakerine : Très vite le cinéma conquiert le jeune acteur. En 1921, il se retrouve devant la caméra pour la première fois dans Der Roman der Christine von Herre (Le roman de Christine von Herre). 29Vingt-neuf autres films muets vont suivre. Métropolis, le plus célèbre, sort en 1927. Heinrich George interprète un leader ouvrier dans ce film prodigieux où Fritz Lang montre sa vision futuriste dune société de classes réconciliée. Curt Riess dira des mimiques expressives de George : 15.47
15.48
Speaker : " On se demande parfois sil est humain ou diabolique, un personnage de conte, moitié animal, moitié démon ? " 15.56
16.03
Il est contre le " Proletkult "mêmesoppose aux organisations de masse même sil joue dans des pièces politiquement à Gauche.engagées. Pour lui, seule la personnalité du comédien est seule à entrerentre en jeu au théâtre. George se repose et profite de la vie en compagnie de ses amis. 16.17
16.19
En 1926, Promotheus - une jeune société de production récente - produit- achève le premier film germano-soviétique. Willi Münzenberg , le tsar rouge des Médias,médias, réussit à mobiliser presque tout le gratin du théâtre de Berlin pour son film :Überflü ssigede la scène berlinoise pour son film :Überflüssige Menschen. Heinrich George en fait parti.16.36partie. 16.36
16.48 interview voice overvoice-over (Jan George, fils 1)
On lui a reproché dappartenir à la branche révolutionnaire. Cétait complètement faux. Il nétait pas membre non plus du Parti communiste allemand. Il a eu...il a eu affaire à des artistes de Gauche.Il nappartenait ni à lopposition syndicale révolutionnaire ni au Parti communiste allemand, comme on le lui reprochait. Il a eu..., il a été en contact avec des artistes de gauche. Il a travaillé avec Piscator à la Volksbühne etsest...euh...joint tout naturellement àil a... euh... partagé lenthousiasme de lAprès-Guerre. Tout le monde est content,révolutionnaire de laprès-guerre. On se laisse emporter, on joue des pièces modernes. Mais il a très vite compris que ça ne lui suffisait pas. Il a eu maille à partir avec un journal communiste, le " Welt am Abend ". On faisait une oppositionIl existait une controverse entre théâtre collectif et théâtre personnel. Il a pris position. Il a dit : le théâtre, cest une question de personnalité, le comédien est seul à mener la bataille. Ca na rien de collectif. 17.40
17.41 Extrait de film
18.19
18.20
Après lavènement du film parlant en 1929, Heinrich George devient très populaire grâce à la prépondéranceen participant à des films gauchistes.de gauche. Hollywood le remarque, linvite. on trouveOn voit des photos de lui partout dans les journaux. Le public sintéresse de très près à son " expédition ". 18.34
18.39
Dans la version allemande du film hollywoodien Menschen hinter Gittern, George joue le rôle du tueur Butch qui fomente une révolte des prisonniers. Le sexologue Markus Hirschfeld et Albert Einstein font partie des spectateurs curieux présents sur le plateau. Malgré son succès aux Etats-Unis,États-Unis, George a le mal du pays. La langue allemande lui manque. Il enregistre un message sur disque et lenvoie à Berlin.19.02
19.05 Message
19.38
19.39 Interview voice overvoice-over (Götz George, fils 2)
Là, je comprends mon père. Il avait vraiment le mal du pays en Amérique, à Los Angeles. Il est resté là-bas 3 ou 4 mois et a dû baragouiné debaragouiner langlais. Il ne pouvait pas sexprimer dans la langue de Goethe et de Kleist. Et puis, il a eu du mal à sadapter à la mentalité des Américains. Les Allemands sont très différents des Américains. Et pour un artiste de cette envergure, ça a dû être la mort. 20.06
20.08
3Trois mois après, Heinrich George rentre chez lui et interprète Franz Bieberkopf dans le film de Phil Jutzi : Berlin Alexanderplatz (Sur le pavé de Berlin) - ladaptationau cinéma du roman de Döblin. 20.15
20.16 Extrait de film
21.04
21.05
A lautomne 1930, George fait la connaissance de la jeune comédienne Berta Drews lors dune répétition du Urgötz, une oeuvreuvre dramatique de Goethe. " Elle a quelque chose, cette petite " dit-il. La petite devient sa femme. Elle fait de ce loup solitaire un père de famille. Grâce à ses dollars fraîchement gagnés, il acquiert une villa spacieuse près du Wannsee. LeWannsee, avec un jardin très boisé faitde 8000 mètres carré de superficie.21.29carré. 21.29
21.33
Speakerine : Un codétenu, Hans Jürgen Metzing, ditrapporte dans ses notes sur le camp de Hohenschönhausen : 21.38
21.39
Speaker : " Au camp, Heinrich George avait une chambre individuelle au camp. Cependant, les Russes le rouaient souvent de coups ". 21.43
21.44
Speakerine : En prison, George écrit des lettres à sa femme Berta Drews : 21.48
21.49
Speaker : " Je suis ici depuis 9 mois maintenant, je crois... ces derniers mois ont été les plus pénibles de ma vie et je nai rien fait pour arranger les choses. Comment réagit Paule W. ? Que dit-on à mon sujet ? Je peux tout supporter, tu sais. Psychologiquement,Moralement, ça va encore. Je me sens prêt à tout reconstruire. Physiquement, ça va moins bien. Jai perduen tout plus de 37 kilos. Mais je tiendrai le coup si une épidémie sournoise ne sen mêle pas. Jaimerais tant vous savoir en paix et en bonne santé... "22.27
22.44
30 janvier 1933. Hitler devient chancelier du Reich. Les Nazis prennent le pouvoir en Allemagne. George, comédien de Gauche,gauche, craint pour son avenir. Il veut jouer, toujours continuer à jouer. Il est prêtpour cela à faire des compromis et comme tous ses collègues, il préfère se taire. Les comédiens juifs sont en effetsont, en effet, interdits de scène. De plus, la Gestapo a récemment arrêté et assassiné Hans Otto, un comédien communiste. 23.10
23.11
Heinrich George saccommode de la nouvelle situation. Il cherche à faire oublier son passé politique gênant en collaborant au film nazi de Hans Steinhoff Le jeune hitlérien Quex. Il y tient le rôle dun communiste revenant à la raison. 23.25
23.26 Extrait de film
24.41
24.42 interview voice overvoice-over (Jan George, fils 1)
Il en a bavé. Le théâtre national lui versait 28 000 francs par mois. Quand le nouveau directeur est arrivé, son cachet mensuel est descendu à 8 750 francs mensuels. Ca a duré un an, jusquà larrivée de Gründgens et puis on a résilié son contrat. Il était sans travail, exercaitil était une profession libérale et devait maintenant se trouver un emploi.donc libre de se trouver des rôles. Evidemment, en 1933, il a saisi sa chance... Il a joué dans deux films : Reifende Jugend, et avant, il a eu aussi un petit rôle dans le film de Steinhoff Le jeune hitlérien Quex. Steinhoff et lui se connaissaient. Il lui a dit : " Allez ! Viens me jouer ça ". Il la fait. Berta Drews a joué aussi. Ils ont joué tous les deux. Ils les voulaient en couple. Le couple du film.ensemble. On les voulait en couple, dans le film aussi. On lui a reproché ça, par exemple. Dans la mesure où il est resté ici, il sest organisé. Il avait...ilIl a décidé de rester ici, il était donc obligé de faire des compromis. Il avait..., il avait acheté une maison en 31 avec largent gagné à Hollywood pour le film Menschen hinter Gittern. Il a fondé une famille, il ma eu moi, et il a épousé ma mère. Et puis lannée 1933 a débuté.puis, ce fut le début de l'année 1933. Devait-il sen aller ? 26.01
26.02
Il réussit à achever grâceGrâce à un nouveau producteur, il réussit à achever, sa seule et unique mise en scène au cinéma dans le film :cinéma dans Schleppzug M 17. Le tournage avait débuté en 1932 mais avait été interrompu à cause de problèmes financiers.été bouclé en 1932, mais on avait dû interrompre le montage faute de moyens. La Première a lieu le 19 avril 1933, cestelle connaît un véritable succès. 26.21
26.22
Pendant ce temps, on continue à jouer au théâtre de Berlin. Les nouveaux dirigeants sefforcent de donner à la nouvelle Allemagne limage dun pays civilisé et tout à fait normal. Le théâtre et le cinéma font partie de cette préoccupation. En 1934, pourtant, George cesse de jouer au théâtre du Gendarmenmarkt. 26.40
26.41
En 1934, les nouveaux maîtres ressuscitent le festival du château dHeilderberg.dHeidelberg. George leur en est reconnaissant.Il sappelle désormaisreconnaissant. On l'a rebaptisé festival du Reich. George met en scène et joue Urgötz, un drame de Goethe. 26.53
26.55 Extrait actualités
27.38
27.39
Le public et la critique sont fascinés par George. Hitler et Goebbels le sont aussi.également. Le 30 janvier 1937, on le nomme officiellement comédien au service du pouvoir nazi. Le 1" comédien du Reich ". Le 1er mars 1938, le Führer lui offre son propre théâtre. On opère quelques transformations et linauguration a lieu au mois de novembre. 27.58
27.59 Extrait film
28.25
28.26
George réalise enfin son rêve. Il dirige un théâtre. Tous les chefs du IIIe Reich assistent à la première représentation, une pièce de Schiller : Intrigue et Amour. Ils le laissent jouer. Sa reconnaissance sexprime dans des mises en scène grandioses. Ernst Legal, Paul Wegener, et Gisela Uhlen font partie de sa troupe. Ce sont quelques-uns desIls figurent parmi les plus grands comédiens dAllemagne. OnLancien avant-gardiste préfère désormais les classiques allemands aux pièces avant-gardistes dautrefois. George interprète le Grand Electeur dans une pièce de Kleist : Le prince de Hombourg. Cest un de ses rôles de parade.préférés en habits dépoque. 28.59
29.05 Extrait film
29.38
29.40
George se sent maître des lieux. Certes, il fixe le programme des spectacles avec Goebbels, mais en dehors de cela, le théâtre fonctionne selon ses propres directives. Seule la qualité prime. Peu lui importe que des membres de sa troupe soient communistes ou " liés à des juifs ". Or, conformément aux lois raciales, ces personnes ne devraient pas travailler.29.58
29.59 interview voice overvoice-over (Götz George, fils 2)
Il avait le courage de se planter devant la troupe et de dire : " Je veux ci, je veux ça "... Protecteur, cétait un directeur très protecteur. Il y avait des juifs, des communistes parmi ses collègues. Un " nid rouge ", cétait ça le théâtre de Schiller,Schiller-Theater (théâtre de Schiller), nest-ce pas ? Goebbels avait déjà émis des critiquescondamné cela, mais ils avaient la liberté, la liberté artistique. 30.21
30.22 Actualités
30.32
30.33
Mais la liberté a son prix. 30.35
30.36 Actualités
30.41
30.42
George doit se montrer complaisant envers les dirigeants. Cest le lot de tous les artistes en vue. Il doit être présent lors des rencontres officielles des chefs nazis et il est détaché pour les manifestations publiques. Ils veulent son approbation.un semblant dapprobation. En hiver, on lautorise ou du moinsplutôt on loblige à faire la publicitépromotion des uvres de bienfaisance aux côtés dHitler. 30.59
31.01 interview voice overvoice-over (Götz George, fils 2)
Il est tout à fait logique et compréhensible de faire des compromis dans un pays où règne la dictature... toutefois, George refuse aussi de voir beaucoup de choses. Nest-ce pas ? Il a fait, ma foi, ce quil a pu, au moins, il a limité les dégâts. Dun point de vue moral, on peut lui reprocher, dêtre... dêtre resté au lieu démigrer, de ne pas avoir dit : " je ne veux rien avoir à faire avec ce pays ". CaÇa on peut le lui reprocher, car on peut dire " je nai plus rien à voir avec ce pays où on a brûlé des Juifs, où " ça " sest passé,brûle des juifs, où lHolocauste aeu lieu ". Il a apparemment refoulé tout ça. Nous devons nous... nous devons revenir en arrière et nous demander : comment aurions-nous réagi ? comment aurais-je réagi ? 31.44
31.45
Speakerine : Selon les termes de Karl Ruppel, célèbre critique du IIIe Reich, George a : 31.50
31.51
Speaker : " le profil de lAllemand typique " : il est rêveur et sentimental, naïf et loyal, mais il est aussi fort comme un ours, rude et entêté, énergique et inflexible ".32.39
32.40 Extrait film
33.32
33.33 interview voice overvoice-over (Will Quadflieg, comédien)
Evidemment,Évidemment, cétait très intéressant, car il fallait tenir bon devant ce personnage tout en largeur - je veux dire , avant, autrefois, vous savez, jétais très très mince. Pas la peine darriver avec son baratin. Et même, même si tu disais : " vois-tu Heinrich, je vois ça comme ça ". Il rétorquait de suiteimmédiatement : " Viens, dis pas de sottises, vas-y, joue devant moi ! " On était mené à la dure, il fallait simposer sur scène directement, à côté de lui. Vous savez avec son ventre, il pouvait vousen éjecterun de la scène ni plus ni moins ! Il était doué pour le théâtre, pour le cinéma, cétait un comédien unique en son genre. Et là vraiment, là vraiment.. Jai vraiment adoré jouer avec lui. Sa présence seule vous faisait perdre tout votre manièrisme.maniérisme. 34.17
34.20
34.20
Au camp de Höhenschönhausen, Heinrich George peut écrire quelques lettres à sa femme Berta Drews. Il a aussi le droit de recevoir de la visite une fois par semaine. En décembre 1945, cest sa dernière rencontre avec les siens. 34.34
34.38 interview voice overvoice-over (Götz George, fils 2)
Cétait un jour de pluie et brouillard, et on attendait, ma foi, depuis 3 ou 4 heures devant le camp. Dautres femmes étaient là à attendre .attendaient là aussi. Elles ont fait courir le bruit quil ne viendrait pas, quil ne pourrait pas venir, quon le lui aurait interdit. Et puis soudain, il fut était là, debout devant nous. Au début, jai eu du mal à le reconnaître, il avait tellement maigri. Mais la relation particulière père-enfant,..euh,père-enfant euh, cette relation demeure intacte. On savance vers lautre, on est un peu coincé. Il en taquine un,vous taquine, il est affectueux. Il pleure aussi peut-être. Mais quand on est enfant, on le remarque à peine. Javais eu la chance de pouvoir le revoir. Je lai réalisé beaucoup plus tard. Cet homme robuste avait un rayonnement extraordinaire.(????????????????????????????????????). 35.41
extraordinaire. Cela ma beaucoup impressionné. Je men suis rendu compte plus tard. Il était... je pourrais reproduire la scène dans un film, tellement cest présent dans mon esprit... jai sans doute eu conscience de ça beaucoup plus tard, parce que limage me revient sans cesse à lesprit, ou peut-être parce que ma mère ma décrit la scène si souvent. 35.41
35.43
A cette date, Götz, son fils, a juste 7 ans. Il voit rarement son père. Heinrich George est une bête de travail, il a peu de temps à consacrer à sa famille, comme ici, lors dun repas de famillefamilial pour la propagande de Goebbels.35.59
36.00 Extrait film
36.15
36.16 interview voice overvoice-over (Jan George, fils 1)
Il travailllait nuit et jourtravaillait nuit et jour, mais il avait toujours du temps pour faire la fête etpour régaler ses amis. Il cuisinait très bien. Il se mettait aux fourneaux pour ses amis. Euh, venir à bout dune telle masse de travail, tout en ayant une vie privée, relève du défi. Peu de personnes y arrive.parviennent. Il dormait parfois seulement deux heures par nuit, se couchait à 6 heures du matin, pour se lever à huit heures. AÀ neuf heures, neuf heures et demie, il était aux répétitions. Et puis ensuiteensuite, il pouvait y avoir des émissions radio. Le soir, il y avait le théâtre. Cétait un peu différent pour les films. Ca lui prenait toute la journée. Et hop ! hop ! le soir , il filait au théâtre pour jouer 37.03
37.05
Son imposante corpulence et la délicatesse de ses sentiments créent une dynamique et une magie qui néchappent à personne.
Les Beaux-arts succombent aussi à la fascination. Son rôle de pilote dans le film Das Meer ruft (lappel de la mer) inspirera son ami Otto Dix. Il en fera un portrait. Mais à partir de 1933, les Nazis jugent "décadent" lensemble de luvre du peintre. George sen moque et invite son ami dans sa maison près du Wannsee.37.38
37.42
Dans lentrée de la villa, un immense portrait de George visible à tout visiteur. Le peintre juif Wollheim en est lauteur. AÀ côté, un portrait de famille réalisé par le peintre Max Beckmann.37.53
37.58
Le 30 novembre 1939, George est rudement mis à lépreuve : " selon le vu de Goebbels, ministre du Reich, il doit absolument jouer dans le film de Veit Harlan Le juif Süss. George est pris entre deux feux.38.15au piège.38.15
38.17 extrait de film
39.03
39.05
George tente de sy opposer. Il finit par se disputer avec Harlan. Ce dernier lui reproche davoir rempli son contrat " de la pire des façons possibles ". Sa participation à ce film antisémite et haineux obsédera George toute sa vie.39.21
39.22 Interview voice overvoice-over (Götz George, fils 2)
Evidemment,Évidemment, il subissait sans aucun doute la pression, comme tous les autres artistes. Il était contraint de jouer dans les filmsce film de propagande. Et là, il y a , là il y a euà coup sûr un échange de lettres entre Harlan, Goebbels et George. Et ilsIls se sont défendus. Harlan aussi sest défendu. Ce nétait pas comme si ils étaient aller au fronts'ils y étaient allés les yeux fermés et avaient dit : " on va le faire ce film ! ", au contraire, ils étaient, ils savaient déjà pourquoi ils étaient là et à quels coupables desseins ils allaient servir. 39.52
39.53
La même année, il joue le plus touchant de ses rôles à lécran dans Le maître de Poste, ladaptation cinématographique de luvre de Pouchkine.39.59
39.59 extrait de film
41.10
41.11
Le maître de Poste sera le dernier rôle de George au camp de Sachsenhausen. Daprès descertains codétenus, il laurait interprété en langue russe. Comment est-ce possible ? George a sans doute étudié phonétiquement le texte de Pouchkine : mot à mot, phrase à phrase. Quelle vivacité desprit dans un corps si faible ! On lui a ôté le manger et le boire, on lui a enlevé sa famille, sa liberté. Cependant quelque chose sagite dans cet homme, quelque chose qui compte plusde plus important que tout le reste. Cela va au-delà de la futilité, de la gloire et du succès. Cest un désir profond et mystérieux de saffirmer en créant, en jouant.41.49
41.50 Interview voice overvoice-over (Götz George, fils 2)
Cétaitsimplement un entêté, un comédien têtu. Il voulait sans cesse jouer. Cest pourquoi, il est resté dans ce pays. Il a eu lopportunité, une réelle opportunité daller de lautre côté, à Hollywood pour tourner un film : Menschen hinter Gittern . LAmérique était à ses pieds, fascinée par cette homme hors du commun. Mais il a voulu rentrer en Allemagne et jouer ici. Au camp, il vivait dans des conditions très difficiles, mais il a recommencé à jouer. Impossible darrêter cet homme à limagination débordante. 42.40
42.41
En septembre 1943, le théâtre de Schiller est complètementSchiller-Theater (théâtre de Schiller) est entièrement détruit par les bombes. Mais George résiste. 42.46
42.47 extrait film
43.17
43.18
Speakerine : Son interprétation du Urfaust de Goethe est fascinante. Goebbels note dans son journal à la date du 14 mars 1944 : 43.23
43.24
Speaker : " George a tenté dinstaller une petite scène dans le bar sommairement aménagé du théâtre de Schiller.Schiller-Theater. Il y joue le Urfaust. Le Führer admire beaucoup George. Pour Hitler, il soppose dune façon frappante à Jannings. Lun est un artiste créateur parqui joue excellence,avec son cur, lautre est plutôt un comédien intellectuel ".43.45
43.49
Le 1er septembre 1944, tous les théâtres de Berlin sont fermés. Plus de 3 000 gens du spectacle doivent rejoindre le front ou les usines darmement. George y échappe cependant. Goebbels veut le voir jouer dans Kolberg, un film destiné à encourager les troupes. Il essayeessaie vainement de sy soustraire en demandant un salaire faramineux 87500 francs dhonoraires mensuels.44.11: 87 500 francs de cachet mensuel. 44.11
44.14 extrait de film
44.40
44.42
La sous-alimentation fait de ce viveurbon vivant bien en chair un personnage austère. Son corps se rebelle à maintes reprises. Le 23 septembre 1946, on opère George de lappendicite au camp de Sachsenhausen. Il ne se remet pas de cette opération et meurt 2 jours plus tard, le 25 septembre.tard. Officiellement, des suites dune pneumonie et dune défaillance cardiaque.
On lenterre sans sépulture dans un petit bois proche du camp.45.15
45.19
Après leffondrement de la RDA, on finit par retrouver cet endroit. George rejoint enfin sa dernière demeure au cimetière de Berlin-Zehlendorf, presque 50 ans après sa mort.45.28
45.29 interview voice overvoice-over (Götz George, fils 2)
Il est mort beaucoup trop tôt. Si ilSil avait vécu plus longtemps, il se serait racheté aux yeux de tous. Il aurait joué . En moins dun mois, le public lui aurait, le public lui aurait fait fête, comme pour Rühmann, mon Dieu ! comme pour Albers... Il est mort sans pouvoir se défendre et cétait ça le vrai problème, nest-ce pas ? Et ils nous étaientil nous était impossible de le réhabiliter. Ma mère a cherché à le faire, mais sans succès. Tout simplement parce quil nest plus là maintenant.nétait plus là alors. Parler de justice ou dinjustice à propos dun mort, cest, oui cest, cest ... inutile. Mais voyez-vous, nous sommes tous les deux là pour voir le... le énième film en son honneur. CaÇa veut bien dire quil est reste dans les esprits .toujours présent dans les esprits. On continue à sintéresser à lui.46.24
46.25
Speakerine : Lécrivain Curt Riess disait à propos de Heinrich George : 46.29
46.30
Speaker : " Il est bien loin du comédien tel quon se limagine. Il a un physique impossible, un visage impossible. Tout est trop large chez lui, oui presque boursouflé... Sa voix est grinçante, haletante. Il a lair desemble manquer continuellement de souffle... Et malgré cela, une fois quon la vu, on a du mal àpeut difficilement résister à la magie de sa personnalité. La particularité de George : cest son extraordinaire spontanéité... Il entre surauthenticité... Il entre en scène et les planches semblent devenirse métamorphosent en terre. Et cet être, appelé George, semble sélever de laémerger de cette terre ".47.10
Adaptation : 3i Traductions.
| Adaptation 3i Traductions |