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Zoé Valdès - Une vie à La Havane
00.20 Citation 1 La Havane de ma jeunesse, la houle l'a engloutie. La chair de la Havane est à vif, comme un bouton crevé, comme une écorchure au genou. Même ainsi, douloureuse, écumante dans son pus, elle reste encore belle. De la joliesse d'une adolescente giflée par son beau-père. 01.00 - Zoé J'ai quitté Cuba parce que je ne pouvais plus y vivre, parce que je supportais plus toutes les injustices qui règnent à Cuba. 01.15 Commentaire Elle est une véritable habanera. Née en 1959, année de la prise du pouvoir par Fidel Castro, Zoé Valdès vit depuis 1995 dans la froideur de son exil parisien. Son roman "La Douleur du dollar" est une critique acerbe de son pays mais aussi une brûlante déclaration d'amour à La Havane. 01.35 - Zoé "La Douleur du dollar" raconte l'histoire d'une femme et de 60 années de son existence, des années 30 jusqu'aux années 90. Cette femme s'appelle Cuca Martinez ; j'ai choisi ce nom parce que phonétiquement, Cuca est très proche de Cuba, Cuca... Cuba... Je voulais écrire un fragment de l'histoire de La Havane. Mais ce qui m'intéressait le plus, c'est l'histoire individuelle de cette femme, car Cuca est une sorte de portrait, ou plutôt une métaphore de Cuba. D'une certaine façon, Cuba est un personnage éminemment féminin, c'est une femme qui a besoin d'un macho dominateur. Or, elle se retrouve seule ; une femme célibataire qui attend. 2.32 02.36 - Commentaire 1950. Cuca Martinez, l'héroïne du roman, arrive à La Havane pour travailler comme femme de chambre ; la ville lui inspire certainement autant de crainte que de désir. Cuca vient de la campagne et a tout juste 16 ans. Dès le premier soir, ses nouvelles amies la conduisent dans la célèbre boîte de nuit appelée "Montmartre". Sur la piste de danse, son premier partenaire sera le séduisant Juan Pérez, surnommé "Uan", le numéro un il va devenir la grande promesse, mais aussi la tragédie de sa vie. 03.05 03.23 - Citation 2 Sans traîner, il prit la jeune fille par la taille et l'entraîna vers la piste de danse. L'orchestre se mit à jouer, et le monde cessa d'être tout cet enfer du pouvoir et de la politique, genre ôte-toi que je m'y mette, on va faire une saloperie à celui-ci et jouer un tour de cochon à celui-là. Pour la première fois, Cuquita vit le grand Benny More, armé de sa baguette, à la tête de son orchestre sublime. Il portait un costume gris beaucoup trop large pour lui. Mais non, c'était ainsi qu'on les portait, c'était la mode. Son pantalon à pinces flottait comme un drapeau au rythme de ses pas nouveaux. D'une voix pareille à la brise dans un champ de canne, il entonna la chanson qui marqua la première et unique histoire d'amour de Cuquita Martinez. 04.08
04.10 - Commentaire Dans "La Douleur du dollar" de Zoé Valdés, les années 50 à La Havane rayonnent d'intensité, les habaneros sont autant des créatures de la nuit que de la musique. 04.18
04.19 - Zoé Pour moi, l'écrivain est un musicien timide. Je trouve que la langue est une musique. Je ne comprends pas l'allemand, par exemple, mais en vous écoutant hier, je percevais une certaine musicalité dans la langue allemande. Les mots sont comme la musique. Or que fait un écrivain ? Il compose des phrases avec la musicalité qu'il recherche pour son récit, avec la musique qu'il juge appropriée. J'ai écrit l'histoire de ces deux personnages, une histoire d'amour apparemment banale. Comme au cinéma, dans les grands mélodrames, il me fallait trouver pour la langue du récit un ton approprié, une musique, que le lecteur puisse à la fois imaginer et ressentir. C'est pourquoi chaque chapitre porte le nom d'une chanson. Et chacune de ces chansons est importante pour l'époque décrite, caractéristique de la décennie en question. 05.26 05.28 - Commentaire "Une rose de France" : dans ce chapitre, au cours d'un concert d'Édith Piaf, l'héroïne du roman de Zoé Valdès retrouve enfin l'homme de sa vie. Les habaneros sont en adoration devant Piaf, Uan raccompagne Cuca à la sortie du concert. Nous sommes en 1958. 05.44 05.59 - Citation 3 La chose se produisit sur une terrasse aussi vaste qu'une salle de bal de la bonne société, face à la mer, avec un vent furieux et du sel sur les lèvres, tout près du ciel, comme elle aimait, dominant le paysage telle une vigie. 06.33 - suite citation Au moment de la défloration (quel mot élégant j'ai trouvé, du temps de Mathusalem !) un coup de tonnerre éclata, un cyclone se déchaîna, de ceux qui durent une semaine, et il se mit à pleuvoir sans désemparer. Le pays tout entier s'arrêta, comme d'habitude en période d'ouragan. (On dirait que nous en avons un, depuis des décennies.) Il a plu comme jamais depuis des années, avec des éclairs, des pans de nuages, des tourbillons de terre. Il a plu en traître, ce fut la croix et la bannière ! Vous savez, ici, quand la pluie s'y met, on n'en voit pas la fin et pour ce qui est de la baise pareil. 06.59 07.01 - Zoé Dans "Le Néant quotidien" et "La Douleur du dollar", mes deux romans parus en Allemagne et en France, il était nécessaire pour l'histoire et pour l'environnement des personnages de mêler au langage littéraire la musicalité de la langue cubaine de tous les jours. Les Cubains parlent d'une manière très musicale. Il est intéressant que de nombreux critiques n'aient vu que les passages du texte soi-disant vulgaires. Mais pour moi, ça n'est pas vulgaire, c'est du langage parlé. C'est comme cela que parle le Cubain de la rue. 07.44 07.47 - Citation 4 Ils ont baisé sans désemparer pendant une semaine. Dans toutes les positions possibles et imaginables : dessus, dessous, d'un côté, de l'autre, debout, en appui sur les mains (ça s'appelle faire la brouette), assis, adossés à la fenêtre, sur le lavabo, sur la cuvette des w.-c., sur l'évier de la cuisine, sur le petit rocking-chair, sur le canapé en U, à même le sol de granit nu. N'allez pas croire, Cuquita a été un peu écurée de tout ce foutre qui lui faisait floc floc dans la zézette, mais la nature est comme elle est, pas comme on voudrait. 08.15 08.19 Commentaire Avec son cher Uan, Cuca navigue au septième ciel sauf quand il disparaît mystérieusement pendant quelque temps. À chaque fois, il revient les poches pleines d'argent et la couvre de cadeaux. Elle soupçonne de douteuses activités mafieuses non sans raison, comme le montrera l'histoire. Mais l'agitation sociale de cette époque transparaît peu dans le livre de Zoé Valdés. 08.38 08.41 - Zoé Ma mère, ma grand-mère et ma tante m'ont toujours raconté qu'avant la révolution, les choses n'étaient pas comme on les a présentées ensuite. Elles étaient pauvres mais pas affamées, elles pouvaient travailler, étudier et n'étaient pas des analphabètes, elles avaient la possibilité de s'en sortir Il est faux qu'elles aient été obligées de se prostituer pour survivre, comme on nous l'a appris à l'école. J'ai lu beaucoup de choses sur les années 50, sur l'histoire de mon pays, et je sais tout le mal qu'ont fait la dictature de Batista et les autres gouvernements. 09.15 09.19 - Commentaire 1959 : Pour la première fois, la victoire de Fidel Castro confronte l'héroïne Cuquita Martinez à des conflits politiques : son bien-aimé Juan Pérez s'enfuit du pays, promet de revenir pour l'accouchement de Cuca mais disparaît bel et bien pendant 30 ans. Il ne laisse derrière lui qu'un billet de 1 dollar, qu'elle conservera comme un trésor. Et au moment même où naît la république communiste, Cuca met au monde une petite fille prénommée Maria Regla. 09.48 09.51 - Citation 5 Au fil des ans, XXL, le fiancé de la patrie, s'est mué en père. Taille Extra, on nous l'a fourgué comme papa de tous les Cubains. En tout cas, moi on m'a endormie en me faisant avaler que nous étions en train d'édifier l'avenir de nos enfants et comme cette question-là, l'avenir de ma fille, c'était la seule chose qui m'intéressait, eh bien je me suis inscrite sur la liste. J'ai participé à toutes les campagnes nées de leur imagination, celle de l'alphabétisation, celle de la formation des maîtres dans les écoles Makarenko, bref, je ne laissais pas échapper une seule activité. Et j'ai combattu comme une tigresse pour un monde meilleur. J'ai été en permanence une travailleuse de choc, je n'ai manqué aucun travail volontaire productif. J'étais toujours au combat, oh oui je combattais, tournée vers les champs. (Par la suite, j'ai appris à me soulager à coups de comprimés et de rhum et j'ai décidé de passer la main question combat.) 10.43 11.01 - Zoé La chose la plus importante que je voulais dire, du point de vue social, c'était qu'avant 1959, on n'était pas obligé de rapporter toute sa vie à la politique. On pouvait s'y intéresser ou pas. Après 59, la vie de tous s'est nettement politisée, quel qu'en ait été le responsable. Quand on se levait le matin et qu'on voulait se laver les dents, mais qu'il n'y avait ni brosse à dent, ni dentifrice à qui était-ce la faute ? Au gouvernement, à l'embargo, à qui d'autre ? Tout était incroyablement politisé, c'est ce que je voulais exprimer. 11.38 J'ai grandi dans une maison avec 3 femmes : ma tante, ma grand-mère et ma mère. De par son travail, ma mère avait l'obligation de se porter volontaire pour de nombreuses activités, notamment travailler aux champs. Ma grand-mère s'était complètement détournée de la réalité et se consacrait au théâtre, elle jouait des seconds rôles au Théâtre Marti. Et ma tante vernissait des ongles. Je viens du néant. Ma famille était très pauvre. J'avais dix ans et demi quand ma grand-mère est morte. Ma mère m'a donné la clé de la maison et m'a dit : je dois travailler à la pizzeria jusqu'à 2 heures du matin. J'étais toujours dans la rue ; elle est rentrée à la maison à deux heures et moi à deux heures moins cinq. J'étais une enfant des rues, j'ai grandi dans le milieu de Havana Vieja, à côté des zonards noirs. C'étaient mes copains, et ils le sont toujours. 12.33 13.12 - Commentaire Zoé Valdès a fait des études de sport et de linguistique. Dans les années 80, elle a vécu quatre ans à Paris avec un premier mari privilège extraordinaire pour les Cubains, qui ne peuvent voyager que très difficilement. Tous deux travaillaient au sein de la délégation cubaine à l'Unesco. 13.28 13.31 - Zoé J'ai quitté Cuba à 23 ans et j'y suis revenue à 27, avec beaucoup d'illusions sur ce que j'avais appris en Europe. Je pensais pouvoir changer quelque chose autour de moi, dans le domaine du cinéma, de la littérature, et dans ma vie privée. Je suis revenue avec une autre conception du monde. On m'avait dit que le monde entier était peuplé de maquereaux, de putains et de toxicomanes, de fils de pute de capitalistes, que le monde ne valait rien. En découvrant ce monde moi-même, j'ai vite constaté que tout ça n'était pas vrai. 14.10
14.12 - Commentaire Mais de retour à La Havane, Zoé Valdés ne parvient pas à concrétiser ses nouvelles idées. Rédactrice en chef adjointe de la revue cinématographique "Cine Cubano", elle commence une carrière à l'Institut cinématographique de l'État. 14.22 14.25 - Zoé J'ai travaillé au sein de l'appareil cubain. Je parle ici de l'ICAIC puisque, comme tout à Cuba, l'institut appartient également à l'Etat. La revue devait faire connaître le cinéma cubain. Mais j'étais confrontée en permanence à la censure de mon chef, qui décidait naturellement du moindre contenu. Ça n'allait jamais. Par exemple, quand j'ai proposé un jour de demander à de jeunes cinéastes d'écrire dans le magazine, il s'y est opposé. Car c'étaient des jeunes cinéastes underground, avec une conception très différente du cinéma et des idées beaucoup plus libres, moins chargées de préjugés. 15.04 15.05 - Susanne Avant de quitter Cuba, donc de partir en exil, Zoé Valdés occupait une position bien établie, elle dirigeait le magazine de l'ICAIC et bénéficiait de très bons contacts avec les milieux littéraires officiels ici, quand on a un aussi bon poste, on s'expose naturellement aux critiques de nombreux écrivains, qui vous reprochent d'être conformiste, d'avoir un comportement opportuniste. Naturellement, à l'époque, occupant un tel poste à Cuba, elle n'affichait pas ouvertement ses idées critiques, mais elle s'est naturellement rattrapée après son départ. 15.48 15.49 - Commentaire Susanne Lange est spécialiste de la littérature latino-américaine et a traduit en allemand "La Douleur du dollar", l'histoire de l'amour passionné de Cuca Martinez qui, pendant des années, cherche désespérément son bien-aimé disparu. 16.02
16.06 - Citation 6 Je me suis mise à arpenter La Havane dans tous les sens pour le chercher dans la foule. [ ] Eh oui, j'ai marché comme une dingue, comme une fêlée du ciboulot, j'ai presque usé mes seules sandales en plastique, c'était la mode à l'époque. Les miennes, c'était le modèle le plus moche, elles donnaient vachement chaud, on les appelait les Cocottes-Minute parce qu'elles vous ramollissaient les cors. [ ] Ça schlinguait le panard à vous faire tomber à la renverse, ça donnait des champignons de taille record. [ ] Quand elles ont vieilli, j'ai découpé les talons à la lame rasoir Astra (soviétique) et les ai teintes en noir à l'encre de Chine. En ce temps-là, le cirage était introuvable. Après, le cirage a reparu, mais c'est l'encre de Chine et les rubans de machine à écrire qui sont devenus introuvables, de sorte que nous avons dû teindre les vieux rubans usagés au cirage dont on se servait pour astiquer les bottes des coupeurs de canne. 16.55
16.59 - Zoé À Cuba, il est très difficile d'exprimer directement une critique. Il serait impensable d'écrire quelque chose comme mon roman "Le Néant quotidien". La critique peut seulement évoquer le passé, les personnages doivent vivre dans le passé. Comme ça, on peut toujours se prémunir contre les reproches et dire qu'on ne critique rien d'actuel. 17.20 17.22 - Commentaire Zoé Valdès est controversée dans son pays et complètement ignorée des officiels. Sur les six romans qu'elle a écrits à ce jour, seul le premier est paru à Cuba. Ses nouveaux ouvrages n'y sont pas publiés, mais on les vend et on les lit plus ou moins en cachette. 17.36
17.38 - Susanne Il est naturellement difficile de distinguer entre la censure officielle et la censure matérielle. Il est vrai que beaucoup de choses ne peuvent pas être publiées parce qu'on manque tout simplement de papier, ou parce que les maisons d'édition ont peu de moyens et ne peuvent publier que des petits recueils de poèmes. Il est difficile de faire la part des choses, mais je pense que ce prétexte, ce prétendu manque de matériel, est utilisé à dessein pour ne pas publier certains auteurs jugés inopportuns. 18.18 18.23 - Citation 7 La Mechu, la Puchu et le Minet Fou ramèrent comme des dingues. Finalement, presque calcinés, ils furent sauvés par un navire américain qui les déposa à la base navale de Guantanamo. Sous les tentes de la base, ils patientèrent longtemps. Au bout de quatre mois, désespérés, morts d'envie de revoir Cuquita et Reglita, [ ] ils décidèrent de rebrousser chemin, mais à travers le champ de mines qui sépare le territoire cubain du territoire américain. [ ] Par miracle, les femmes le franchirent sans encombre mais le Minet Fou perdit une jambe, qui vola en éclats. [ ] A nouveau rendus à la vie normale, ou paranormale, le Minet Fou, avec une jambe en moins, trouva refuge dans les bras de sa fiancée de vingt ans, et les femmes prirent le jeune homme en charge, non plus comme des amantes mais comme des tantes. Actuellement, ils souffrent tous les trois en silence du traumatisme terrifiant de la mutilation. 19.18
19.26 - Zoé Beaucoup sont morts. On ne peut savoir combien de Cubains ont disparu en mer, c'est encore top secret aujourd'hui. Il est difficile d'obtenir des chiffres précis. Mais il y a eu de très nombreux morts car, au cours des 40 dernières années, il y a eu régulièrement des vagues de départs clandestins, avec des gens qui ont tenté de s'enfuir sur de simples radeaux. Le problème, c'est qu'on ne ressent pas la douleur qui conduit à l'exil cubain. Que ceux qui sont morts en mer ou disparus dans les prisons cubaines ne comptent pas. Une femme qui s'est enfuie avec son bébé disait : "Chez nous, on dit toujours la patrie ou la mort. Moi, je préfère la mort". Ces souvenirs sont très forts pour moi, pas seulement en tant qu'écrivain, mais en tant qu'être humain. 20.18 L'exil est devenu une entreprise. De temps en temps, il ouvre les frontières pour que les gens s'en aillent. Car il sait que les Cubains, qui sont très travailleurs et appliqués, pourront envoyer de l'argent au pays dans 2 ou 3 ans. Chaque année, 800 millions de dollars entrent ainsi dans le pays et les Cubains en vivent enfin, certains, car tout le monde n'a pas des parents en exil. 20.42 20.58 - Commentaire Avec sa fille Luna et Ricardo Vega, son troisième mari, Zoé s'est enfuie pour Paris en janvier 1995. 21.05 21.21 - Commentaire À son arrivée à Paris, Zoé avait bien un éditeur français, mais seulement 20 dollars en poche. Et dans sa valise un nouveau roman, dont elle ne pouvait pas savoir s'il se vendrait bien sur le marché européen. 21.33
21.34 - Susanne Bien sûr, il est vrai qu'à Cuba, les auteurs vivent dans des conditions vraiment très difficiles et je comprends tout à fait qu'un auteur dise, non, je ne veux pas écrire dans ces conditions ; c'est une attitude que je comprends parfaitement. Dans le cas de Zoé, elle essaie maintenant de cultiver cela d'une manière très,... très agressive, et on peut se demander si c'est la meilleure manière de présenter les choses, parce qu'elle tire peut-être un peu parti de sa position politique en Europe. 22.17 22.18 - Zoé Ici, j'ai enduré la faim et le froid, je ne pouvais pas me payer un médecin et il m'a fallu un travail énorme pour parvenir où je suis. Personne ne m'a payée, ni la CIA, ni le FBI, ni comment dit-on ici la Sûreté, ni les Allemands. J'ai tout fait moi-même, avec mes tripes, j'écrivais nuit après nuit, comme une folle. Je ne fais partie d'aucun groupe politique. Je suis seule, un combattant isolé. Comme Zorro ! 22.53 22.54 - Commentaire Les lecteurs européens réservent à ses romans un accueil enthousiaste et ont offert à Zoé Valdès la réussite d'un best-seller. Membre du jury du festival de Cannes en 1998, elle a ainsi bénéficié d'une reconnaissance qui ne lui a jamais été accordée à Cuba. 23.08
23.12 - Zoé La grande différence, c'est simplement qu'ici, ton opinion compte, elle est appréciée. Tu es important et ton intelligence compte. Tu sens que ta personnalité a de la valeur. J'étais là pour regarder des films, pour porter un jugement, pour défendre mon opinion, en toute liberté et, en même temps, d'une manière incroyablement professionnelle. Tout cela de manière confidentielle et sans aucune manipulation. C'était comme un rêve, pendant 12 jours. Chaque soir, je devais porter une robe différente d'un grand couturier c'était difficile, parce que je n'en avais pas. Le festival m'a prêté des tenues et des bijoux. C'était donc comme un grand rêve : un mois avant, la directrice des relations publiques du festival, Caroline Buchar, m'a emmenée dans les grandes maisons de mode, puis place Vendôme chercher des bijoux. Là, j'ai vu pour la première fois des diamants et des émeraudes, beaucoup de diamants et d'émeraudes. C'était une très belle expérience et un grand honneur ; Cannes est l'un des festivals les plus importants au monde et cela représente beaucoup de prestige à mes yeux. 24.44 24.53 - Citation 8 Juan Pérez, Juan Pérez, Juan Pérez, des fois que mon délire pourrait l'attirer, par magie ou par sorcellerie. J'ai essayé le tout pour le tout, j'ai écrit son nom sur un bout de papier d'emballage, je l'ai mis dans un pot de miel, avec quelques-uns de mes poils pubiens écrabouillés et des gouttes du second jour de la menstruation, après quoi j'ai récité la prière du Phallus Magique : [ ] J'ai allumé un cierge rose, imitation fidèle d'un sexe masculin, c'est-à-dire une bite en cire. J'ai consulté un par un les sorciers, les envoûteurs ou autres machins étranges, [ ] . Pas le moindre signe de lui. 25.30
25.38 - Commentaire Dans le roman de Zoé Valdés "La Douleur du dollar", Cuca Martinez attend toute sa vie le retour de son bien-aimé. Trente ans plus tard et tout frais sorti d'un lifting, Juan Pérez rentre de New York à Cuba, dans une ville de La Havane détruite. Il recherche le billet de 1 dollar qu'il avait confié à Cuca avant son départ et retrouve son ancienne amie, devenue entre-temps une vieille femme édentée. Par hasard, cette rencontre inespérée se déroule au cimetière. 26.04 26.06 - Citation 9 Regarde-moi, je t'en prie. Embrasse-moi. Je colle mes lèvres desséchées et gercées à ses lèvres injectées de silicone, je lui ouvre la bouche avec ma langue rugueuse et râpeuse. [ ] Il fouille dans ma bouche en gardant les yeux ouverts, et son regard glacial plonge dans le mien. Je clos mes paupières. Sa langue passe sur mes gencives. Je donnerais tout pour avoir des dents ! [ ] Maintenant sa langue brûle et ses mains parcourent mon dos, je veux dire ma carcasse. Je rouvre les yeux. Lui les a fermés fort et il prononce entre mes lèvres la phrase à laquelle j'ai été suspendue comme une araignée à son fil. [ ] - Je t'aime, ma môme, je t'aime. J'en reste comme deux ronds de flan, éperdue d'amour. 26.51 26.57 - Commentaire Comme Cuca l'a toujours supposé, Juan Pérez travaille pour la mafia, qui fait des affaires illégales avec l'aide du gouvernement cubain. Le précieux dollar contient, codé dans son numéro de série, le code secret d'un compte bancaire mafieux en Suisse. L'argent sur lequel veille Cuca depuis le jour de leur séparation les réunit à nouveau dans un même amour juste à temps, avant que Juan Pérez soit expulsé et Cuca Martinez sombre dans l'aliénation mentale : dans le roman de Zoé Valdés "La Douleur du dollar", le destin, la mafia et le système cubain frappent finalement sans pitié un amour sans issue à La Havane, la ville des passions. 27.35
27.37 Zoé Il y a au monde deux villes qui comptent pour moi, La Havane et Paris. La Havane, parce que c'est la ville de mon enfance et de ma jeunesse. Et Paris parce que, dans cette ville, je peux faire mon travail en toute liberté À Cuba, les gens me trouvaient très extravagante. À une époque où personne là-bas n'avait les cheveux bleus, je teignais mes cheveux en bleu. Personne à La Havane ne savait ce qu'était un punk, mais j'avais une coiffure punk. Ici à Paris, je suis très "habanera", très cubaine. Je ne me teins plus en bleu, à la place je parle à mes chaînettes fétiches, à mon passé et à mes figures saintes. 28.25 La ville de mes rêves, au sens très strict, c'est La Havane et Paris. Il y a un rêve que je fais régulièrement : je marche dans une rue de Paris, je tourne au coin et soudain, je me retrouve dans une rue de La Havane ; et je me réveille. L'idéal, ce serait un jour de vivre dans les deux villes. 28.49
Adaptation : 3i Traductions |
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| Adaptation 3i Traductions |