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HONGKONG

Entre l'espoir et la peur.

 

 

 

01.15 Commentaire :

Hongkong. Son nom est chinois et signifie "port embaumant". Mais Hongkong est encore une colonie de la Couronne britannique. Hongkong, ville des superlatifs sur une île : le plus grand nombre de Rolls-Royce, la plus importante consommation annuelle de Cognac, le gratte-ciel le plus haut de toute l'Asie.

01.35

En face, sur le continent : Kow Loon, ville soeur de Hongkong, avec son arrière-pays, les "New Territories", les nouveaux territoires. Toutes deux sont encore une possession de la Couronne britannique.

01.44

De l'autre côté de la frontière, Shen Zen, une zone économique au statut particulier. Ici, les Chinois s'exercent au capitalisme. Car, le 1er juillet 1997, les Anglais rendront Hongkong à la Chine; et toutes les autres îles en leur possession - 23 au total.

Pourquoi ? Le bail avec la Chine concernant l'arrière-pays, les "New Territories", d'une importance vitale pour Hongkong, arrive à expiration en 1997. Qu'adviendra-t-il alors de Hongkong ? Des accords ont été signés. L'un d'eux est connu sous le nom de "Déclaration commune". Il stipule que rien ne doit changer dans la ville au cours des cinquante années qui suivront 1997. Selon la formule : un pays, deux systèmes. Marché libre pour la ville capitaliste de Hongkong dans une Chine communiste. Telle est la promesse des Chinois, mais pourront-ils tenir leur promesse ?

Un calligraphe résume de manière pertinente l'atmosphère actuelle à Hongkong : les sentiments sont partagés entre l'espoir et la peur.

02.52

HONGKONG.

Entre la peur et l'espoir.

03.08

Nouvel An chinois. L'avant-dernier avant que Hongkong ne soit rendue à la Chine. Les danses des dragons sont censées porter bonheur à la ville. Elle en aura bien besoin.

03.20

Le Nouvel An chinois est la fête familiale la plus importante en Chine. Cela vaut également pour Hongkong, car 98 % des six millions d'habitants sont Chinois.

Les rues désertes...

03.31

...et les danses des dragons prouvent que Hongkong est foncièrement chinoise.

03.39

Le capitalisme, gagner de l'argent, voilà le moteur de la ville. Une fois par an, tout s'arrête. Alors, la ville est morte.

03.49

Morte, jusqu'à l’apparition des dragons qui insuffleront à la ville une nouvelle vie en crachant le feu : on se souhaite "Kung Hei fat Choy", ce qui signifie "Vous avez toute ma considération et j'espère que vous deviendrez riche".

 

 

 

04.02

A l'intérieur des terres, dans les gigantesques villes satellites des "New Territories", les habitants se sont retirés chez eux.

04.09

Leurs moeurs et coutumes ont profondément imprégné la ville. Elle est devenue prospère parce qu'ils ont su se contenter de peu.

On brûle l'argent des morts en liasses pour qu'ils n'en manquent pas aux enfers.

Les Chinois sont en grande majorité bouddhistes ou taoïstes. Pour eux, tout est peuplé d'esprits, tout a une âme. Les esprits, ce sont essentiellement ceux des morts - qui restent ainsi présents. Et dans les grandes occasions, ils attendent un repas de fête, spécialement préparé pour eux.

04.41

Ceux qui ne veulent pas passer les fêtes à la maison, rendent visite à leur famille ou à des amis. 1,5 million de Chinois de Hongkong vont passer le Nouvel An chinois en Chine et ils sont presque aussi nombreux à faire le chemin inverse pour passer les fêtes en famille à Hongkong.

04.57

Aujourd'hui déjà, outre la tradition, ce sont les liens familiaux qui unissent étroitement Hongkong à la Chine :

05.04

Apogée de la fête du Nouvel An chinois : un gigantesque feu d'artifice. Son coût : 3,5 millions de francs. C’est aussi une tradition chinoise. Le bruit chasse les mauvais esprits de l'année écoulée.

05.20

Les Européens ont repris cette tradition, mais sans adopter la croyance aux esprits qui l'accompagne. Ils fêtent le Nouvel An chinois comme si c'était un soir de 1er janvier en Europe. Ils réveillonnent. Ces contrastes imprègnent Hongkong.

06.05

La croyance chinoise selon laquelle la nature est habitée par des esprits oblige à vivre en harmonie avec l'environnement. Le trou béant dans cette maison est indispensable, pour les dragons vivant dans la montagne derrière la maison. S'ils ne peuvent pas aller se baigner le matin dans la mer, ils apporteront le malheur. La connaissance de ces éléments, c'est ce qu'on appelle "Feng Shui".

06.28

Les étrangers qui travaillent ici connaissent tout cela et agissent en conséquence. Le "Regent Hotel", par exemple, a été construit directement sur le port. Cela n'a été possible qu'avec une énorme baie vitrée. Ainsi, les dragons peuvent avoir librement accès à la mer.

06.52

De même, l’aquarium de l'hôtel est conçu selon les règles du "Feng Shui". Il est censé attirer la clientèle et il semble que cela fonctionne bien, car le "Regent" est l'un des plus grands hôtels au monde.

07.19

Les gratte-ciel futuristes caractérisent la liberté du capitalisme dans une ville dont l'âme est chinoise. Au pied des gratte-ciel réside le gouverneur britannique, instance suprême du gouvernement de Hongkong. Il souligne tout particulièrement les différences entre Hongkong, la ville libre, et la Chine, un pays réglementé par l'Etat. Ces différences, Chris Patten tient à ce qu'elles soient sauvegardées et développées.

Les Chinois lui reprochent d'être un rêveur impénitent. Qu'en pense-t-il ?

07.48 Le gouverneur :

"Je n’en suis pas sûr. Si on entend par là qu’il nous faut cesser de rêver à une continuité, alors je ne suis pas prêt à renoncer à ce rêve. La condition du passage à la souveraineté chinoise doit être notre implacable détermination à faire respecter la parole donné aux habitants de Hongkong que leur vie - leur mode de vie - ne changera pas après 1997. Je ferai tout mon possible pour défendre Hongkong et je veillerai à ce que cette promesse ait les meilleures chances de se réaliser. Voilà, quel est mon rêve."

08.31 Commentaire :

Le parti procommuniste de Hongkong est un organe important pour faire entendre la voix des futurs maîtres chinois. San Yok Sin, son secrétaire général :

08.39 San Yok Sin :

"M. Patten devrait arrêter de rêver. Il ferait mieux de se réveiller : en 1997 les Britanniques devront céder le gouvernement de Hongkong et leur souveraineté au gouvernement chinois. Cela avait été décidé dès le début des années 1980 quand les deux gouvernements ont signé la Déclaration Conjointe."

09.09 Commentaire :

Les Chinois formulent les choses ainsi : Nous avons des accords avec l'Angleterre et ceux-ci s'inscrivent dans le contexte colonial de Hongkong, où les citoyens ne jouissent pas des droits démocratiques. A l'heure actuelle, à la veille de leur départ, les Britanniques chargent leur gouverneur de changer cet état de fait. Ils veulent ainsi mettre la Chine en difficulté.

(09.28) De leur côté, les Britanniques se méfient des promesses des Chinois, et doutent qu'ils respectent les accords conclus. C'est pourquoi, ils jugent nécessaire d'introduire, dans la période actuelle, les règles démocratiques, comme l'élection d'un parlement.

(09.41) Beaucoup de citoyens de Hongkong y voient un symptôme de la mauvaise conscience des Anglais. En modifiant les lois, ils visent à donner des garanties pour le fonctionnement démocratique, les accords avec la Chine ne correspondant pas à ce qui leur a été promis.

(09.56) La profonde méfiance des deux puissances pèse lourd sur l'atmosphère qui règne à Hongkong. Beaucoup craignent que l'attitude des Britanniques suscite l'irritation de la Chine, ce qui l'entraînerait - surtout après 1997 - à ne plus du tout se sentir liée par aucun accord.

10.13

Au quotidien, on ne ressent pas l'existence de telles inquiétudes à Hongkong.

Ici, tout est perpétuellement en effervescence : on se lance dans de gigantesques projets pour gagner des terres sur la mer, et de nouveaux chantiers s'ouvrent tous les jours.

10.26

La ville est bercée par la mélodie des marteaux-piqueurs.

10.31

Les buildings administratifs et les hautes tours des complexes hôteliers poussent comme des champignons. Toujours plus modernes, plus luxueux, plus coûteux. Neuf millions de nuitées sont enregistrées chaque année dans l'hôtellerie, pour 34 000 lits. Le tourisme est l'une des principales activités économiques de la ville.

10.48

Pas aussi haut que beaucoup d'autres, mais plus raffiné : le "Regent Hotel", l'une des meilleures adresses de Hongkong.

10.54

Thomas Axmacher dirige l'hôtel depuis cinq ans. Il est Allemand.

Comment voit-il l'avenir ?

11.02 Thomas Axmacher :

"Dès maintenant, les touristes sont extrêmement nombreux à vouloir visiter Hongkong. Après la construction du nouvel aéroport, en 1997, le nombre des voyages touristiques va s’accroître considérablement. Sachez que nous n’avons pas pu accueillir cette année environ 300 avions. Cela montre bien qu’il y a une énorme demande pour Hongkong. Et je peux m’imaginer tout-à-fait que l’activité touristique sur Hongkong connaisse un grand essor après 1997."

11.37 Commentaire :

Les hôteliers ne sont pas les seuls à être optimistes pour l'avenir. La Bourse de Hongkong l’est aussi. Agents de change et banquiers sont d'avis que les Chinois ne seront pas assez bêtes en 1997 pour tuer la poule aux oeufs d'or que constitue Hongkong. Car les actions de plus d'un millier de sociétés de Hongkong sont majoritairement détenues par des entreprises d'Etat chinoises. Quelque 50 entreprises chinoises sont cotées en bourse à Hongkong. Environ 20 % du parc immobilier appartient à des entreprises chinoises.

(12.10) En conséquence, les Chinois tiendront la promesse qu'ils ont faite de garder le dollar de Hongkong comme principale monnaie après 1997. Toutefois, les banques ont déjà été averties que les billets à l'effigie de la reine d'Angleterre devront être retirés de la circulation, à cette date.

(12.28) Mis à part ces quelques phénomènes marginaux et quelque peu ridicules, la Chine met discrètement la main sur Hongkong.

12.35

David Tang est l'un des personnages clé de ce processus - biens immobiliers, biens de consommation, cigares et restaurants -. Que ressent-il ? Espoir ou inquiétude ?

 

12.46 David Tang :

"L’espoir, bien sûr. Pourtant, on est toujours inquiet car Hongkong vit depuis toujours comme à crédit, comme si l’espace et le temps étaient empruntés. Mais c’est exactement pour cela qu’elle est si dynamique. Sans risques, on ne gagnerait pas beaucoup d’argent, et il y a des gens qui vont en gagner beaucoup grâce aux risques que court Hongkong en ces temps incertains. Par conséquent, on est toujours plein d’espoir. Permettez-moi de rappeler ce qu’Harry Lime disait dans son grand film, "Le Troisième Homme" :

"Pensez aux Borgia de la Rome antique... luttes d'influence, meurtres, incendie, inceste - à toutes ces choses terribles qui se sont passées. Et, pourtant Rome a donné Léonard de Vinci, Michel-Ange et la Renaissance. Et, faites la comparaison avec les Suisses - 500 ans de démocratie et de stabilité - qu’ont-ils inventé ? Le coucou.

Hongkong, ce n’est pas la Suisse mais plutôt Rome sous les Borgia."

13.56 Commentaire :

Le port en eaux profondes : priorité absolue à Hongkong. 13 km de long. On y trouve la plus grande concentration de navires marchands au monde.

8 millions de conteneurs y sont transbordés chaque année. C'est l'unique port en eaux profondes qui existe entre Singapour et Shangaï. Le plus grand port de transbordement de marchandises de l'Asie de l'Est. Le plus grand port de pêche de la région.

Le trafic est immense. 80 000 petits bâteaux y arrivent chaque année de Chine, ce qui fait plus de 200 bateaux par jour. A cela s'ajoutent 15 000 transatlantiques en provenance de 68 pays qui font escale chaque année: paquebots, cargos, et surtout pétroliers.

14.41

Y compris les pétroliers de ce monsieur. Helmut Sohmen, Autrichien, juriste. Propriétaire de l'une des plus grandes flottes de pétroliers du monde. Est-il inquiet à l'approche de 1997 ?

14.51 Helmut Sohmen

"Pas vraiment. Car nous voyons la Chine comme un pays prometteur sur le plan de la production, de la distribution et des affaires en général. Les chefs d’entreprise de Hongkong ont beaucoup investi en Chine et, surtout, les capitaux en jeu sont considérables."

15.21 Commentaire :

350 000 personnes vivent sous le couloir aérien d'entrée de l'aéroport de Kai Tak. La hauteur des immeubles a dû être limitée pour que la piste d'atterrissage - qui ne dépasse pas 2,5 km de long - soit suffisante pour les gros porteurs. L'approche ici est considérée comme la plus risquée au monde. De temps en temps, des avions atterrissent dans la mer.

(15.43) Ce sont des ingénieurs français qui, en 1956, ont construit cette piste d'atterrissage - et créé ainsi un extraordinaire aérodrome en plein coeur de la ville. Depuis, le trafic aérien a considérablement augmenté et les avions ont nettement changé de gabarit. Or, il n'y a pas de place pour agrandir l'aéroport.

16.06

Du point de vue britannique, il n'y a qu'une solution : il faut construire un nouvel aéroport. Les Chinois s'y opposent. Trop cher, disent-ils. D’âpres discussions ont eu lieu pendant 4 ans. Cathay Pacific, la compagnie aérienne locale, est directement touchée. Beaucoup craignent que les Chinois ne mettent fin à ses activités sans autre forme de procès après 1997, malgré les accords existants.

16.22

Peter Sutch, Anglais, président du groupe Swire, dont fait partie, entre autres, cette compagnie aérienne, demeure optimiste :

16.31 Peter Sutch :

"En ce qui concerne l’ensemble du Groupe, je pense qu’après 1997, les affaires seront, au pire, à leur niveau actuel. Il y a bien des inquiétudes, ici et là, mais ce n’est pas la première fois dans l’histoire de Hongkong. Je pense que les craintes d’aujourd’hui sont probablement moins grandes qu’en 1986-87 par exemple.

Au pire, les affaires continueront telles qu’elles sont."

16.58 Commentaire :

Il est certain que, même sous domination chinoise, l'activité ne s'arrêtera pas dans la ville. Les Chinois sont commerçants, par nature. Les affaires continueront.

17.10

Mais il y a un monde entre les perspectives des gens de la rue et celles des consortiums dont l'activité se déploie à l'échelle internationale.

Que pensent les hommes d'affaires de l'évolution future de la vie quotidienne à Hongkong ?

17.26 Axmacher :

"Sous le futur gouvernement, les notions de droit et d’ordre social vont changer à Hongkong. Cela ne fait aucun doute. La liberté d’expression et la liberté de la presse seront davantage contrôlées par le gouvernement chinois."

17:45 Commentaire :

Il faudra tout d’abord maintenir la frontière existante, car il n’est pas exclu que des millions de Chinois du " continent " veuillent tout à coup venir s’installer à Hongkong. Cette ville les attire énormément.

Par ailleurs, il existe une attitude différente par rapport à la loi et la justice en général. En Chine, la loi est un instrument au service de l’Etat et de son pouvoir. En Occident, la loi est une donnée objective auquel l’Etat est lui-même soumis. Il y a deux points de vue qui risquent d’entrer en conflit.

18 : 24 Peter Sutch :

"La Chine attache une grande importance au fait de devenir un membre à part entière de la communauté internationale. Elle respectera donc probablement les accords conclus. Dans ce cas, l’homme de la rue n’a aucune crainte à avoir. Il y aura certains changements qui se feront, je crois, en douceur et progressivement. Qu’est-ce qui changera exactement ? Personne ne le sait vraiment. Mais je ne crois pas qu’il faille s’alarmer de ces changements.

19.02 Commentaire :

Malgré toutes les réserves, c'est l'optimisme qui domine chez les hommes d'affaires. Le conflit avec la Chine au sujet de la construction du nouvel aéroport s'est apaisé. Les Britanniques ont gagné. Le nouvel aéroport est en cours de construction, à l'écart de la ville. Il coûtera 20 milliards de dollars. Pour le relier à la "City", au centre de la ville, des investissements monumentaux sont nécessaires : il faut gagner des terres sur la mer et créer toutes les infrastructures. Les travaux sont programmés jusqu'en 2025.

19.30

L'île de Lantau est située à l'Ouest de l'île principale.

La toute petite île de Chek Lap Kok, sur son flanc Nord, sera bientôt le nouvel aéroport de la ville.

Ce fut jadis un petit paradis, réservé aux promenades romantiques en forêt et aux amateurs de plages désertes.

 

 

19.45

Depuis décembre 1992, c'est le royaume de la dynamite. Les collines sont aplanies, l'île est passée au rouleau compresseur et sera bientôt reliée à Lantau.

20.07

Des pistes de 4 km de long et un bâtiment couvrant 490 000 mètres carrés sont en cours de réalisation.

20.14

Quand tout sera terminé, deux fois plus d'avions pourront aterrir à Hongkong.

20.20

Une liaison ferroviaire hypermoderne assurera le transport des passagers vers la ville.

20.35

Parallèlement, on construit une autoroute, bordée de nouveaux buildings administratifs.

20.45

Pour se rendre dans la ville, on empruntera le plus gigantesque pont suspendu qu'on ait jamais vu au monde.

21.01

Il longera des villes nouvelles.

21.13

De tunnels souterrains à contruire permettront de traverser le port de Hongkong et d'arriver dans un tout nouveau Hongkong.

21.39

Ceux qui aujourd'hui ont vue sur la mer ne seront plus aux premières loges demain. Aller de l'avant, telle est la devise de Hongkong !

21.45

Cet avenir radieux n'a pas encore submergé Lantau. Mais chacun sait que la vie paisible prendra fin avec le nouvel aéroport. L'île s'ouvrira à l'exploitation.

21.59

La plus grande statue de Bouddha en Asie, financée par des hommes d'affaires pour apaiser leur mauvaise conscience, veille sur le monastère de Po Lin. C'est l'un des monastères les plus célèbres d'Asie. A l'écart du monde, il était propre à la méditation des croyants et des moines.

Lorsque l'aéroport sera terminé - fin 1997 - les gros porteurs survoleront les lieux - et le monastère - dans un bruit assourdissant. Mauvais côté des bons investissements. Mais, ici, personne ne s'en inquiète.

22.39

Au pied du monastère, le village de pêcheurs de Tai-O. Ici, on a l'impression que le temps s'est arrêté.

23.50

Nous sommes dans la Chine d’autrefois.

24.09

Le centre de Hongkong n'est qu'à une heure d'ici.

24.15

On est dans un autre monde.

24.19

Que pensent ces gens de la restitution de l'île à la Chine ?

1) 24:24

Oui, je suis un peu inquiète, mais je ne peux rien faire. Hongkong doit revenir à la Chine.

 

 

2) 24:40

Je pense qu'après 1997, il y aura des changements dans tous les domaines.

3) 25:00

Si nous avons l'occasion d'obtenir un visa pour un autre pays ou une autre région, nous partirons.

Question: Est-ce que vous êtes optimiste par rapport à l'avenir de Hongkong?

Réponse: Oui, optimiste. Mais nous sommes pauvres. Nous ne pouvons nous rendre nulle part et nous n'avons pas d'argent, pas les moyens.

4) Question: Est-ce que vous êtes optimiste par rapport à l'avenir de Hongkong?

Réponse ( traduction à partir de la v.o.; la v.i. est incompréhensible )

Je ne sais pas quoi dire et comment m'exprimer par rapport à 1997. Voilà, ce qui importe le plus. Pourvu que notre monnaie ne se dévalue pas...

25.26 Commentaire :

Comme partout ailleurs : les citoyens sont exclus des grandes décisions historiques et, par conséquent, ils ne s'y intéressent pas outre mesure.

25.43

Leur jeu de "Ma Yong", une sorte de domino où ils parient - discrètement - de fortes sommes, leur importe plus que le capitalisme ou le communisme dans la lointaine Hongkong. Et pourtant, leur vie va changer.

26.01

Le progrès ne s'arrêtera pas même aux portes du vieux temple.

 

 

26.07

Au village, on aperçoit déjà des immeubles. En automne prochain, le vieux village de Tai-O aura disparu. Signe des temps nouveaux !

26.17

La ligne des toits à Hongkong est le symbole des temps nouveaux, symbole d'une ville où le progrès est Dieu, le progrès à tout prix.

26.35

Où cela mène-t-il ? Les encombrements quotidiens dans les rues et la précipitation sur les trottoirs en donnent une idée. A vrai dire, tout le monde est pressé. Et pourtant, ils se font tous des idées sur l'avenir qui les attend en 1997.

Gens dans la rue :

5) 26:48

Dans la Chine continentale, il y a une forte population et ils vivent comme tout le monde.

Ils veulent du bien à Hongkong. Il n'y a pas de raison qu'ils aient une mauvaise opinion de Hongkong.

Pas de problème, cela ne nous dérange pas. Nous restons calme. Nous n'avons pas peur, pas peur du tout.

Partout où vous allez vous devez travailler pour vivre. Ce n'est pas un problème. Nous sommes à Hongkong depuis plusieurs dizaines d'années. Et pourtant, nous vivons toujours ici, nous gagnons notre vie ici.

(27.16) une étudiante : "Je suis très pessimiste."

(27.19) un Indien : "- Je ne resterai pas ici. Je retournerai dans mon pays.

- Pourquoi ?

- Parce que je ne sais pas ce que le gouvernement chinois fera en 1997, quelles réglementations il appliquera.

 

6) 27:33

Le changement n'aura pas une grande incidence. La société de Hongkong restera comme elle est aujourd'hui.

Q: Est-ce que vous êtes optimiste?

R: Oui, optimiste !

(27.43) un employé de banque : "Désolé, je ne parle pas anglais.

- Vous ne parlez pas anglais ? Vous ne comprenez pas ?

- Non, je ne comprends pas."

27.50 Commentaire :

Les réponses sont évasives. Les gens craignent que la situation se détériore. Qui sait si, après 1997, on ne leur reprochera pas d’avoir répondu ouvertement aux questions.

(27.59) Hongkong est, avec New York, la ville des bijoux. Le jade et l'or ont une valeur mythique pour les Chinois. L'or signifie la gloire et le progrès. Le jade est une pierre qui protège contre la maladie et détient un pouvoir aphrodisiaque. Posséder des bijoux apporte donc plus que la beauté. Cela ne permet pas seulement d'exhiber sa richesse. La fonction des bijoux est aussi de protéger ceux qui les portent et de les aider.

28.26

De tels bijoux sont fabriqués avec une extrême minutie dans de petits ateliers. L'industrie de transformation dans la colonie compte environ 41 000 entreprises et 27 000 d’entre elles comptent au maximum neuf salariés.

(28.41) Les propriétaires tiennent à ces petites unités. Ils embauchent des parents ou des amis très proches ou bien des amis d'amis ou de la famille. Ce qui est décisif, ce n'est pas ce qu'ils savent faire, ni s'ils sont pour le capitalisme ou le communisme, mais qui les recommande.

(28.58) Hongkong s'est enrichie grâce à ces petites entreprises familiales et celles-ci auront leur mot à dire sur tout changement politique, y compris en 1997.

(29.07) L'instance la plus importante pour un Chinois n'est pas celui qui détient le pouvoir à un moment précis, mais le groupe restreint de ceux qui gravitent dans son environnement immédiat.

29.19

C'est ici aussi que sont fabriqués les bijoux de James Keir, originaire d'Inde. Né d'un père Ecossais et d'une mère Népalaise. En fait, il voulait être prêtre, mais il est devenu joaillier, l'un des meilleurs de Hongkong.

(29.34) Il n'a pas besoin de l'une de ces boutiques clinquantes qu'on voit dans la ville. Les vrais riches, les plus grandes fortunes du monde se font fabriquer leurs bijoux à leur idée et selon les modèles que Keir dessine lui-même.

29.50

Ainsi, à la demande d'un cheik arabe, il fabrique un faucon en or 18 carats. Le faucon préféré du cheik. Grandeur nature. Cela représente près de 6 000 grammes d'or, sertis de 12 000 diamants, rubis et émeraudes.

30.20

Bien sûr, il travaille aussi pour de riches Chinois de Chine. Comment voit-il l'avenir d'une branche de luxe comme la sienne ?

30.31 James Keir :

"Je pense que la Chine et les Chinois, qui ont connu tant de privations pendant de si nombreuses années, apprécient désormais les bonnes choses de la vie. Il y a, aujourd’hui, tellement de gens en Chine que même si seulement un petit pourcentage de la population s’enrichit, cela représente beaucoup de monde. La Chine nous ouvre un nouveau marché potentiel. Ils ont du goût et de l’argent. Il faut qu’ils cultivent ce goût et nous les y aiderons."

31.06 Commentaire :

Le textile. Avec l'électronique et le jouet, c'est le plus important produit d'exportation. Dans de telles entreprises familiales, les salaires sont bas, comparé à l'Ouest. Il n'y a ni sécurité sociale, ni retraite, ni protection contre les licenciements abusifs. Ceux qui se plient et s'adaptent restent, les autres n'ont aucune chance. C'est le capitalisme à l'état pur.

31.31

Cependant, comparé à la Chine, les salaires de Hongkong sont désormais beaucoup trop élevés. Les salaires, mais surtout les loyers. C'est pourquoi des centaines d'entreprises de ce genre partent s'implanter en Chine, à Shen Zhen, zone économique spéciale.

Bien sûr, beaucoup se demandent ce qu'il adviendra après 1997. Se peut-il que les salaires continuent d'être dix fois plus élevés à Hongkong qu'en Chine ?

32.01

La couture se fait de moins en moins à Hongkong, mais on continue d'y présenter la mode. Nulle part ailleurs, les millionnaires sont - pour l'instant - plus nombreux qu'ici. Hongkong est la ville du luxe. Le restera-t-elle ?

32.29

Elle vit bien de cette demande de luxe. Sans cela, elle n'aurait pas pu constituer une collection d’antiquités chinoises.

32.40

Angelina Bleach, de père Vietnamien et de mère Française, directrice de l'entreprise Lavin. Cette société de distribution fait exclusivement commerce de prêt-à-porter masculin et féminin haut de gamme et des accessoires similaires. Ces articles se vendent dans une multitude de boutiques de luxe disséminées dans tout Hongkong.

33.07

Les affaires d'Angelina Bleach se portent formidablement bien. Mais les communistes seront-ils disposés à s'offrir un tel luxe ?

33.17 Angelina Bleach :

"Tant que nous respecterons la conception chinoise de la "vie de la cité" et que nous ne troublerons pas la vie politique, je pense que nous serons libres de mener nos affaires comme nous l’entendons. Aujourd’hui, les gens qui ont de l’argent viennent de Chine. Les hommes d’affaires chinois viennent chez nous pour acheter des produits très coûteux, apparemment sans aucune restriction. Je ne vois pas du tout la Chine comme une menace."

33.45 Commentaire :

Dans le commerce de luxe, on n’a donc pas vraiment peur de l’avenir. Mais, comme le précise Angelina Bleach, à une seule condition : qu’on s’abstient de se mêler de politique. Les milieux d’affaires de Hongkong partagent certainement, dans leur immense majorité, son point de vue:

34.03 Angelina Bleach :

"En tant que femme d’affaires, je pense qu’il faut faire preuve de sagesse et de prudence. Comme responsables d’entreprises nous devons prendre certaines mesures. Par exemple, nous devons être prêts à partir nous installer dans un autre pays d’Asie, si nécessaire.

Malgré tout, notre philosophie est : Rester ici, faire pour le mieux, espérer que tout ira pour le mieux, tout en nous préparant au pire."

 

 

34.33 Commentaire :

Yeung Koon Yat. Maître cuisinier dans l'un des nombreux restaurants de luxe de Hongkong. On y propose la spécialité maison : l'ormeau ou oreille de mer, qu'on appelle ici "abalone".

34.48

Cassam Gooljarry, mi-Arabe mi-Malgache, le plus grand importateur de vin et de cognac français à Hongkong, invite de riches amis - que nous connaissons déjà - à un déjeuner royal. Boire et manger est une véritable passion à Hongkong, au point qu'on pourrait dire : Dis-moi quel est ton restaurant préféré, je te dirai qui tu es (socialement, s'entend). Bref, dans ce domaine comme dans tous les autres à Hongkong : plus c'est cher, meilleur c'est.

35.25

Ce cuisinier a su en tirer profit. Il est considéré comme le meilleur pour ce qui est des spécialités les plus chères, soupe d'ailerons de requins et ormeaux.

35.34

De l'avis d'Angelina Bleach, ces coquillages ont plutôt un goût de caoutchouc, même s'ils sont hors de prix; l'ormeau est à plus de mille francs, pièce. Mais ils en mangent tous, parce que c'est une façon de montrer sa réussite sociale.

35.52

Cassam Gooljarry, l'un des vrais bon-vivants de Hongkong, qui entretient d'étroites relations avec tous ceux qui comptent dans la ville - et qui a été décoré de plusieurs ordres de gourmets français, nous confie à propos des futurs maîtres de Hongkong :

36.05 Cassam Gooljarry :

"Je dirais qu’ils sont si intelligents qu’ils ont déjà commencé à s'habituer au luxe. Depuis des années, déjà, nous vendons toutes sortes de produits de luxe à la Chine. Aujourd’hui, certains Chinois de Chine ne boivent que du cognac Louis XIII et des meilleurs champagnes. Et, ils en ont les moyens... Ils n’ont rien dépensé depuis cinquante ans. Ils peuvent s’offrir tout ce que vous voyez dans les magazines. Ils s’achètent les plus belles voitures, ils ont des Rolls et les meilleures voitures. Par conséquent, ils n’auront aucun problème à s’adapter, mais il faudra qu’ils apprennent à évoluer avec nous. Et c’est là le problème, car ça ils ne l’accepteront pas."

36.47 Commentaire :

L'autorité de Cassam Gooljarry nous permet de filmer sur le célèbre hippodrome du Jockeyclub royal, situé dans le quartier Happy Valley.

36.59

Dans la colonie, les seuls jeux de hasard autorisés sont les paris sur les courses hippiques. Les affaires sont un jeu de hasard et cette vie se prolonge pendant les loisirs. On mise ici 100 millions de dollars de Hongkong, 70 millions de francs par course.

37.24

Autrement dit près de 500 millions de francs, chaque soir, pour sept courses.

37.40

Le Club est le plus gros contribuable de Hongkong et le plus grand donateur au profit des oeuvres sociales. Pas étonnant qu'on prétende ici que la colonie est gouvernée d'abord par le Jockeyclub, ensuite par la banque de Hongkong et de Shangaï et, en dernier seulement, par le gouverneur.

38.07

Sitôt gagné, sitôt dépensé. Ainsi vivent également Monsieur Keir et sa femme.

38.15

Mr Gooljarry, membre du Club, propriétaire de deux pur sang, parle de l'avenir de cette puissante institution :

38.20 Cassam Gooljarry :

"Ce sont les Britanniques de Hongkong qui dirigent le Club. Nous sommes le troisième ou quatrième plus ancien club du monde, vous savez. Cela ne fait aucun doute, peut-être avez-vous lu les journaux, et d’ailleurs c’est officiel : ils ont déjà placé un Chinois - le plus haut responsable "d’en face" à Hongkong - au poste d’administrateur en chef. Donc, ils se préparent à la prise de contrôle du Club par la Chine, ce qui est normal, car les Britanniques ne peuvent pas avoir tout ce qu’ils veulent. Tôt ou tard, il faudra bien qu’ils commencent à lâcher prise. Le Jockey Club sera toujours le Jockey Club et nous l’apprécierons autant que nous le faisons aujourd’hui.

38.56 Commentaire :

La reprise de 1997 se prépare. Côté anglais, on essaie de sauver tout ce qui peut l’être.

39.00

Mais finalement, les vieilles institutions sont remplacées par d'autres, complètement nouvelles. C'est ce dont témoigne le China-Club, fondé il y a trois ans. Son fondateur, David Tang, non seulement gros industriel, mais aussi collectionneur passionné d'art moderne, y a accumulé sans compter 2 000 tableaux.

David Tang sur la raison d'être du Club :

39.27 David Tang :

"Le Club a vraiment pour fonction d’offrir à ses membres et à leurs invités un endroit confortable où ils peuvent se détendre et s’amuser. Il n’a aucun caractère politique ; c’est juste un lieu où les gens viennent pour se rencontrer, discuter, boire et manger."

39.46 Commentaire :

Il est certain qu'ici, on ne bavardera pas simplement autour d'une soupe d'ailerons de requins, d'un ormeau et de canard à la pékinoise. On parlera aussi affaires et politique.

39.56

L'intérieur du Club recrée l'atmosphère de Shangaï dans les années 30.

40.01

Avec sa bibliothèque, ce Club offrira, sans aucun doute, un lieu de détente à ses membres. Mais ce qui est plus important, c'est que - fondé et dirigé par l'un des Chinois les plus influents de Hongkong - il sera, à l'avenir, le principal lieu de rencontre privé des personnalités puissantes et influentes de la ville.

40.21

Les "Amahs", jeunes domestiques des riches habitants de Hongkong, ont l'habitude de se rassembler, le dimanche, devant le parlement et sur bien d'autres places. La plupart ont quitté les Philippines pour fuir la pauvreté dans leur pays et constituent une main d'oeuvre bon marché. D'autres, comme les milliers de boat-people vietnamiens, ont fui les persécutions politiques. Après 1997, la Chine veut renvoyer tous ces immigrés chez eux. En premier lieu pour des raisons économiques. La Chine a elle-même un excédent de main d'oeuvre.

40.51

L'homme auquel appartient cette villa de 40 pièces s'occupe de la détresse et des soucis de ces immigrés face à l'avenir.

Tous les dimanches, les innombrables membres de la famille se retrouvent ici pour passer la soirée et dîner ensemble. Pour ces Indiens comme pour les Chinois, une seule loi : on ne s'enrichit qu'en famille. Chacun travaille quelque part dans l'empire tentaculaire de la famille. Ces retrouvailles du dimanche servent à resserrer les liens familiaux.

 

 

41.20

Le chef incontesté : Hari Harilela. Il a commencé comme vendeur de journeaux à la criée. Aujourd'hui, il possède de nombreux hôtels à Hongkong et dans toute l'Asie. La famille Harilela est l'une des plus puissantes familles immigrées de Hongkong.

41.34

Hari Harilela dit qu'il ne doit sa réussite qu'à sa femme. Comme elle adore les perles, il a fait entièrement décorer sa chambre de perles.

41.46

La grande maison et sa précieuse décoration ne servent pas seulement à faire étalage de ses richesses.

41.52

Hari Harilela est modeste. Il engage sa fortune pour rapprocher sa famille, comme sur cette photo de groupe. Après sa famille vient son peuple : immigrés, les Indiens sont tolérés ici, sans plus. C'est pourquoi il se bat pour tous les immigrés.

42.17

Il n’est pas rare que les clans riches et puissants investissent une partie de leur patrimoine et jouent de leur influence pour intervenir en faveur des laissés-pour-compte. Ce qui est important dans une ville qui ne connaît aucune législation sociale.

42.42

Ainsi, il est vrai qu'on porte des bijoux qui coûtent une fortune, mais on peut tout de même être en règle avec sa conscience.

42.56

D’où le leitmotiv de Harilela : la fortune ne reste fidèle qu'à celui qui la partage.

43.17

En raison de son influence à Hongkong, Hari Harilela a été nommé conseiller du gouvernement chinois pour les questions d'immigration. Il nous explique où se situent les problèmes de ces populations en marge de la société.

43.29 Hari Harilela :

"En fait, les Britanniques sont dans l’obligation morale de donner aux "Minorités", comme ils les appellent - c’est-à-dire à ceux qui ont prêté serment d’allégeance à la Grande-Bretagne, l’assurance qu’en cas de problème à Hongkong, ils auront un pays où s’installer. Mais hélas, les Britanniques l'ont refusé, à beaucoup d’entre nous - bien sûr pas à moi ni à ma famille car nous sommes connus... Mais de nombreuses personnes se sont vu refuser le statut de minorité, bien que nées à Hongkong avec des enfants qui ont grandi à Hongkong. Ces gens ont ce que l’on appelle un passeport de citoyen des " territoires dépendants " mais ce qu’ils veulent c’est un passeport britannique. Non pas pour émigrer en Angleterre, pas du tout. Ils veulent seulement une sécurité, un endroit où s’installer en cas de problème."

44.21 Commentaire :

Un autre groupe de population risque fort, après 1997, d'être confronté à des problèmes encore plus graves. Mr Lao San-ching est de ceux-là. En 1982, lors d’un voyage de Hongkong à Pékin, il est arrêté et incarcéré. Son délit : lutter contre le communisme en Chine depuis Hongkong. En tant que dissident, il passe dix années dans les prisons chinoises. De retour à Hongkong, il reprend aussitôt la lutte politique. Il gagne sa vie en travaillant comme employé de bureau dans un foyer.

44.59

Comment voit-il l'avenir ?

45.02 Lao San-ching -

7) 45:02

Beaucoup de gens ont peur de l'arrivée du parti communiste en 1997. Cependant, je vois les choses sous un autre angle. Je ne pense pas que le parti communiste puisse encore survivre longtemps. Le plus grand problème sera d'apprendre de l'expérience de l'Allemagne de l'Est et de l'ex-URSS.

Après la chute des partis communistes comment les gens peuvent-ils préserver leurs droits et leurs intérêts ?

Après 1997, je pense que le parti communiste nous privera de notre liberté. Mais ils n'aura peut-être pas les moyens de le faire. C'est un élément d'incertitude. Même s'ils nous enferment, nous n'avons pas peur, car si nous pensons conquérir notre propre démocratie, même emprisonnés, nous le ferons.

Quant à la période après 1997, nous sommes déterminés à rester à Hongkong. Car nous pensons qu'en tant que chinois, si on veut conquérir la démocratie et la liberté, il faut se battre sur le terrain.

46.11 Commentaire :

Rien n'indique que cet optimisme soit justifié. Lao est en pleine campagne électorale.

46.18

Beaucoup ont peur que la Chine n'emprisonne de nouveau les dissidents. En tout cas, elle s'emploiera à les empêcher de parler, en particulier ceux qui militent ouvertement comme Lao San-ching.

46.42

Dissidents et immigrés : groupes marginalisés qui savent dès aujourd'hui qu'ils seront en danger en 1997. Mais qu'en est-il de la majeure partie de la population de Hongkong ?

Y a-t-il aujourd'hui matière à s'inquiéter pour eux ?

(46'55) En tramway à deux étages, le plus romantique et le moins cher des moyens de transport, nous nous dirigeons vers le parlement, où nous devons rencontrer deux députés. Une femme, journaliste politique, qui a écrit pendant de nombreuses années dans les journaux les plus réputés de Hongkong, et un homme, avocat de renom, président du Parti démocratique de Hongkong, qui plaide pour une participation accrue de la population à la vie politique. Nous attendons d'eux qu'ils nous parlent de l'avenir des fondements de la démocratie : indépendance de la justice par rapport à l'Etat, rôle du parlement et liberté de la presse.

47.30

Nous posons d'abord la question de l'avenir de la justice à l'avocat et homme politique Martin Lee. La justice restera-t-elle indépendante ?

47.38 Martin Lee :

"En théorie, rien ne devrait changer mais j’ai de sérieux doutes à ce sujet. En effet, s’il y a une chose que nous avons et que les Chinois n’ont pas, c’est l’autorité de la loi. Cela signifie qu’ici, à Hongkong, nous sommes tous égaux devant la loi, ce qui n’est pas le cas en Chine. La loi en Chine est conçue pour permettre au parti communiste de dominer son peuple. Et, après 1997, j’ai peur que le gouvernement chinois ne soit tenté de contrôler le moindre aspect de la vie à Hongkong, de remettre en question l’autorité de la loi. De sorte qu’au lieu que la Chine prenne exemple sur Hongkong pour faire regner partout l’autorité de la loi, telle que nous la connaissons, nous risquons d’avoir une autorité qui ne respecte pas la loi qui règne actuellement à Hongkong."

 

 

48.29 Commentaire :

Comment se présente l'avenir du parlement ? Réponse de la journaliste et responsable politique Emelie Lao.

48.36 Emely Lao :

"Il va y avoir des élections cette année, en septembre. Nous sommes supposés être élus pour quatre ans ; donc, notre mandat devrait aller de 95 à 99. Mais le gouvernement chinois a menacé à plusieurs reprises de dissoudre le Conseil élu quand il prendra le contrôle du gouvernement, le 1er juillet 1997. Je pense que cette menace doit être prise au sérieux car cela veut dire que le prochain Conseil ne durera qu’un demi-mandat et que nous serons tous mis à la porte en 1997.

(49.06) Ensuite, les Chinois nommeront un Conseil législatif provisoire, composé, bien-sûr, des personnes de leur choix. La dissolution du Conseil leur permettra, entre autres, de se débarrasser des fauteurs de troubles et des gens qu’ils n’aiment pas. Certains vous diront que j’en fais partie. Ceci risque de semer la confusion et même d’aboutir au chaos. Imaginez un instant qu’en Allemagne ou en France vous vous retrouviez sans corps législatif. Les corps législatifs remplissent des fonctions spécifiques dans toutes les sociétés ; or les Chinois disent que la première des choses qu’ils feront, quand ils seront au pouvoir en 1997, ce sera justement d’abolir le Conseil législatif. Charmant, n’est-ce pas ?"

49.53 Commentaire :

Les accords assurent une vie démocratique à Hongkong. La Chine promet qu’aucun changement n’aura lieu à Hongkong pendant 50 ans. Martin Lee a-t-il confiance en cette promesse ?

50.05 Martin Lee :

"Depuis la signature de la Déclaration Conjointe en 1984 et après la promulgation, en 1990, de la loi fondamentale, qui sera notre future constitution, les gouvernements chinois et britannique ont conclu, en 1991, un accord secret qui modifie les dispositions de la Déclaration Conjointe et de la loi fondamentale concernant la constitution de la Cour Suprême.

(50.35) Promesse nous avait été faite que nous pourrions inviter plusieurs juges étrangers à siéger à la Cour Suprême; cela est désormais impossible du fait de cet accord secret. Nous ne pourrons plus inviter qu’un seul juge de l’extérieur pour siéger à la Cour d’Appel. Ces deux gouvernements ont donc trahi le peuple de Hongkong en se trouvant en contradiction avec leur propre Déclaration Conjointe."

51.00 Commentaire :

De telles ruptures des accords ne rassurent guère les hommes politiques. Mais ils ne sont pas les seuls à avoir peur. Les maisons d'édition scientifiques de Hongkong demandent déjà servilement à la Chine quel devra être, par exemple, le contenu des livres d'histoire et de sociologie. La peur des nouveaux maîtres conduit partout à l'autocensure, tout particulièrement dans la presse. Dès maintenant.

Emelie Lao explique comment et pourquoi cela fonctionne de la sorte :

51.34 Emely Lao :

"Nombreux sont les journalistes qui ont peur d’être menacés et persécutés. Il est bien connu que le gouvernement chinois a l’habitude de régler ses comptes avec ses ennemis. Nous savons tous que le gouvernement chinois réunit des dossiers sur tous les écrits et reportages des journalistes et que, plus tard, il pourra utiliser ces dossiers pour se venger. Certains journalistes disent : " Pourquoi devrais-je prendre des risques ? Je ne suis qu’un journaliste travaillant pour un modeste salaire. Pourquoi me mouiller ? "

(52'09) On a une expression pour ça, ici : "Vous savez ce qu’il vous reste à faire". C’est très simple ; ils n’ont même pas besoin de vous taper dessus avec un gros bâton... Vous savez tout seul comment minimiser, gonfler ou encore "étouffer" une histoire. Si vous devinez ce qu’il faut faire, - et c’est tout le côté pernicieux de la chose - ce n’est pas nécessairement que le gouvernement Chinois vous aura dit de ne pas écrire ceci ou cela. Ce sera à vous de "pressentir" ce qu’ils peuvent aimer ou ce dont il ne veulent pas. Cette tendance à l’auto-censure gagne du terrain ; maintenant même le gouvernement de Hongkong en parle. Tout le monde est au courant."

52.51 Commentaire :

Tong Kam Piu, président de l'association des journalistes - et lui-même journaliste dans l'un des principaux journaux chinois- décrit la situation actuelle :

53.05 Journaliste :

"Hongkong est toujours sous l’autorité britannique et, en ce moment, la Chine exerce des pressions, très subtilement, dans les coulisses. On sent cela très bien, vous savez ; un coup de téléphone ou d’autres moyens de ce genre pour bien faire passer le message à la presse hongkongaise, du genre : "Attention, vous avez atteint la limite à ne pas franchir, prudence ou vous allez avoir des ennuis.""

53.40 Commentaire :

Dans de telles conditions, il n'est pas étonnant que, depuis le milieu des années 80, environ 60 000 Chinois quittent chaque année Hongkong. Ceux qui partent sont jeunes, ils ont entre 20 et 40 ans, sont issus des couches moyennes et ont une bonne formation. Selon les résultats d'un récent sondage, 30 % souhaiteraient émigrer par peur de ce qui se passera en 1997. Les destinations qui inspirent la sécurité sont l'Australie, le Canada et l'Amérique. Celui qui veut partir doit partir maintenant, car en 1997 le passeport de Hongkong ne sera plus valable - et il sera remplacé par un passeport chinois.

(54.17) Le gouvernement britannique pourrait balayer toutes les craintes de la population d'un revers de main, s'il les reconnaissait comme citoyens britanniques et leur donnait à tous un passeport britannique. Alors, après le changement, ils pourraient partir ou rester comme bon leur semblerait. Mais on s'y refuse catégoriquement.

Le gouverneur de Hongkong l’explique ainsi :

54.36 gouverneur

Le fait d’accorder des passeports à tout le monde aurait, je crois, été perçu par les Chinois comme pouvant porter atteinte à la prospérité et à l’économie de Hongkong.

Toutefois, je tiens à clarifier ma position en tant que Gouverneur : j’ai demandé au gouvernement britannique d’accorder plus de passeports avec droit de résidence aux citoyens de Hongkong et je continuerai de me battre pour cela.

55.08

L'avocat et démocrate Martin Lee donne une réponse qui souligne le fossé profond qui sépare la ville chinoise de Hongkong de ses dirigeants britanniques :

55.22 Martin Lee

Je pense qu’ils ont été tout à fait nets là-dessus. La seule raison de refuser le droit de résidence aux habitants de Hongkong, nés ici même -qui leur permettrait de vivre et travailler au Royaume-Uni- est qu’ils ne veulent pas acceuillir des gens de couleur. Ils ne veulent pas voir s’installer trop d’étrangers -trop d’Asiatiques- au Royaume-Uni. Ils nous l’ont bien fait comprendre.

55.58 Commentaire :

Après 1997, les gratte-ciel de Hongkong continueront de se dresser - plus neufs, plus beaux, plus hauts. Les affaires continueront de se faire comme elles se sont faites jusqu'ici - plus importantes, plus rapides, plus risquées. Derrière la façade de l'essor économique, pour beaucoup, c'est le fantôme de l'autre système qui se profile : le fantôme du communisme.

 

 

56.20

Un pays - deux systèmes. Comment cette promesse peut-elle être tenue ? Hongkong serait la seule ville de Chine où l'on pourrait penser, dire et écrire ce que l'on veut - mais on ne le pourrait pas à Pékin ?

Il y a, aujourd'hui déjà, assez d'indices qui montrent que la Chine ne tiendra pas cette promesse. D'où la peur.

56.40

Les 6 millions de Chinois qui n'ont pas la possibilité d'avoir deux passeports ont le plus peur : Ils se sentent trahis par l'Angleterre.

56.50

Les hommes d’affaires qui possèdent ce deuxième passeport, cultivent, eux, l’espoir. L'espoir de pouvoir faire à l'avenir de bonnes affaires. Ils restent, parce qu'ils pourront partir à tout moment.

Ainsi, le problème de 1997 se réduit à une question de passeport. Pendant près de 100 ans, les Anglais ont largement tiré profit de Hongkong. Ce qu'il adviendra des Asiatiques, sans lesquels cela n'aurait pas été possible, est le dernier de leurs soucis.

Après 1997, l'esprit de la ville sera celui de la Chine et non plus celui de l'Angleterre. Personne ne niera que ces deux esprits sont fondamentalement différents.

L'espoir, c'est que les Chinois s'inspirent de l'esprit jusqu'ici libéral de Hongkong. La peur, c'est que la doctrine communiste supprime à Hongkong la liberté.

57.50 générique de fin

58.30 FIN

Adaptation : 3i Traductions

Adaptation   3i Traductions