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|*)JOHN LEE HOOKER : CâEST MON HISTOIRE

02:32 Pete Wolf
Oui, mesdames et messieurs, câest enfin lâheure ! Vous
Ætes prÆts ? PrÆts pour le spectacle ? PrÆts pour la star ? Etes-vous prÆts pour le Roi du Blues ?

02:43 Pete Wolf
Monsieur John Lee Hooker !

02:45 Vala Cupp
On applaudit John Lee Hooker !

02:47 Pete Wolf
Et l
Ã, il attaque sur un   ...
02:54
Il entre en sc
ne et il lance un merci infiniment   

03:08 J. L. Hooker
Vous
Ætes prÆts ?

04:05 Pete Wolf
Depuis des ann
Úes, on Úcoutait ses disques et on suivait ce quâil faisait, mais on ne lâavait encore jamais vu sur scne. Et puis ce jour-lÃ, je me souviens, il Útait cinq heures le spectacle ne commenÙait pas avant huit heures, mais on Útait venus à cinq pour Ætre sõrs dâavoir de bonnes places , on attendait devant la salle, regardant nos montres : six heures... sept heures... et puis soudain, vers huit heures moins le quart, sâarrÆte une superbe Cadillac, vitres teintÚes et tout, une vitre se baisse et il est là : le grand John Lee Hooker !

04:59 Pete Wolf
Puis je suis venu le voir
à son hútel. Je frappe à la porte, il doit Ætre dans les quatre heures de lâaprs-midi, une voix crie : entrez  Jâouvre la porte et câest là : une chambre dâhútel avec deux lits, lumires tamisÚes, John portant une espce de caleÙon, sur la table de nuit une bouteille de scotch Ballantineâs et un paquet de cigarettes Kool et, sur lâautre lit, sa guitare et son chapeau. Et lÃ, je me suis dit : fois jây suis, voilà ce que je veux faire de ma vie.  05 33

06 14 J. L. Hooker
Vous y
Ætes ? Vous le sentez bien ? Dâaccord ! 06 20

06:53 Archie Hooker
Tout
Ùa, ce sont ses jouets... Celle-ci, la Cadillac, on nâen trouvait pas en Californie, alors, sur Internet, on a trouvÚ celle dâun type au Texas qui Útait dans le pÚtrole et on lâa fait livrer. CâÚtait le modle de base, avec les jantes de sÚrie, alors il lâa fait modifier à son idÚe : accessoires spÚciaux, nouvelle grille de radiateur, jantes dorÚes, lecteur de CD, tÚlÚphone...
Celle-ci, câest sa voiture de sport ; en fait, câest une familiale, mais câest sa voiture de sport. Il avait vu la publicit
Ú en regardant le base-ball à la tÚlÚ : on voyait la voiture passer sous une poutre, pour montrer comment, ds quâon dÚpasse le quatre-vingts à lâheure, la voiture adhre au sol. Quand il a vu la publicitÚ, il en a voulu une comme Ùa, alors on est descendus à Standford Lincoln et il se lâest offerte. 07 53

07 54
Celle-ci,
Ùa faisait quatre ans quâil en parlait. Il voulait une Jaguar, et puis un jour, à force dâen parler, il sâest dÚcidÚ et il est allÚ se lâacheter. Bien sõr, on se rend bien compte, et lui-mÆme le dit : câest une voiture de femme, tout comme la Mercedes, câest pas vraiment son genre, plutút pour une femme. Mais John Lee est un homme à femmes à sa faÙon, et les femmes prÚfrent les voitures de sport.
Et la prochaine, il en parle d
Újà : câest une BMW, le petit coupÚ. ­a fait trois-quatre mois quâil en parle, de sa nouvelle BMW, câest sõrement pour bientút. 08 37

08:46 Archie Hooker
Je mâappelle Archie Lee Hooker Junior. Je suis le neveu de John Lee Hooker, mon p
re est le frre de John Lee. Je mâoccupe de lui comme chauffeur et pour la cuisine. La cuisine, câest depuis toujours, dÚjà dans ma jeunesse, tout gosse, en regardant faire ma mre, ma grand-mre et mon pre. Mon pre faisait bien la cuisine, et John Lee aussi cuisine trs bien. Nâallez pas le croire : il fait trs bien la cuisine. Presque tous les hommes de la famille savent cuisiner. Ma grand-mre insistait beaucoup lÃ-dessus : il fallait quâon sache cuisiner et tenir une maison.
Jâapprends beaucoup avec lui. Il a plein dâhistoires
à raconter et connaät plein de choses de la vie. Il dit que chaque journÚe dâune vie est une chanson, que tout ce qui tâarrive est chanson. On se lve le matin, et câest une chanson. Puis on sort manger une crÆpe, on sâinstalle, il y a de jolies femmes, on mange bien, on roule dans la rue et on voit des gens heureux... Ainsi, chaque tranche de vingt-quatre heures est comme une chanson de lui. Câest Ùa quâil fait : il chante sa chanson au monde et aux gens. 10 48

11:08 J. L. Hooker
... Alors elle dit :
sais oÿ on est, chÚri, je reconnais la ville !  11 10

11:58 Mike Kappus
Je suis venu
à San Francisco en 1976 et je travaille avec John pratiquement depuis le dÚbut, Ùa fait un peu plus de vingt-deux ans maintenant, du moins comme agent pour une partie du pays, puis pour le monde entier et enfin comme imprÚsario.
Je vois John presque chaque jour et nous avons des rapports tr
s chaleureux. Là oÿ câest devenu plus difficile, ces dernires annÚes, câest que John a Úcrit à peu prs six cents chansons, Ùa fait des tonnes de disques et beaucoup de droits à gÚrer. Chaque jour, il nous arrive des propositions à traiter, et voilà ce fils dâun petit fermier du Mississippi, qui nâa jamais frÚquentÚÚcole, à la tÆte dâune entreprise qui brasse plusieurs millions de dollars par an. Câest devenu une grosse affaire et il y a plein de dÚcisions à prendre.
12 49

12:55 J. L. Hooker
On sâest rencontr
Ús dans un club, une boäte de nuit, je crois, quelque part au Wisconsin. Il Útait dÚjà agent lÃ-bas, à petite Úchelle, puis il est venu ici. Câest un type bien et un excellent homme dâaffaires. Il mâa rapportÚ beaucoup, beaucoup dâargent. 13 20

13:25 Mike Kappus
De tous les grands artistes, je crois bien que John Lee est celui dont la vie est la plus mal connue. Ce nâest pas un lecteur, il nâa jamais appris
à vÚrifier ce quâon raconte de sa vie, à lire les critiques, ni rien de tout Ùa. De plus, il a longtemps ÚtÚ assez mal entourÚ et a souvent changÚ de manager, aussi pendant des annÚes, il ne sâest trouvÚ personne auprs de lui pour sâoccuper sÚrieusement de gÚrer tous ces aspects.
Je crois avoir jou
Ú un rúle significatif pour son disque The Healer et son retour au premier plan. Mais plein de gens dans ce mÚtier sâattribuent quantitÚ de fabuleuses rÚussites, en oubliant que chacun a aussi traversÚ beaucoup dâÚchecs. Facile à dire, quâon est un Pygmalion, quâon transforme tout en or ! Mais dans la musique, lâessentiel est le musicien... Et lÃ, il sâest trouvÚ quâil a touchÚ un public qui nâavait pas les rÚticences des maisons de disques. A la sortie de lâalbum, les professionnels Útaient trs sceptiques quant au potentiel de ventes dâun chanteur de blues de soixante-dix ans. DÚjÃ, un chanteur de blues... alors a fortiori, à soixante-dix ans ! Mais la presse a bien rÚagi et on a touchÚ le grand public.
Il sâest retrouv
Ú Ã la mode. CâÚtait un vieux chanteur de blues, avec tout le respect que Ùa inspire et en mÆme temps, il est devenu à la mode. 14 52

Mike Kappus
Tu veux bien ajouter un
  ici ? LÃ, juste aprs le   . Tu pourrais le faire en plus petit...
J. L. Hooker
Quoi, ici ?
Mike Kappus
Oui.

15:01 Robert Cray
Je trouve que John a
ÚtÚ transformÚ par son succs. Et jâaime Ùa, jâaime beaucoup ! Cet air avantageux quand il marche... on voit quâil a confiance. Je sais quâil se sent bien, et jâen suis ravi pour lui. Câest chouette. 15 18

15:19 Bonnie Raitt
Il suffit de me regarder : d
s quâon prononce les mots Lee  , je me mets à sourire. Parce quâil est aussi impressionnant, aussi sÚduisant, aussi noir que sa musique, câest un homme formidable et qui a tant comptÚ pour moi depuis mes dix-neuf ans quand jâai eu la chance de faire sa connaissance, et tout Ùa fait que je souris. Il est... Je lâadore, pour moi il est un exemple et un maätre, dâÆtre restÚ si fidle au blues du Delta et à son authenticitÚ. 15 47

15:47 Eric Clapton
Et il nây a aucune raison pour que
Ùa change. Il nâa aucune concurrence à affronter, aucune raison dâadopter le style dâun autre ni mÆme de sâintÚresser à son style. ­a fait partie de son message, je crois, car lâessentiel demeure ce quâil dit lui-mÆme, et davantage encore le son quâil produit. Je crois que pour John bien sõr je nâen sais rien, je peux me tromper, mais il me semble que, pour John, lâessentiel est probablement le son quâil produit. Parfois il nây a mÆme pas de paroles, il se contente de gÚmir ou de fredonner, de produire des sons trs bruts, en un sens. Câest ÃÚtat brut. 16 27

18:09 Zakiya Hooker
Allons, en route. Merci beaucoup
à tous !

18:23 Zakiya Hooker
Il ne parle pas souvent de son enfance. Il mâa parl
Ú, un peu, du travail dans les champs, de ne pas pouvoir aller ÃÚcole, et puis aussi du dÚpart de la maison, quand il a suivi sa mre aprs son divorce pour vivre avec son beau-pre, et tout Ùa mais vraiment, il en parle trs peu. 18 47

18:50 J. L. Hooker
Oh, jâai d
ÚtestÚÚcole. Ma vraie Úcole Útait dans mon cÏur. Je nâai pas appris à lire ni Úcrire, je ne voulais pas. Dieu mâa tout appris. Dieu mâa dit... Je suis quelquâun de malin, jâapprends trs vite mais apprendre dans les manuels... Si jâavais fait lâÚcole, je ne serais pas arrivÚ oÿ je suis maintenant, si jâavais gardÚ le nez dans les livres. Alors tant pis pour les manuels, je mâaccroche au livre que Dieu mâa donnÚ ! A la comprÚhension et au bon sens qui mâont menÚ oÿ je suis, à lâamour des gens et à ma musique. Je ne lâÚchangerais pour rien au monde ! 19 46

19:51 J.L. Hooker
Ce ne sont pas des livres qui mâauraient men
Ú là oÿ je suis. Mais ma guitare...!

20:26 J. L. Hooker
Tous les bons chanteurs de blues viennent du Mississippi. Ailleurs dans le Sud, on en trouve quelques-uns, pas beaucoup. Tous viennent du Delta, dans le Mississippi
les meilleurs. 20 38

20:40 Mike Kappus
La date de naissance de John est rest
Úe un mystre. On avait toujours cru que câÚtait 1917, et puis... La premire fois que la question sâest posÚe à moi, câest quand on a montÚ une fÆte pour ses soixante-dix ans, et lÃ, il nous a appris quâen fait il avait trafiquÚ son acte de naissance pour Ætre admis plus tút dans lâarmÚe, mais que la vraie date Útait 1920... A moins que ce soit 1917 tout de mÆme, voire plus tút encore ? On nâen sait rien, au fond. Et dÚsormais, jây mets une pointe dâhumour et je me dis : âest 1920 ? Trs bien, si Ùa lui fait plaisir...  21 08

21:57 J. L. Hooker
Je suis n
Ú prs de Clarksdale. Câest ce que disent ma mre et mon pre, à moi de mâen contenter. Câest dans les environs de Vance... Vance et Tutwiler, de petits bourgs de la rÚgion. Et Limes, Mississippi... Clarksdale, Mississippi... Vance, Mississippi... Clarksdale Útait la principale, grande ville  , comme on disait. Câest là quâon devait aller faire les gros achats. Mais Vance Útait un plus petit bourg, bien plus petit que Clarksdale.
On habitait une petite ferme,
champ de coton  , comme on disait. Mon vrai pre Útait un pasteur. On nâavait pas la tÚlÚ, on vivait sans ÚlectricitÚ, mais on sâen fichait de ne pas avoir tout Ùa, puisquâon ne lâavait jamais eu, alors à quoi bon sâen faire ? On avait des lampes à huile pour sâÚclairer, on allumait un feu de bois pour se rÚchauffer quand lâhiver Útait trop froid. On rÚcoltait nos propres fruits, on faisait nos cultures, on Úlevait nos propres bÆtes, on produisait de quoi manger, tout ce quâil fallait. Des cochons, des vaches, des chevaux et tout Ùa : on produisait notre viande, et de la volaille, du maðs on produisait tout Ùa. Câest ainsi quâon vivait.
Je travaillais dans les champs, dans le coton, mais jâai cess
Ú dâaimer Ùa quand jâai appris à jouer ma musique.
23 42

25:25 Mike Kappus
Son p
re Útait pasteur et nâapprÚciait pas le blues. Il prÚfÚrait les spirituals, aussi John Lee a chantÚ du gospel dans son enfance, ÃÚglise, et Ùa lâa marquÚ tout comme il a impressionnÚ les gens. Câest son beau-pre qui lâa initiÚ au blues, ou qui le lui a fait mieux connaätre. Will Moore, son beau-pre jouait du blues et il a profondÚment influencÚ John Lee. Tout son rythme, sa sonoritÚ, tout ce qui fait le son John Lee Hooker, il attribue à son beau-pre le mÚrite de lâavoir crÚÚ, ou du moins de le lui avoir transmis. 26 08

26:10 J. L. Hooker
Je sais quâil
Útait bon pour moi. Je le traitais comme mon pre, il me traitait comme son fils. Il sâest occupÚ de moi comme si jâÚtais son propre fils. 26 19

26:34 Mike Kappus
Il a quitt
Ú la maison vers quatorze ou quinze ans et sâest enfui à Memphis, mais ses parents lâont bientút retrouvÚ et ramenÚ Ã la maison ; mais, quelques semaines plus tard, je crois, il a fuguÚ Ã nouveau, et cette fois-lÃ, toujours à Memphis, il sâest dÚbrouillÚ pour quâon ne le retrouve pas. 26 49


26:50 J. L. Hooker
Câest la derni
re fois que je lâai vu, et ma mre, et mon pre. Je ne les ai plus jamais revus ensuite. 27 01

27:22 J. L. Hooker
Jây suis all
Ú en auto-stop. Des gens mâont pris sur la route et mâont emmenÚ. LÃ-bas, je ne connaissais personne, je nâavais que ma guitare et un petit sac avec des vÆtements. Je me mettais au coin de la rue et je jouais ma guitare. Pas de logement à moi. Je rencontrais des gens, je voyais des gens, les lumires brillaient...
Útait un peu tout à la fois, je ne pourrais pas tout raconter, mais dans mon cÏur, je sais encore comment câÚtait et ce que Ùa fait. Si je nâÚtais pas parti, je ne serais pas arrivÚ oÿ jâen suis. De toute faÙon, jâaurais eu du mal, que je sois restÚ ou que je sois parti. Mais partir valait mieux, et jâai tentÚ le coup. Quand on est encore si jeune, on nâa pas peur, et il ne mâest arrivÚ que de bonnes choses. Les gens entendaient ma guitare et jâavais une bonne voix, alors Ùa nâa pas traänÚ : gamin, viens voir lÃ...  oui, on mâappelait   . Jâai commencÚ Ã animer des fÆtes chez les gens, le week-end, plein de gens venaient me voir. On jouait, on vendait à boire, on cuisinait des plats et on les vendait. CâÚtait sympa... 29 02

29:03 Zakiya Hooker
Dans sa musique, voyez-vous, on entend la douleur qui vient de sa vie. Il a certains souvenirs auxquels il se raccroche et dont il sâinspire pour cr
Úer sa musique. Câest comme si on entendait sa solitude et dâautres choses de sa vie, et câest... on pourrait dire que câest larmoyant, et en mÆme temps, je ne sais pas, moi je ne dirais pas larmoyant, mais câest trs... comment dire, câest plein de... Il met toute son Úmotion dans ses chansons, Ùa oui, vraiment. 29 43

31:36 Pete Wolf
De toutes les femmes que jâai connues, aucune nâest rest
Úe insensible à son charme. Il est irrÚsistible il les fascine, comme le Crawling King Snake, le serpent de sa chanson ! 31 46

32:25 J. Hammond
John Lee Hooker adore les femmes. Je veux dire quâil les estime vraiment, il me fait lâeffet dâun homme qui admire et qui aime la femme, au sens le plus profond. Câest vraiment... Et elles y sont sensibles. Câest tr
s fort ! 32 43

33:20 Buddy Guy
Partout o
ÿ on allait, on le retrouvait avec une femme trs jeune, trs belle. On dÚbarquait en France, il y avait une jolie femme avec lui, qui ne parlait pas un mot dâanglais. On passait en Allemagne, et câÚtait une autre jolie femme, qui ne parlait pas anglais non plus. Je me suis demandÚ comment il faisait pour communiquer avec elles, mais il nâa rien voulu me dire, sauf quâil sâest mis à rire et mâa dit : tu auras mon Åge, fais comme moi.  Alors moi : quoi ?  Mais Ùa, il nâa pas voulu le dire. 33 42

33:42 Eric Clapton
Quand il parle dâune femme dans une chanson,
Ùa parle du sexe. Quand il parle dâun homme qui a quittÚ sa femme, Ùa parle de violence. Ainsi il parle de... Ses chansons ont une manire dâÚvoquer des aspects qui... Comme quand on pique une colre. ­a, câest lui, je le sais : un homme furieux, en colre. Et non pas... Oh bien sõr, jâimagine quâil a aussi Úcrit des chansons qui parlent de tristesse ou de solitude. Mais dans lâensemble, non, il me semble que câest surtout une Úvocation, une expression de la faÙon dont il voit la vie.
34 19



35:22 Bonnie Raitt
Au fil des ann
Úes, on a beaucoup flirtÚ et tournÚ lâun autour de lâautre avec beaucoup de respect, bien sõr, trs platoniquement ! Mais quand on sâest mis à enregistrer cette chanson que je voulais chanter en duo avec lui, il Útait, comment dire... On Útait à Ùa lâun de lâautre et on jouait, on jouait... On a dõ chanter comme Ùa une bonne demi-heure, et câÚtait comme de me trouver en prÚsence dâun maätre. JâÚtais mÚtamorphosÚe. Câest probablement lâexpÚrience la plus Úrotique et la plus bouleversante que jâaie connue en musique. 35 54

37:00 Mike Kappus
Apr
s quelques annÚes, il a quittÚ Memphis pour Cincinnati. Mais à Cincinnati à nouveau, il Útait trop jeune pour jouer dans les boätes, alors il sâest trouvÚ un gagne-pain. 37 09

37:10 J. L. Hooker
Je travaillais pour la soci
ÚtÚ de chaudronnerie Philipp, dans les aciÚries. Chouette boulot et chouette Úquipe. Des gens bien, des gens de toutes races, travaillant tous ensemble, tous en Úquipe. Pour moi, câÚtait trs nouveau, câÚtait une autre manire de fonctionner autre chose, avec dâautres gens, et autrement. On pouvait circuler oÿ on voulait, manger ce quâon voulait, loger oÿ on voulait. Je pouvais apporter ma guitare à lâusine et jouer pour eux, eux tous autour de moi comme si jâÚtais le roi. Je me sentais comme un dieu ! 37 50

37:52 Buddy Guy
Et quand ils se mettaient
à la guitare, Ùa leur faisait quelquâun qui les Úcoutait. Car câÚtait encore rare ÃÚpoque, comme je vous le disais : mÆme ÃÚpoque de mes dÚbuts, il nây avait pas beaucoup de guitaristes ; mais au dÚbut des annÚes trente, voire à la fin des annÚes vingt, câÚtait une raretÚ. Comme je vous disais : ce nâÚtait pas un instrument trs couru par ici. On nâenseignait pas la guitare dans les Úcoles ni rien de tout Ùa. Alors, quand on se mettait à la guitare, câÚtait vraiment par amour pour lâinstrument. 38 24

38:55 Eddie Kirkland
Je lâai rencontr
Ú Ã Detroit, Michigan, oÿ il vivait, et moi aussi. A lâÚpoque, je travaillais chez Ford, dans lâÚquipe de lâaprs-midi, et le week-end je jouais dans les bars et les fÆtes. 39 06

39:07 Coachman
Les bo
ätes Útaient pleines tous les soirs, il y avait un monde fou ; le week-end, tout le monde sortait, on allait à Hastings Street. CâÚtait presque comme Las Vegas. Il se passait toujours quelque chose, dans Hastings Street, tous les soirs, toute la nuit. On longeait la rue, il y avait des bars, on entrait, on sâoffrait un verre, on sâasseyait, on parlait et tout Ùa. On avait ce quâon voulait. 39 31

39:31 Eddie Kirkland
On jouait en bo
äte jusquâà deux heures du matin, puis on allait à une fÆte et on jouait jusquâà lâaube, jusquâà huit heures du matin, tant quâil y avait des gens ou tant que la police ne venait pas nous chasser ! 39 44

39:45 Coachman
Quand il parlait, il b
Úgayait, mais ds quâil chantait, il ne bÚgayait plus. Un soir quâon Útait sortis ensemble avec des amies, il nâarrÆtait pas de parler à une femme, alors elle a fini par lui dire : ne comprends rien de ce que tu me dis, tu bÚgayes trop !  Mais lui, il a dit : âest pas grave, tu vas comprendre. Jâai beau bÚgayer, tu vas me comprendre quand mÆme.  Et il sâest fait comprendre ! 40 13
40:13 Maude Hooker
Jâai rencontr
Ú Johnny en 1943. Oui, en 43. ­a a commencÚ quand ma mre allait à des fÆtes. Lui, il jouait, et elle Útait lÃ. Alors il sâest comme qui dirait attachÚ Ã ma mre, et il sâest mis à passer souvent chez nous, on bavardait, il jouait de sa guitare... Il a mÆme essayÚ de nous apprendre à en jouer, mais Ùa nâa pas marchÚ ! Câest ainsi quâon sâest rencontrÚs, cette annÚe-lÃ, et aprs Ùa, il est restÚ tout le temps...

40:47 Mike Kappus
Câest alors quâil a
ÚtÚ repÚrÚ, je crois, par Elmer Barbee, qui est devenu son agent et lui a fait enregistrer quelques disques, dans ce genre dâendroit oÿ nâimporte qui pouvait entrer, payer et enregistrer son disque dans une petite cabine. Et il les a prÚsentÚs à Bernie Besman.
41 08

41:09 Bernard Besman
Il faisait froid et il pleuvait, ce jour-l
Ã. Il est entrÚ en grelottant de froid, avec un autre type, Elmer Barbee. Il a dit : âaimerais quâon travaille ensemble. Vous pourriez peut-Ætre lâenregistrer. Ce disque-ci, on lâa enregistrÚ nous-mÆmes...  A lâÚpoque, il suffisait dâintroduire vingt-cinq cents dans la machine, et Ùa enregistrait. Mais quand jâai passÚ le disque, jâai fait : ce nâest pas vous quâon entend là A cause de son problme dâÚlocution, vous comprenez, parce quâil bÚgayait, alors je me disais : tiens, il me monte un bateau !  Et lui : âest moi, câest moi, câest moi !  et moi je nây croyais pas ! 41 55

41:58 Mike Kappus
Il a enregistr
Ú quelques morceaux avec Bernie, et dans le lot, il y avait Boogie Chillen, qui a fait un succs en 1948. CâÚtait plus que Bernie et sa maison de disques, Sensation Records, ne pouvaient en gÚrer en distribution nationale, aussi il a sous-traitÚ le contrat à Modern Records, qui avaient un bien meilleur rÚseau de distribution nationale. Et dâaprs plusieurs sources, il sâen est vendu un million dâexemplaires, bien que Johnny Lee nâait certainement pas ÚtÚ payÚ pour un million dâexemplaires et quâon manque de relevÚs prÚcis. Mais Ùâa ÚtÚ un Únorme succs. 42 30

43:00 J. L. Hooker
Jâai vendu beaucoup de disques, jâai gagn
Ú beaucoup dâargent, je vous le dis honnÆtement. Mais les maisons de disques, ÃÚpoque, câÚtait du brigandage. Oh, on recevait un peu dâargent mais moi, je sais bien que je nâen ai pas touchÚ ma part. Je ne suis pas devenu bien riche. 43 16

43:17 Maude Hooker
Apr
s que le disque est sorti et a fait un succs, il a cessÚ de travailler à lâusine, il a tout arrÆtÚ. Il nây est pas allÚ un jour de plus : quand on lui a dit que câÚtait un succs, tout de suite, il a dit : âarrÆte le travail ! 
On sâest mariÚs en... 1946... 48... 49... 49 ou 50, une de ces deux annÚes... en 1950, câest Ùa !
Il sâest lev
Ú, il avait affaire hors de la ville, il partait à Chicago, alors il mâa dit : fois à Chicago, je vais faire un disque à propos de toi.  Et câest ce quâil a fait ! Moi je nây croyais pas, je ne me doutais pas quâil allait le faire pour de vrai ; mais il est allÚ Ã Chicago et lÃ, il a enregistrÚ un disque qui sâappelait Maudie ! 44 07



44:45 J. L. Hooker
Jâai tourn
Ú dans tout le pays. On me demandait. Moi et Eddie Kirkland je ne sais pas si vous avez entendu parler de lui... 44 53

44:55 Eddie Kirkland
Avec Hooker, quand on partait ensemble, câ
Útait gÚnial pour lui comme pour moi. Moi, avant Ùa, je nâavais jamais tournÚ dans les boätes de cette faÙon, pas dans les clubs. Alors on y allait, on faisait la route, et souvent, une fois sur deux, on ne savait mÆme pas oÿ on allait au juste, ni ce quâon allait faire. Mais on prenait nos guitares et on y allait. Et Ùa a marchÚ, Ùa a marchÚ !
45 23

45:24 Buddy Guy
Ils adoraient faire
Ùa. Et pourtant, à leurs dÚbuts, ils ont eu leur part de galres. MÆme aprs Boogie Chillen et plusieurs autres disques importants. Certains soirs, le promoteur arrivait, les annonÙait, puis prenait la caisse et disparaissait, et impossible de le retrouver ! On vous disait : vas à tel endroit, tu joues ton concert et on sâarrange pour le paiement  et en fin de compte, ils nâÚtaient pas du tout payÚs ! 45 49

45:50 Mike Kappus
Tourner dans le Sud dans les ann
Úes cinquante, pour un musicien noir, devait Ætre une expÚrience assez terrible par moments, je crois ! Ne pas avoir le droit de manger ou dormir dans le mÆme hútel que les gens pour qui on est venu jouer, ces mÆmes gens qui payent pour vous voir jouer parce quâils aiment vraiment votre musique mais alors mÆme quâils sont prÆts à payer pour voir un musicien, ils ne lâestiment pas digne de frÚquenter le mÆme hútel ou le mÆme restaurant quâeux, ce qui est assez affolant ! Or câÚtait lâordinaire de tout musicien qui tournait dans le Sud John a certainement connu Ùa aussi, et câest heureux quâil nâen soit pas amer. 46 31

46:34 J. L. Hooker
Útait le bon temps, pour moi. On ne faisait que passer dans ces lieux. On ne pouvait pas manger au mÆme endroit, on pouvait boire de lâeau... Tout Útait sÚparÚ, ici pour les gens de couleur, là pour les Blancs. On a traversÚ tout Ùa, mais on ne sâen faisait pas trop, on passait notre chemin en prenant tout Ùa à la rigolade, comme une blague. Mais câest sõr, les choses Útaient ainsi et nous savions quâelles Útaient ainsi.
On jouait pour des gens de toutes origines, on jouait pour eux dans les clubs, mais on ne pouvait boire que de lâeau,
à part, et on mangeait à part. Ce nâest pas le genre de choses quâon apprÚcie, mais je ne peux pas dire quâon en souffrait vraiment : câÚtait ainsi, en attendant quâun jour, Ùa change... Aussi on se heurtait à plein de problmes, mais au fond on Útait bien traitÚs, vraiment, et toute cette Úpoque me manque. Parfois je repense encore à tout ce quâon a traversÚ, avec les hauts et les bas, et à lâattitude de ces gens. Je nâaime pas en parler, jâespre que Ùa ne passe pas à la tÚlÚ ; entre nous, on les traitait de bouseux, mais jâespre que vous nâenregistrez pas Ùa ! 48 00

48:00 Eddie Kirkland
Ce type a le plus merveilleux sens de lâhumour que jâaie jamais rencontr
Ú dans ma vie ! Il nous faisait rire ; avec lui, on riait tout le temps ! Ce qui Útait trs gai aussi, avec lui, câest quâil avait peur des fantúmes. Il avait une frousse bleue des fantúmes. Je me rappelle, quelque part sur la route, il y a des annÚes de Ùa et ÃÚpoque on ne rigolait pas avec Ùa, ce ne serait plus pareil aujourdâhui... Bref, on roulait sur la grand-route et soudain, on voit une femme, debout devant la voiture, et puis tout à coup, elle disparaät et lui de faire un bond et de se pelotonner dans un recoin quelconque ! Jâen profitais pour le faire marcher, en fin de soirÚe au restaurant ou à lâhútel. On bavardait, puis à un moment il disait :   Eddie, je vais rentrer maintenant. Tu veux bien me raccompagner ?  File-moi cinq dollars. Pour cinq dollars, je te raccompagne !  Ah, on sâamusait bien, avec John Lee ! Je crois que personne n'avait autant le sens de lâhumour que lui ! 49 07

50:16 Eric Clapton
Un des
ÚlÚments qui comptent, chez les musiciens de blues, câest le quant-Ã-soi. Ils attachent beaucoup dâimportance à leur tenue, à leur attitude, à la manire dont ils se prÚsentent au monde. Ils prennent Ùa trs au sÚrieux. En cela, pour moi, ils Útaient des modles, la preuve par lâexemple quâun homme, mÆme dans la situation qui Útait celle des Noirs jusque dans les annÚes quarante et cinquante, pouvait conserver sa fiertÚ face aux conditions les plus difficiles. 50 51

50:52 Mike Kappus
Comme pour tout musicien, la carri
re de John Lee a connu des hauts et des bas. Il a eu la chance de rencontrer plusieurs fois le succs, et mÆme dans les pÚriodes creuses, son nom et sa lÚgende lâaccompagnaient encore. Mais avec lâavnement du rockânâroll dans les annÚes cinquante, puis du rythmânâblues, de la soul et ainsi de suite, la musique qui lui avait valu la gloire sâest retrouvÚe dans lâombre de ces nouveaux courants. Et pourtant les annÚes cinquante sont une de ses grandes pÚriodes, avec ses disques chez Veejay Records. Il a bien dõ sortir une centaine de morceaux chez Veejay, du moins il a fait une centaine dâenregistrements chez eux, et certains de ces morceaux comptent parmi ses chansons les plus cÚlbres. 51 31

51:32 Eddie Kirkland
Je crois que Johnny a enregistr
Ú davantage quâaucun autre pour diverses maisons de disques. Il a sorti des chansons sous le nom de Texas Slim, et aussi en tant que John Lee Booker... Il parvenait ainsi à nouer les deux bouts. ­a marchait fort pour lui, ÃÚpoque, il lui suffisait dâaller trouver une maison de disques et de dire  veux autant dâargent, et moi je vous fais les disques.  Ils le payaient, puis sortaient les disques sous le nom de Texas Slim ou Dieu sait quoi. Il se dÚbrouillait ainsi, et il le fallait bien, puisque ses maisons de disques ne le payaient pas. Et les patrons de clubs non plus. Et souvent, en boäte, on travaillait pour trois cent dollars par semaine ! 52 13

52:15 J. L. Hooker
Jâai rapport
Ú beaucoup dâargent aux maisons de disques qui mâavaient sous contrat, mais elles ont gardÚ lâargent, je ne lâai pas touchÚ. Modern Records, Veejay Records... Je ne nie pas ce quâelles ont fait, mais je sais quâelles mâont roulÚ. Je le savais ! 52 31

52:32 Mike Kappus
Sur nombre de ses chansons les plus connues, John Lee ne touche h
Úlas aucun droit dâauteur ou dâÚdition, et pour dâautres une partie seulement. Mais pour certains de ses meilleurs titres, il ne touche pas un centime, sauf lorsquâil les interprte lui-mÆme mais rien quand il sâagit dâun autre interprte. On lâa trs souvent abusÚ au fil des annÚes, et il nâobtient pas toutes les retombÚes quâil mÚriterait. 52 54

52:55 Zakiya Hooker
Quand nous
Útions enfants, vraiment non, on ne se doutait pas des difficultÚs dans lesquelles il se dÚbattait, de tout ce qui se passait dans sa vie, car il ne nous a jamais, jamais laissÚ manquer de rien. Nous avions tout le nÚcessaire, et sâil nous manquait quelque chose, il nous le donnait. Bien sõr, nous ne vivions pas dans le luxe, mais nous vivions confortablement. 53 19



53:20 J. Hooker Jr
Il y avait des vaches maigres, je me souviens que parfois le chauffage
Útait coupÚ et on sortait les couvertures de rÚserve. Un de nos cousins avait un truc, quand le courant Útait coupÚ, il passait nous voir et le rÚtablissait, ainsi que le chauffage. Et à certaines heures de la nuit, au cas oÿ le receveur de la compagnie serait passÚ en voiture pour vÚrifier que le courant Útait coupÚ, on savait quâil fallait tout Úteindre. Mais comme il nâavait pas le droit dâentrer chez nous pour vÚrifier que le chauffage Útait coupÚ, on Útait tranquilles ! 54 02

54:04 Zakiya Hooker
Bien s
õr quâil me manquait ! Mais aprs un temps, on sâhabituait à ses absences. Parfois, il restait parti des mois entiers, mais quand il rentrait, câÚtait la fÆte parce quâil nous ramenait toujours des cadeaux. Et toujours des cadeaux pour adultes, alors que nous nâÚtions encore que des fillettes, mais il nous offrait des cadeaux de femmes, des foulards et des parfums, tout Ùa. A treize ou quatorze ans, que voulez-vous faire dâun parfum de Paris, par exemple ? Mais on adorait, on adorait. CâÚtait toujours la fÆte quand il rentrait. 54 39

55:40 Bonnie Raitt
Le meilleur blues, câest celui qui vient du fond du c
Ïur. Ce nâest pas à fleur de peau, et je crois que chez les musiciens soul et les grands musiciens de country et les grandes traditions populaires du monde entier, du chant pakistanais ou arabe jusquâà mettons, le chant celtique dâIrlande ou le chant flamenco tous ont ces quarts de tons, en tous on retrouve ce genre de musique qui fait la force du blues, quâon entend partout au monde depuis toujours, ds que les gens se mettent à chanter. Pour moi, lâimportance du blues tient à cette communication intime avec le fond du cÏur, et dâautres styles musicaux ne touchent pas au mÆme endroit. 56 25

56:26 J. L. Hooker
Jâouvre la bouche et je chante. Ni manuel, ni solf
ge, ni rien. Pas de partitions, mais jouer. Câest Ùa, le blues : jouer, dâici à lÃ, simplement. ­a, câest le vrai blues. ­a ne sâapprend pas dans un livre, Ùa ne vient pas en lisant, Ùa se... On lâa dans le cÏur et dans lâÅme... Câest un don.
56 51

56:52 Eric Clapton
M
Æme un grand chanteur dâopÚra, je me dis encore : il chante lâÏuvre de quelquâun dâautre. Mais un chanteur de blues ne chante que sa propre vie, et câest alors seulement que Ùa compte. Et câest ce qui me frappe chez John Lee, depuis la premire fois oÿ je lâai vu, et mÆme dÚjà ÃÚcran, ds la premire fois, dans un film sur Newport, le grand festival de jazz, oÿ John Lee chantait et Muddy Waters jouait... Et dâemblÚe, il Útait unique ; il Útait lÃ, pas solitaire, mais seul avec sa musique, qui ne ressemblait à celle dâaucun autre et aujourdâhui encore ne ressemble à rien dâautre ! 57 26

58:50 Mike Kappus
Puis, dans les ann
Úes soixante-dix, John Lee est venu en Californie et... Jâignore les dÚtails, mais il sâest retrouvÚ Ã la mÆme affiche que Canned Heat, qui lâadmirait beaucoup. 59 01

59:03 Fito de la Parra
Notre rencontre avec John Lee Hooker sâest pass
Úe à lâaÚroport de Portland, Oregon. On arrivait pour donner un concert et tout à coup, comme on rÚcupÚrait nos bagages, voilà John Lee Hooker qui reprenait sa vieille guitare, deux guichets plus loin. mais câest John Lee Hooker ! Jâaimerais faire sa connaissance !  Alors on sâest prÚcipitÚs pour le coup, câÚtaient nous, les fans ! on tâadmire depuis toujours, on tâaime depuis toujours !  Alors lui : Ætes qui ?  Alors jâai dit : on est les Canned Heat.  Oh, Canned Heat ! Jâaime bien ce que vous faites ! 
Si vous vous souvenez, dans les annÚes cinquante, par exemple, il y avait bien davantage de sÚgrÚgation à la radio, et surtout à la tÚlÚvision. Ainsi câest à nous, des musiciens blancs, quâest revenu dâadopter le blues, dâen reprendre le flambeau et de le rendre cÚlbre. Câest ainsi quâil a ÚtÚ reconnu comme une forme dâart, dans le monde entier, tout comme le jazz. Un art spÚcifiquement amÚricain, mais connu dans le monde entier... 1 00 05

1:00:05 Buddy Guy
Câest alors que le public blanc est arriv
Ú et sâest intÚressÚ au blues, avec Paul Butterfield, Michael Bloomfield et bien sõr les Rolling Stones et tous ces gens rÚpÚtaient à lâenvi que la musique quâils jouaient Útait celle des John Lee Hooker, Muddy Waters et autres musiciens noirs amÚricains, qui nâavaient pas la cÚlÚbritÚ quâils ont aujourdâhui. 1 00 28

1:00:51 Carlos Santana
Il est le dernier de la g
ÚnÚration... des racines. Il y a beaucoup de branches dÚsormais, et beaucoup de... Mais la racine-mre, câest lui, et à travers lui, on peut encore toucher la racine du blues, ce que lâAmÚrique a offert de mieux au monde. Les racines : le blues et le jazz. Voilà notre apport au monde. 1 01 18

1:01:52 Mike Kappus
Quâil soit capable dâenjamber le foss
Ú entre le blues du Delta oÿ sa musique sâenracine et la musique de Carlos Santana, et que cela reste de lâexcellente musique, sans rien dâartificiel, voilà en quoi il est absolument unique.
1 02 07


1:02:15 Mike Kappus
Les puristes du blues... Ils me rendent fou, avec leur id
Úe bien arrÆtÚe sur ce qui est ou nâest pas du blues et sur qui a le droit ou bien non de jouer du blues en fonction de sa couleur de peau... Ce genre de considÚrations, Ùa rend John furieux, mais voilÃ, il y a hÚlas plein de gens qui estiment quâil faut que ce soit dâune certaine Úpoque et fait dâune certaine faÙon et avec une certaine couleur de peau, sans quoi ce nâest pas vraiment du blues. 1 02 40

1:02:46 Roy Rogers
Un jour, comme on lui demandait ce quâil penserait de jouer avec un orchestre mixte de musiciens noirs et de blancs, il a dit :
on Úcoute la musique les yeux fermÚs, est-ce quâon voit les couleurs ? Moi pas. 
1 03 05

1:03:49 John Mayall
Je lâai rencontr
Ú quand il est venu participer aux festivals Folk-Blues. John Lee Hooker a ÚtÚ un pionnier, le premier musicien amÚricain de blues qui soit venu faire une tournÚe des clubs britanniques, et avec un succs si Únorme que dâautres sont venus ensuite. Il est aurÚolÚ dâune espce de lÚgende, et cette lÚgende, Ùa saute aux yeux, est devenue un de ses aspects essentiels. Il dÚgage, en tant quâhomme, quelque chose de plus que tous les autres musiciens de blues.
Câest s
õr quâil a dõ Ætre trs heureux de voir dans les pubs dâAngleterre tous ces jeunes Blancs qui apprÚciaient le blues et comprenaient sans doute mieux sa musique que les gens de son propre pays. 1 04 36

1:04:37 J. L. Hooker
Londres, jây
Útais dans les annÚes soixante, jây ai passÚ un moment. John accompagnait la tournÚe et Eric Clapton Útait dans son groupe. Câest ainsi que jâai rencontrÚ John, un jeune homme encore tout comme moi. 1 04 51

1:05:48 Pete Sears
On n
Úglige souvent lâapproche qui consiste à en faire le moins possible. John Lee a ce gÚnie de jouer un mÆme accord pendant dix minutes et de le rendre passionnant et intÚressant. Il a un style de guitare trs particulier.
1 06 06

1:07:11 Pete Sears
Beaucoup de bassistes et de guitaristes d
Úcouvrent les ressources de leur technique, alors ils ont tendance à en faire des tonnes, et pourquoi pas ? Mais, pour moi, je crois quâil faut respirer, quâil faut laisser respirer la musique. Alors seulement, quand on joue plus vite et plus compliquÚ, Ùa reprÚsente quelque chose. Pour moi, John Lee est un des maätres de cette approche, de cette faÙon de laisser respirer la musique qui amne à passer dix minutes sur cette seule mÆme note. 1 07 45

1:08:02 Mike Kappus
Les jeunes piliers du blues en Angleterre, comme John Mayall, Alexis Korner, Mick Jagger et Keith Richards et bien dâautres
y compris David Bowie, qui aurait baptisÚ son premier groupe les Crawling King Snakes, dâaprs le titre dâune chanson de John Lee... tous se sont enthousiasmÚs pour le blues amÚricain. 1 08 25

1:08:26 Eric Clapton
­a convenait bien à mon tempÚrament plutút rebelle : câÚtait, jâimagine, la musique la plus extrÆme que jâaie jamais entendue jusque-lÃ, et à mesure que je dÚcouvrais le genre de vie qui y Útait associÚ, câest devenu encore plus attirant. Le blues drainait une espce dâambiance interlope les boätes, lâalcool, les femmes... et tout Ùa ensemble exerÙait sur moi un formidable attrait. 1 09 01

1:09:02 Bonnie Raitt
Il a eu lâintelligence et la chance de ne pas ruiner sa sant
Ú par lâexcs de boisson et de tabac. Il a renoncÚ Ã tout Ùa depuis longtemps. Aussi, non content dâÆtre tout ce que jâai dit, je crois que câest aussi un homme avisÚ.
1 09 15

1:09:16 J. Hooker Jr
Útait ÃÚpoque oÿ... oÿ Janis Joplin et Jimi Hendrix sont morts dâoverdose, et tous deux Útaient des amis trs proches. Aussi, quand, à cette mÆme Úpoque, peu aprs leur mort, il a vu son propre fils suivre le mÆme chemin, il y avait là comme une mort annoncÚe, vous comprenez ? On commence à se dire que Ùa va mal finir, quand les amis se mettent à y passer, tout autour de vous. Alors oui, Ùâa ÚtÚ trs dur pour ma mre et pour mon pre. Je me souviens que souvent, quand il travaillait à une chanson, il me disait    Si je peux chanter le blues, câest que jâai le blues ici mÆme, dans ma famille !  Alors je le regardais chanter, je lâentendais gÚmir : Et je restais lÃ, ÃÚcouter gÚmir... 1 10 32

1:12:42 Zakiya Hooker
Je crois que la p
Úriode la plus dure que mon pre ait eu à traverser, Ùa ÚtÚ lâexpÚrience de son divorce. Cette expÚrience-là a dõ le toucher et le blesser davantage quâaucune autre, car vraiment il adorait Maman. 1 12 56

1:13:00 J. L. Hooker
Rien ne pouvait
Ætre plus dur que Ùa, rien... Nous, nous restions avec lui, mais son couple Útait brisÚ et, avec la mre arrachÚe à ses enfants, comment Ætre encore ensemble, vraiment ensemble ? Il vous manque toujours quelque chose. Vraiment, sâil pouvait recommencer sa vie, je crois bien... je suis sõr quâon sây prendrait tous autrement quâon ne lâa fait, vraiment. 1 13 32

1:13:35 Maude Hooker
Au d
Úbut, je ne le supportais plus. Il passait me voir, pour quâon se parle, mais je ne voulais pas le voir. Je tÚlÚphonais à ma fille aänÚe : diras à ton pre que je ne veux pas lui parler...  Et puis, je ne sais pas ce qui sâest passÚ, on est devenus de grands amis. Nous communiquons. Il y a une espce de lien entre nous, et qui ne disparaätra jamais. 1 13 59

1:14:00 J. L. Hooker
Jâai beaucoup dâaffection pour elle. Comme une amie, non comme une compagne, mais comme une amie, jâai beaucoup dâaffection pour elle. On sâest s
ÚparÚs parce quâil sâest passÚ des choses entre elle et moi dont je ne veux pas parler, mais nous sommes devenus de grands amis, je m'occuperai toujours d'elle. 1 14 25

1:14:26 Musselwhite
La vie,
Ùa nâest pas quâune rigolade, parfois Ùa devient trs sÚrieux. Il y a les bons moments et les moins bons. Pour un homme qui pense beaucoup, comme John, je crois que nâimporte qui Úprouverait une certaine solitude intÚrieure, et pour Ùa, le blues est comme un onguent.
Quand je nâavais plus nulle part o
ÿ aller, quand je me retrouvais sans argent et avec plein de problmes, jâallais voir John Lee. Je ne lui disais pas que jâÚtais sans logement et fauchÚ, mais il le devinait et me disait : tu ne restes pas ici pour un moment ? Passe à la cuisine et fais-toi quelque chose à manger.  Et Ùa, câest John tout crachÚ : il a un cÏur en or. 1 15 19



1:15:20 J. L. Hooker
Jâai
à peu prs tout ce que je dÚsire dans la vie : lâamour, le succs, lâargent, les bagnoles, une maison... Jâai tout Ùa, mais il est une chose dont je nâaurai jamais assez : lâamour des gens. Je ne suis jamais rassasiÚ de lâamour que me donnent les gens ni de celui que je leur donne, non, jamais. 1 15 48

1:15:50 Zakiya Hooker
Je ne crois pas quâil regarde en arri
re. Je ne crois pas quâil ait de regrets sur la faÙon dont il a vÚcu. Il me dit toujours que sâil devait partir maintenant, il regarderait sa vie sans Úprouver de regrets. Et pour moi, câest ainsi que chacun devrait vivre sa vie : Ã la fin du parcours, pouvoir dire : non, je ne regrette rien, jâai fait tout ce que je voulais faire.  1 16 16

1:16:20 J. L. Hooker
Je ne serai pas
Úternel, du moins je ne le crois pas. Mais ma musique, elle, durera toujours, pour lâÚternitÚ. Lorsque je ne serai plus, ma musique restera dans lâoreille des gens, chez eux ou en voiture, en passant mes disques. Câest la voix de John Lee Hooker. Ce sera encore moi, mÆme si ce nâest plus moi en chair et en os. Et ainsi ma mÚmoire accompagnera pour longtemps encore les gÚnÚrations à venir, à travers ma musique.
1 16 55

1:18:48 Mike Kappus
Il ne fait plus des tourn
Úes comme avant. Au fil de ces quelques dizaines dâannÚes de collaboration avec John, nous avons adaptÚ la programmation en fonction de ce qui lui convient, mais il aime encore jouer en public et je crois que Ùa compte toujours beaucoup pour Lui. Ce contact avec le public et ses rÚactions. Chacun, et tout particulirement les musiciens, vit dans lâincertitude et compte sur le public surtout en vieillissant, quand on ne se produit plus aussi rÚgulirement. Alors il y va et ainsi il sâassure que câest toujours vivant, et Ùa lui fait ÚnormÚment dâeffet. 1 19 28

1:19:46 Robert Cray
Les gens se souviendront de John, je crois, comme... le Roi du boogie. 1 19 59

1:20:07 Robert Cray
Le boogie, câest quand on se l
ve et quâon bouge, câest un rythme qui vous prend lÃ, câest une musique pour danser et se sentir bien. Il en joue à la fin de ses concerts, comme une signature : il fait se lever les gens, et là câest, comment dire ? Câest se dÚfouler de toute la mauvaise tension. On est debout, le concert se termine et maintenant on se sent bien, comme au sortir dâune cure. 1 20 38

1:23:50 Pete Wolf
Des tas de gens me demandent :
a quel Åge, John Lee Hooker ?  Câest une question, et je ne la poserai pas ! Jamais. Mais je peux vous dire ceci : il y en a plein qui sont beaucoup, beaucoup, beaucoup plus jeunes que lui et qui ne pourraient pas faire ce quâil fait. Alors son Åge, vous savez...! 1 24 17

1:25:29 Pete Wolf
Tout un nouveau public lâa d
Úcouvert et ces gens-là lui apportent la reconnaissance quâil mÚrite depuis longtemps. Mais John Lee Hooker a toujours ÚtÚ John Lee Hooker, il nâa pas changÚ. Il a peut-Ætre quelques voitures de plus mais, vous savez, on ne peut conduire quâune Cadillac à la fois ! Mais John, vous savez, Ùa nâa jamais ÚtÚ le type qui a besoin dâÚpater les gens...1 26 08


Adaptation : 3i Traductions.

Adaptation   3i Traductions