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MISSIONNAIRES DE L’HUMANITAIRE

 

 

2'58 Daniel Knecht

Je m'appelle Daniel Knecht, et je viens de Zurich. Pendant les quinze dernières années j'ai été musicien, pianiste et même concertiste ; j'ai aussi enseigné la musique au conservatoire de Zurich.

3’12

Je m’appelle Roberta Martinelli, je viens du Tessin. J’ai fait des études de psychologie à Zurich et ensuite j’ai travaillé deux ans comme éducatrice dans un centre de rééducation pour mineurs.

3'25"

Je m'appelle Jean Dipak Sen. J'ai 25 ans, j'ai fait des études de droit international et j’ai voulu travailler avec la Croix-Rouge. (3'20")

3’55

Je m’appelle Roberto Simona, je viens du Tessin. J’ai fait des études de russe et d’anglais.

4'20 Rolf Zocko

Mon nom est Rolf Zocko, j'ai fait des études de socio-pédagogie à Zurich.

4'25 Daniel Siedler

Je m'appelle Daniel Siedler, j'ai 32 ans, je viens de Zurich où j'ai été journaliste pendant les huit dernières années.

4'37 Heinz Müller

Mon nom est Heinz Müller, j'ai 31 ans, je suis économiste et je viens de Bâle.

4'48 Krystyna Marty

Je m'appelle Krystyna Marty ; j'ai étudié le chinois, l'histoire et le droit international à Zurich. J'ai entendu parler de la Croix Rouge en droit international ; dès lors, j’ai eu envie de devenir déléguée de la Croix Rouge Internationale. C’était d’une part un moyen de mettre en pratique les connaissances acquises au cours de mes études ; d'autre part, j’étais attirée par un travail dans des régions où l'état d'urgence a été décrété, par la possibilité de rencontrer les hommes et les femmes confrontés chaque jour à cette situation.

5'26 Daniel Knecht

J'aimerais tourner une page dans ma vie, collaborer avec le Comité International de la Croix Rouge et pouvoir bientôt participer à une mission. J'espère y faire beaucoup de rencontres intéressantes et avoir l'occasion d'être en contact avec des cultures différentes de la nôtre.

6'47 Daniel Siedler

L'année dernière, j'ai décidé de poser ma candidature pour un poste de délégué de la Croix Rouge Internationale parce que je ne voulais plus me contenter d'écrire à distance sur le monde et les êtres humains, mais je voulais être sur le terrain.

 

10'08 Henry Dunant

N'y aurait-il pas un moyen de créer des associations d'aide qui se fixeraient comme objectif, en temps de guerre, de faire soigner victimes et blessés par des bénévoles particulièrement aptes à accomplir de telles tâches?

Ne faudrait-il pas adopter une convention internationale fondée en droit, qui une fois établie et signée servirait de base à la création d'associations d'aide pour les victimes et les blessés?

Il faut donner aux bénévoles et aux victimes un statut qui les protège de toute agression, et les munir d'un insigne qui permette de les distinguer aisément.

(10'39)

 

16'58 Urs BOEGLI – Délégué au Cambodge

Le Cambodge n'est donc pas une guerre récente ou une opération nouvelle pour nous. Bien au contraire, il s'agit d'une situation qui ne parvient pas à s’assainir totalement et d'une population pour laquelle nous avons fait beaucoup dans le passé. Nous ne pouvons pas décemment dire aujourd'hui à ces gens : votre guerre est trop insignifiante, débrouillez-vous tout seuls. Nous avons encore un rôle à jouer.

Battambang est l'une des deux antennes, et les tâches à accomplir sont très diverses. On y trouve le centre de prothèse que tu auras l'occasion de visiter demain, ainsi que le service de recherche des personnes disparues; nous assurons aussi le fonctionnement de l'hôpital militaire. Enfin, la population, qu'il s'agisse de prisonniers ou de civils, a aussi besoin d'être protégée, et nous aimerions pouvoir renforcer cette protection. Nous ne maîtrisons pas toute l'étendue du problème. Nous rendons visite à des prisonniers. Ceux que nous voyons se portent tout à fait bien. Nous savons cependant qu'il y en a d'autres et qu'il existe des filières non-officielles. La première tâche à laquelle nous devons nous atteler est de découvrir où se trouvent ces prisonniers et d'assurer ensuite leur protection. Les civils aussi ont besoin de nous car au Cambodge, ils sont encore trop fréquemment les victimes des combats militaires.

Il peut s’agir de gens chassés de leurs villes ou de leurs villages, et repoussés vers les lieux de combats, ou d’individus qui ont marché sur une mine – les accidents de ce type sont d’ailleurs très répandus : nous souhaitons apporter notre aide à tous. Bien entendu, nous les aidons déjà grâce aux prothèses. Mais si l'on pouvait éviter que la population soit victime de ces mines, ce serait encore mieux.

18’45

A-t-on une idée de la quantité de mines qui restent enterrées ici?

18’51

Il y en a beaucoup trop. Il y en aurait entre sept et huit millions. Quand on sait que le déminage revient à 1500 dollars, rien que pour détecter, déterrer et détruire une seule mine, qui au départ ne coûte pas plus de cinq ou dix dollars, on se représente sans peine l’ampleur de cette véritable tâche de Sisyphe. D’autant plus que la guerre n’est pas terminée, et que sans cesse, on pose de nouvelles mines. La Croix Rouge Internationale s’efforce d’interdire cette pratique aux factions rivales, et leur rappelle que le droit international stipule que les mines ne doivent jamais causer de préjudices aux civils. Mais c’est comme si l’on parlait à un mur. De ce point de vue, beaucoup de progrès restent à réaliser.

(19’30)

 

 

22’34 Urs BOEGLI – Délégué au Cambodge

Nous sommes un peu las que notre action se limite à fabriquer sans fin des prothèses. Nous voulons prendre le mal à sa racine. Le problème, c’est qu’il ne s’agit plus alors d’humanitaire mais de politique. Et la Croix Rouge dispose de moyens restreints pour faire face à ce problème. Si une chose est cependant en notre pouvoir, c’est de contribuer à une amélioration du droit international. En effet, la convention de l’ONU comporte un protocole annexe qui consacre quelques lignes au problème des mines, mais c’est insuffisant. L’an prochain, ce protocole de l’ONU sera rediscuté à l’occasion d’une conférence diplomatique. (23’09) La Croix Rouge Internationale y participera, et prépare actuellement un dossier. Il me semble que l’action que nous menons sur le terrain, et qui contribue à diminuer l’ampleur de cette tragédie, peut constituer une aide précieuse pour les parties intéressées, et leur permettre d’élaborer des principes de droit international plus adaptés à la situation. Aussi est-il indispensable que nous soyons tenus au courant de ce qui se passe. Nous devons rester en contact avec le gouvernement de ce pays mais aussi, sur place, avec les autorités locales, afin de leur rappeler qu'ils enfreignent les principes du droit international en se livrant à de telles pratiques. Nous devons aussi leur assurer que nous sommes prêts à les aider à éduquer leurs soldats. Ces derniers peuvent bénéficier d’une formation, à laquelle tu participeras toi aussi. Les cours portent sur la Convention de Genève. La Convention est un énorme pavé. Le programme de formation auquel tu participeras peut, quant à lui, être résumé par ces dix principes :

(24’04) Traite tes prisonniers humainement, livre-les à tes supérieurs, aide les blessés, même s’ils sont tes ennemis , respecte les civils, ne les agresse pas, ne détruis pas leurs villages, ne fais pas d’eux les victimes innocentes de mines posées dans les lieux fréquentés par les civils, etc. Dix principes seulement! Si ces dix principes étaient appliqués, le cours de l’histoire en serait changé. C’est aussi simple que ça.

24’32 J’ai pour objectif de faire en sorte que cette mission continue à fonctionner avec le moins de collaborateurs possible ; il faut miser sur la qualité, et non sur la quantité. (24’42)

À Battambang, il y a sept personnes si je ne m’abuse…

24’46

– Sept ou huit…

– Oui, sept personnes qui fabriquent des prothèses pour la population. Quant à savoir si ça continuera encore pendant douze mois, je ne peux pas te l’affirmer. Je sais quelles tâches nous devons accomplir ; pour ce qui est de la protection, je sais que nous pourrions aller beaucoup plus loin encore. Mais j'ignore ce qui est réellement faisable. Sur certaines routes, il est possible de se déplacer sans difficultés…

25’04

– Oui…

– …sans s’exposer à des dangers particuliers. L’accès à d’autres régions est tout bonnement interdit, car on prendrait des risques trop grands en s'y rendant. Il faut évaluer les risques intelligemment. Quand il s’agit d’aller récupérer un blessé, il est justifié de prendre de gros risques. On ne peut pas se le permettre pour vérifier simplement qu'un incendie a eu lieu.

25’27

C’est pourquoi tu n’auras peut-être pas autant de possibilités que tu l’aurais souhaité d’accéder à la province de Battambang. Si tu es condamné à être immobilisé, nous n’attendrons pas douze mois.

25’44

Dans ce cas, nous nous réunirons après trois, quatre ou cinq mois, afin de déterminer s’il y a encore assez de travail. Si la quantité de travail n’est pas jugée suffisante pour justifier un poste, ce dernier sera supprimé.

(25’59)

27'14" (Toch Vannerith)

Voici la copie d'une demande de recherche venant de Macao. Une personne voudrait retrouver son frère, qui doit maintenant avoir 50 ans. Il y a aussi une photo de cet homme et son ancienne adresse au Cambodge.

La famille est venue de Chine pour s'installer au Cambodge, alors que l'homme en question avait quatre ans. Au début, les parents ont dirigé une affaire, avant d'ouvrir une scierie. Son père et sa soeur sont partis à Macao en 1973.

27'54"

Sa famille a perdu tout contact avec lui en 1974, au moment de la révolution au Cambodge. On pense qu'il est allé en Thaïlande ou au Vietnam, ou qu'il se trouve toujours au Cambodge. (28'02")

 

31'38"

C'est l'ancienne adresse, d'avant 1975. Tout a changé.

31'48"

La police dit que la maison doit être ici. C'est faux, elle doit être là-bas. (31'54")

34'06" (Toch Vannerith)

J'ai rencontré ce vieil homme qui a habité ici jusqu'en 1975. Il connaissait très bien le quartier.

Il est revenu à Phnom Penh en 1979, dans cette maison. Il ne sait rien à propos de cet homme qui a disparu.

34'30"

Ensuite, nous irons à l'Association chinoise pour mettre une affiche. C'est tout ce que nous pouvons faire. C'est sans espoir.

 

38’12

Ça coûte 600 dollars. Si tu le perds, c’est à toi de rembourser. En revanche, si on te le confisque à un poste de contrôle, c’est différent.

(38’27)

48’16 Urs BOEGLI – Délégué au Cambodge

La Croix Rouge Internationale a adopté une stratégie de négociation plutôt conservatrice. Nous n’alertons pas systématiquement l'opinion internationale. Et quand cela nous arrive, nous le faisons discrètement. Nous nous attachons en revanche à convaincre les instances décisionnaires, ce qui parfois donne lieu à des négociations interminables. (48’35)

La Croix Rouge Internationale a attendu dix ans avant de pouvoir mettre en place une stratégie cohérente au Sri Lanka ou à Kaboul. Une fois cet obstacle franchi, on vit en règle générale une expérience formidable, parce qu’on obtient des résultats. C’est l’aboutissement et la réussite du travail de toute une équipe : en effet, l’évolution des négociations est parfois si lente que nous avons en fait pris la relève de ceux qui avaient précédé nos prédécésseurs. C’est vraiment merveilleux d’avoir la chance (49’01) d’être au bout de la chaîne et de transformer la stratégie de négociation en action humanitaire. Ceux qui sont en bas de l’échelle hiérarchique ont directement à faire à la population, sur le terrain. Mais quand on a en charge un poste à responsabilités, on ne voit plus les victimes au quotidien. Seule une visite sur le terrain nous donne la chance d’assister à l’effet que produit chez une famille une lettre envoyée par la Croix Rouge (49’24) … La famille croyait son fils mort, par exemple, et apprend qu’il est en fait en prison à Phnom Penh, et qu’il sortira peut-être d’ici un an : la différence est énorme. Ce sont de menus événements, mais combien remarquables et satisfaisants! (49’40)

Nos plus grands échecs? C’est quand nous nous heurtons à des portes closes, ou quand on nous ouvre des portes pour ensuite nous les claquer au nez. La Croix Rouge part du principe qu’une confiance réciproque est possible, quels que soient ses interlocuteurs. (49’56) Elle compte aussi sur la fiabilité de chacun. Ce que j’ai trouvé particulièrement difficile en Bosnie, c’est que le mensonge tenait lieu de stratégie. On n’a jamais pu s’y habituer, c’est certain. Personnellement, je n’ai jamais pu m'en accommoder. En Bosnie, les négociations ne sont pas longues, elles sont au contraire fort brèves (50’18).

" Oui, évidemment tu peux y aller. Pourquoi me poses-tu cette question? Bien sûr que nous respectons la Convention de Genève. (50’25) À présent, tu peux aller faire ton inspection. Tu aurais pu éviter de nous déranger."

Alors on y va et on se fait jeter. Dans ce cas, on revient à la charge, et on nous dit :

" Oui, c’est un malentendu. Je vais téléphoner immédiatement. "

La personne téléphone. Et ce cercle vicieux se répète trois fois de suite. Tout cela nous atteint profondément. Nous nous basons sur la fiabilité, sur la parole de chacun. Nous sommes prêts à faire preuve de patience, mais une fois que nous avons obtenu une parole, nous voulons que cela se concrétise. Quand immédiatement après, il s'avère que cette parole n'est pas tenue parce que les dés étaient pipés, nous sommes très contrariés et nous ne savons plus comment nous y prendre pour continuer à avancer.

Notre organisation se fonde en effet sur le principe d’une entente réciproque. C'est une excellente chose à mon avis. Mais dans de nombreuses guerres, nous nous heurtons à de plus en plus de difficultés.

Si ceux qui vivent dans un pays en paix

ont mérité la paix –

ceux qui vivent dans un pays en guerre

ont-ils pour autant mérité la guerre ?

Peter Bichsel

 

ADAPTATION FRANCAISE: 3 i TRADUCTION

Adaptation   3i Traductions