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8014
(Titre hébreu : Solution provisoire de logement
Titre allemand : Fremd im eigenen Land)
Titre français : ETRANGER DANS SON PROPRE PAYS
01:38 - (Erina Seipek, la petite fille russe compte ( en russe) de un à 16 en sautant à la corde)
02:00 - (dialogue : journaliste, chez Tonia Seipek et sa fillette, Erina)
JOURNALISTE (off) : - Vous venez d'où ?
REPONSE : - De Minsk.
QUESTION : - Pourquoi avez-vous immigré en Israël ?
REPONSE : - A cause de l'accident à Tchernobyl. Avant tout, nous sommes venus ici pour notre fille. Nous avons pensé à son avenir. Qu'il ne lui arrive rien !
ERINA (off) : - Maman, j'ai fini mes devoirs.
TONIA : - Tu as fini ?
QUESTION (off) : - Comment imaginiez-vous les choses ?
REPONSE : - Ce que j'imaginais ? Nous savions que ce serait difficile, pour le travail, pour le logement. Mais c'est bien plus dur ici que nous le pensions.
QUESTION : - Où avez-vous habité ?
ERINA: - A Bat-Yam. D'abord nous avons habité à Haïfa.
QUESTION : - Erina, te souviens-tu de ta première journée au village de caravanes ?
REPONSE : - Non. Au début je disais : "comme c'est beau ici". Je ne savais pas qu'il y avait des Éthiopiens. Alors je disais : "comme c'est beau ici". A la fin, j'ai décidé qu'ici c'est dégoûtant.
QUESTION : - Comment ... ?
REPONSE : - Ici, c'est dégoûtant.
QUESTION : - Tu aimes la caravane ?
REPONSE : - Non.
QUESTION : - Pourquoi ?
REPONSE : - On a un trou là.
03:12 - (dialogue avec Iyov-Yehouda Shibesh, le jeune garçon éthiopien)
JOURNALISTE: - Tu habites où, maintenant ?
IYOV: - Dans une caravane.
QUESTION : - Quel numéro ?
REPONSE : - Là où je dors, c'est le 822.
QUESTION : - Qui d'autre dort avec toi ?
REPONSE : - Hein ?
QUESTION : - Qui d'autre dort avec toi ?
REPONSE : - Le grand Shaï (* prononcez : Chaille). Il n'est pas là en ce moment. Il est à l'internat. Alors je dors seul.
QUESTION : - Tu t'appelais comment, en Éthiopie?
REPONSE : - Iyov.
QUESTION : - Pourquoi as-tu changé de nom ?
REPONSE : - Euh ... Quand nous étions à l'hôtel de transit, on m'a appelé: Yehouda. "D'accord", j'ai dit. "Mais Iyov, c'est bien aussi". Voilà ce que je leur ai dit. "Entendu", m'a-t-on répondu. "Mais tout le monde a changé, tu changeras aussi". "D'accord", je leur ai dit. (04:06)
04:22 - (dialogue avec Lena Prolov, jeune femme de Russie)
JOURNALISTE: - Vous souvenez-vous du jour où vous êtes arrivée au village de caravanes ?
LENA: - Oui. C'était en mai de cette année. Je venais de Saint-Jean d'Acre. J'étais arrivée en voiture. J'ai débarqué avec deux sacs pleins de mes vêtements. Ensuite, des amis m'ont donné un lit. L'endroit était vide et au début j'ai vu que ce n'était... pas très grand, mais ça allait, plus ou moins. Par contre, ce qui m'a effrayée, c'est l'arrivée ici. J'ai eu peur de cette route. J'étais complètement perdue. Je me suis dit: "Mon Dieu, où suis-je arrivée ?" Ca fait un choc !
QUESTION : - Vous étiez seule ?
REPONSE : - Oui.
QUESTION : - Qu'avez-vous fait ? Quelle est la première chose que vous ayez faite ?
REPONSE : - J'ai commencé à nettoyer. Comme n'importe quelle femme.
05:37 - (dialogue avec Suzana Goldenberg, immigrante d'Argentine)
SUZANA : - Pour moi, la caravane, ce n'est pas un endroit méprisable. C'est une maison, une ou deux chambres, des toilettes, l'eau froide et l'eau chaude. C'est mon foyer. Pour moi, c'est bien.
JOURNALISTE : - Qu'avez-vous apporté d'Argentine ?
REPONSE: - Tout. Mes livres, mes assiettes, mes couverts, mes casseroles ... Tout. Et j'ai apporté ce qu'il y a de mieux : Moi !
06:21 - (dialogue avec Paulina Keifen, jeune fiancée, originaire de Russie)
JOURNALISTE: - Paulina, vous avez quel âge ?
PAULINA: - J'ai 19 ans.
QUESTION : - Quand avez-vous immigré en Israël ?
REPONSE : - Il y a un an et demi.
QUESTION : - Vous vous êtes tout de suite installée dans le village de caravanes ?
REPONSE : - Non. J'ai habité Naharya. Nous n'avions pas assez d'argent pour payer le loyer. Alors nous sommes venus ici.
QUESTION : Vous souvenez-vous du jour de votre arrivée ? Qu'avez-vous pensé ?
REPONSE : - Arrivée où ? Au village de caravanes ? C'était isolé. Comme si on entrait... Au début, nous n'avions pas cette route. Il fallait passer par Bousstane Hagualil. On arrive. On regarde. C'est comme un ghetto. Toutes les caravanes se ressemblent. Quand je suis entrée j'ai vu que c'était minuscule. J'avais l'impression d'étouffer. Je travaille à Saint-Jean d'Acre, dans un restaurant, comme serveuse. Dans un mois, je vais me marier avec mon copain.
07:25 - (scènes avec Suzana Goldenberg, immigrante d'Argentine)
SUZANA : Cette plante verte vient d'un arbre (l'eau n'a pas encore bouilli !), un arbre d'Argentine. Là-bas, c'est très humide, et vous trouvez ces plantes avec ou sans tiges.
SUZANA : Yussepe vit avec moi. C'est un homme très bien. Il est arabe, il est catholique, et il vit de la pêche.
08:00 - (Suzana sur la route, puis à l'épicerie, en hébreu)
SUZANA : Bonjour madame.
REPONSE (off) : Bonjour.
SUZANA : - Oh, quel travail !
- Hello ! Je suis miss Argentine.
- Ca va ? Tout va bien ? Vous avez du pain ? Et de la bière ? Tu bois quoi, toi ? De la bière ? Non, tu es trop petit ! C'est mauvais pour toi !
09:06 - (dialogue avec Lena Prolov)
JOURNALISTE : Qu'est-ce qui vous a le plus dérangée, à votre arrivée ?
REPONSE : Le manque d'intimité. On voit les uns chez les autres. Les fenêtres sont juste en face. Chacun sait plus ou moins ce que je fais. (C'est désagréable). Avec qui je vis ! Evidemment, ils ne savent pas tout. D'ailleurs, je ne dis pas tout. Mais ils savent de quoi je vis et ce que je fais. Alors les ragots commencent à circuler. Dieu sait ce qu'ils racontent !
QUESTION : Combien d'emplois avez-vous eus depuis votre arrivée ?
REPONSE : Ouaï ! Trop pour les compter. J'ai travaillé dans des restaurants, des bureaux. Comme employée, femme de ménage. Je me suis également occupée de personnes âgées. J'ai tout fait!
10:00 - (dialogue avec Suzana Goldenberg)
JOURNALISTE : Où habitent vos fils ?
REPONSE : Mes fils ? L'un habite 'Haïfa, l'autre Tel-Aviv, rue Dizengoff.
QUESTION : Vous ne souhaitez pas vivre avec eux ?
REPONSE : Non, non, non. Je ne suis pas une "mama juive". Surtout pas. (Ts, ts, ts). J'aime beaucoup inviter mes fils chez moi, ou être invitée chez eux. Cela s'arrête là.
QUESTION : Vous n'aimeriez pas vivre ensemble ?
REPONSE : Vivre ensemble ? Non ! Vivre avec un compagnon, d'accord; mais pas avec mes fils. Un fils n'est pas un compagnon, c'est un fils...(ts, ts, ts).
10:44 - (dialogue avec Iyov, le jeune Ethiopien)
JOURNALISTE : Quand es-tu arrivé ?
REPONSE : Durant "l'Opération Salomon" .
QUESTION : D'où viens-tu ?
REPONSE : De Goundar.
QUESTION : Cela fait deux ans ?
REPONSE : Oui.
QUESTION : Tu as des souvenirs de votre arrivée ?
REPONSE : Oui.
QUESTION : Tu veux bien raconter ?
(SILENCE)
QUESTION : Avec qui es-tu venu en Israël ?
REPONSE : Seulement avec mon père.
QUESTION : Où est ta mère ?
REPONSE : En Ethiopie.
QUESTION : Tu as de bonnes relations avec tes parents ?
REPONSE : Ca dépend.
QUESTION : Quel est le problème ?
REPONSE : Il y a environ deux semaines, j'ai demandé à mon père de m'acheter un cahier. Il ne l'a pas fait. Pourtant, il me l'avait promis. Mais il ne l'a toujours pas acheté.
QUESTION : Il n'a peut-être pas d'argent.
REPONSE : S'il n'avait pas d'argent, il me l'aurait dit. Je ne lui aurais plus demandé.
11:59 - (dialogue avec la petite Erina Seipek)
JOURNALISTE : Erina, il y a beaucoup d'élèves de ta classe qui habitent le village de caravanes ?
REPONSE : Non. Personne. Je n'ai que mon amie Diana.
QUESTION : Ils viennent te rendre visite ?
REPONSE : Non. Ils ne savent même pas où j'habite.
QUESTION : Pourquoi ?
REPONSE : Je ne leur ai pas dit.
QUESTION : Tu ne voudrais pas les inviter chez toi l'après-midi ?
REPONSE : J'ai avec qui jouer. Mes trolls. C'est vrai qu'il y a des Ethiopiens. A l'école Tomer, là-bas, il n'y a que des blancs. C'est pareil à l'école Weizmann, où je vais. Il n'y a que des blancs et des russes.
QUESTION : Tu es blanche ou russe ?
REPONSE : Blanche. Il y a une autre classe, Ben-Zvi. Là, ce n'est que des Ethiopiens.
QUESTION : Pourquoi n'aimes-tu pas les Ethiopiens ?
REPONSE : Parce qu'ils ont toujours de la morve au nez et qu'ils sont sales. C'est pour ça !
QUESTION : Tu as des amis éthiopiens ?
REPONSE : Non. Aucun. Qu'est-ce que tu crois ? T'es malade ! Je n'ai pas d'amis éthiopiens. Que des blancs. Les autres, je les déteste.
QUESTION : Pourquoi ?
REPONSE : Même quand maman me dit d'être amie avec les Ethiopiens, je réponds : Non !
13:28 - (dialogue avec Tonia Seipek, la mère d'Erina)
TONIA : Elle ne comprend pas grand chose. Parfois les enfants répètent ce qu'ils entendent. Ce qui entre par une oreille ressort par l'autre. Le vrai problème, c'est que nous habitons les caravanes. L'avenir est bouché. C'est l'impasse.
JOURNALISTE : On vient parfois vous rendre visite ?
REPONSE : Oui.
QUESTION : De l'école ?
REPONSE : Ah ? Jamais de l'école. Je pensais que la maîtresse voudrait peut-être rendre visite à Erina. Moi, je ne peux pas lui dire : "Venez chez nous, s'il vous plaît." Cela ne se fait pas. A mon avis, elle aurait pu y penser. Simplement pour voir, se rendre compte, savoir comment on vit, comment Erina fait ses devoirs. Si elle a de la place, une chambre...
QUESTION : Elle a sa chambre ? Montrez-moi sa chambre.
REPONSE : Elle n'a pas de chambre ici.
QUESTION : Vraiment ?
REPONSE : Absolument.
QUESTION : Alors, où dort-elle ?
REPONSE : Ici. Elle dort. Elle mange. Elle fait ses devoirs. Tout dans la même pièce. Vous savez quoi ? On ne peut même pas appeler cela une pièce.
14:31 - (dialogue avec Lena Prolov)
LENA : En un sens, bien sûr que c'est une honte. Lorsque l'on me pose la question, je réponds toujours que je viens de Saint-Jean d'Acre, ou de Naharya : "Où habites-tu ?" - "J'habite Naharya".
JOURNALISTE : Pourquoi avez-vous honte d'habiter ici ?
REPONSE : C'est en dessous de tout. Ici, on ne peut même pas parler de niveau de vie. C'est un trou ! Les gens ne réfléchissent pas. Pour eux c'est comme ça. Si on vit dans une caravane, on est certainement un moins que rien. Comme tous les immigrants.
16:12 - (dialogue avec Suzana Goldenberg)
SUZANA : J'ai la nostalgie de mon pays. Tout me manque. La civilisation. La culture. Mais en Israël...
JOURNALISTE : Qu'est-ce qui vous plaît en Israël ?
REPONSE : Ah...le ciel, la mer...
QUESTION : Pourquoi le ciel ?
REPONSE : Il est magnifique. Vous avez un ciel magnifique en Israël. Ici j'ai vu pour la première fois de ma vie un spectacle que je n'oublierai plus jamais.
QUESTION : Lequel ?
REPONSE : C'était la nouvelle lune. J'ai vu le premier quartier. A la pointe du quartier de lune, brillait une étoile. C'était extraordinaire.
17:01 - (entretien avec Iyov, le jeune Ethiopien)
JOURNALISTE : Tu as parlé à ta mère depuis que tu es en Israël?
REPONSE : Non. Jamais. Elle n'a pas le téléphone. Je n'avais jamais pensé qu'un jour je pourrais entendre sa voix. Pourtant j'ai entendu sa voix.
21:03 - (entretien avec Iyov)
IYOV : Il y avait des bagarres. Je n'aime pas évoquer ce temps-là. Dans certains kibboutz, ils refusent les immigrants. On se bat. Ils me traitaient de "nègre", m'insultaient : "Regardez ce sale type. C'est un nègre". Je les ignorais. Je m'éloignais d'eux. Mais précisément, quand je m'éloignais, c'était pire. A la fin, je me battais.
JOURNALISTE : Les enfants étaient dérangés par la couleur de ta peau?
REPONSE : Je ne sais pas. Je crois que nous finirons par avoir la peau blanche.
QUESTION : Tu avais des problèmes de ce genre en Ethiopie ?
REPONSE : Non. Là-bas, on ne se bagarre pas, on ne s'insulte pas.
22:07 - (monologue d'Erina Seipek)
ERINA : Stefane sortit de sa caravane. Il avait un problème. Il n'avait plus rien à boire. La Mère l'Oye lui avait pourtant bien dit: "Surtout, ne sors pas de la caravane". Mais Stefane avait répondu : "Il faut absolument que je sorte, que j'aille au magasin". Stefane décide alors : "Tout m'est égal, je vais habiter ailleurs". La mère l'Oye vivait dans une maison pour elle toute seule. Une caravane tout entière. Soudain tous deux rencontrent quelque chose de noir, quelque chose d'inconnu, peut-être un homme, peut-être un Ethiopien. Alors, la Mère l'Oye dit à Stéfane: "Vas-tu m'obéir désormais ? Feras-tu ce que je te dis ? Allons, obéis-moi !"
23:48 - (dialogue avec une serveuse russe)
JOURNALISTE : Cela fait combien de temps que vous travaillez ici ?
SERVEUSE : Huit mois, à temps plein.
QUESTION : Vous gagnez combien, ici?
REPONSE : Aujourd'hui ? Je n'ai pas encore fait le compte. C'est peut-être une bonne journée.
QUESTION : Ils parlent de quoi, avec vous ?
REPONSE : Certains, c'est juste pour discuter. Ils viennent passer le temps. Sans plus. D'autres, ils viennent chercher une fille plutôt mignonne. Parfois je m'assieds quand on m'invite. On se met à boire. On devient de bons copains, des amis même. Mais tout-à-coup, le ton change. Bon, je fais celle qui n'a rien entendu ! Mais ça recommence! Ca devient agaçant à la fin. Alors je vais à la cuisine. Je pleure un bon coup. Et je reviens ici.
QUESTION : Qu'est-ce qu'on vous dit ?
REPONSE : N'importe quoi !
QUESTION : Par exemple ?
REPONSE : Est-ce que je sais ? "Putain russe". Ce genre-là! Ou "Pourquoi tu fais tant de chichis ?".
QUESTION : On vous fait parfois des propositions ?
REPONSE : Comment ?
QUESTION : Ils pensent peut-être que vous êtes là pour autre chose?
REPONSE : C'est pas parfois. C'est presque toujours le cas.
25:23 - (dialogue avec Lena Prolov)
REPONSE : Au début, c'était très difficile. On se sent idiot. On ne comprend rien, on ne connaît rien. Qui va vous embaucher ? Il y a eu aussi des gens, parfois, qui ne sont pas corrects. Qui vous manquent de respect. Là, c'est impossible de travailler dans ces conditions. Sans dignité, on se sent une carpette. Mais en fait, c'est moi la seule responsable. Je n'accuse personne. Ni de ce qui m'est déjà arrivé dans la vie, ni de ce qui m'arrivera plus tard.
31:02 - VOICE-OVER - (entretien avec Lena Prolov)
LENA : Je n'ai jamais attaché d'importance au fait que quelqu'un soit juif, Israélien, Russe, ou Allemand...Ca m'est complètement égal.
JOURNALISTE : En Israël, vous vous sentez Israélienne ou Russe ?
REPONSE : Russe et c'est très mal vu.
QUESTION : Vous avez des amis Israéliens ?
REPONSE : On n'est pas sur le même plan. Je le ressens très fort. C'est particulièrement désagréable de se retrouver face à des gens qui ont tout... Tenez : prenez un millionnaire, un homme riche et un homme simple, qui ne possède rien. Ils ne deviendront jamais amis. A cause de la différence. Dans la vie, la distance est réelle. On ne peut pas se comprendre. Eux, ils ont une autre manière de vivre, de s'amuser, de s'habiller, de considérer l'existence... Nous les petits, on est différents.
32:10 (TONIA SEIPEK)
TONIA : Ici, on a plutôt l'impression d'être des gens d'une catégorie inférieure, par bien des aspects. Cela fait vraiment mal. On le ressent partout; où qu'on aille. Prenez un exemple. Quelqu'un qui cherche du travail. On lui demandera d'abord où il habite, n'est-ce pas ? S'il répond :"J'habite le village de caravanes, à Saint-Jean", c'est comme s'il disait qu'il n'est pas normal !
35:21 - Erina fredonne et danse.
36:02 - VOICE OVER - (entretien avec Lena Prolov)
LENA : Je ne vois même plus cet endroit. Quand je rentre du travail, je n'ai qu'une idée en tête : dormir.
JOURNALISTE : Vous pensez qu'on s'y habitue ?
REPONSE : D'une certaine manière. Mais jamais complètement.
QUESTION : Qu'est-ce qui vous dérange le plus ?
REPONSE : Ici ? (SILENCE) C'est comme un ghetto. (SILENCE) Bien sûr, on n'y prête pas toujours attention. Mais c'est toujours là, dans la tête. On ne peut pas l'oublier.
QUESTION : Vous pensez rester ici ?
REPONSE : Dieu seul le sait.
36:58
(dialogue avec Iyov-Yehouda Shibesh, le jeune Ethiopien)
IYOV : C'est une façon de passer le temps. Parfois, quand je suis seul, je cours.
JOURNALISTE : Yehouda, pourquoi cours-tu ?
REPONSE : Parfois, je veux aller ailleurs. S'il n'y a pas d'autobus, je peux me mettre à courir. A la fin j'arriverai là où je veux.
QUESTION : Que veux-tu devenir quand tu seras grand ?
REPONSE : Coureur... Sportif.
39:30 - (entretien entre l'assistante sociale et Iyov Shibesh)
ASSISTANTE : Pourquoi n'es-tu pas venu à cinq heures ?
IYOV : J'avais prévenu que j'irais...
ASSISTANTE : Non. Pas moi. Nous, on avait fixé cinq heures !
IYOV : Oui.
ASSISTANTE : Pourquoi n'es-tu pas venu ?
IYOV : On est allé manger des oranges.
ASSISTANTE : Où ? (RIRES) Où ?
IYOV : A Bousstane Hagalil.
ASSISTANTE : Avec qui étais-tu?
IYOV : Avec Chaï. (prononcer: Chaille)
ASSISTANTE : (RIRES) Toi et Chaï ? Vous avez volé des oranges ? Et si on vous avait attrapés ?
IYOV : On se serait sauvé.
ASSISTANTE : Sauvé ?
IYOV : Oui.
ASSISTANTE : Tu es fier de toi ?
IYOV : Non.
(IL ENFILE LA VESTE).
IYOV : C'est bien.
ASSISTANTE : Boutonne-le. Il est beau, n'est-ce pas ?
IYOV : Oui.
ASSISTANTE : Il a de la classe. J'ai le même, tu sais !
IYOV (silence)
ASSISTANTE : Tu l'as jeté à la poubelle ?
IYOV : Non.
41:45 - VOICE OVER - (entretien avec Lena Prolov)
LENA : Au début, c'était très dur. J'ai soudain ressenti que je n'avais aucun soutien. N'importe quoi pouvait m'arriver. Qui s'en soucierait ? Qui le saurait ? J'ai commencé à faire des bêtises, à prendre des cachets.
JOURNALISTE : Où habitiez-vous ?
REPONSE : Ici. Au village de caravanes. J'ai d'abord passé un mois en ville. J'y suis restée. On m'a attribué une caravane.
QUESTION : Et ensuite ?
REPONSE : J'ai fait une dépression.
QUESTION : Pour quelle raison ?
REPONSE : La vie, les caravanes. Je ne connaissais personne. Ca fait un choc d'entrer ici. Au bout de deux mois, vous êtes sonné ! J'ai avalé des cachets.
QUESTION : Combien ?
REPONSE : Une centaine. Du valium et d'autres foutaises.
QUESTION : Vous vouliez mourir ?
REPONSE : Oui ! (SILENCE) Plus maintenant. Pas question.
QUESTION : Qui vous a sauvée ?
REPONSE : Les voisins. Je me suis réveillée au bout de trois jours. La tête me tournait. A cause des cachets, des perfusions, de tous ces tubes... J'ai réalisé que j'avais fait une bêtise. En rentrant chez moi, je suis directement partie à la plage, avec mon chien. J'ai réfléchi un bon moment. J'ai terriblement regretté. Je n'avais pas eu de raison vraiment sérieuse d'agir ainsi.
46.12 - Paulina (devant la caravane, après le mariage)
46:44 - VOICE OVER - (Suzana lit une lettre en anglais macaronique)
SUZANA : Saint-Jean. 18 février 1993.
Monsieur l'Américain. J'ai lu votre annonce dans le "Jerusalem Post". J'ai cinquante ans. Je suis professeur d'histoire. Je parle huit langues. J'apprécie beaucoup la bonne musique, le théâtre, le cinéma, la peinture. Mes peintres préférés sont les Impressionnistes. Je lis énormément. Je suis très bonne cuisinière. Ma spécialité, ce sont bien sûr les desserts. Je possède le sens de l'humour. J'ai les yeux bleus. Je ne me teins pas les cheveux. J'adore le champagne brut. Je m'appelle Suzana Goldenberg et j'habite au village de caravanes de Saint-Jean, à Saint-Jean d'Acre, Israël. Ma vie en Israël est très agréable. J'habite à une rue de la mer et j'adore nager. J'aime beaucoup l'amour. Je suis très douce. Je n'ai rien d'autre à vous raconter. Je vous envoie un petit baiser et une photographie. Grand bonjour de Saint-Jean. Votre Suzana.
48:22 (dialogue avec Paulina Keifmen, la jeune mariée)
PAULINA : J'en ai un autre à Maaloth.
JOURNALISTE : Qui vous a offert ce service ?
REPONSE : Un oncle de mon mari. Les tableaux aussi. En voilà un autre. Le tableau au mur, là-bas... il est beau ?
QUESTION : Que m'aviez-vous dit à propos de ce tableau ?
REPONSE : C'est une sorte de souvenir de Russie. Il vient d'amis de mon mari. C'est génial, non ? C'est beau !
48:58 - (séquence avec Tonia Seipek et Paulina Keifen)
TONIA : Le jour du mariage, tout le monde a eu l'impression d'avoir oublié ses problèmes. Vous savez, moi je me suis complètement détendue. je me sentais merveilleusement bien. C'est vrai. Maintenant, elle doit reprendre le travail. C'est comme ça ! Elle a un travail très dur. On n'y peut rien. On n'a pas le choix.
49:28
JOURNALISTE : Paulina, aujourd'hui que vous êtes mariée, quel est votre rêve ?
PAULINA : Mon rêve ? Acheter un appartement à maman, à ma famille. Vivre tous ensemble, dans le même immeuble, rester ensemble.
49:48 - (séquence avec Lena Prolov)
LENA : Mon rêve à moi, c'est d'aller en Russie avec de l'argent. Faire un tour. Aller voir les copains, leur acheter de beaux cadeaux, très chers; leur montrer que je vais bien. Que j'habite à l'étranger et que je me débrouille. Pourquoi pas ? Ne pas prendre de grands airs, mais ne pas arriver comme une ratée.
50:15 - (séquence avec Iyov-Yehouda Shibesh)
IYOV : Moi, ça m'est égal. Ce que je veux, c'est que maman vienne me rejoindre. Qu'elle habite avec nous. Elle me manque.
50:36 - (séquence avec Erina Seipek)
ERINA : Je voudrais un ordinateur. Parce qu'un ordinateur, c'est la chose qui m'intéresse le plus. Mais maman n'a pas d'argent. Elle doit encore m'acheter un nouveau cahier à petits interlignes, parce qu'elle s'était trompée de taille.
50:54 - (séquence avec Suzana Goldenberg)
SUZANA : Je rêve d'une maison au bord de la mer avec quelques chambres, toute blanche, avec une cheminée, deux étages, une terrasse, un petit jardin, et un barbecue. Et une grande baie dans le salon pour voir le ciel, le ciel d'Israël, qui est si beau.
Adaptation française : 3 i Traductions.
8014
ETRANGER DANS SON PROPRE PAYS
SOUS-TITRES
08:00 - (Suzana sur la route, puis à l'épicerie, en hébreu)
SUZANA : Bonjour madame.
REPONSE (off) : Bonjour.
SUZANA : - Oh, quel travail !
- Hello ! Je suis miss Argentine.
- Ca va ? Tout va bien ? Vous avez du pain ? Et de la bière ? Tu bois quoi, toi ? de la bière ? Non, tu es trop petit ! C'est mauvais pour toi !
17:50 - (Sirène d'ambulance, bruits de conversation) :
- Depuis combien de temps ?
- Il en reste un ?)
INFIRMIER - On l'emmène à l'hôpital. Ils lui feront des examens. Quelqu'un doit nous accompagner. N'oubliez pas sa carte d'identité. Au revoir ?
20:16 - (Suzana chante en espagnol)
... temps d'amour lointain.
Cette lumière qui détruit tout, c'est cela ma vie, c'est ma douleur, et le clignotement bleu des étoiles hier indifférent, a entendu mon retour.
Revenir avec l'âme étouffée, par un doux souvenir qui ne peut pas l'être.
Sentir que la vie n'est qu'un souffle, qu'avoir vingt ans n'est rien, que mon regard fébrile brille et s'allume.
25:55 :
PATROUILLEUR : J'appelle le 633. Ici le 631. A vous.
CORRESPONDANT : A l'extrémité ouest du village. Une voiture est entrée.
PATROUILLEUR : Compris. A vous.
CORRESPONDANT : Vous devriez la contrôler.
PATROUILLEUR (à un passant) : Malessa. Quoi de neuf ? Viens ici. Comment ça va ?
MALESSA : Bien.
PATROUILLEUR : Tu n'as pas l'intention d'aller dormir aujourd'hui ?
MALESSA : J'étais chez Ariella.
PATROUILLEUR : Vraiment ?
MALESSA : Oui. Je t'assure.
PATROUILLEUR : Va te coucher. Bonne nuit.
MALESSA : Salut.
26:59 - (Iyov au téléphone. La conversation se déroule en amharite avec quelques bribes d'hébreu) :
- Je voudrais parler à Agnene Balata !
- C'est son fils, Iyov.
- Iyov. Oui, d'accord.
29:13 - (conversation entre Tonia Seipek et sa fille Erina. En RUSSE avec quelques bribes d'hébreu) :
voir traduction sur feuille
ERINA (EN HEBREU) : Oui. Je sais. C'est la même chose. Oui.
(train. Bruits d'ambiance. Enfants parlent et chantent)
33 :02 - (conversation entre Suzana Goldenberg et la mère du marié) :
SUZANA : Paulina va se marier. C'est bien. Vous êtes venue de Russie ?
MERE (en RUSSE): ( incompréhensible )
SUZANA : Vous parlez yiddish ? Non ! Le yiddish ? Non !
MERE : L'allemand.
SUZANA : Non.
MERE : (en RUSSE) : ( incompréhensible )
SUZANA : Vous êtes la mère du marié ? Je comprends.
34:39 - (chez la maquilleuse) :
"- Ouvrez les yeux."
37:44 - (au mariage de Paulina Keifmen) :
SUZANA : Ce n'est pas la mariée ? Non, la mariée n'est pas là ! Oh !
HOMME : Alors, on y va? On prend un parapluie ?
SUZANA (EN ESPAGNOL et HEBREU) : C'est le fiancé qui décide. S'il dit non, plus de mariage.
HOMME : C'est espagnol ?
SUZANA : Oui. C'est d'Argentine. Mais le riz vient d'Israël. Voici le père de la mariée. (ESPAGNOL: el poussa lo : allez, poussez (?) )
(La voiture démarre)
SUZANA : En avant.
40:49 - (au mariage de Paulina Keifmen) :
ANIMATEUR : Permettez-moi de féliciter le jeune couple et de lui présenter tous nos voeux de bonheur, de prospérité, de santé... Buvons tous à sa santé ! A la paix ! A la vie !
41:08 - CHANSON RUSSE (?)
43:34 - CHANSON EN ANGLAIS
44:25
CORRESPONDANT : On en a trouvé une au village. Dis-lui qu'on a trouvé une grenade lacrymogène. Une grenade de l'armée, complètement vide.
44:56 - (Iyov au téléphone, en AMHARITE ET BRIBES D'HEBREU) :
IYOV : Allô ? Qui est-ce ? Qui ? C'est maman ?
C'est moi, Iyov. Ca va ! Ca va ! Tout le monde va bien.
Moi aussi. Je n'ai pas le temps. J'étudie.
45:34 : C'était ma mère...
48:04 - (Film vidéo du mariage de Paulina Keifmen) :
ANIMATEUR : Permettez-moi de féliciter le jeune couple et de lui présenter tous nos voeux de bonheur, de prospérité, de santé... Buvons tous à sa santé ! A la paix ! A la vie !
Adaptation : 3 i Traductions.
| Adaptation 3i Traductions |