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Une erreur monumentale
La ligne Maginot entre deux nations
01'44 Commentaire :
Villy-La-Ferté, Lorraine. Le fort blindé 505, pilier d'angle situé à la pointe nord-ouest de la Ligne Maginot. En mai 1940 s'y déroule une tragédie résultant de la politique désastreuse mise en oeuvre par la France après la fin de la Première Guerre mondiale et des erreurs stratégiques commises au début de l'offensive allemande en France.
Le maire de Villy et une poignée d'anciens combattants veulent nous aider à comprendre cet épisode de l'Histoire à travers un voyage dans le passé.
02'39 Commentaire :
A partir du 18 mai et pendant deux jours, le fort résiste aux bombes des Stukas, à la grêle d'obus de l'artillerie et aux charges des troupes d'assaut. Puis une coupole explose avec ses munitions provoquant un incendie. Les hommes croient échapper à l'enfer en empruntant une galerie de 168 marches et 35 mètres de profondeur.
Ils ont reçu lordre de tenir le fort, à tout prix.
03'17
Dans leur retraite précipitée, les hommes ont le souffle coupé. Des gaz toxiques envahissent la galerie.
Faut-il capituler pour sauver sa peau ?
L'ordre provenant du quartier général est de mourir pour la France !
C'est ainsi que cent-sept hommes sont morts étouffés ici-même.
04'14 Commentaire :
La mort des soldats à l'intérieur du fort n'a pas pesé sur l'issue de la bataille. Alors pourquoi en ranimer le souvenir à présent ?
05'42 Commentaire :
On rend hommage aux victimes.
Mais, n'y avait-il aucun moyen d'empêcher cette terrible hécatombe ?
Pendant que la France concevait la construction du fort de La Ferté, la première république allemande, la République de Weimar ( accent sur la première syllabe), luttait pour sa survie.
05'58
La construction de la ligne Maginot et donc du fort de La Ferté, voilà une des conséquences que le pouvoir français a tiré de la Première Guerre mondiale.
Un bilan sanglant :
1 385 000 morts, des millions d'invalides de guerre en France. Des deux côtés: toute une génération sacrifiée ou dépressive.
06'18
L'étendue des destructions subies par la Flandre et les régions du nord de la France est à peine concevable. Quatre départements sont détruits, à plus de 50% en moyenne.
06'42
En 1919, la France est parvenue à triompher. Mais de justesse. L'incapacité de la nation à soumettre l'ennemi sans le soutien massif de ses alliés anglais et américains fut un vrai traumatisme. Seuls quelques généraux avaient compris cette guerre moderne, produite par une société en pleine mutation.
07'08
Malgré tout, on voua une grande admiration à Joffre et à Foch; ce qui fut un appel à la non-réconciliation et un retour aux idées d'avant-guerre.
07'25
L'idée d'un équilibre entre suprématie militaire et engagement pour les Droits de l'Homme est symbolisé au coeur de Paris par l'axe Trocadéro - Ecole Militaire. Cette idée force semble aujourd'hui appartenir à un autre âge.
07'48
Depuis la grande révolution, cette doctrine a sans cesse été ostensiblement réaffirmée. La Convention Nationale de la nation citoyenne, qui atteint sa plus haute expression dans la raison d'État, repose sur deux piliers : l'adhésion librement consentie de citoyens libres au contrat social et une armée de citoyens, qui conquiert et défend la liberté de la nation.
08'17
Une telle armée a l'obligation d'être toujours victorieuse, sinon on jugerait la patrie en danger mortel.
08'30
Cette armée peut aussi servir d'instrument politique, comme en 1923, lors de l'occupation de la Ruhr. C'est ainsi que l'on doit faire appliquer les mesures draconiennes prévues par le traité de Versailles, même si la jeune république allemande y perd toute crédibilité et même si ses démocrates doivent le payer de leur vie.
08'49
En tant que chef du gouvernement, Aristide Briand que l'on voit ici en 1930, à Berlin, aux côtés de Pierre Laval, avait misé sur une entente avec l'Allemagne. Mais des deux côtés peu de gens étaient prêts à faire preuve d'abnégation pour atteindre ce but.
Briand avait aidé son ami Gustav Stresemann à obtenir le retour de lAllemagne au sein de la Société des Nations. Lorsquil veut lui rendre un hommage posthume, il a abandonné l'espoir de pouvoir poursuivre sa politique.
09'22
En France, l'assaut du parlement mené par la Droite en 1934, échoue de justesse. Au dernier moment, De La Rocque ordonne le retrait de ses Croix de Feu. Par la suite, le pays connaît des grèves massives. Les ouvriers entendent faire valoir leurs intérêts, dans la société comme en politique. En 1936, la majorité porte au pouvoir la coalition du Front Populaire, composée de communistes, de socialistes et de radicaux.
09'49
La politique sociale et financière des différents gouvernements de Léon Blum alarme la bourgeoisie, qui craint de perdre ses privilèges.
La fuite des capitaux et le boycott infligé au gouvernement de gauche aggravent la situation économique : en 1938, létat français est au bord de la banqueroute.
En dehors de la foi en l'armée, cette période de remaniements ministériels connaît une autre continuité : la figure imposante du ministre de la Guerre, André Maginot.
10'24
En revanchiste résolu, il a conduit l'occupation de la Ruhr. Le sous-officier, décoré à maintes reprises, est considéré comme un héros de Verdun. La caste militaire l'accepte en tant que ministre de la Guerre. Généraux et ministres élaborent ensemble un concept défensif.
Pour la France, c'est la seule stratégie envisageable. Cependant, la Ligne Maginot va demander trop d'efforts au pays. En l'espace de sept ans, sa construction va coûter cinq milliards et demi de francs-or. En 1939, les fortifications se dressent sur 314 kilomètres, de la Suisse à la Lorraine.
12'57 Commentaire :
En Lorraine, dans le département de la Meurthe et Moselle, se trouve le Hackenberg qui est la plus grande forteresse de la Ligne Maginot. En surface, les ruines de l'édifice semblent être les vestiges d'une culture inconnue et indéchiffrable. Ceux qui vivent ici, connaissent beaucoup d'histoires illustrant la confrontation et la coopération entre Allemands et Français. Ils peuvent faire le récit des rendez-vous manqués de ce XXe siècle.
13'29
Le terrain, à présent occupé par d'épaisses forêts, était alors tout à fait dénudé; un champ de tir dégagé où livrer bataille.
13'39
Au sommet du Hackenberg se trouve le cimetière privé d'un seigneur lorrain. Ici, les pierres tombales attestent que la culture et l'Histoire de cette région ignorent la frontière séparant le Palatinat de l'Alsace-Lorraine. Mais leurs inscriptions révèlent également le jeu des puissances qui tour à tour ont imposé puis établi leur domination sur la région.
14'00
Le colosse souterrain attire les touristes depuis vingt ans. Amis Forts, une association d'anciens combattants, d'historiens et de jeunes, a obtenu l'ouverture du fort. Jean Bellot, professeur à la retraite, guide les Français dans le strict respect du règlement, mais dans la bonne humeur.
15'05 Commentaire :
Les pièces d'artillerie des coupoles blindées sont prêtes à faire feu dès 1938. Pourtant les forteresses ne seront suffisamment ravitaillées en munitions qu'au début de la guerre, en septembre 1939, lorsque le terrain avancé et la région sont évacués.
15'22
A première vue, le Hackenberg ressemble aujourd'hui à un jouet monumental à l'usage des grands. Mais il ne s'agit pas d'un jeu; plutôt d'un voyage dans le temps qui fait resurgir un malaise sous-jacent. C'est une spéléologie d'un type très particulier : le traitement d'un traumatisme personnel et peut-être national, effectué à partir des décors d'une réalité disparue.
15'47
En hiver 1939, les occupants de la forteresse percevaient le grondement de tonnerre de la guerre qui approchait. Chaque descente à l'intérieur du monstre d'acier et de béton pouvait être le prélude à un combat mortel. Tous voulaient trouver le courage de résister dans l'honneur... et la victoire.
Chaque fort était comme un navire de guerre faisant partie d'une grande armada.
Ils vivaient en autarcie et produisaient leur énergie et leur électricité.
Les soldats, terrés dans leur souterrain de béton, se sentaient parfaitement en mesure de remplir leur mission tactique. Notamment en raison de l'énorme puissance de feu des forts. De plus, du militaire de carrière au réserviste, en passant par l'appelé, chacun des hommes qui ont servi ici était un spécialiste formé pour la tâche quil devait accomplir.
16'42
La Ligne Maginot était le système d'armement haute technologie de son époque, propre à alimenter outre-Rhin la fiction d'une France armée jusqu'aux dents.
17'04
Aujourd'hui nous savons que le Hackenberg, restauré avec un soin tout particulier, ne peut pas être considéré comme le symbole d'une stratégie de dissuasion réussie bien quon puisse constater aucune défaillance technique ni humaine.
L'ordre de cesser le feu arriva au moment de la défaite, dont les politiques et les militaires portaient la responsabilité.
17'33
Celui qui va au fond du mythe de la Ligne Maginot peut aussi tomber sur des anecdotes.
18'10 Commentaire :
La vie quotidienne des hommes affectés aux forts était vraiment confortable. Par contre la situation politique et militaire était incertaine.
18'26
On exhibait aux regards ennemis un dispositif militaire presque écrasant, moderne et efficace.
Si la France avait moins misé sur tout refus de réconciliation et sur sa propre suprématie, le Front de Harzburg, une alliance de réactionnaires allemands, n'aurait pas pu mener une campagne aussi martiale. Et les grandes manifestations de ce mouvement antirépublicain n'auraient pas eu un tel impact, y compris sur le Chancelier du Reich, von Papen ( accent sur la première syllabe qui est très longue), et le Prince héritier de Prusse.
18'59
Par la suite, Adolf Hitler a pu tirer un avantage décisif de deux facteurs : les répercussions du Traité de Versailles et le mensonge maintes fois répété d'une menace qui pèserait sur l'Allemagne. Cest ainsi qu'il héritera du pouvoir politique en 1933. Au coeur de sa propagande, figurait la prétendue soif de conquête du voisin français, avec lequel on ne négocie pas la levée des sanctions en Rhénanie, mais on occupe tout simplement la place. Personne, pas même la France ne rappela Hitler à l'ordre.
19'29
Derrière ses grandes tirades en faveur de la paix, une détermination se fait jour, qui laisse craindre le pire.
20'22 Commentaire :
Hitler confronte le monde et notamment son voisin français, au gigantesque effort de "l'Allemagne nouvelle". Pour réaliser cette construction, le pays utilise 20% de sa production annuelle de ciment, 8% du bois et 5% du fer. Une opération de création d'emplois, qui coûtera trois milliards et demi de marks. Ce projet va mobiliser 100 000 sapeurs, 350 000 hommes de l'Organisation Todt, sans compter le service du travail. Sur 630 kilomètres s'étend cette vitrine du rendement d'une communauté populaire qui se veut égalitaire. La position de son Führer Adolf Hitler à la tête du pays, s'en trouve également renforcée. Hitler qui doutait toujours de la loyauté des militaires, parvient à les impressionner. Cependant jusqu'au déclenchement de la guerre, les nombreuses bases ne devaient abriter que peu de soldats.
21'19
Mais ce qu'Hitler a su vanter à grand renfort de propagande, nétait pas comparable à la Ligne Maginot. Et même l'état-major français s'est laissé tromper par cette mise en scène parfaite.
21'33
En vérité, une réalisation incomplète, qui, au printemps 1939 n'avait pas encore été pourvue en armes et en munitions. Lorsqu'au printemps 1940, on tournait les premiers canons en direction de l'Alsace, la Ligne Siegfried avait déjà rempli sa tâche : couvrir les arrières de l'armée allemande durant l'invasion de la Pologne.
22'06
La population des régions frontalières de louest compte parmi les premières victimes de la guerre. Particulièrement ici, dans le sud du Palatinat, où Ligne Maginot et Ligne Siegfried se défiaient, mais où des liens multiples rapprochaient les hommes vivant des deux côtés de la frontière. On navait jamais considéré ceux den face, les Alsaciens, comme ennemis. Ce qui explique peut-être qu'on les obligea à quitter leurs maisons.
23'18 Commentaire :
Les villageois furent dispersés, répartis arbitrairement et même discriminés en tant qu'amis des Français.
Seuls les hommes qui s'étaient portés volontaires pour poursuivre les travaux sur la Ligne Siegfried, furent autorisés à rentrer chez eux. Ce fut le cas de Karl Köhler, originaire de Busenberg, âgé alors de 18 ans.
24'39 Commentaire :
Ce film de propagande passe sous silence le déracinement et la peur de la guerre.
Les villages, occupés par des soldats allemands, apparaissent plutôt comme étant bien gardés. Pas un mot sur les deux objectifs poursuivis : obtenir un champ de tir bien dégagé et faciliter le déploiement des troupes. Ces images idylliques cachent la réalité.
25'05
En France, le Journal de Guerre montre chaque semaine des images semblables. De même, la solidarité entre soldats et population que l'on y présente n'est qu'une partie de la vérité.
25'18
Ces Alsaciens se sentent comme des pions sur l'échiquier du pouvoir central. L'armée est entrée en action pour défendre les Droits de l'Homme contre la barbarie et, parallèlement, elle ordonne des évacuations brutales.
25'35
Sur les deux rives du Rhin, on ne trouve plus que des villes fantômes.
25'42
Madame Guthertz de Lembach, alors enfant, raconte ce qu'elle a ressenti à l'époque.
26'43 Commentaire :
Lembach, près de Wissembourg, faisait alors partie d'une région fortifiée; c'était le tronçon vosgien de la Ligne Maginot.
Aujourd'hui encore, les puissants vestiges du fort appelé le Four à Chaux se dressent sur les sommets arrondis des collines.
C'est de là que les hommes avaient observé le départ de la population. Les villages français furent transformés en zones de combat potentielles.
27'09
A l'abri du béton et protégés par ces collines bardées de fer, ils se livraient depuis septembre 1939 à des duels d'artillerie avec les Allemands. Le reste du temps se passait dans l'attente.
27'25
Il en allait de même en Haute-Alsace, dans les petits forts des bords du Rhin, situés en face de Breisach.
27'37
Pendant la Drôle de Guerre, qui fut une guerre de position, tout resta calme ici. Mais les soldats étaient ébranlés par les événements de Pologne. Pendant qu'ils restaient sans rien faire, les armées d'Hitler écrasaient leur allié de l'est. La Pologne livrait un combat inégal contre la machine de guerre moderne de l'Allemagne.
28'09
A Varsovie, au moment de la victoire qu'Hitler savoure ostensiblement.
28'24
Quelle tactique va adopter Gamelin, le chef de l'état-major français, pour contrer loffensive allemande désormais inévitable ? Les indices se multiplient : les Allemands vont opter pour une guerre de mouvement.
Les dirigeants politiques comme le Premier Ministre Edouard Daladier, que l'on voit ici à Strasbourg, connaissent la supériorité des Allemands, qui réside dans la rapidité de leurs déplacements. On fait donc sauter tout ce qui pourrait faciliter leur progression.
28'53
Une fois encore la France est contrainte et forcée d'appeler l'Angleterre à son secours.
Les représentants du corps expéditionnaire britannique doutent de l'efficacité de la Ligne Maginot, pièce maîtresse de la défense.
Le réveillon de Noël 1939 vient encore distraire soldats et officiers de l'ennui de leur service.
La Messe de Minuit réunit tout le monde : les hommes de garde, la relève, les soldats des casernes d'infanterie. Leurs visages expriment l'inquiétude. Arriveront-ils à résister, à survivre ?
29'45
L'hiver semble apporter un répit. Un moment d'engourdissement où l'on dresse des plans dans un élan fébrile.
En mai 1940, le commandement de la Wehrmacht a massé à l'ouest les armées du groupe A. Le 10 mai, il déclenche le Plan Jaune.
Les chars, les Stukas et les parachutistes engagent la bataille de France en attaquant d'abord la Hollande et la Belgique, qui sont neutres.
30'34
Cinq divisions blindées regroupant 1220 chars mènent l'assaut, loin devant l'infanterie. Cette force représente la moitié des blindés allemands. Une entreprise sans précédent.
30'25
Le 11 mai, la première division blindée de Guderian, ayant pour devise : "le mouvement est préférable au combat", est parvenue à Bouillon.
Guderian, élève de Manstein, a souvent dû prendre des décisions qui allaient à l'encontre des ordres de ses supérieurs. Il n'y avait pas de stratégie mûrement réfléchie qu'il aurait pu appliquer sur le terrain.
Ce fut paradoxalement l'une des raisons de sa réussite. Principal obstacle avant la frontière française, la ville de Godefroi de Bouillon est prise; les Ardennes réputées insurmontables, sont franchies; l'offensive sur Sedan est imminente.
31'07
Aujourd'hui, on ne devine plus le découragement des Français, à ce moment, à cet endroit.
Pendant des siècles, la ville a été le verrou de sûreté, la pomme de discorde entre Allemands et Français. Au-delà de Bouillon, en bordure des Ardennes, c'est la vallée de la Meuse où se trouve Sedan, porte d'accès à la France.
31'36
La Ligne Maginot n'allait pas jusqu'à Sedan. Les Ardennes et la Meuse étaient considérées comme des remparts naturels aux éventuelles agressions. En moins de cent ans, dans ce doux paysage vallonné, le destin des peuples s'était joué à trois reprises. Moltke et Bismarck s'étaient déjà installés sur le sommet 301. Cette fois-ci, cétait le tour les commandants français s'y étaient installés.
32'04
Le drame de La Ferté s'est déroulé près dici dans une vallée transversale.
34'30 Commentaire :
Le 13 mai 1940, à Sedan, les blindés devaient une fois encore jouer un rôle décisif dans la bataille, en forçant le passage de la Meuse.
Les Allemands avaient concentré toutes leurs forces sur une zone large de dix kilomètres. Pendant cinq heures, 1500 avaient pilonné la défense française. Sortis de cet enfer, les hommes étaient brisés moralement et comme paralysés.
34'59
Pendant ce temps, les hommes de la Ligne Maginot restaient impuissants dans leurs forteresses imprenables, condamnés au rôle de spectateur par leur propre commandement militaire. L'un d'entre eux, le lieutenant Joseph Mathès commandait une patrouille de reconnaissance dans le fort du Schoenenbourg. L'amertume d'alors est encore perceptible aujourd'hui.
36'02 Commentaire :
C'est ici, à Gaulier, que les sapeurs allemands construisirent le plus important des trois ponts de campagne sur la Meuse. Les colonnes de prisonniers qui le franchirent plus tard dans l'autre sens, sont les survivants d'un véritable enfer, désespérés, démoralisés. Le fait que Guderian parvienne à faire passer ici la masse de son corps d'armée sur l'autre rive fut l'incroyable résultat d'un coup de poker.
36'47
Ici, dans la vallée de la Meuse, les Français s'étaient retirés sur leur seconde ligne de défense. Peu de choses rappellent la lutte acharnée, dont les forts du prolongement de la Ligne Maginot firent l'objet.
35'05
Ce n'est qu'en fin de soirée que les Allemands parvinrent à vaincre les casemates dominant le carrefour du château de Bellevue. Pendant ce temps-là, Guderian préparait son opération la plus audacieuse.
38'34 Commentaire :
Ainsi l'écluse de Cheméry devient également le symbole d'une politique d'après-guerre qui pensait devoir mater l'Allemagne, l'ancien ennemi, sans miser sur ses forces démocratiques.
On a ainsi favorisé involontairement l'émergence d'un appareil étatique injuste et agressif, qui savait gagner des batailles en se servant des dernières avancées en matière de technique et de tactique.
39'14
L'agression allemande coûte la vie à 100 000 soldats français. Les Allemands ne rencontrent que peu de résistance dans leur marche sur Paris et Dunkerque.
Dix jours après, le 24 mai, l'opération est terminée. Hitler a arrêté ses troupes au canal de La Bassée. L'essentiel du corps expéditionnaire anglais parvient à être évacué par Dunkerque.
39'43
Cette retraite réveille les vieilles rancunes franco-anglaises. La présence de quelques milliers d'Anglais parmi les 1 200 000 soldats faits prisonniers n'est pas d'un grand réconfort pour les Français.
40'06
Alors que ces derniers restent immobiles à l'intérieur de leurs forts, les Allemands attaquent au sud de la Somme pour remonter la Seine jusqu'à la frontière suisse. Afin de leur résister, les Français détachent des troupes dont ils pensent pouvoir priver la Ligne Maginot. Forts et casemates sont pratiquement isolés. Ils ne peuvent plus compter que sur leur propre intendance et sur leurs abris d'acier et de béton. Le 14 juin, Paris est occupé. Au même moment, l'Opération Tigre est lancée à grands renforts de matériel : Les Allemands ont l'ambition de prendre la Ligne Maginot non seulement par la ruse, mais aussi en l'attaquant de front.
41'57 Commentaire :
Le 14 juin, l'offensive du groupe d'armées de Witzleben, lancée contre les forteresses du nord de l'Alsace, se solda par la plus grande défaite allemande de la campagne de l'ouest. Ce jour-là, 1200 soldats allemands tombent devant les seuls forts du Four à Chaux, du Hochwald et du Schoenenbourg. Jusqu'au 23 juin, les forts sont quotidiennement en proie aux attaques massives de l'artillerie, de la Luftwaffe et des troupes de choc. Les Français se replient dans les étages inférieurs et le blindage tient bon.
42'35
Puisqu'ils ne parviennent pas à passer par ici, les Allemands attaquent également la Ligne Maginot dans le Haut-Rhin qui est peu fortifiée.
La zone située en face de Breisach est pilonnée sans relâche.
Sous le feu nourri de l'ennemi, des vétérans de la Première Guerre mondiale doivent traverser le Rhin en crue.
43'10
Les canots d'assaut enregistrent de lourdes pertes.
43'22
Beaucoup mourront aussi ensevelis dans des bourbiers et en combattant pour la prise des casemates, parce que les Français trouvent un soutien moral dans le mythe d'une Ligne Maginot restée invaincue. Les Allemands sont depuis longtemps à l'arrière des casemates, puisque les blindés de Guderian ont atteint la frontière suisse.
Cette attaque insensée, lancée pour une question de prestige, ne devait laisser derrière elle que des images propres à alimenter le mythe de la Blitzkrieg : la Ligne Maginot -orgueil de la France- dévastée, réduite en bouillie par les obus allemands.
Le 19 juin, nouvelle conséquence de la guerre de mouvement opérationnelle, 500 000 soldats français sont faits prisonniers dans le triangle Reims-Belfort-Metz.
44'13
A Wiesbaden, on impose au général Huntzinger les conditions de l'armistice.
44'21
La France se retrouve divisée avec, au nord, une zone occupée comprenant Paris, et au sud, une zone libre sous le régime de collaboration de Pétain.
44'35
On s'engage à ce que les forts de la Ligne Maginot n'ayant pas cessé le combat soient remis intacts aux mains des Allemands.
45'48 Commentaire
Le fort blindé 35/3 de Marckolsheim dut rendre les armes après qu'un grand nombre de ses défenseurs soient morts au combat. Leurs camarades du nord de l'Alsace ne quittent leurs forts que deux semaines plus tard. Ils sont faits prisonniers sans avoir été vaincus.
L'Alsace et la Lorraine, qui pendant 22 ans avaient de nouveau fait partie de la France, furent rattachées au Troisième Reich et germanisées de force. Ceux qui avaient opté pour la France furent bannis. Un réseau de mouchards recouvrit la région. Un grand nombre des soldats et officiers qui avaient combattu ici, revêtaient à présent l'uniforme allemand. Tout refus était durement puni.
46'35
Les troupes allemandes firent leur entrée dans Paris dès le 14 juin. Avec elles, une dictature agressive triomphait d'une démocratie défensive. Beaucoup de Français cherchaient à savoir quelles erreurs avaient été commises et ce qui avait permis à l'ennemi de devenir aussi fort.
Les vainqueurs commencèrent par exiger du commandant militaire de la ville de Paris, Groussard, la restitution des drapeaux allemands récuperés au cours de la Première Guerre mondiale.
47'59 Commentaire :
Quatre ans et demi plus tard, en hiver 1944, l'Allemagne nazie est à bout de force, non seulement militairement mais aussi sur le plan du moral. Le 16 décembre, Hitler tente à nouveau de retourner la situation avec l'offensive des Ardennes lancée contre les Américains. Mais cette fois-ci, l'attaque surprise s'embourbe à l'endroit même où la Wehrmacht avait remporté ses victoires spectaculaires de 1940.
48'28
La supériorité aérienne est passée dans le camp des Alliés.
Au nord d'Aix-la-Chapelle, les unités allemandes sont repoussées jusqu'à la Ligne Siegfried. Mais ce piètre refuge ne leur est d'aucun soutien. Les quelques bunkers ne disposent ni de canons, ni de munitions.
48'50
Durant les combats de l'Eifel, lors de la bataille de Hürtgenwald, où les Américains se heurtent à des unités allemandes composées de combattants aguerris, les Allemands perdront environ 30 000 soldats contre 38 000 pour les Américains.
49'09
Le premier avril, les Allemands du groupe d'armées B se trouvent encerclés dans une zone allant de la Ruhr à la montagne.
49'21
A leur tour, les Allemands faits prisonniers marchent, le visage déprimé, épuisé, vers un destin incertain. Chacun est conscient des crimes, petits ou grands, dont son camp s'est rendu coupable.
Les vainqueurs vont-ils user de représailles ? Et quel genre de représailles ? Dans un premier temps, les camps de la faim installés dans les prés de Rhénanie semblent confirmer leurs mauvais pressentiments.
49'44
Les Français aussi veulent entrer sur le sol allemand... en vainqueurs. Ils le feront à bord de Jeeps et portant l'uniforme américain.
Ils prendront Stuttgart le 22 avril. La violence qui frappe aussi les civils nest pas totalement justifiée par des impératifs militaires. S'agit-il de représailles aux exécutions d'otages, aux déportations, aux vols, mais aussi aux humiliations du passé ?
Il faut décidément du temps pour assumer les fautes liées à la collaboration.
50'17
En mai 1945, les Parisiens et la France ont de bonnes raisons de fêter la capitulation allemande comme une libération.
50'29
Mais quelle attitude face à l'Allemagne va succéder aux erreurs du passé ?
Quelle armée, quelle conception politique choisit de Gaulle, émigré mal-aimé, qui doit encore s'imposer face à l'héritage de Vichy et face à la gauche ?
50'51
Les symboles de la profonde méfiance et de l'isolationnisme réciproque sont encore debout. En France, la Ligne Maginot est même remise en état.
En 1946, alors que s'opposent partisans et adversaires de la réconciliation, de Gaulle se rend sur la Ligne Siegfried pour y effectuer une sorte de voyage d'études.
Ses conclusions seront surprenantes voire impopulaires.
51'17
Le guide de la France libre, homme de pouvoir réfléchi et conséquent, actuellement chef du gouvernement provisoire, étudie les possibilités d'un rapprochement. Il crée par la suite le concept dune Europe des patries.
52'03 Commentaire :
Encore des gestes symboliques qui, cette fois-ci, indiquent quelque chose de nouveau : un officier français donne l'accolade à un officier allemand sur un fleuve qui symbolisait autrefois l'hostilité entre les deux peuples. Mais notamment grâce à la rencontre des deux chefs d'Etat, il est maintenant le point de départ d'une amitié à venir.
52'30
Les impacts sur le mur resteront longtemps visibles. Quant à savoir comment cela a pu avoir lieu c'est une question à laquelle on pourra de moins en moins apporter de réponse. Chercher à se protéger par l'isolation volontaire fut et reste une erreur.
Aujourd'hui, les ouvrages fortifiés ressemblent à des monuments funéraires incarnant des concepts et des idéaux dépassés. Leurs couloirs souterrains sont comme les impasses d'une pensée étriquée.
53'02
Il faut faire un effort pour comprendre que ces forteresses sont le produit de la peur; peur de l'autre, de l'étranger que l'on ne pouvait ou ne voulait comprendre. On peut se désintéresser de ces casemates, mais on peut aussi les visiter et comprendre l'avertissement qu'elles représentent.
54'25 Commentaire :
Le Palatinat, l'Alsace, la Lorraine...
Qui veut comprendre l'Histoire devrait écouter les frontaliers. Les habitants de la région ont toujours été le jouet de puissances rivales. Ils furent finalement les victimes d'une bataille préparée de longue date. Seule une minorité jugea avantageux de collaborer avec l'Allemagne hitlérienne.
Dans une Europe démocratique, les frontaliers se revendiquent comme étant les pionniers d'une politique d'entente. Lorsqu'on s'est si souvent retrouvé entre deux feux, on ne peut considérer le passé qu'avec scepticisme et humour.
Adaptation française: 3i Traductions
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