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Thomas Hocke

AU PAYS DES LONGS NUAGES BLANCS

ARTS ET CULTURE DES MAORIS

 

01.00

Musique

01.14

A chaque tribu son canoë

A chaque tribu sa montagne

A chaque tribu sa rivière.

01.48

Ces Maoris chantent pour des touristes friands d’exotisme. C'est peut-être pour eux la seule façon d’affirmer leur identité, non seulement vis-à-vis des autres mais aussi vis-à-vis d'eux-mêmes. Les Maoris tentent aujourd’hui de retrouver et de faire connaître leur culture millénaire, longtemps oubliée. 02.13

02.18

Les villes de Nouvelle-Zélande reflètent la composition de la société. 02.22

02.27

On n'y rencontre que peu de Maoris, de Polynésiens ou d'autres ethnies indigènes. Car les Blancs sont majoritaires. Sur trois millions et demi de Néo-Zélandais, on compte seulement 300 à 400 000 Maoris, soit environ 13% de la population. 02.41

O2.44

L'artisanat et les arts décoratifs s’inspirent des traditions maories. Et cette inspiration se retrouve dans ces articles de luxe, conçus par des Blancs. Mais dans ce cas, sous couvert d’authenticité, ce sont surtout les intérêts mercantiles qui priment. 02:58

03:01

Pour un Européen, la coexistence entre communautés paraît effective. On ne perçoit pas de barrière. Ici, la culture maorie semble privilégiée si l’on se réfère à ce qui ce passe dans d’autres pays. 03.15

03.30

Pourtant, les Blancs sont peu nombreux à entretenir des rapports sincères et désintéressés avec les Maoris ; comme ce médecin Pakeha, c’est-à-dire blanc, qui rend visite à une femme maorie (le mot "maori" signifiant à peu près " personne normale "). Le docteur Colin (prononcer "colline") Chilvers vit et travaille avec les Maoris. Il découvre ainsi leur histoire et leurs légendes, qui tendent à se perdre : elles ne sont consignées nulle part. O3.56

03.58

Mais aujourd'hui, un changement s’amorce, comme nous l’explique Kingi Thaka, du département maori de la télévision néo-zélandaise. 04.05

Kingi Thaka

TV-New Zealand

Programme maori "Waka Huia"

04.07

" Notre équipe a la tâche et le privilège de recueillir tous les documents historiques et les archives concernant la société maorie traditionnelle, et de transmettre ce patrimoine aux générations futures sous forme d'émissions culturelles ou de divertissement " 04.24

04.30

Pour comprendre les traditions, il faut étudier l'histoire. Le document qui a entériné l'inégalité entre Blancs et autochtones se trouve aux Archives nationales de Wellington, la capitale. Il s'agit du traité de Waitangi (prononcer Ouaïtangui), signé en 1840. Les chefs maoris illettrés ont reproduit les tatouages de leur menton en guise de signature. De nos jours encore, ce traité est sujet à des interprétations divergentes. La reine d'Angleterre garantissait aux Maoris la possession de leurs terres, mais en même temps elle s'en arrogeait la souveraineté absolue. Les Anglais étaient probablement les seuls à savoir concilier de telles contradictions. 05.08

05.12

Aujourd’hui, en 1995, la représentation politique des Maoris est assurée par le Congrès Maori, qui se veut le "forum des tribus d'Aotearoa". Il fut créé en 1989 dans un souci d’unification, et pour servir d'interlocuteur à l'autre communauté néo-zélandaise, plus puissante : celle des Pakehas. Car tous s'accordent à reconnaître que le traité de Waitangi de 1840 n'engageait en rien les Britanniques, et qu'il n'imposait des contraintes qu'aux seuls Maoris. 05.42

 

 

 

 

05.49

Tu Williams

Congrès Maori

"Le processus colonialiste, dont le début historique fut marqué par la signature du Traité de Waitangi (prononcer Ouaïtangui) en 1840, a dépossédé les Maoris de leur pouvoir. Leur situation sociale en a été sérieusement affectée. Statistiquement, nous sommes de loin les plus mal lotis dans les domaines de la formation, de la justice, des droits sociaux, du logement et de l'emploi.

O6.37

L'une des tâches les plus importantes qui nous incombent actuellement est le renforcement du poids politique des Maoris ; voilà le but que s’est fixé le Congrès Maori." 06.49

06.51

Après Russel et Auckland, Wellington est actuellement la capitale et le centre politique du pays. Dans le nouveau bâtiment du Parlement, que l’on appelle ici " la ruche " ne siègent, comme auparavant, que quatre représentants maoris sur 99 députés. Et, pour le moment, cette situation ne semble pas devoir évoluer.

07.10

Mais la Cour suprême a déjà pris certaines décisions qui vont modifier le paysage politique du pays.

07.15

Ce territoire situé près de Hamilton, une ancienne base militaire, en est une illustration. Sur décision de la Cour suprême, ces terres que les Maoris cédèrent jadis de bonne grâce aux Blancs, leur ont été restituées. 07.29

07.36

Les Maoris sont venus de Polynésie. Ces excellents navigateurs s’orientaient en repérant les nuages qui leur indiquaient la présence de terres inconnues. La terre et l'eau sont d'ailleurs des éléments fondamentaux des mythes maoris. 07.50

07.53

Maui (prononcer Maoui) était un demi-dieu que ses frères ne voulaient pas emmener à la pêche. Il les accompagna tout de même et pêcha un "gros poisson" : c’est l'île du nord, que les Maoris appellent "le poisson de Maui". 08.06

 

 

08.14

Quant à 'île du sud, c’est " le canoë de Maui ". Les Maoris l'appellent "l'eau aux pierres vertes", parce que l'on y trouve du jade, utilisé de tout temps pour confectionner des bijoux.

08.22

L'appellation maorie de la petite île située à l'extrême sud signifie "ancre du canoë de Maui".

Telles sont, dans la mythologie maorie, les origines de la Nouvelle-Zélande, d’Aotearoa, pays de terre et d’eau.

 

08.38

Les maraes (prononcer maraï) sont des maisons communautaires où les Maoris se retrouvent entre eux pour discuter et réapprendre leur langue. Interdite pendant plus de trente ans, ils l’avaient en effet oubliée. Aujourd'hui, ils réaffirment leur identité. Mais réapprendre sa propre langue n’est pas toujours facile. 08.59

09.04

[MAORI]

09.28

Car il s’agit de tout réapprendre. Pour les enfants, cet apprentissage commence dès le plus jeune âge. Ce tableau reproduit les différentes actions liées à la traditionnelle formule de bienvenue: "Haere mai" (prononcer maille), avec laquelle notre équipe est saluée. Les rituels d'accueil ancestraux, sacrés pour les Maoris, sont remis à l'honneur. 09.45

09.55

L'enseignant, un Blanc, un pakeha, nous explique, ainsi qu’aux enfants, les fondements de ces coutumes. 10.02

10.01

CHANT

10.06

Nous sommes à "Te Aute", un célèbre institut universitaire où ont été formés presque tous les Maoris qui ont joué un rôle dans l'histoire du pays. Aucune différence avec l’ambiance d’un campus européen. Ces images, tournées à l’improviste, témoignent de la joie de vivre des étudiants. 10.33

10.49

Voici le réfectoire, également salle de télévision. Il est décoré de motifs de circonstance : poissons, patate douce ou "Kumra" (prononcer coumra), oiseaux, baies ...

10.59

Depuis peu, les filles y sont admises : mais elles ne sont que 40 pour 600 garçons. Cette école n'est pas réservée aux seuls Maoris, mais c'est l'établissement qui forme leur élite. Il leur garantit d'excellentes chances de réussite tout en accordant une place de choix aux traditions, notamment dans le domaine artistique 11.15

11.28

Comme le "wharekai" (prononcer farékaï) (ou petite maison), le "wharenui" (prononcer farénouï), la grande maison, est porteuse de toute une symbolique : La maison représente le corps ; et le vestibule, le cerveau. Le marae (prononcer maraï) se présente comme un lieu ouvert à tous. La tête, partie vitale du corps, est donc de dimensions plus importantes. Tous les motifs sont stylisés, car des représentations figuratives seraient sacrilèges. Toutes ces explications nous sont données par Mark Dashper, enseignant des beaux-arts, un pakeha, marié avec une Maorie. 12.00

12.03

Mark Dashper, Institut universitaire de Te Aute

"Nous nous trouvons ici dans le lieu qui symbolise le corps de l'ancêtre Ranginui. C’est le domaine de Rongo, dieu de la paix. Cet endroit est réservé au repos ; on y dort sur des matelas posés à même le sol. Cette salle est tapu (prononcer tapou) : c’est-à-dire sacrée : on n'a pas le droit d'y manger, de s’y disputer ni de s’y battre. Il faut enlever ses chaussures avant d’entrer. C'est donc un lieu hautement sacré par opposition à l'extérieur, le Noa. Regardez les chevrons, ou heke, qui descendent de la poutre centrale vers les figurines des ancêtres. Celle-ci s'appelle Paikea ; elle appartient à la tribu de ma femme, celle des Ngati Porou, qui vit sur la côte est. Le dessin du heke là-bas, appelé kowhaiwaha, représente une baleine. Il est inspiré d'un vieux récit de la tribu des Ngati Porou, qui raconte l'histoire d'une dispute et d'un guerrier qui s’enfuit sur une baleine. Cette figurine-ci, dont les couleurs et les formes sont plutôt modernes, est en fait inspirée d'une sculpture provenant d'un bâtiment du XVIIIe siècle." 13.21

13.22

On enseigne aux étudiants maoris leur propre histoire. Et ce professeur leur fait découvrir de très anciennes mélodies pratiquement oubliées, qu’il exécute sur des instruments peu connus. 13.36

13.36

Musique

14.08

Changement de lieu : le collège maori jouxte un cimetière. Cette église centenaire fut édifiée par l'un des chefs de guerre qui, au siècle dernier, faisaient régner la terreur dans la région. Les luttes entre Maoris, qui se procuraient des armes auprès des Européens, étaient fréquentes. Le bâtisseur de cette église était connu pour sa cruauté, avant sa conversion au christianisme. Cette anecdote pourrait justifier le travail des missionnaires, s'ils n’avaient en même temps détruit les cultures indigènes. La plupart des Maoris restent imprégnés du christianisme. Et la mélodie de ces chants nous paraît familière. 14.48

14.52

Musique

15.09

Les paysages de Nouvelle-Zélande sont impressionnants. La fougère, partout présente, est l'emblème du pays maori. C'est avec des fougères que l'on souhaite la bienvenue aux visiteurs. 15.23

15.26

Dans les villages comme en ville, les étrangers sont toujours accueillis par le même rituel : le visiteur doit attendre qu'on l’invite à franchir le seuil invisible. Il ne peut pénétrer dans le cercle sacré qu'avec l'autorisation formelle de ses hôtes, et doit garder une attitude extrêmement réservée. 15.47

16.00

Il s'agit d'une sorte de défi, dont la signification ressemble à celle du gant que l’on jetait au Moyen-Âge à celui que l’on désirait provoquer en duel. Mais ici l'acceptation de la fougère implique des intentions pacifiques. Le visiteur, qui ne doit porter aucune arme, se remet entièrement entre les mains de son hôte. 16.19

16.56

Ce rituel se retrouve partout. Il ne s’agit pas d'une mise en scène destinée aux touristes, mais d’une tradition incontournable à laquelle doivent se soumettre tous les étrangers qui désirent être reçus chez des Maoris. 17.10

17.20

Ce rituel est un préalable à toute discussion. Nous sommes à présent autorisés à filmer, mais toujours avec des restrictions : nous ne devons notamment pas dépasser une certaine limite, au-delà de laquelle le tabou est absolu. Même si le rituel de bienvenue signifie que nous sommes acceptés, une barrière persiste. 17.37

18.14

Nous avons bientôt franchi le dernier obstacle : notre équipe est accueillie au sein de la communauté maorie et nous pouvons désormais nous déplacer librement et filmer ce que nous voulons. 18.25

18.30

Nous pourrons ainsi tourner un rituel de bienvenue organisé pour plusieurs groupes de touristes. Le conseil des anciens salue ses hôtes, évoque la mémoire des ancêtres, qui sont présents par l'esprit, et invite les nouveaux-venus à faire de même. Puis les Maoris attendent la réponse en entonnant un chant aux accents presque religieux. 18.56

19.10

La réponse ne se fait pas attendre. Même s'ils y étaient préparés, les invités sont un peu gauches. Mais ils se prêtent volontiers à l'exercice, curieux de découvrir la culture maorie. Ils se mettent donc également à chanter, et c'est maintenant au tour des Maoris de trouver cela étrange, et assez divertissant. 19.29

19.44

Pour finir, on échange le hongi, une salutation qui consiste à se frotter le nez à deux reprises. Dès lors, les contacts prennent un tour moins formel. 19.54

20.03

A Roturora, lieu touristique le plus célèbre de Nouvelle-Zélande, l'homme se trouve directement en contact avec les forces de la nature. Nous sommes en territoire maori. Certes, les habitants sont obligés de vivre du tourisme. Mais du moins ont-ils la satisfaction de tirer leurs revenus de leurs propres racines. 20.22

 

20.33

Loin des circuits touristiques, ces Maoris se rendent à une réunion qui se tient tous les mois.

20.41

En chemin, ils cueillent des herbes médicinales. C’est une nécessité vitale. Car ici, loin de toute civilisation, les hommes dépendent entièrement de la nature. 20.52

 

20.55

Le hangi fait partie de la rencontre. Il s’agit d’un repas préparé dans un four de terre, dans lequel les aliments cuisent à la vapeur. 21.02

21.05

Une fois par mois, donc, les habitants des douze villages de cette vallée se réunissent, et préparent ensemble le repas communautaire. La tribu Tohoe, qui signifie "enfants de la pluie et du brouillard ", est très attachée à ses traditions. 21.23

21.34

Ne pouvant compter sur aucune aide extérieure, ils doivent entièrement subvenir à leurs besoins et vivent encore comme leurs ancêtres. Un hangi est également un lieu d’échange et de jeu où l'on peut gagner la mise engagée par d’autres. Les lots sont constitués de denrées alimentaires. Mais ce n’est pas là le plus important. L’essentiel, c’est de communiquer, d’être ensemble. Les fruits de la terre dans un panier en fer, fruit du travail des hommes : tout un symbole. 22.07

22.18

On nous laisse tout observer, comme si nous appartenions à la communauté. Il est vrai que nous avons été admis par le rituel et que nous avons passé la nuit avec eux dans un marae. Et pourtant, une barrière invisible demeure. 22.31

22.35

De tels tatouages, aujourd’hui exceptionnels, étaient jadis fréquents. Ils marquaient l’appartenance au groupe, symbolisaient l’autorité. Jusqu’à l’arrivée des colons, les signes distinctifs étaient de rigueur. Une fois privés de leur indépendance, les Maoris y renoncèrent en signe de protestation. 22.51

23.10

Le hangi est fermé et recouvert de terre. Par sa chaleur, celle-ci rendra consommables les fruits qu’elle a produits. 23.16

23.24

Le territoire des Tohoe est vaste et mal connu. Il est réservé aux Maoris et rares sont les Pakehas qui le connaissent. A moins qu’ils n’aient entrepris, comme nous, le difficile voyage vers le lieu où vécut autrefois l’un des prophètes qui ont marqué la culture maorie. 23.43

24.30

Nous sommes au pays de Maungapohatu. Au début du siècle, environ 1.500 Maoris mécontents de leur sort s’étaient rassemblés ici, autour du guide spirituel, dans l’espoir de voir leurs rêves de justice se réaliser. Cette communauté rurale servit de modèle à bien d’autres villages. 24.53.

25.00

Aujourd’hui, seuls quelques Maoris demeurent ici. Comme partout, le rituel d’accueil constitue un passage obligé. Il se fait cette fois-ci de manière silencieuse, sous le signe des ancêtres. 25.14

25.31

Après le rituel, le descendant du prophète s’entretient avec nous aimablement, mais reste cependant ferme. On ne nous laissera pas entrer dans le marae (prononcer maraï) sacré. Car cela nécessiterait un autre rituel, que nos hôtes n'envisagent pas. 25.47

25.58

La femme maorie qui occupe probablement les plus hautes fonctions dans cette communauté procède au rituel d'accueil : c'est aussi une sorte de prophétesse. 26.05

 

26.13

Bien que simple sujet , c’est son mari qui prononce le discours d’accueil. Il évoque les ancêtres, les nôtres aussi. Le retour vers le passé, le recueillement, la mémoire, sont la base de toute communication. 26.28

26.36

Grâce à nos hôtes, notre présence est acceptée, les Maoris reconnaissent notre existence. Car nous sommes en présence des leaders de la tendance maorie, qui cherche aujourd’hui à s’ouvrir sur l’extérieur. Seule l’ouverture sur le monde peut empêcher les peuples dominés de tomber dans l’oubli. 26.52

27.00

Pluie, brouillard et nuages. La prophétesse appartient elle aussi à la tribu des "enfants du brouillard", dans laquelle nous avons précédemment été admis. Cette heureuse coïncidence facilite nos rapports. 27.10

27.18

Le rituel accompli, la conversation se déroule en toute liberté, puisque nous avons été admis dans la communauté. 27.25

27.35

Lors du repas, l’invité est servi le premier, avant le maître de maison. Cette tradition remonte aux temps reculés où la nourriture était rare et où on servait d’abord les invités, pour ne manger soi-même que les restes. Ce qui ne rassurait pas les Européens, qui craignaient d’être empoisonnés. 27.55

28.34

La promenade avec la prophétesse Rangemarie dure plus longtemps que prévu : il faut d’abord qu’elle implore la protection des esprits pour elle-même et pour nous. Et il n’y a pas moins de huit lieux sacrés autour du lac Whaikaremoana. Sans cette invocation, nous ne pourrions pas continuer notre voyage. 28.50

29.33

La prophétesse nous assure que nous sommes protégés pour le reste du voyage. Elle évoque l’origine du pays, les mythes, la signification de l’eau comme élément nourricier et comme source d’inspiration artistique. 29.47

30.07

Nous sommes chez Sandy Adsett, l’artiste le plus connu de Nouvelle-Zélande. Il enseigne l’art à l’école supérieure de Gisborne et dirige la frange du mouvement culturel maori qui veut préserver les traditions. Il cherche à illustrer dans son œuvre les liens entre tradition et modernité, mais aussi entre les divers courants et influences qui ont marqué l’histoire maorie. 30.29

30.39

Sandy Adsett, artiste et professeur d’art

Ce tableau illustre l’influence de la religion chrétienne sur la culture maorie. Avec cette série de tableaux, j’ai essayé de montrer à mes compatriotes que certains modèles, certaines formes de l’art traditionnel avaient été manipulées de l’extérieur et que cela avait appauvri notre identité et notre imaginaire. J’ai également voulu montrer comment l’art traditionnel véhiculait tout un savoir dans le domaine de l’agriculture, de l’artisanat etc. Voilà ce que je cherche à exprimer avec ma peinture. 31.42

31.44

Nous assistons à la séance préparatoire qui se tient tous les matins : c’est une évocation des mythes maoris, d’abord par des chants, puis par un rappel historique, afin que les étudiants de Gisborne puissent intérioriser les mythes et les faire revivre. 32.03

32.12

Sandy Adsett essaie de raviver la culture maorie dans l’art sous toutes ses formes. 32.20

32.30

Ces étudiants travaillent, non pas sur les mythes et l’histoire, mais sur un support matériel qui sera lui-même porteur d’histoire. Ils créent ainsi leur propre vécu, en adaptant la tradition, qui prend aujourd’hui des formes nouvelles. C’est Sandy Adsett qui a initié tout ce processus, pas seulement en tant que professeur d’art, mais également en tant qu’individu désireux de sauver de l’oubli l’art né d’une histoire aujourd’hui révolue. 32.57

33.11

A l’origine des temps, le soleil, source de lumière, fut capturé pour chasser l’obscurité. Mythe maori de la vie, de l’origine des temps. 33.21

33.43

Ici, il s’agit d’un jeu entre une chanteuse et le choeur qui lui répond. L’histoire des ancêtres reprend vie sous une forme particulièrement expressive. Ces étudiantes, qui font revivre leur histoire par la danse, sont toutes des Maories. Ce qui étonne souvent les Européens, car leur apparence diffère peu de celle des Blancs. Elles psalmodient des formules de bienvenue autrefois destinées aux étrangers, aux Blancs qui considéraient les Maoris comme des créatures exotiques. Les Européens ne peuvent pas tout comprendre, mais grâce au rythme et aux gestes ils saisissent néanmoins l'essentiel du message. 34.18

 

 

35.18

La peinture puise à la source des mythes et donne forme aux traditions orales. Les sujets sont des thèmes historiques, et entre autres le premier voyage qui mena des îles polynésiennes à la Nouvelle-Zélande, ce qui explique le motif du canoë, omniprésent. Ou encore des thèmes mythologiques, d'où les nombreuses représentations d’ancêtres. La peinture n’embellit pas que les objets : elle magnifie certaines parties du corps. 35.45

35.58

Les étudiants interprètent l’histoire de leur peuple d’une manière nouvelle, en s’exprimant sur des planches de surf, du bois, du papier ... Tradition et modernité sont intimement liées : l’histoire n’est pas ressentie comme un obstacle, mais comme une continuité. 36.14

36.28

Échauffement avant le haka, la danse guerrière. 36.22

36.28

L’apprentissage des danses traditionnelles fait partie de la formation des étudiants, mais là encore, nullement dans un esprit passéiste. Ces danses servaient autrefois à intimider et à dissuader d’éventuels adversaires, mais également à se donner du courage et à démontrer sa force. Les tatouages traduisent également cette double signification. 36.522

39.13

L’intérieur du marae (prononcer maraï) est propice à une réflexion sur le sens des tatouages. Certes, les techniques ont changé : on n’utilise plus l’aiguille et le couteau. Mais l’émotion est restée la même. A l’extérieur, d’autres étudiants font revivre les motifs traditionnels. C’est tout un programme de réappropriation de ces symboles, longtemps interdits. 39.32

39.35

Pendant de longues années, les Maoris avaient refoulé ces signes, refoulé leur identité. La réaffirmer aujourd’hui engendre souvent des sentiments contradictoires, parfois douloureux, même si Sandy Adsett mène son programme avec beaucoup de précaution. 39.49

39.53

Il n’y a pas si longtemps, dans les années cinquante, les tatouages étaient tombés en désuétude. Aujourd’hui, la tradition renaît et c’est avec courage que l’on se soumet à cette intervention, synonyme d’identité retrouvée et d'appartenance à une collectivité. 40.09

40.24

Les maraes, les lieux de rassemblement maoris, sont partout présents. Aujourd’hui, on les restaure. Ils sont indissociables de la terre maorie, de son passé. 40.36

40.45

" L’eau aux pierres vertes " : c’est ainsi que l’on appelle l’île du sud, où l’on trouve le jade, l’ornement des Maoris par excellence. Chacun ici porte une amulette taillée dans cette pierre. C’est à la fois un signe d’appartenance à la communauté, une protection et une parure. 41.03

41.04

Mika Mason (tailleur de jade)

" Voici ce que je fais depuis quelques années. Cette technique était en voie de disparition, et c’est pourquoi j’ai quitté l’île du sud pour venir ici, dans l’île du nord, enseigner cet art à ceux qui veulent prendre la relève. J’explique à mes élèves la dureté de la pierre, sa limpidité, le type d’outils utilisés, les mêmes que ceux qui servent à tailler le diamant. Nous utilisons les techniques les plus modernes, parce qu’il s’agit d’une pierre extrêmement dure. Nous espérons parvenir à perpétuer notre art, qui est aujourd’hui menacé de disparition en Nouvelle-Zélande. " 41.37

41.41

Les motifs sont tirés de la nature ou de la mythologie. Le jade peut tout exprimer. Il ne s’agit pas uniquement de reproduire l’art du passé, mais également de créer: des amulettes, des bijoux, des ornements.Sous les courbures et les volutes du bijou surgit l'objet d'art. 42.04

42.26

Le Blanc élit domicile où bon lui semble. Il s’adapte partout et c’est sa maison qui, par-delà les frontières, lui sert de territoire et de repère. Il se sent l’égal de la nature, des volcans, des éléments. Il les considère comme décor extérieur et non comme constituant de son identité.

Pour les Maoris, c’est différent. Même à l’étranger, ils ne sont jamais coupés de leur terre d’origine. 42.54

43.07

Film

44.21

Alan Duff est l'auteur de l'ouvrage dont est tiré le film, un film qui traite exclusivement des Maoris, de leur monde. Il est l’un des leurs. Ses ancêtres étaient les précurseurs d’un mouvement qui semble aujourd’hui prendre de l’ampleur : celui du combat pour l’indépendance, la fierté nationale, la liberté. 44.39

44.43

Alan Duff

Je traite du problème racial en Nouvelle-Zélande, c'est-à-dire des rapports entre Blancs et Maoris. Nous sommes dans une phase très difficile en ce moment : les relations entre les communautés se sont dégradées et le mouvement a été monopolisé par des extrémistes et des activistes auxquels je suis fondamentalement opposé. Ils rêvent d'un passé utopique dont ils sont persuadés qu’il a véritablement existé. En réalité, ils aimeraient nous faire revenir au Moyen Âge. Ils sont contre le système d'enseignement, qui selon eux, participe du processus colonialiste. A mon avis, ils racontent beaucoup de sottises, et beaucoup plus de gens devraient s'élever contre ces positions, qui risquent de s’établir comme une vérité qu’il sera difficile de combattre par la suite. " 45.37

45.38

Film

46.34

Alan Duff, écrivain

Je pense que mes écrits, et le film qui s'en est inspiré, montrent des aspects de la société maorie dont il faut absolument parler. Je suis probablement à l'origine du débat actuel. Cela me rend évidemment très impopulaire auprès de certaines personnes. Les intellectuels maoris, tout du moins ceux des milieux universitaires de gauche, que je méprise d’ailleurs, me critiquent parce que je n’entre pas dans leurs schémas politiques étriqués. " 47.13

47.14

Le livre qui est à l'origine du film ne traite pas de conflits entre Blancs et Maoris, mais de luttes internes dans la société maorie, et de la violence engendrée par l'oppression.

C'est une histoire purement maorie, une histoire d'exclus qui doivent se battre pour survivre. Jusqu'à présent, cela restait un débat interne à la société maorie ; les Blancs, dans leur monde protégé, n’en n’avaient pas connaissance. Rares sont les créateurs qui réussissent à franchir les barrières et à faire entendre la voix des Maoris à l'extérieur. 47.50

47.53

Patricia Grace, écrivain

"Je puise dans mon propre passé, dans ma propre expérience, mais également dans des histoires et des anecdotes que l'on m'a racontées. Je m'inspire aussi d'autres événements, de tout ce qu'il m'est donné d'observer autour de moi, que ce soit dans le monde des Maoris ou dans celui des Pakehas.

48.19

Certaines de nos oeuvres se caractérisent par un style différent, plus oral, et nous n'utilisons pas les images de la même façon. Notre langage est composite ; on y trouve l'anglais tel qu'il est parlé par les Maoris, la langue maorie, et souvent un mélange des deux. Il y a donc de nombreuses différences, mais également des ressemblances avec la littérature européenne.

48.54

D'un autre côté, certains Pakehas soutiennent vraiment le peuple maori et nous comprennent. Il s'agit apparemment d'une minorité qui n'a pas les moyens de se faire entendre au niveau politique et gouvernemental .

49.24

Je pense d'ailleurs que tout ce qui relève du choc des cultures est problématique. Mais je suis optimiste, et je pense qu'un jour nous y arriverons et que les Maoris doivent poursuivre leurs efforts. Ensemble avec ceux qui nous soutiennent, un jour, je l'espère, nous y arriverons." 49.53

49.55

Cette maison d'édition a pour vocation de recueillir les histoires qui sinon risqueraient de disparaître. Elle veut éviter que la tradition orale ne se perde complètement. Ici on veut sauver de l'oubli un patrimoine qui peut être un trait d’union entre les Pakehas et les Maoris, car il s'agit après tout de leur histoire commune, d'une histoire qu'ils doivent assumer ensemble. 50.19

50.54

Robin Bargh, éditeur

Pour nous, il y avait une lacune dans la littérature néo-zélandaise. Les points du vue des Maoris, leurs idées, leurs positions n'y étaient pas représentés. Nous avons donc pensé qu'il était important que la littérature reflète le mode de vie actuel des Maoris, leurs valeurs, leur vie quotidienne tout simplement. L'une de nos tâches est de découvrir et de promouvoir des auteurs maoris. Pour cela, nous avons organisé, en cette année consacrée à la langue maorie, un concours de la meilleure nouvelle. Cela a été un grand succès et nous a permis de repérer des auteurs potentiels que nous espérons pouvoir publier dans un avenir proche. 51.19

51.22

La télévision présente chaque jour une demi-heure d'informations en langue maorie. De plus en plus de Blancs les suivent régulièrement. Il y a donc un rapprochement perceptible entre les communautés. Les deux présentatrices prononcent par exemple la même formule de politesse : kia ora (prononcer qui ôra). 51.43

51.48

Kia ora, Auckland. Aucune autre ville de Nouvelle-Zélande ne symbolise à ce point le contraste entre l'ancien et le nouveau. Construite sur des volcans, Auckland témoigne de l'histoire de ce pays qui fut découvert il y a plus de mille ans par un peuple venu d'ailleurs. L'eau, les montagnes, les canoës, la guerre, le bois : tous ces éléments symbolisent l'histoire des premiers habitants de la Nouvelle-Zélande. L'histoire de leurs rivalités internes, mais également des luttes qu'ils menèrent contre les conquérants venus mettre la main sur leur pays. 52.24

 

52.31

Lorsque ce chef traditionnel nous explique avec fierté les détails d'un chef d'oeuvre du passé, il veut également nous faire comprendre que les Maoris, eux aussi, ont une histoire à laquelle ils peuvent se référer. 52.41

52.54

Les Maoris étaient maîtres dans l'art de travailler le bois et d'en faire des objets d'art et des canoës. Grâce à ces embarcations, ils ont quitté autrefois les îles polynésiennes surpeuplées et ont débarqué sur cette terre. Ils ont gravé leur histoire dans le bois. 53.08

53.11

Parfois même les contradictions de l'histoire, notamment celles de leurs relations avec les Britanniques.

Voici la résidence de la reine des Maoris, la quatrième depuis 1858, c'est-à-dire 18 ans après l'arrivée des Britanniques. Ce pouvoir monarchique fut reconnu par les Anglais, qui avaient alors intérêt à ce que les tribus Maoris s'unissent, pour n’avoir plus qu’un seul interlocuteur. 53.43

 

 

53.53

Voici l'arbre des ancêtres dans la cour de la reine. Il représente les chefs traditionnels qui prirent à l’époque l’initiative de ce mouvement d'unification, pour pouvoir parler d’égal à égal aux Anglais. 54.05

54.13

Cette statut d’un chef qui dirigea le mouvement est appelée le " faiseur de rois ". Il fut sculpté pour l’éternité dans le bois d'un arbre tombé à cet endroit il y a vingt ans environ. 54.24

54.25

Telle est l'histoire, fugace.... Le cimetière des rois, sur une colline sacrée, témoigne de ce passé. Tous les rois maoris y sont enterrés. Selon la mythologie, leurs âmes, après avoir abandonné leur enveloppe charnelle, s'élèvent haut dans le ciel pour un dernier voyage. 54.48

55.13

De Cape Reinga, à l'extrême-nord de la Nouvelle-Zélande, les esprits de tous les Maoris défunts se tournent une dernière fois vers le monde des vivants.

 

 

55.20

Puis, ils se posent sur un arbre, symbole de vie, avant de s'envoler pour toujours vers les îles polynésiennes, la terre originelle. 55.23

 

 

Adaptation: 3i Traductions

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