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Mendelssohn, l’itinéraire d’un romantique

0:54 Lorsqu’on aborde une composition, on a une haute idée de ce que l’on va et de ce que l’on veut sortir de soi-même cette fois-ci ! Dans la sombre intuition qu’on en a, les pensées que l’on part chercher sont toutes bien plus belles qu'elles ne deviendront plus tard, sur le papier. J’ai éprouvé une sensation analogue, mais je me suis vite repris. Si l’on n'acceptait seulement les pensées qui correspondent parfaitement et en toute chose à nos aspirations, on n’arriverait à rien du tout, ou bien à pas grand-chose. / Felix Mendelssohn 01:25

01:26

Sebastian Hensel, neveu de Mendelssohn / Abraham a acheté le beau terrain du trois Leipziger Strasse. Pour tous les membres de la famille, cette maison n’était pas une propriété ordinaire, un tas de pierres inanimé: c’était une créature vivante. Mais les amis de la famille ont commencé par rechigner et regretter que les Mendelssohn s’exilent si loin du monde, dans un quartier aussi morne et aussi retiré, où l’herbe poussait même dans les rues - car à l’époque, la porte de Potsdam était le bout du monde, le point où s’arrêtait la géographie berlinoise. 01:58

02:38

Max Müller, étudiant / Lorsque j’étais étudiant, à Berlin, je me rendais souvent dans leur maison de la Leipziger Strasse, et j’étais invité à bon nombre des concerts privés donnés dans le grand salon de leur maison avec jardin. 02:50

03:44

16 juin 1842... Après le dîner est arrivé Mendelssohn, dont je souhaitais tant faire la connaissance. Il est petit, il a les cheveux bruns et l’air juif - tendre, avec un beau front intelligent. Je lui donne trente-cinq ou trente-six ans. Il est très agréable et modeste, et il est un protégé du roi de Prusse. / Victoria, reine d’Angleterre 04:07

04:33

Il a un talent incroyable, extraordinaire, étonnant. On ne peut pas me reprocher d’avoir un préjugé favorable : il m’a dit franchement qu’il trouvait ma musique parfaitement incompréhensible. / Hector Berlioz 04:46

05:13

Ferdinand Hiller, pianiste et compositeur / Mais on voulait entendre quelque chose de neuf, choisi dans ses propres compositions. Quelle n’a pas été notre surprise lorsqu’il a donné, en notes tendres, charmantes et légères, le Quatuor à cordes en la mineur qu’il avait composé peu avant. 05:32

5:48

Mes pensées sont différentes, ce sont les pensées de Mendelssohn, pas celles de Beethoven. Mais les maximes d’après lesquelles je compose ont aussi été celles de Beethoven. Ce serait grave si, en marchant sur le même chemin, en créant selon les mêmes principes, on ne pouvait donner le jour à de nouvelles pensées, de nouvelles images. / Felix Mendelssohn 06:06

06:12 (Aribert Reimann)

A mes yeux, Mendelssohn a été l’un des rares compositeurs à jouir d’une liberté gigantesque. Il avait l’esprit ouvert à la musique, une intelligence exceptionnelle, quelque chose de cosmopolite. 06:29

06:30 (Detlev Glanert)

L’homme Mendelssohn, tel qu’on a peut-être pu le connaître par les lettres ou les récits de son époque, me semble pourtant être une personne très travailleuse, frénétique, moderne - dans notre sens du terme - un homme incapable de rester tranquillement assis, toujours forcé de faire quelque chose, il a fait un nombre de voyages inouï, bien supérieur à la moyenne de son époque. Un homme très sympathique, les idées larges, sans préjugés. Malgré le romantisme, auquel il appartenait. Car il représentait tout de même le regard intellectuel sur le romantisme, une chose que l’on avait oubliée au plus tard depuis Wagner en Allemagne. Après Wagner, il n’y avait plus dans ce pays que le sempiternel rayon de lune et le " culte du Wallhala ". C’est sympathique, cela compte encore aujourd’hui. 07.23

07:25

Quel homme moderne et honnête, notre Felix Mendelssohn Bartholdy, notre compatriote tant célébré. / Heinrich Heine 07:35

07:35

A l’heure de la création, l’artiste doit être ce qu’il veut représenter, il doit l’être exclusivement, entièrement, et ne rien être d’autre. / Felix Mendelssohn 07:56

08:04

Quel homme ! Et avec cela, le plus sublime des talents ; voilà comment doivent être les choses. / Jenny Lind, cantatrice 08:12

08:50

Ignaz Moscheles, pianiste / C’est une famille comme je n’en ai encore jamais connue. Les deux parents paraissent extrêmement cultivés, rien à voir avec l’impression que me donnent si souvent les parents ordinaires d’enfants prodiges. 09:07

09:14

Dans sa vie sentimentale aussi, l’amour pour sa famille prenait la première place. La piété qu’il ressentait envers ses parents n’avait pas de limite, le respect que lui inspirait son père avait quelque chose de religieux et de patriarcal. / Eduard Devrient, chanteur et comédien 09:29

09:31

En Cecilia Jeanrenaud, la fille d’un prédicateur protestant, il a trouvé la jeune fille qui devait emplir et apaiser sa vie. Cecilia était l’une de ces créatures douces et féminines dont l’esprit calme et puéril, dont la simple présence avait forcément sur n’importe quel homme un effet bienfaisant et tranquillisant. / Édouard Devrient 09:57

09:58

Nous voici revenus à Leipzig, et bien installés, du moins pour cet hiver et une bonne partie du printemps. Les anciennes pièces dans lesquelles nous avons déjà vécu plus d’une journée de bonheur reconnaissant ont été remises en état de la manière la plus gracieuse qui soit, et l’on y vit très confortablement. Felix Mendelssohn 10:18

11:10 (Glanert)

Ensuite, c’est surtout par la pratique instrumentale que j’ai étudié en profondeur l’œuvre de Mendelssohn. Autrefois, je jouais de la contrebasse. J’avais souvent ses partitions sur mon pupitre. Et il n’y avait rien, mais alors strictement rien là-dedans qui rappelle l’ambiance des salons, ce côté chien-chien - enfin, vous voyez ce que je veux dire: les dames, le parfum et les cakes, le thé... 11:32

12:04 (Reimann)

J’ai toujours eu le sentiment que même avec le Lied " Sur les ailes du chant ", on a une musique qui frôle constamment l’abîme - parfois, je me dis que c’était comme sur une corde, et la question est toujours la même: est-ce qu’il va tomber ou ne pas tomber ? Et j’ai trouvé dans son langage, dans son langage musical, une richesse tout à fait extraordinaire. 12:33

15:05 (Reimann)

Dans ces miniatures, dans ces Lieder, quelque chose se libère chez Mendelssohn, y compris sur le plan des émotions, il y a une richesse des sentiments que l’on ne ressent peut-être pas aussi immédiatement dans d’autres morceaux de lui, qui ne s'imposent pas d'emblée, qu’il faut commencer par découvrir. 15:25

15:55

Mais voilà que revient déjà le méli-mélo berlinois : les projets gigantesques qui accouchent de souris. La critique parfaite, les musiciens médiocres; les idées libérales, les courtisans omniprésents; le musée et l’Académie, et le sable ! Felix Mendelssohn 16:15

16:34

Il passera chez nous assez souvent, avec son cœur et un regard singulier, brillant et humide. A l’heure qu’il est, j’ignore encore comment ce sera après son départ, mais je m’imagine une ambiance sinistre et silencieuse et j’aurais honte de toute ma vie antérieure si le mariage et le foyer pouvaient me protéger contre ce vide. Gardez-le et soignez-le - par l’esprit - et permettez-lui de retrouver un cœur chaleureux pour compenser tous ceux qu’il abandonne. / Fanny Mendelssohn, sœur du compositeur 17:11

18:31

La plus âgée de ses sœurs, Fanny, était proche de lui par son don musical éminent ; et son caractère excellent, son intelligence lumineuse, sa sensibilité tout à fait raisonnable, mais riche - qui n’apparaissait pas à tout le monde - pouvaient contrebalancer certains traits du caractère émotif de Felix. / Édouard Devrient 18:53

19:18

Abraham Mendelssohn, père du compositeur

Ce que tu m’as écrit, dans l’une de tes dernières lettres, sur la différence entre ton activité musicale et celle de Felix était aussi bien pensé qu’exprimé. La musique deviendra peut-être sa profession, alors que pour toi, elle ne pourra et ne devra être qu’une parure, et jamais la note fondamentale de ton être et de tes actes. 19:39

20:16

Sir Julius Benedict, compositeur anglais

Au début mai 1821, alors que je me promenais à Berlin avec mon ami et mécène Weber, il attira mon attention sur un garçon de onze ou douze ans. Et c’est par les mots " Voici Felix Mendelssohn " que Weber me présenta cet enfant si prometteur. 20:39

20:40 (Reimann)

Il a été prêt si tôt, c’était un enfant prodige. Il a joué en public de très bonne heure. A sept ou huit ans, il composait. A dix, onze, douze ans, il a écrit ces admirables symphonies pour cordes, etc., et tout cela est d’une perfection tellement incroyable, c’était forcément un perfectionniste. 21:03

21:04 (Glanert)

Et - ce qui a sûrement aussi frappé Schumann - son type de poésie romantique, le fantastique. 21:16

21:17

Sir Julius Benedict / Il a couru au piano, a joué intégralement, de mémoire, la musique du Freischütz, en me demandant: " Comment trouvez-vous cela... et cela ? " Puis nous sommes passés au jardin. Il sautait au-dessus des haies, faisait le fou, chantait et grimpait aux arbres comme un écureuil. Une incarnation du bonheur et de la santé. 21.40

 

 

21:47

Mon Felix continue, et c’est un travailleur. Il vient d’achever un Octuor pour huit instruments obligés, et cela tient debout. Il joue du piano comme un diable, et il n’est pas en reste pour les instruments à cordes ; avec cela, il est en pleine santé, il est fort et nage joliment à contre-courant. / Karl Friedrich Zelter, professeur de Mendelssohn. 21:08

22:12

Ferdinand Hiller / Il s’est rendu à Berlin l’hiver précédent. A son retour, il a parlé d’un enfant prodige, un petit-fils du philosophe Moses Mendelssohn, qui non seulement joue admirablement, mais compose aussi, déjà, des quatuors, des symphonies et des opéras. 22:29

25:10

Il attrape son époque par les oreilles et l’emmène avec lui / Karl Friedrich Zelter 25:16

27:04 (Reimann)

A la fin, sur ce " signifie  ", je trouve cela si incroyablement composé, " est-ce que cela signifie la mort...? ", cette question et, d’un seul coup, de nouveau... [il chante la mélodie] De nouveau, le sujet revient, puis il est effacé, mais en réalité il ne l’est pas, il reste dans l’espace comme un point d’interrogation. Et puis il y a cette double signification qui revient toujours chez lui, c’est aussi tellement caractéristique, n’est-ce pas ? 27:27

 

 

27:29

C’était l’une de ses particularités: au beau milieu d’un bavardage tranquille, il passait de but en blanc à quelque chose de très cocasse ou de très sérieux. Un après-midi, nous flânions dans les Promenades lorsqu’il me posa tout à coup cette question: " Crois-tu au progrès de l’humanité ? " / Ferdinand Hiller 27:49

28:15

Felix est tout de même un chef d’orchestre né - et en plus, il a de l’expérience. Quand on voit combien de choses inouïes on peut tirer d’un orchestre lorsque la baguette est tenue par l’homme qu’il faut, on se dit avec amertume qu’il est bien rare de trouver l’homme qui convient à la bonne place, et la place qui convient à l’homme. / Fanny Mendelssohn 28:36

28:38 (Reimann)

Je crois qu'il a donné le jour à ce que l’on appelle l’art de la direction d’orchestre, c’est-à-dire le travail du chef d’orchestre considéré comme un artisanat. Il a été le premier grand pédagogue de l’orchestre. Et l’on continue à s’en rendre compte, surtout à Leipzig, avec l’orchestre du Gewandhaus. C’est Mendelssohn qui a fondé l’Académie de musique, le conservatoire de Leipzig. C’est lui qui a inventé le bon enseignement, celui qu’on donne aujourd’hui à l’Académie de musique: c’est lui qui lui a donné naissance. Il a introduit les examens, etc. Et je me demande toujours: comment a-t-il trouvé le temps de faire tout cela au cours des trente-huit années de sa vie ? 29:22

 

 

29:24

La conviction que notre vie nous donne l'obligation de travailler, d’être utile, d’avoir un but : cette conviction-là, Felix l’a héritée de son père. / Édouard Devrient 29:35

29:37: Pour en revenir à Felix, j’ai éprouvé une joie singulière en constatant l’intelligence et la justesse de ses relations avec les gens, la manière dont il sait les intéresser à sa cause et à la cause en général, sans aucune arrière-pensée, juste parce que c’est bien ainsi. Quant à sa musique ! Elle est forcément authentique, parce qu’elle brille de ses propres feux, sans jamais faire appel à des expédients malvenus. / Fanny Mendelssohn 29:59

30:23

Felix à son ami Karl Klingemann

Parmi les nouveautés, j’ai achevé un trio pour piano, violon et violoncelle en ré mineur. 30:32

31:30

Paru dans le Musical Times anglais

Lors d’un concert qu’a donné M. Purdy le 5 juin 1844 au Radley’s Hotel, dans la Bridge Street, Blackfriars, Mendelssohn devait jouer son trio en ré mineur avec le jeune Joseph Joachim et M. Hancock.

Joachim a raconté par la suite que seules les partitions du violon et du violoncelle se trouvaient dans la salle de concert. Mendelssohn n’était pas content du tout. Mais il a fini par dire: " Tant pis, mettez simplement une partition quelconque sur le piano, et que quelqu’un tourne la page de temps en temps, pour qu’on n’ait pas l’impression que je joue de mémoire. " Manifestement, il ne voulait pas prendre une position prédominante au sein du trio. C’était vraiment un homme magnanime ! 32:07

32:24 Personnellement, je peux me dire indépendant, car j’en suis conscient depuis ma toute première jeunesse. Je ne me rappelle pas avoir jamais entrepris, par exemple, de composer un trio ressemblant à tel ou tel morceau écrit par Beethoven, Mozart ou aucun autre maître: j’écrivais simplement selon mes inclinations. / Felix Mendelssohn 32:46

33:16

Hier, j’ai ressenti un grand plaisir. Mendelssohn donnait un trio. Il jouait magistralement, avec tant de flamme qu’à certains moments, je n’ai vraiment pas pu retenir mes larmes. De tous les interprètes, c’est vraiment lui mon préféré. / Clara Schumann 33:33

34:47

Si l’on veut me reconnaître une certaine singularité, je suis conscient que je la dois le plus souvent à mon autocritique rigoureuse et au fait que j’éprouve un besoin impérieux de changer et d’améliorer. J’ai tourné et retourné mes pensées - si souvent, et tant de fois pour chacune ! - afin de redonner forme à leur physionomie d’abord ordinaire, de les rendre plus proches de l’origine, plus significatives et plus efficaces. / Felix Mendelssohn 35:15

35:20 (Glanert)

Ce travail incessant de correction et d’affinement sur les partitions: d’une certaine manière, cela me semble extraordinairement familier. Même des années plus tard, il y apportait encore des améliorations. C’est cette insatisfaction qui me paraît familière: l’idée que même sur les œuvres les plus simples, on a toujours quelque chose à améliorer, que cela peut paraître encore plus facile et naturel. 35:39

35:59

Il dessinait d’après nature et peignait aussi très bien. Il avait de multiples talents. / Sir Julius Benedict 36:08

36:15

Felix était un être prodigieusement doué ! En dehors de la musique, qui était le cœur de son existence, ces talents s’exprimaient dans les domaines les plus divers. Mais il n’a jamais fanfaronné pour autant. / Julius Schubring, philologue 36:30

36:40

Bien qu’il ait parlé avec dédain de ses propres dessins, il avait un véritable talent artistique et aimait beaucoup les tableaux. C’était merveilleux, de voir à quel point il pouvait s’immerger dans la beauté des collines et des forêts. / Miss Taylor, une amie du Pays de Galles 36:55

37:17

Rebecka Mendelssohn, sœur cadette du compositeur. / Felix a trouvé en Rossini un ami et mécène chaleureux qui écoute sa musique avec un grand intérêt, lui recommande de composer des œuvres plus populaires. 37:31

 

 

37:50

Fanny à Felix / Si tu parviens à rencontrer Goethe, ouvre grand tes yeux et tes oreilles, je te le conseille ! Et si tu n’es pas capable, à ton retour, de me répéter chaque mot qu’il aura prononcé, tu pourras dire adieu à notre amitié ! 38:04

38:06

Il a commencé par Bach et a fait ensuite revivre devant moi Haydn, Mozart et Gluck. Il m’a donné nombre d’indications sur les nouveaux grands techniciens de la musique. Et pour finir, il m’a fait entendre ses propres productions, qui m’ont donné à réfléchir. / Goethe à Zelter. 38:25

38:27 (Reimann)

Pour moi, c’est en lui que se cristallise la culture allemande, y compris celle du passé. 38:35

38:52

Jeudi, j’ai donné ici, à l’église Saint-Thomas, un concert d’orgue dont les bénéfices doivent permettre d’édifier une pierre commémorative au vieux Sébastien Bach, ici, devant l’école Saint-Thomas. 39.03

(...)

39.10

Le monument est devenu ravissant, avec ses nombreuses colonnes, ses petits piliers et ses ornementations. Les bas-reliefs et le superbe vieux visage paré de sa perruque brillaient sans voile sous le soleil et m’ont causé une grande joie. / Felix Mendelssohn 39:26

39:29 (Reimann)

C’est lui qui, en 1829, a redonné vie à la Passion selon saint Mathieu. 39:35

39:36

Au bout de quelques semaines, quand les répétitions ont commencé à l’Académie proprement dite, ils sont d’abord restés bouche bée de stupéfaction en découvrant une œuvre dont eux, les membres de l’Académie de Berlin, ne connaissaient même pas l’existence. Lorsqu’ils l’ont compris, ils se sont mis à l’étudier avec un intérêt sincère et chaleureux.

Toutes les possibilités auxquelles nous avons rêvé au fil du temps sont à présent véritables et réelles ; La Passion, sortie de l’ombre, appartient désormais aux âmes. / Fanny Mendelssohn 40:07

40:12

Felix s’est arrêté au beau milieu de la place de l’opéra et s’est exclamé avec exubérance: " Et il a fallu que ce soit un histrion, un jeune juif, qui rende aux gens le sommet de la musique chrétienne ! " / Édouard Devrient 40:25

40:25

Les juifs restent des juifs... Les pierres que nous avons apportées pour bâtir le temple de leur gloire, ils s’en servent ensuite, à l’occasion, pour nous les lancer dessus. Robert Schumann 40:34

40:37 (plaque commémorative)

C’était un prélude. Là où l’on brûle les livres, on finit aussi par brûler des hommes. / Heinrich Heine 40:44

40:45 (plaque commémorative): " Chercher la vérité, aimer la beauté, vouloir le bien, faire de son mieux. " Moses Mendelssohn

41:50 (pierre tombale): Moses Mendelssohn, né à Dessau le 6 septembre 1729, mort à Berlin le 4 janvier 1786.

41:59 (Reimann)

Même ce que son grand-père lui avait transmis, même la confrontation avec Hegel, par la suite, tout ce milieu dans lequel il vivait tout de même lui aussi, à Berlin: il a tout absorbé, qu’il s’agisse de philosophie, de peinture ou de littérature, c’est totalement incroyable. Cela transparaît aussi dans la manière dont il manie sa musique, dont il la conçoit. 42:23

42:24

Niebuhr avait raison de voir poindre une époque barbare. Elle est déjà là, nous y sommes ; qu’est-ce en effet que la barbarie, sinon de ne pas reconnaître l’admirable ? / Goethe à Eckermann 42:38

43:15 (plaque commémorative) Ici se trouvait le premier foyer juif pour personnes âgées de Berlin. En 1942, la Gestapo le transforma en centre de transit pour les citoyens juifs.. 35 000 juifs berlinois, du nourrisson au vieillard, furent traînés dans les camps de concentration d’Auschwitz et de Theresienstadt, et assassinés de manière bestiale. Ne l’oubliez jamais, empêchez la guerre, préservez la paix.

 

 

44:17 (Glanert)

Je ne l’ai entendu qu’une seule fois dans ma vie, chez une personne très âgée, qui m’a dit: " Mendelssohn, tout de même, c’est un compositeur juif ". Ça ne m’est arrivé qu’une seule fois 44:28

44:30

Tout ce que nous avons observé en étudiant l’antipathie que nous inspire le caractère juif, tout ce qu’il peut avoir de contradictoire se condense pour engendrer un conflit totalement tragique. On le voit bien, même dans le cas de Mendelssohn. Il avait un tel bouquet de talents, et il les cultivait avec sérieux et minutie. Pourtant, il n’a jamais accédé à cette liberté, il n’a jamais dépassé cette gêne originelle qui, pour tout observateur sérieux et malgré tous ses succès mérités, l’a maintenu à l’extérieur de notre art allemand. / Richard Wagner 45:06

46:55

Depuis quelque temps déjà, Mendelssohn était pris d’une surexcitation nerveuse manifeste lorsqu’il écoutait de la musique ou en jouait lui-même. Son visage se transformait et devenait très pâle. / Elise Polko, auteur de livres sur la musique 47:10

47:11

Il a vieilli, il est las, sa démarche est moins rapide qu'avant. Mais quand on le voit au piano, ou bien quand on l’entend parler de l’art et des artistes, il est tout feu, tout flamme. / Ignaz Moscheles 47:26

47:29

Mais en vérité, ma plus grande joie, mon plus grand plaisir, c’est de jouer de la musique avec des amis. Un quatuor, tout au plus, de musiciens proches de ma manière de voir - je n’ai pas besoin de plus. / Felix Mendelssohn 47:45

50:50 (Pierre tombale: Fanny Caecilia Hensel, née Mendelssohn Bartholdy

50:56

Felix à son beau-frère Wilhelm Hensel / Si mes lignes dérangent tes pleurs, alors jette cette lettre, car pour l’heure, rien ne peut nous faire plus de bien, sans doute, que de verser toutes les larmes de notre corps. Nous avons été heureux ensemble ; à présent débute une vie grave et triste. Tout ce qui est terrestre a pris pour nous une autre apparence, et nous devons chercher à apprendre à nous limiter. Mais avant que nous l’ayons appris, notre propre vie sera sans doute elle aussi arrivée à son terme. 51:31

51:58

Lorsqu’on lit les lettres écrites par Felix après la mort de Fanny, lorsqu’on écoute ce quatuor en fa mineur, profond, triste et passionné qu’il a composé au cours de l’été 1847, on perçoit aussitôt combien le son est différent, comme saisi d’une tristesse mortelle. / Sebastian Hensel, fils de Fanny 52:19

 

52:34

Il avait mis en musique quelques beaux vers d’Eichendorff, sous le titre Chant nocturne, et au matin du 9 octobre, il les a apportés à une cantatrice. / Sir Julius Benedict 52:45

54:56

Sir Julius Benedict / Alors qu’il l’accompagnait au piano, il est tout à coup devenu livide, il a perdu connaissance, et il a fallu le transporter chez lui, auprès de sa famille. 55:09

55:14

A partir de cette date, il est resté couché, dans un sommeil comateux, il se contentait de répondre " oui ", ou " non ". Lorsque Cecilia lui a demandé comment il se portait, il a juste dit: " fatigué, très fatigué ". Il a ainsi dormi jusqu’au lendemain. Le soir, à neuf heures et vingt-quatre minutes, sa respiration s’est arrêtée, sa vie était terminée. Mon vieil ami était couché là, dans un cercueil précieux, posé sur des coussins de satin broché, entouré par un cercle de hautes plantes, recouvert de lauriers et de gerbes de fleurs. On aurait dit qu'il avait vieilli d'un seul coup ; l'image de l'enfant, la première image que j'avais eue de lui, apparut devant moi, à côté du cercueil. Combien de fois ma main avait glissé dans ces longues boucles brunes, sur cette tête brûlante. A présent, mes doigts étaient posés sur son front froid comme du marbre. Un grand pan de mes souvenirs s’effondrait, mettant un terme, sous une forme parfaite et que je ne pourrais jamais perdre, à cette jeunesse tellement riche que j’avais vécue à travers lui. / Édouard Devrient 56:16

57:08

Mais si je voulais énumérer tout ce qu’il y avait d’appréciable en lui, je ne m’arrêterais pas: je sens cependant que la douleur que nous cause sa perte persistera toute notre vie. / Clara Schumann 57:22

57:34

... et Robert Schumann / Lorsque je lui ai demandé " s’il n’avait pas songé, une fois, une seule fois, dans sa jeunesse, à ne pas devenir musicien ", il a répondu, que par une journée maussade et pluvieuse, cette fois-là, il avait voulu devenir " juriste ". 57:51

Adaptation : 3i Traductions.

Adaptation   3i Traductions