Archives



8042

Vivre en marge

Les banlieus de Sao Paulo

 

00.20

Ce documentaire est consacré aux banlieues de Sao Paulo, à la structure et l'anarchie sociales qui les caractérisent. Les banlieues sont de couleur, comme l'est la rébellion qui s'exprime dans leur sous-culture - le hip-hop des rappeurs, les chants des Repentistas qui parlent de la terre qu'ils ont perdue, au nord-est du Brésil.

00.42

Voici le Brésil de ceux qui vivent dans les banlieues. Une marginalité géographique qui est aussi marginalité humaine.

01.20

Ils ont bâti une ville

si grande et si puissante

que le pays a disparu derrière elle.

Ils ont bâti des maisons

si abruptes et si hautes

que le ciel a disparu au-dessus d'elle.

Ils ont bâti des machines

si puissantes et si larges

que l'homme a disparu devant elles.

Alors l'homme a émigré vers les banlieues.

Et il y vit encore

dans la pauvreté et l'anarchie.

01.35

Graffiti anonyme du centre de Sao Paulo.

01.58

Ils n'ont plus rien à perdre, mais ils n'ont pas renoncé pour autant.

02.05

Les flics qui viennent nous voir sont toujours armés, revolver à la main.

02.08

- Ce ne sont pas des tendres, franchement, ils sont très durs.

02.12

- Ils viennent pour nous tabasser, c'est dingue !

02.17

- ... ils préfèrent qu'on travaille honnêtement ou qu'on se réunisse en bande pour aller voler, tous armés ?

- Pourquoi est-ce qu'on ne crée pas des groupes de travail,

02.23

- ... pourquoi est-ce qu’on ne le fait pas ?

02.28

- On cherche du travail, on cherche encore, on n'en trouve pas, et on finit par demander à faire n'importe quoi ...

02.34

- Et si on râle, je recommence à voler...

02.36

- Le racisme existe, il existe vraiment.

02.39

- On est dans un trou, tout le monde est affolé.

02.43

- Ca fait un moment que les pauvres doivent vivre sous un viaduc. C'est quoi, ça ?

02.48-02.53

Les temps sont durs

Les temps sont durs

scandent les rappeurs à la radio.

03.02

- Je suis parti de chez moi à la recherche d’une vie meilleure. Ca n’a pas marché. Quand on arrive ici, c’est encore pire. Là-bas, au moins, on avait de quoi manger, on avait tout.

03.10

- Ici on a au moins de quoi manger, c’est vrai, on travaille, on se débrouille un peu...

03.19

- C’est peu, mais avec Dieu, c’est beaucoup.

03.27

- On est donc restés dans la rue.

- Il était déjà tard, minuit environ. On est donc restés sur cette place. Alors un monsieur, qui habitait ici avant, nous a vendu cette baraque.

03.40

- Il y a plein de cafards, ici, c'est dingue, plein de cafards ! Et la nuit ! Ca pullule, les cafards, les souris, toutes sortes de bêtes.

03.51

C’est un endroit insupportable, invivable, surtout pour élever des gosses, pas vrai ?

03.56

On fait la cuisine ici. C’est ça, notre problème. On n’a pas les moyens de s’acheter un autre réchaud. Pour l’instant, on ne peut rien faire.

04.09

- Quand est au chômage, on va demander à manger et on nous donne ça, des restes de nourriture, des restes de poisson, les fruits sont pourris...

04.37

- On rêvait juste d’un petit coin agréable ... pour élever nos enfants, un foyer décent pour les enfants, voilà. C’est ça qu'on veut.

O5.06

- Une famille ne peut pas et ne doit pas vivre ici. C’est un endroit trop sale.

- C'est impossible.

05.15

- A minuit, les flics font leur descente, ils ne veulent rien savoir, ils tabassent, c'est tout.

05.21

La vie se charge elle-même d'écrire ses tragédies. Monologue sur une scène. Les acteurs viennent de la rue. Le théâtre, ce sont les bidonvilles.

05.25

Immigré, toi qui viens chercher chez nous ce qu’il n’y a pas chez toi, immigré maudit ! Laisse tomber ! São Paulo te supporte, tu suces le sang de notre ville, t’es un concurrent de plus pour le travail, pour les femmes, pour les terres. Tout ça, tu veux nous le voler. Rentre chez toi, immigré, fils de p... ! Ah !

06.02

Bonheur et malheur, début et fin, vie et mort, solitude et anarchie : la folie tout à fait banale de la grande ville. Si Dieu est réellement brésilien, comme le dit un dicton populaire, il exige trop de sacrifices.

07.01

- J’ai un boulot, je travaille, vous pouvez voir que je ne vous raconte pas de salades. Je vous montre mes mains toutes calleuses, puisqu’on est filmés. Regardez, ce sont des mains de travailleur. Eh oui, je suis pauvre. Je suis allé faire la fête hier, avec un copain. Nous avons été agressés, mon ami et moi, oui, agressés.

07.15

Le nombre de Brésiliens incarcérés ou d'enfants abattus par des commandos de tueurs est effectivement supérieur dans la population noire ou de couleur.

La rébellion s'organise à l'intérieur de la sous-culture des banlieues. Le Rap, c'est la nouvelle arme contre l'injustice. Sur scène, de tout jeunes rappeurs.

A l'ordre du jour: le thème de la ville propre.

07.51

Un opéra noir. Marginal. Radical. Sanglant.

08.01

L'avenir des mégapoles du Sud se déplace de leur centre vers leur périphérie. Les banlieues voient renaître une architecture très ancienne. Urbanisation sauvage. Les habitants se soustraient à la loi et à l'Etat. Les autorités ne veulent rien voir. C'est cela que raconte la sous-culture hip-hop. Les rappeurs de rue veulent éduquer, dénoncer la violence, réveiller la conscience sociale.

08.45

On était danseurs... Un jour on a commencé à se réunir, à se retrouver avec Metralha, qui avait déjà enregistré un disque. D’autres gens sont venus, on voulait monter une organisation pour travailler auprès de la communauté, pour lancer les groupes. Les groupes qui n'arrivent pas à trouver leur place dans les médias, qui n'ont pas les moyens d'avancer ici sur la piste...

09.09

Un jour, Armando, qui appartient à notre mouvement discutait avec nous et c’est là qu’il a parlé de "concepts de rue". Je crois qu'au tout début, on ne comprenait même pas ce que ça voulait dire.

09.24

Mais un jour on se trouvait tous réunis chez Adriano, qu'on surnomme Metralha...

09.32

... On s’est dit : tiens, voilà un beau nom. On a alors commencé à délirer sur ces "concepts de rue". S’occuper du gars qui vit dans la rue, l’attirer vers le groupe en question... La vision que j'ai de la rue, tout ce que j'y ai appris, c'est beaucoup, parce que c’est drôle, tout ce qu’on fait ici, on l'a appris dans la rue. S’il chante, c’est parce qu’il a vu quelqu’un chanter dans la rue ; s’il danse, c’est qu’il a vu danser la samba dans la rue là-bas, à Santana...

10.07

Il y a des amis à nous qui sont morts dans la rue. Et on pense à ce qu'on peut faire pour eux.

10.13

C'est inutile de se mettre à parler pour rien, à critiquer la télévision Globo, à dire qu’elle rend nos enfants idiots, et patati et patata, si on ne peut pas sortir pour de bon et rentrer chez des gens riches, comme sur la Globo à l’heure des feuilletons...

10.29

... Alors la création de ces "radios alternatives" peut nous aider. Nous en avons créé une ici, dans la zone Sud de la ville, il y en a une autre dans la zone Nord, à Guarulhos...

- C’est vrai...

10.50

L'émission de radio du rappeur Ricardo, le dimanche.

SOUS TITRES

11.20

(Et voilà, vous êtes branchés sur Transa Black, 94 point 1. Il est exactement quatre heures trente-cinq !)

11.19

Radio Transa Black est l'une des multiples radios-pirates qui, faute d'argent, n'émettent qu'en fin de semaine. Leur message ne varie pas :

Toi qui es noir, personne ne te vient en aide, prends toi-même ta vie en main, aide les autres, la seule issue, c'est.la solidarité.

L'unité seule fait notre force, nous ne nous défendrons qu'unis.

sous-titres

12.26

A l'entrée du concert de rap, on paie en vivres au lieu d'argent. L'aide alimentaire.

Sous-titres

13.21

- Et voilà, on va commencer par eux, qui ont un succès fou dans tout le Brésil. Salut, les "Rationnels", salut, frère Brown.

- Toute la communauté pauvre de la zone Sud... Tu peux me croire...

13.56

Concert du groupe Rap "Os Racionais" : Les sensés de la banlieue Sud.

Où qu'ils aillent, la salle est pleine, tout le monde connaît leurs textes par coeur et chante en même temps qu'eux.

Comment ça va, frère Brown? Frère Brown est le plus grand. Frère Brown sait exactement ce qu'il dit. Il a longtemps appartenu à leur monde, il dit les choses telles qu'elles sont. La peau noire, les petites gens, les gros soucis. La colère et la frustration. Avec en prime la philosophie de la rébellion.

14.20

Des quelques cinq cents groupes de Rap que comptent les banlieues, les Racionais, ceux qui savent tout de la rue, sont les plus populaires et les plus radicaux. Le Rap qu'ils chantent ici raconte une fin de semaine, en été, dans un parc, dans une banlieue de Sao Paulo.

sous-titres

16.02

Un entretien avec les Racionais : écoutons celui qu'on appelle Ice-Blue.

16.08

- En fait, ce qu'il faut dire, c'est qu'ils sont habitués à voir tout en rose à la télé, ils sont émerveillés par des vêtements de marque, des belles voitures. Alors, le type, il finit par délirer, il est manipulé par la télévision, il n’a pas encore réalisé ce qu’est la vie.

16.30

Frère Brown poursuit :

16.32

Dans notre région, on compte beaucoup pour les gens. Ils nous écoutent beaucoup... La musique de notre quartier, c’est notre musique, et ça, c'est très positif pour nous. Les flics nous considèrent comme les quatre petits nègres qui parlent trop.

Ils ne savent sûrement pas à quels monstres ils ont affaire. Maintenant, nous sommes des monstres sacrés. Tout le monde écoute de la musique. La banlieue, c’est la masse ; la banlieue, c’est la grosse majorité. Mais la police est raciste et violente, ils n’aiment pas qu’on le dise dans nos chansons. Tous les week-ends, on veut s’amuser, c'est l'été, c'est le mois de janvier, São Paulo, Zone Sud. Ouais !

17.13

Les rappeurs ne cessent d'affirmer que la police militaire assassine de façon arbitraire et fait régner la terreur. C'est pour cela que, depuis les banlieues de Sao Paulo, ils s'adressent au monde entier en appelant à la paix et à la raison.

17.28

Paix, Paix!

17.55

Retour à la banlieue Sud :

Trois rappeurs qui s'appellent "Aile n°9" depuis que dans l'aile de la plus grande prison de Sao Paulo réservée aux grand criminels, 111 détenus ont été assassinés par la police militaire.

S'ils portent des cagoules, c'est par peur!

18.08

Nous faisons du rap, parce que c’est notre cri de liberté, tu comprends ? C’est notre manière à nous de faire passer le message véritable, sans que les flics nous tirent dessus. Car ils arrêtent les gens pauvres, en croyant que ce sont tous des délinquants, tu comprends ? La majorité de ceux qui vivent ici sont simples, travailleurs, tu comprends ? Alors, je vais vous raconter un peu ce que je vois, ce que je vis dans la rue, vous parler de ces pantins en uniforme, ça commence à peu près comme ça.

sous-titres

19.36

Les textes naissent en parlant. Les idées circulent, rester cool et bien réfléchir, c'est le plus important, disent-ils. Leur arme, c'est leur cerveau.

19. 48

Très fou, trop fou... Mais on n’a pas besoin de ça pour faire ce qu’on fait... Notre arme, c’est notre conscience.

20.33

Ce sont surtout les Noirs qui sont visés. Jorge, un ambulancier, en a fait l'expérience.

20.42

- Quand je suis sorti de l’épicerie, le flic était garé de l’autre côté de la rue, et il disait déjà à son copain : "On va se faire ce nègre". Mais moi, je ne sais même pas pourquoi. J’ai démarré, je suis rentré chez moi. Il m’a accosté alors et m’a dit de m’arrêter.

21.06

- Les mains sur la tête, nègre ! Je lui ai donc demandé : "pourquoi, les mains sur la tête ?" Il m’a regardé, et m'a seulement dit :

21.15

- "Quand le nègre est debout, c’est qu’il est au pilori ; s’il marche, c’est un type suspect ; s’il court, c’est qu’il est voleur ; et s’il est couché, c’est un porc". Du coup, ça m’a révolté.

21.28

- ... J’ai continué à rouler doucement, je lui ai dit que je n’avais pas l’intention de m’arrêter, puisque j’étais près de chez moi, et je me suis arrêté juste devant la maison. Il essayait de garer sa voiture, j’ai commencé à faire des manoeuvres devant chez moi, car je rentre dans mon garage en marche arrière, il est venu me dire qu’il m’arrêtait, moi et Carlos.

21.55

- Je lui ai alors dit que j’allais présenter mes papiers à son collègue. Lorsque j’ai porté la main à la poche pour prendre mes papiers, car je suis fonctionnaire, il a essayé de me passer des menottes. J’ai perdu la tête, il essayait de me faire entrer par la force dans sa voiture...

22.14

- Alors, j’ai perdu la tête, et je lui ai donné un coup de poing dans la figure. Il m’a emmené au commissariat et là-bas, on m'a informé de mes droits , puis on m’a placé dans un coin qu’ils appellent... "la porcherie".

22.34

- Entre le bureau du commissaire et la " porcherie", j’ai été humilié à nouveau par ce Monsieur, qui disait que j’étais un nègre puant, un sale nègre, et qu'il n’y avait pas de place pour nous deux dans la ville où nous habitions.

22.51

En fait, toute la vie dans les banlieues est un immense hip-hop.

Il faut sauter pour survivre, sauter d'un travail à l'autre, il faut avoir au moins deux boulots parce qu'avec un seul, impossible de vivre : c'est ce que dit Jorge Manuel, l'ambulancier, sans cesse en butte au racisme.

Jorge est l'un de ces artistes de la survie, fonctionnaires depuis des années, mais qui ne s'en sortent qu'en travaillant au noir. C'est le cas des enseignants, des médecins, des professeurs. Les réajustements des salaires sont minimes, immédiatement annihilés par les dévaluations constantes de la monnaie.

Beaucoup de gens travaillent jour et nuit pour arriver à survivre. C'est cela la véritable violence du Brésil. Les couches inférieures de la classe moyenne se paupérisent.

23.03

- Nous, au service des ambulances, nous ne transportons que des gens qui vont d’un hôpital à l’autre ou des gens qui quittent l’hôpital. La maintenance des voitures de la mairie est très précaire. Le gyrophare ne marche pas. Ceci, par exemple, dans cette voiture...

23.45

- Sincèrement, si un fonctionnaire doit compter sur son salaire pour vivre... autant dire qu'il meurt de faim. Moi, par exemple, je travaille à la mairie depuis six ans, j’entame ma septième année, et mon salaire actuel, toutes primes comprises, se monte à 780 francs. Subvenir aux besoins de sa famille, de nos jours, avec un salaire de 780 francs, cela relève de l'acrobatie. C’est pour cette raison que j’ai parlé de "petits boulots".

24.29

Et, Dieu merci, j’ai mon petit boulot à côté, je suis mon propre patron, quand je ne suis pas fonctionnaire la journée, pendant mes heures de loisir.

24.50

Système D : Exemple n°1, le marché noir.

24.57

Tous les mardis, très tôt le matin, Jorge va acheter des biscuits dans une usine. Il repart avec sa camionnette les vendre dans la rue.

25.09

Un sachet coûte 1 Franc 75, cinq sachets 7 francs 50. Cela lui rapporte un peu et lui donne le courage de faire d'autres projets, comme il le dit lui même.

25.58

- Je suis bahianais, je suis venu de Bahia à l’âge de deux ans. Mon enfance, ma vie, c’est São Paulo, alors je suis d'ici.

26.17

- Je suis fonctionnaire pour avoir une retraite . Si je n'avais que ce salaire de la Mairie...

26.33

- Dans ce pays, pour réussir dans la vie, un noir doit être "un noir et demi", il doit fermer les yeux sur un tas de choses, s’il veut réussir dans la vie, il faut qu’il fasse semblant de ne pas voir...

26.48

- ... le racisme existe...

26.52

- Dans notre pays, les "Rationnels" disent la vérité...

27.05

- Au Brésil, un Noir doit valoir deux Noirs. Tout d’abord, lorsqu'il recherche un emploi. Quand il arrive dans une entreprise, il a 150 personnes à affronter. (Attends ! Papa discute ! Oui, tu peux la prendre !)

27.20

Lorsque le Noir réussit à se placer parmi les premiers de la file d'attente, il doit en valoir deux, trois, plus : il doit faire trois fois ce que fait le Blanc.

27.40

Lorsqu’il réussit à piquer la place d'un Blanc, c’est qu’il est vraiment bon. Sauf que là, il a un nouveau problème à affronter : il y arrive, mais il peut être sûr que si elle est bien rémunérée il ne l’aura pas, à coup sûr. Il y a toujours un Blanc pour occuper ce genre de poste.

28.03

Je crois que nous, les Noirs, on doit s’organiser pour tout... Il existe déjà plusieurs organisations. Par exemple, ici, on a une institution noire, la Guéledanse , qui m’a donné un coup de main quand j’ai eu des difficultés... (Arrête, ma fille !)

28.31

C’est sûr que le peuple noir est un peuple qui rencontre plus de difficultés que les autres, je suis d’accord. Sauf qu’ils traînent ça sur leurs épaules jusqu’à présent. S’ils ne se libèrent pas de ce fardeau, ils garderont éternellement cette excuse. C’est ce que je crois. Pour la plupart d’entre eux, c’est ça. Ils organisent donc des mouvements par-ci, des mouvements par-là, et je crois que ça ne mène à rien. Parce que depuis combien de temps le monde existe-t-il ? Combien d’années déjà que le Noir dit qu’il est opprimé ? En quoi avons-nous progressé ?

29.04

Oui, la Bible nous éclaire sur un tas de choses, elle nous ouvre les yeux. Lui, par exemple, il voit du racisme partout. Moi, je suis d’avis que ce qui m’est destiné ne l'est pas forcément pour vous.... Les peuples qui souffrent le plus du racisme, c’est le peuple juif et le peuple noir. Pourquoi seulement ces deux races ? Le Noir en lui-même, il porte son peuple dans ses veines, il porte automatiquement la force dans son sang, il aura beau lutter contre ça... si on s’arrête pour l’analyser, on voit qu’il porte la force, qu’il porte ses racines dans ses veines, sauf qu’il ne sait pas mettre en action ce qu’il a dans les veines...

29.55

- A présent, Reflexo Urbano donne un conseil aux parents : encouragez votre enfant à faire des études. Mais, avant tout, montrez-lui que c'est beau d’être noir. Soyez un miroir pour lui, gardez le droit chemin, ne vous détournez pas, ni vers la gauche, ni vers la droite car, autrement, ce miroir risque de se casser, et un miroir brisé ne reflète que des images tordues. Alors, votre exemple sera négatif...

30.48

Système D : Exemple n°2

Le propriétaire d'autobus sans licence.

José Icidio a émigré de Salvador de Bahía et s'est acheté un autobus d'occasion.

Un café torréfié-maison, et c'est déjà l'heure de partir.

31.23

Jorge va pointer à la coopérative. Puis il va chercher son autobus.

31.32

Il conduit le bus lui même, 14 heures par jour. Il n'obtiendra jamais de licence bien qu'il ne fasse de concurrence à personne. Les transports communaux ne desservent pas la zone où il travaille. 26 propriétaires d'autobus non légaux ont créé une coopérative qu'ils ont appelée "De banlieue à banlieue".

Pourtant, lorsque la police les arrête, ils doivent payer une amende et leur bus est confisqué. De quoi pénaliser aussi des milliers de gens qui peuvent aller travailler grâce à eux, car il n'existe aucun autre moyen de transport.

 

32.06

- Cette situation ? C’est vraiment dommage qu'on ne puisse pas.... qu'on ne puisse pas travailler en paix, on n’a pas d’aides, vous savez, aucune aide des autorités, l’inspecteur le confisque...

32.25

- Les types ici, ils arrivent armés, ils mettent le flingue sur la tête du type, confisquent sa voiture et l’arrêtent.

- Pour retirer son véhicule aujourd’hui, le type doit payer 6 mille 500, 7 mille 500 francs.

32.30

Le bruit court que l'on va délivrer des licences à des entreprises privées solvables qui graissent la patte des autorités. Contre cela, il n'y a rien à faire.

32.44

- Les gens devraient prendre une décision à ce sujet, arrêter tout pour voir ce qu’on peut faire. Car si tu n’as pas de permis, on t'arrête, si tu l’as, on te le confisque quand-même... Il n’y a pas de solution. Ce qu’il faut, c’est arrêter tout.

32.51

Comment se fait-il que sur la liste des bénéficiaires apparaisse le nom de certains chauffeurs de la coopérative? Ont-ils usé de corruption sans rien dire?

Au dépôt de l'administration des transports, 3000 bus confisqués sont en train de rouiller.

33.03

- Quel est le pourcentage de reçus là-bas ?

- Trente pour cent ou plus ?

- Moins ! Quand j’y étais, avec une collègue, on était seulement quarante ...

- Nous avons de bonnes intentions, mais ils nous prennent pour des idiots...

33.26

L'administration est défaillante.

La police réprime.

Les gens ont appris à improviser.

33.35

- Je crois que c'est très bien, car ça nous garantit un avenir... Moi, je suis de Bahia, je suis venu pour travailler. J’aime bien.

33.41

- Pour les passagers, c’est super, cette ligne de bus. C'est nous qui l'avons créée. Avant, il n'y en avait pas. Quand on veut nous confisquer les autobus, on s’arrête et les passagers se révoltent car il n' y a pas d'autres moyens de transport pour venir par ici.

33.56

C’est notre vie. Sans ça, nous n’aurions pas les moyens d’aller travailler.

34.11

- On conçoit la ligne de bus, on la fait fonctionner et ensuite les entreprises, qui ont de l’argent, arrivent et elles veulent nous confisquer la ligne. C'est ça la démocratie ?

34.26

- C'est absurde. Moi et mes collègues par exemple nous nous levons à 4 heures du matin pour nous mettre au service de la population. Elle n'a pas de moyens de transports en commun. Nous sommes obligés de fuir constamment les inspecteurs. A vrai dire, je crois que ce qu’il faut, c’est une prise de conscience sociale, et non pas politique pour résoudre notre problème.

(- Vous voyez ce bus ? C'est avec celui-là que nous avons voyagé, c’est d’ailleurs mon bus à moi, sauf qu’il n’était pas encore peint comme maintenant. Et ça, c’est mon village. Ca, c’est ma maison là-bas ; ici, c’est la cour, ça appartient à ma mère, c’est à nous, quoi ! à la famille. Nous y avons une ferme. Elle, c’est ma cousine.)

34.51

Quatre vingt dix pour cent des transports communaux de Sao Paulo sont assurés par des autobus : public ou privés, légaux ou non. Il est frappant de constater que les bus municipaux ne desservent pas les banlieues : apparement, elles ne font plus partie de la ville.

35.13

José et sa famille se sont bien adaptés à la banlieue, mais le mal du pays les tenaille toujours. On finit par accepter que la réalité, c'est bien Sao Paulo. Pour rêver, il reste les photos.

35.38

- Ce café, c’est moi qui l’ai planté. Il a deux ans. Ma cousine récolte le café, et c’est moi qui suis à la fenêtre, ma mère aussi, c' est elle qui regarde là-bas.

35.49

Eh oui, la vie là-bas est plus difficile, hein ? Parce que là, on travaille beaucoup et on gagne peu. Il n’y a pas de travail, pas vrai ? Mais la vie y est agréable, tranquille. C’est bien de vivre à la campagne. Tout ce qu'on utilise est produit sur place. La viande, par exemple... le café, tout ça, c’est produit là-bas. J’adore ce coin. J'irais y vivre, si je pouvais, vous comprenez ?

36.16

Pendant le repas, José raconte que son fils aîné a eu des problèmes avec la drogue, alors il l'a renvoyé dans leur village de l'Etat de Bahia pour éviter qu'en restant à Sao Paulo, il ne tombe dans la déchéance.

36.34

- Si on te confisque le véhicule deux, trois fois, t'as pas le choix, il faut que tu le vendes sur place, parce qu'on n’a pas les moyens de payer pour l'amende. L’argent qu’on gagne, ça sert à entretenir la voiture et le reste, c’est pour survivre, pas vrai ?

36.53

- Quand on a des économies pour faire réparer la maison, pour acheter quelque chose de mieux, ils confisquent le bus et tout l’argent s’en va. Dans vingt ans, je crois qu’ils nous prendront même le bus, parce qu'ici, on retire au pauvre tout l’argent qu’il gagne.

( - Il y a toujours des gens qui vivent pour aider les autres, sauf que ces groupes, ... ces organisations d'entre-aide sont très peu nombreuses par rapport aux gens qui en ont besoin, vous comprenez ?)

37.03

Sa fille dit qu'il y a des gens qui s'occupent des autres, mais que ces groupes et ces organisations sont trop peu nombreux, l'aide pourrait être bien plus importante.

37.15

- Il n’y a pas de travail pour tous, il y a le chômage, comme vous savez. Alors, la seule solution pour ce peuple, c’est de venir à São Paulo. Comme ils ne trouvent pas de logement, ils construisent des bidonvilles, pas vrai ?

37.42

- C'est sûr, ce n’est pas un véhicule tout neuf... Mais c’est un véhicule qui roule bien partout. D’ailleurs, je suis même allé jusqu’à Bahia avec. Tous les ans, je vais me balader, je rentre chez moi discuter avec mes oncles, avec toute ma famille qui habite là-bas.

- Voilà, c’est la vie.

- J’insiste parce que je voulais qu’on nous accorde une chance, qu’on considère notre activité comme légale.

38.05

- Nous voulons travailler, c’est un droit que nous revendiquons, nous voulons travailler.

38.14

Dans les banlieues, il faut conquérir soi-même le droit au travail. La fin justifie presque tous les moyens.

"Si l'on pouvait séparer l'énergie présente dans les banlieues du désespoir et de l'absence de perspective, on aurait un potentiel qui ferait du Brésil un véritable Eldorado".

Voilà ce que dit un metteur en scène de théâtre qui a monté une pièce sur la vie dans le bidonville de Monte Azul. Un sujet qui ne porte pas à rêver. Prostitution, enfants de la rue et pauvreté. Les habitants du bidonville en sont les acteurs.

38.44

- Nous étions un peuple ; nous ne sommes plus qu'une masse. Avant, on nous invitait ; maintenant, on nous convoque. Nous échangions le pain et le lait ; maintenant, nous sommes approvisionnés. On piétine, on piétine, personne ne peut rien pour personne. Il faut attendre son tour dans la file d'attente, garder la place qui nous a été désignée. A quoi bon crier que ces femmes ne sont plus celles qui nous rendaient fous ? La patrie a disparu...

39.19

Et ils concluent :

"Notre société est divisée en deux groupes :

ceux qui ne mangent pas

et ceux qui ne dorment pas.

Et ceux qui ne dorment pas ont peur

de ceux qui ne mangent pas".

39.42

Le théâtre devenu réalité, la réalité devenue théâtre : des sans abris qui occupent des terrains et qui, même dans les conditions les plus sommaires, voudraient bien avoir un toit et se sentir chez eux.

39.53

- Ce mois-ci, on a payé 300 francs. Qui peut payer ça, quand on ne travaille pas ? Soit on paye et on a faim... soit on ne mange pas. C’est vraiment une guerre, vous comprenez ?

40.05

- Lui, il a un bon lit pour se coucher, et nous, où est-ce qu'on va dormir ? hein ? Lui, il est bien au chaud, et nous ...

40.19

- J’étais secrétaire, je suis au chômage, je cherche à trouver quelque chose à faire, je fais des petits boulots de temps à autre...

40.33

- Nous avons réussi à avoir les terrains et à organiser des groupes de travail bénévoles. Dans l’immédiat, on cherche à construire des logements avec les gens qui occupent ce coin. On sait que le gouvernement en place ne nous proposera pas de solutions. On sait aussi que les gouvernements à venir ne feront rien non plus. On occupera les terres en ville, on occupera les terres à la campagne, il faut qu’il y ait une réforme agraire honnête, décente. Il ne suffit pas d'en parler à la radio ou à la télévision. Elle doit avoir lieu concrètement, pour qu'il n’y ait pas tant de gens dans des taudis, des bidonvilles, sous les viaducs, pour qu’on puisse respirer dans la ville.

(( 41.11

Je vais faire un peu de thé...

- Je m’en vais.

- On essaie de lutter pour voir si on peut rester ici, je ne peux pas payer de loyer, mon mari est à la retraite, moi aussi. Nous luttons pour une petite maison.))

41.12

Système D : exemple n°3

Les occupations illégales de terrain.

Ils demandent les 120 000 logements promis et sont le cauchemar de la police et de l'administration. Ils sont de plus en plus souvent issus des basses couches de la classe moyenne et capables de formuler leurs revendications. Ils ont occupé des terrains à bâtir appartenant à la municipalité et font référence aux lois en vigueur qu'ils connaissent parfaitement.

L'occupation d'un terrain inutilisé génère un droit au logement. Le droit au logement est inscrit dans la constitution. Alors la police peut bien venir.

42.00

L’Association formée par les gens sans terres eux-mêmes perçoit une subvention de la municipalité et gère ce budget pour la construction d’un complexe de logements. Ce système nous a déjà permis de construire 8.000 logements dans notre ville. Ces maisons coûtent en moyenne 100 dollars le mètre carré, un prix très bon marché par rapport au prix demandé par une entreprise du bâtiment. Le Maire, Paulo Maluf, lui, veut faire appel à des entreprises, et le mètre carré coûte alors 300 dollars. Rien que cela, ça justifie déjà notre projet de construction.

42.28

Association des habitants d'Héliopolis.

42.38

- On dit même que la maison construite par les groupes bénévoles n’est pas une maison construite sur du sable, qu’elle est bien construite sur des rochers, parce qu'elle a une histoire. Chaque brique qu’on voit ici, qu’on pose, a une histoire. C’est donc grâce à l’intérêt des gens, leurs demandes...

42.58

Héliopolis est aujourd’hui le plus grand des bidonvilles de São Paulo, par le nombre d’habitants mais aussi la superficie. Elle compte un million de mètres carrés et entre 50 et 60 000 habitants.

43.11

- Pour former un groupe de volontaires, il ne suffit pas de faire simplement appel à la population : "- On y va, on va construire des maisons gratuitement". Il y a aussi tout un travail, tout un cheminement pour que les gens prennent conscience que notre but principal n’est pas de construire des maisons, mais de comprendre le droit à la citoyenneté. Pour ça, il faut tout un travail d’information. L’important, c’est qu’on leur apporte des informations générales et que le peuple en prenne conscience. Voilà nos préoccupations à l'heure actuelle.

43.33

- Notre but, avec cette boulangerie communautaire, c’est de faire des bénéfices, mais aussi de créer des postes de travail, comme l’a dit Geraldo. Que ce soit quelque chose de social.

43.50

- Notre but, c’est de rendre les aliments moins chers, de vendre aux familles du pain et du lait à un prix plus bas. Nous nous battons durement, nous avons déjà remporté quelques victoires, mais à certains endroits, on manque encore d'égouts. Les déchets s’accumulent dans les ruisseaux, des maisons s’écroulent.

44.26

Une entreprise de démolition qui fait une opération-commando, violente et arbitraire. Les intérêts des constructeurs de routes et des promoteurs immobiliers ont a nouveau triomphé. Le dédommagement ne suffit pas pour reconstruire, ailleurs dans les banlieues. Seuls restent le sentiment d'être impuissant et la certitude d'avoir été dupé.

44.54

- C’est notre résistance à nous. On prépare ces torches pour y mettre le feu et faire de la résistance, pour prouver que nous sommes vivants, que nous restons fermes, que nous occupons une surface à nous, car elle est publique, en fin de compte.

45.17

Le choeur scande sur un ton menaçant :

45.18

- Je vais distribuer des coups de poing, personne ne m’en empêchera, même pas la police militaire.

45.45

Héliopolis fête sa victoire. Tout a commencé il y a dix ans. Les premières baraques ont été construites, sans eau ni électricité. Aujourd'hui, même la municipalité les tolère et également les hommes politiques qui, avec leurs affiches électorales, viennent à la pêche aux voix. Une source de plaisanterie pour les habitants, mais aussi de satisfaction. Car les hommes politiques et les populistes ont enfin compris que les gens qui vivent et travaillent ici sont honnêtes. Hier immigrés et pauvres, aujourd'hui citoyens normaux dans une banlieue.

46.15

Le forro, danse traditionnelle de la région du Nord-Est, dans le centre géré par la communauté nordestine. On est loin, très loin, du centre de Sao Paulo.

47.16

Ici, les immigrés du Nord-Est sont entre eux. Les Nordestins sont très religieux. Ils ont amené avec eux Damien, leur chef spirituel bien aimé, les légendaires Cangaceiros, et ils les ont installés ici.

47.38

Joute chantée des Repentistas, rituels anciens, poèmes connus, musiques du pays natal. Un monde qui symbolise leurs origines.

47.53

L'un des Nordestins les plus importants, c'est Susa, originaire de Pernambuco.

48.02

Système D : exemple n°4 :

L'abattage clandestin et le boucher qui ne paie pas d'impôts.

48.20

- Voilà vingt-cinq ans maintenant que je suis arrivé à São Paulo, et j’y ai beaucoup souffert. J’ai même dû mendier de la nourriture, parce que je n’avais vraiment rien quand je suis arrivé.

48.35

- C’est alors que j’ai connu un vieux monsieur du Nord-Est, qui portait une moustache, il a plus de soixante-dix ans maintenant. Il m’a aidé, il m’a appris comment faire pour tuer des cochons. Aujourd’hui, c’est ça, ma vie...

((- J’aime beaucoup travailler, Dieu n’aide que celui qui travaille... Si tu ne travailles pas, Dieu ne t’aide pas, débrouille-toi !)

((- C’est que des os, pas vrai ?

((- Oui, c’est plutôt que des os.

((- L’alliance est en or véritable, 18 carats.))

48.50

La viande de ses porcs et de ses chèvres est vendue sur tous les marchés de la banlieue est. Elle coûte moins cher qu'au supermarché. Elle est fraîche. Comme l'aiment les Nordestins.

49.30

- Pourquoi je suis son client ? Parce qu’il vient du Nord-Est, de mon pays, et que je fais confiance à la qualité de sa viande. C’est pour ça.

49.38

- C’est un compatriote, je lui achète de la marchandise et ne paie pas comptant. Quand je perçois mon salaire, je le paie.

49.53

- Nous sommes tous des Brésiliens, mais ils croient qu’on n’a pas de culture, que nous n’avons pas les moyens de les concurrencer sur le marché du travail.

50.04

- Lui, il traînait dans la rue, vous pouvez le lui demander. Il habitait sur un terrain, il devait en être expulsé. J’ai donc dit, non, tu ne traîneras pas dans les rues, tu resteras chez moi. Je me lève à 4 heures du matin, je rentre chez moi vers 8 h 30, 9 h du soir. Je me couche à 10 h 30, 11 h, et je me lève à 4 h, tous les jours. Ma femme et moi.

50.29

- Son prénom est Térésina.

- Tu vas mourir aujourd’hui, Térésina. C’est aujourd’hui que tu vas mourir.

50.45

Susa est un patriarche. 8 frères, leur famille et leurs parents, même éloignés, travaillent avec lui. Chaque semaine, on abat 50 cochons et encore plus de chèvres. Sans contrôle d'hygiène, sans contrôle des prix, sans impôts.

51.26

- J’ai beaucoup souffert, tout ce que j’ai, je l’ai eu en souffrant beaucoup. Si on était tous unis, si on travaillait tous... car il n’y a pas mieux que le Brésil comme pays pour vivre...

51.43

- Si tu travailles, tu as quelque chose. Sans travail, tu n’as rien.

52.19

- Moi, j’ai réussi dans la vie. Pas après pas, tout doucement, j'y suis arrivé. Sauf que, parmi les gens du Nord-Est, un sur cent y arrive. Je n’ai pas étudié du tout, je m’arrange, j’écris les chiffres, je ne sais pas écrire mon nom, je ne l’ai pas appris, sauf que je ne déchire pas les billets d’argent, pas vrai, petit père ?

52.48

... Sauf que je ne déchire pas de billet, ni des petits, ni des grands. Je sais gagner mon argent.

52.51

- Si le gouvernement ne volait pas, s’il n’y avait pas de vol, au sommet, on s'en sortirait.

53.04

- L’homme du Nord-Est est un homme travailleur. Il est courageux.

- J'emporte plus de marchandises pour pouvoir en distribuer, car la vie est dure.

- Aujourd’hui, tout le monde fait ça. Si on n'aide pas son propre frère, qui est-ce qu'on va aider ?

53.53

"Je voudrais vivre!

Sentir la même vie, la même joie

qu'autrefois.

Vivre et travailler.

Sans détresse, dans la paix de Dieu", dit la vieille femme.

54.09

Les rappeurs eux aussi veulent entendre le mot paix.

C'est ce mot là qu'ils veulent entendre, paix.

L'entendre crier encore plus fort : paix.

Que crient ceux qui sont là-haut? Paix!

Que crient ceux qui sont en-bas? Paix!

55.28

Vivre et travailler, sans contrainte ni tutelle, sans pouvoir ni politique.

Sans classe supérieure, sans classe inférieure, tous unis, en une grande famille. Tel est le rêve des acteurs du bidonville de Monte Azul.

"Il nous faut redistribuer les os que l'on nous laisse ronger. Danser le samba et la milonga. Faire pleuvoir, et répartir le pain.

Pour que la misère, ce fléau, laisse nos chants en paix

Pour que la misère, ce fléau, laisse nos coeurs en paix.

56.48

Il serait merveilleux que cette utopie de paix et d'unité puisse un jour devenir réalité. Le jour où les religions et les idéologies imposées auront disparu, dans ce monde des banlieues, là où la réalité laisse peu de place pour la richesse, la politique et le faux orgueil.

57.10

Un laboratoire du système D, avec ses lois propres et ses nouvelles formes d'urbanisation.

C'est la voie qu'ont choisie les rappeurs et les acteurs de théâtre des banlieues.

 

 

Adaptation française: 3i Traductions

Adaptation   3i Traductions