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Peuple lève-toi !
Un film au service de la propagande
02.23
30 janvier 1945. Pour le Reich national-socialiste de la Grande Allemagne, le déclin est proche. A lest, lArmée Rouge a atteint le fleuve Oder . A Louest, les Alliés sont presque parvenus au Rhin. En France, sur lAtlantique, seules quelques villes érigées en places fortes demeurent aux mains des Allemands, dont La Rochelle. 02.43
02.45
Ici, ce 30 janvier 1945, un avion isolé allemand largue une " arme-miracle " de la propagande allemande dun genre tout particulier : le film " Kolberg ". Un pathétique appel pour résister aux ennemis envahissant le Reich. Un film nationaliste et ampoulé. Un mélodrame parfaitement emphatique ; le plus grand budget jamais atteint, un luxe de moyens jamais déployés en Allemagne. 03.15
03.19
Pour la première, Joseph Goebbels, ministre de la propagande du Reich adresse au commandant de la place forte, le vice-amiral Schirlitz, le message radio suivant : 03.24
03.25
" Que ce film soit pour vous et vos vaillants soldats le reflet de la résistance inébranlable dun peuple ne faisant quun (?) avec le front en lutte et décidé à égaler les grands exemples de sa glorieuse histoire. " 03.39
03.41
Après la première, Schirlitz répond avec non moins de pathétisme : 03.44
03.45
Très impressionné par lattitude héroïque de la place forte de Kolberg et la magistrale interprétation artistique, je vous remercie de mavoir envoyé ce film et vous fais la promesse dégaler la patrie héroïque en lutte... " 04.00
04.04
Au même moment, à Berlin, la première du film se déroule avec plus de sobriété. Les grandes salles de la Ufa ne sont plus que ruines. On se replie donc sur le Tauentzien Palast, bientôt victime des bombes son tour. Ailleurs dans le Reich, les destructions de guerre réduisent le nombre des
représentations. Leffort de propagande sans précédent tombe à leau.
04.26
04.30
Ce film raconte lhistoire de la lutte fanatique et acharnée des citoyens de Kolberg contre lécrasante suprématie de Napoléon. Dun point de vue historique : une manipulation. 04.40
04.52
Lexemple de " Kolberg " est censé appeler les Allemands à mobiliser leurs dernières forces dans le combat pour lAllemagne. Un film utilisé comme arme de propagande de la " guerre totale ".05.01
05.46
Parmi tous les médias, presque tous les dictateurs ont une prédilection pour le cinéma. Adolf Hitler et son ministre de la propagande Joseph Goebbels sont également des passionnés de cinéma. Dès 1933, Goebbels prend la tête de lindustrie cinématographique allemande, quil nationalise petit à petit. Il a lintelligence de ne produire que rarement des films de propagande ouverte. Ce sont pour la plupart des films de divertissement, sans prétention. La terreur et la guerre font rage, les camps de concentration fonctionnent, et pendant ce temps, on présente au peuple allemand une vie parfaitement normale. 06.20
06.22
Même en pleine guerre, le ministre se préoccupe encore de nombreux détails cinématographiques. Il lit des scénari, choisit les distributions, approuve et refuse des projets et des films et nomme des réalisateurs comme professeurs.06.34
06.39
Le 1er juin 1943, Goebbels écrit une lettre à Veit Harlan, lun de ses réalisateurs favoris. Peu de temps auparavant, il la également nommé professeur, de même que le réalisateur Wolfgang Liebeneiner.06.51
06.52
(?) 07.24
07.48
Les villes allemandes sont réduites en cendres. Mais Goebbels dote ce film de moyens illimités. Harlan dispose de toute la logistique de lentreprise mondiale Ufa. LArmée met à disposition 6.000 chevaux ; et des dizaines de milliers de costumes sont rassemblés provenant des théâtres dEurope. Depuis Fritz Lang et son film " Métropolis " lAllemagne na plus connu de production cinématographique si gigantesque. 08.12
08.16
Malgré les restrictions généralisées Veit Harlan reçoit des matériaux de construction et des moyens de transports vitaux pour la poursuite de la guerre. Les scènes de combat mobilisent au total 187.000 soldats de la Wehrmacht deux fois plus que de soldats allemands faits prisonniers par les Soviétiques à Stalingrad. 08.33
08.36
Pour le tournage, on engage les vedettes du cinéma allemand : 08.40
08.41
Paul Wegener dans le rôle du commandant Loucadou,
08.45
Gustave Diessl dans celui du lieutenant Schill,
08.49
Horst Caspar joue le rôle de Gneisenau et lépouse de Harlan, Kristina Söderbaum, incarne Maria. Heinrich George, Nettelbeck, le chef de la milice. 08.58
09.00
Goebbels investit la somme faramineuse de 8,5 millions de Reichsmark dans son arme-miracle, le film " Kolberg ". " Cétait la loi de la déraison " dira plus tard Veit Harlan, et chacun se soumettait à cette loi dont il connaissait la déraison. Alors que Berlin est détruit par les bombes, tout près, à Babelsberg, dans les studios de la Ufa, on reproduit fidèlement les ruines de Kolberg pour les besoins du tournage. 09.27
10.52
Pourtant le Ministre Goebbels trouve le film du monomane Veit Harlan trop alambiqué (?) et sanglant. Les atrocités de la guerre lui paraissent trop dures, trop réalistes. 11.01
12.02
Goebbels craint que ces images nuisent à sa propagande. Le jour de Noël 1944, Il rappelle léquipe de monteurs au studio. Ils travaillent jour et nuit pour remonter le film selon ses instructions. 12.14
12.18
Le personnage du violoniste Claus, un artiste pacifiste, déplaît particulièrement au ministre. Il le trouve repoussant et fruste. 12.26
12.32
Il réduit considérablement le rôle de Kurt Meisel.
13.45
En dépit des attaques aériennes, on coupe fiévreusement des scènes de " Kolberg ",et Wolfgang Liebeneiner tourne un autre film censé soutenir le moral de la population : " Das Leben geht weiter ", [" La vie continue "]. Le Ministre en a personnellement écrit la trame. Cette fois laction se passe à lépoque-même, dans les ruines de Berlin. Au coeur du film, les vaillants habitants dune maison et un inventeur génial qui conçoit une arme-miracle contre les attaques aériennes ennemies. Heinrich George a pour partenaires Hilde Krahl et Gustave Knuth. Au moment de la capitulation allemande, on a seulement tourné un tiers du film. 14.17
14.20
En février 1945, deux mois avant la fin de la guerre, " Kolberg " reçoit la plus haute distinction de lépoque, le titre " Film de la Nation ", décerné à seulement cinq films depuis sa création en 1941.14.33
15.28
Goebbels participe activement à lécriture du script de " Kolberg ". Certains dialogues reprennent presque mot à mot ses discours publics.15.35
16.02
Les parallèles deviennent évidents : dans les derniers mois de la guerre Hitler veut aussi faire du peuple allemand entier une armée : le " Volkssturm " (La charge du peuple) (?) Les salles de cinéma se transforment en bureaux de recrutement. Pourtant, les occasions de projeter le film se font rares. L "arme-miracle" de Goebbels narrive pas à infléchir le cours de lhistoire. Tout juste trois mois après la première de " Kolberg " Hitler se suicide, sans faire preuve, lui, de " résistance inébranlable ". Il reste une consolation : le film qui devait conduire à la mort héroïque dinnombrables soldats a finalement sauvé la vie de plusieurs centaines de ses collaborateurs allemands ; car
ils étaient exemptés du service militaire. 16.44.
Adaptation 3i
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