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02.08-02.26
La femme qui en savait trop
L'assassinat de Yann Piat
Un film de Michael Busse et Maria-Rosa Bobbi
08.38-08.44
Jean Bonetti
Partie civile
08.47-08.53
Michel Cardix
Avocat du commanditaire
09.00-09.05
Jacques Vergès
Avocat du conducteur de la moto
09.09-09.14
Henry Juramy
Avocat du meurtrier
09.46-09.52
Jacques Vergès
Avocat du conducteur de la moto
11.14-11.20
Dominique Vescovali
Ancien directeur de campagne de Yann Piat
12.58-13.06
Dominique Vescovali
Ancien directeur de campagne de Yann Piat
14.30-14.36
Montage d'enregistrements
17.20-17.26
Michel Banès
Ancien conseiller de campagne de Yann Piat
18.57-19.04
Michel Banès
Ancien conseiller de campagne de Yann Piat
22.24-22.29
Dominique Vescovali
Ancien directeur de campagne de Yann Piat
27.15-27.21
Jo Arnaud
Chauffeur de Yann Piat
30.41-30.47
Claude Ardid
Journaliste, Var-Matin
36.03-36.09
Jacques Vergès
Avocat du conducteur de la moto
36.16-36.22
Michel Cardix
Avocat du commanditaire
37.05-37.10
Michel Cardix
Avocat du commanditaire
38.02-38.08
Dominique Vescovali
Ancien directeur de campagne de Yann Piat
38.55-39.01
Jacques Vergès
Avocat du conducteur de la moto
40.00-40.06
Jean-Claude Guidicelli
Avocat du meurtrier
40.24-40.30
Henry Juramy
Avocat du meurtrier
40.54-41.00
Michel Cardix
Avocat du commanditaire
43.19-43.25
Henry Juramy
Avocat du meurtrier
43.40-43.46
Michel Cardix
Avocat du commanditaire
44.38-44.44
Henry Juramy
Avocat du meurtrier
50.04-50.10
Emmanuel Demamey
Ancien agent de sécurité de la Banque de France
51.25-51.31
André Dadoun
Photographe, Var-matin
52.36-52.42
Michel Cardix
Avocat du commanditaire
54.32-54.38
Michel Cardix
Avocat du commanditaire
59.31-59.37
Michel Cardix
Avocat du commanditaire
11.00.33-00.39
Jacques Vergès
Avocat du conducteur de la moto
01.43-01.49
Henry Juramy
Avocat du meurtrier
03.09-.03.15
Michel Cardix
Avocat du commanditaire
06.06-06.12
Michel Cardix
Avocat du commanditaire
11.08.42-09.17
La femme qui en savait trop
L'assassinat de Yann Piat
Un film de Michael Busse et Maria-Rosa Bobbi
Commentaire XXX
Mixage XXX
Rédaction Ute Caspar
Directrice de la production Elke Peters
Une production Bremer Institut Film-Fernsehen
logo WDR-ARTE
0.05
Il est 19 heures 30 quand les deux hommes armés gagnent comme prévu le centre-ville de Hyères. Tout se déroule selon leur plan.
0.12
Deux kilomètres plus loin, au même moment. Un chauffeur attend une responsable politique pour la raccompagner chez elle.
0.20
Depuis un attentat, les volets de son bureau sont baissés jour et nuit.
0.27
La députée Yann Piat, une femme qui vit dans la peur.
0.41
Nous sommes le 25 février 1994. Une nuit de pleine lune.
0.50
19 heures 45. Yann Piat monte dans la voiture qui la ramène chez elle.
1.02
Quelques rues plus loin, le véhicule est attendu.
1.16
La moto le suit à distance.
1.22
La route devient de plus en plus pentue, sinueuse et isolée.
1.45
Peu avant le troisième virage en épingle à cheveux, Yann Piat découvre soudain la moto qui s'approche à vive allure. Ce sera la dernière image de sa vie.
2.30
Quelques mois auparavant, mai 1993. Sur la Côte d'Azur, la saison débute. Les premiers touristes profitent déjà de la chaleur.
2.38
Mais le soleil n'attire pas que les touristes, la région compte aussi de nombreux malfrats. De Toulon à Saint-Tropez, ils ont la détente particulièrement facile : 29 meurtres sur une courte période.
3.04
Sous le soleil du Midi, tout s'achète, de la planche de surf au tueur en passant par certains hommes politiques. Quiconque s'oppose au système de la corruption risque sa vie. La lutte pour l'argent du tourisme est sans pitié.
3.31
Quand la nuit tombe, c'est l'heure des cocktails et des règlements de comptes. Des incendies éclatent dans les discothèques ou les restaurants de la concurrence.
4.04
Chaque meurtre a son décor. Ici, les marchands de soleil transforment le paysage en monnaie sonnante et trébuchante. Le département du Var est le deuxième plus gros consommateur de béton de toute la France. Yann Piat voulait, dit-on, protéger la côte contre les ambitions des spéculateurs. Pas la meilleure façon de se faire des amis...
4.25
Qui est cette femme que certains ont surnommé Yann d'Arc pour sa détermination, tandis que d'autres ne voyaient en elle qu'une responsable politique naïve ?
4.36
Née au Vietnam, abandonnée par sa mère, Yann Piat recherchera un point d'attache en France, une famille de substitution.
4.50
Elle les trouvera au sein du Front National de Jean-Marie Le Pen. Il lui permet d'entrer en politique. Elle sera même l'unique députée du Front National.
Mais elle se brouille rapidement avec la ligne du parti et en est exclue.
5.03
Peu après, elle trouve une nouvelle famille politique au sein de l'UDF de François Léotard.
Mais toutes les places sont déjà prises. Joseph Sercia, ici à droite de Léotard, n'est pas disposé à abandonner la sienne. Un conflit politique éclate... Au terme duquel on soupçonnera Sercia d'avoir commandité l'assassinat de Yann Piat.
5.29
Sercia a-t-il réellement commandité l'assassinat ? Le juge d'instruction ne croit pas à cette hypothèse et suit une autre piste.
5.37
Il arrête une bande de six jeunes qui sévit sur la Côte d'Azur. Parmi eux Marco Di Caro. Il aurait conduit la moto d'où l'on a tiré sur Yann Piat.
5.50
Dans cette bande figure également Lucien Ferri. C'est lui qui aurait tiré sur Yann Piat. Mais les deux jeunes gens n'ont pas organisé eux-mêmes le meurtre.
6.07
Ce n'est pas Sercia qui aurait tiré les ficelles, mais Gérard Finale, propriétaire de bars et de discothèques, déjà condamné par le passé, et qui aurait voulu prendre le contrôle de toutes les boîtes de nuit de la région. Yann Piat l'aurait gêné. Depuis quatre ans, il est en détention provisoire avec ses deux comparses présumés.
6.39
Le 5 mai 1998, le dénouement approche. Un procès débute, qui va tenir toute la France en haleine. Les assassins présumés de Yann Piat sont amenés au tribunal d'une prison voisine. Quatre ans après le meurtre, la cour d'assises de Draguignan s'est transformée en un quartier de haute sécurité.
7.12
Les avocats arrivent après les accusés et font leurs premières déclarations.
7.18
Henry Juramy avocat du tireur.
7.23
Jacques Vergès défenseur du conducteur de la moto.
7.28
Michel Cardix défend le propriétaire de discothèque, accusé d'avoir commandité le meurtre de Yann Piat.
7.38
L'accusation le présente comme un criminel arriviste, prêt à tout pour satisfaire ses ambitions.
7.47
Les cinq premières minutes du procès d'assises sont pour la presse. Séance photo avec les sept accusés.
7.58
D'abord les deux comparses, accusés d'avoir volé la moto et de l'avoir fait disparaître avec les armes après le meurtre. Un meurtre commis par des gens sans emploi, sans formation et sans valeur morale, constateront les experts.
8.14
Le conducteur de la moto a déjà avoué. Mais il prétend ne pas avoir été mis au courant du projet d'assassinat. On lui aurait parlé d'une simple intimidation.
8.20
Le tireur présumé est revenu sur des premiers aveux.
8.28
Le commanditaire présumé n'a jamais avoué. Même l'avocat de l'une des parties civiles, une fille de Yann Piat, n'est pas convaincu qu'il soit le seul coupable.
9.17
L'accusation semble partager cet avis. Elle décrit un système de corruption généralisée, avec des responsables politiques qui encaissent régulièrement des pots-de-vin lors de l'attribution des marchés publics.
9.31
Le procureur Pierre Cortès parle d'une classe politique qui n'aurait aucun scrupule à collaborer avec la pègre locale. Mais aucun de ces hommes politiques n'est présent parmi les accusés.
10.14
L'accusation évoque un meurtre commis par le milieu. La défense et de nombreux journalistes croient plutôt à un assassinat politique, car le phénomène de la corruption et ses conséquences criminelles font peser une ombre très lourde sur ce procès.
10.25
Le chauffeur de Yann Piat ; il a survécu à l'attentat, c'est l'unique témoin du meurtre. Qu'a-t-il vu ? Que sait-il ?
10.34
Sur les tables, à côté du dossier de l'instruction, quelques livres qui sont parus entre-temps sur l'affaire Yann Piat. Plusieurs reprochent à la justice sa complaisance vis-à-vis de la classe politique.
10.45
Plus de 160 témoins ont été convoqués. L'un d'eux est l'ancien secrétaire du parti gaulliste. Pour lui, l'affaire Yann Piat est une affaire politique, qui trouve son origine dans le système de corruption instauré par le président du conseil général, Maurice Arreckx.
11.28
Yann Piat ne pouvait pas s'appuyer sur Maurice Arreckx, car il avait déjà distribué tous les postes importants.
12.11
Les principaux protagonistes de ce système : Jean-François Barrau, vice-président de la Chambre de Commerce et d'Industrie, incontournable pour tous les investissements importants.
12.20
Guy Liautaud, l'intermédiaire entre le président du conseil général et le milieu, notamment son parrain, Jean-Louis Fargette.
12.31
Le parrain avait dû fuir la justice française en Italie, d'où il tirait les ficelles de la politique.
12.39
Son frère, Guy Fargette, dirigeait les colleurs d'affiches de Joseph Sercia.
12.48
Or Joseph Sercia était l'adversaire politique de Yann Piat.
13.35
Dès le début du procès, avocats et jurés peuvent se faire une idée précise de ce système. Un comparse connu de la police, Daniel Savastano, comparaît comme témoin.
Il est l'ami de Jean-Louis Fargette, le parrain du département du Var en fuite en Italie.
13.54
Fargette a souvent téléphoné à Savastano. Leurs conversations ont été enregistrées. Elles montrent que, depuis l'Italie, Fargette voulait empêcher la réélection de Yann Piat, car la députée avait découvert le système de corruption entre la classe politique et le milieu. Par téléphone, Fargette avait monté une intrigue destinée à discréditer totalement Yann Piat.
14.12
Enregistrées par hasard, ces discussions sont lues devant la cour. Elles montrent clairement que Yann Piat commençait à constituer une menace sérieuse pour le milieu.
14.23
Elle venait juste d'entrer à la commission parlementaire anti-mafia. Les conversations téléphoniques enregistrées se réfèrent à cet événement.
14.54
Sercia devait conquérir le siège de député de Yann Piat, pour accéder ensuite à la mairie de Hyères.
15.06
Le grand-père en question n'est autre que Maurice Arreckx, président du conseil général et, si l'on en croit la conversation téléphonique, homme de main du milieu au sein de la classe politique.
15.22
Jeff, c'est Jean-François Barrau, ennemi intime de Yann Piat et vice-président de la Chambre de Commerce et d'Industrie, une institution centrale dans le système varois.
15.35
Elle exploite en effet l'aéroport de Hyères. Et elle voulait en faire un aéroport international, grâce à des investissements de plusieurs centaines de millions de francs. Ce qui aurait constitué une source inépuisable de pots-de-vin et de dessous-de-table.
15.50
À l'époque, la Cour des comptes a déjà dénoncé le manque de transparence et les méthodes incompatibles avec l'attribution réglementaire des marchés publics.
15.58
Notamment pour la construction de cet aéroport, le vice-président de la Chambre de Commerce et d'Industrie, Jean-François Barrau, voulait faire installer un gigantesque silo à ciment sur la côte.
16.04
Construit non loin de Toulon, il devait bénéficier du soutien financier de Fargette, puis aurait servi à détourner de l'argent public au profit du duo. Yann Piat aurait-elle eu vent de cette affaire ?
16.17
Barrau voulait-il empêcher l'élection de Yann Piat car elle s'intéressait de trop près aux manigances qui entouraient la construction de l'aéroport ?
16.29
Voulaient-ils placer Sercia sur le fauteuil de maire de Hyères, parce que c'était la ville de l'aéroport et parce que le personnage leur paraissait plus docile ?
16.37
Yann Piat constituait-elle le seul obstacle avant de décrocher le gros lot ? Est-ce pour cela qu'ils voulaient briser sa carrière politique ?
16.41
Une chose est sûre : Sercia perd les élections et c'est Yann Piat qui entre à la chambre des députés en 1993.
16.48
Cela augmentait considérablement ses chances d'accéder à la mairie de Hyères en 1995. Le milieu en était bien conscient.
Yann Piat a-t-elle été assassinée pour cette raison, juste avant cette importante échéance électorale ?
17.01
Un ancien conseiller de campagne de Yann Piat, Michel Banès, aujourd'hui maire adjoint de Hyères, a été convoqué comme témoin pour répondre à ces questions. Il explique en quoi le contrôle d'un poste clé de maire intéresse le milieu.
17.40
Pour comprendre les conséquences pour la ville de Hyères, rien ne vaut une vue aérienne. On se rend compte alors des profits énormes que cette ville peut générer, avec les immenses étendues d'une ancienne saline et des kilomètres de plage non urbanisés. Le maire de l'époque avait déjà ordonné un arrêt rigoureux de toute construction. Mais les maires changent et un plan d'occupation des sols peut se modifier... Tel était l'enjeu en 1993.
18.09
Le programme électoral de Yann Piat était radical : cessation définitive de toutes les constructions sur les plages.
18.14
Lutte contre l'expansion continue de la mafia de la drogue.
18.19
Fermeture du casino et sa transformation en un centre de congrès.
18.26
Lutte contre les scandales de la corruption par une plus grande transparence politique.
18.30
Présence policière renforcée face au crime organisé.
18.36
Car on dénombrait 29 meurtres sur une courte période.
18.47
Dont des responsables politiques, qui n'avaient pas pris au sérieux les menaces et les tentatives d'intimidation.
19.34
Par des canaux obscurs, on aurait proposé à Yann Piat trois millions de francs pour renoncer au siège de maire. Elle refusera. Se préparant ainsi à une aventure périlleuse...
19.46
On sait par des conversations téléphoniques enregistrées entre le parrain Jean-Louis Fargette et son ami marseillais Savastano, que Yann Piat était prête à puiser à toutes les sources pour financer sa campagne électorale.
19.58
Le 8 janvier 1992, dans ce restaurant de Marseille, elle rencontre donc Savastano en vue de négocier un crédit d'un million de francs pour sa campagne. On ignore si Yann Piat avait conscience de manger à la même table qu'un émissaire du parrain.
Savastano transmet à de nombreux journaux l'information selon laquelle Yann Piat se serait alliée à la mafia marseillaise. Mais un seul publie de vagues allusions.
20.39
Quand le témoin Savastano quitte le tribunal, il est clair que la police savait tout. Elle connaissait les noms des politiciens corrompus, savait que Yann Piat courait un très grand danger, que la classe politique et les voyous marchaient main dans la main. Pourtant, il ne s'est rien passé. La police a gardé secrètes toutes ces informations et il a fallu un an après l'assassinat de Yann Piat pour que les conversations enregistrées soient transmises à un tribunal.
21.21
Le témoin suivant est d'un grade supérieur. Ce n'est pas un comparse, mais un lieutenant, le lieutenant de Jean-Louis Fargette. Sa seule présence fait passer toute envie de plaisanter à n'importe quel petit voyou. L'audition de Paul Grimaldi marque une nouvelle étape pour le procès. Mais aussi pour la violence, dont il va être question.
Paul Grimaldi représentait dans le Var les intérêts du parrain exilé en Italie. La dernière fois, c'était à l'occasion d'échauffourées survenues pendant un meeting électoral de Yann Piat.
21.54
Il ne reste qu'une seule photo du meeting. Une bande de gros bras a menacé les photographes et brûlé tous les négatifs.
Sur cette unique photo, on voit Paul Grimaldi de dos, en vive discussion avec Yann Piat, entourée de quelques gros bras.
22.09
Dominique Vescovali, le directeur de campagne de Yann Piat, raconte ce qui s'est passé.
22.38
C'est le deuxième avertissement. Le premier provenait de ce souteneur, un proche du parrain Fargette, ici en compagnie de Sercia, l'adversaire politique de Yann Piat.
23.17
Et ça marche. Le discours électoral est modifié, comme le voulait le boss.
23.38
Arrivés par derrière, les gros bras jettent une bombe fumigène. Grâce à la photographie, on les identifiera plus tard comme un groupe de colleurs d'affiches de Joseph Sercia, l'adversaire politique de Yann Piat.
23.54
L'un d'eux a également commis un attentat à la bombe contre le bureau de Yann Piat. La peur était donc justifiée.
24.04
Au même moment, un individu propose une prime pour commettre un assassinat. Le tueur prévu était en réalité cet homme. Lui aussi était présent lors des échauffourées autour de Yann Piat.
24.14
Joseph Sercia, pour le compte duquel une partie de ces individus colle des affiches, affirme ne pas connaître ses hommes de terrain.
24.24
Mais son chauffeur se procure pourtant les photos et les brûle car, comme il dit, on y voit des gens qui ne devraient pas être là.
24.31
Dès le lendemain sort une nouvelle photo, toujours avec la même bande de gros bras. Mais cette fois-ci, il s'agit d'un meeting de Joseph Sercia. Et tout se déroule paisiblement.
24.43
La presse parlera peu après d'une photo embarrassante.
24.48
Or, à quelque 150 kilomètres de là, est prise au même moment une autre photo. Celle-ci montre Jean-Louis Fargette. Il a été assassiné en Italie quelques minutes auparavant.
24.59
Personne ne se doute que volontairement ou involontairement ce meurtre marque également le début du compte à rebours pour Yann Piat. Car, très habilement, quelqu'un fait courir le bruit que c'est elle qui a commandité la mort du parrain.
25.24
Ce seront presque des funérailles officielles. Plus de 2 000 invités se recueillent devant la dépouille du parrain.
25.32
On peut lire cette inscription : "Tu es le boss et tu le resteras toujours.
25.39
Même un conseiller municipal de Hyères est présent.
26.02
Au Macama, un bar fréquenté par une bande de jeunes qui vénèrent Fargette comme un dieu, la rumeur soulève les passions : Yann Piat aurait commandité le meurtre du boss. Deux tueurs en herbe enfourchent une moto pour venger leur idole. Spontanément ou sur ordre ?
26.20
On connaît la suite. Mais sait-on vraiment tout ?
26.26
Que s'est-il réellement passé dans la nuit du 25 février 1994 ?
26.41
Le chauffeur de Yann Piat raconte ce qu'il a vu, ou n'a pas vu, pendant les quelques secondes qui ont suivi l'apparition de la moto dans son rétroviseur.
27.40
Voici l'endroit où la moto est tombée. Le conducteur est blessé. L'arme du tueur, Lucien Ferri, est vide.
Mais le chauffeur raconte avoir vu un homme à pied qui le menaçait avec un pistolet.
27.56
Ferri, le tireur pouvait-il courir aussi vite sur une centaine de mètres pour mettre en joue le chauffeur, ou bien un autre individu était-il là, que personne ne connaît ou ne veut connaître ? Cela remettrait en cause toute l'accusation.
28.22
Il faut une quarantaine de secondes pour courir du lieu de la chute à celui du crime. Le chauffeur a-t-il attendu aussi longtemps avant de prendre la fuite ?
28.48
Raymond Icardi se trouvait là par hasard. Bien que témoin, aucun juge d'instruction n'a estimé bon de l'entendre. Le soir du meurtre, lui aussi remontait la route au volant de sa voiture. Peut-être une minute derrière Yann Piat. Il confirme la présence d'une deuxième moto, avec des gens qui ne peuvent pas être les meurtriers présumés. Car ils étaient habillés différemment.
30.15
Les deux assassins sont tombés ici. Leur moto était endommagée. Et ils ne portaient pas des casques noirs, mais blancs.
D'autres personnes étaient-elles présentes, avec une deuxième moto ?
Quelques jours avant le meurtre, et le jour même, plusieurs personnes louches ont été vues dans les parages. L'un des défenseurs de cette thèse est le journaliste Claude Ardid. Dans l'affaire Piat, il a mis en cause la justice à plusieurs reprises.
31.02
S'il y a réellement eu un autre tireur, peut-être a-t-il eu peur en entendant s'approcher la voiture. Ce qui aurait permis au chauffeur de s'enfuir. Mais en quoi cela changerait-il quelque chose ?
31.28
Telle était également la conviction initiale du juge d'instruction Thierry Rolland. Lui aussi a cru à un meurtre politique. Et grâce à un déploiement policier impressionnant, ses premières recherches vont déboucher rapidement.
31.40
Deux colleurs d'affiche de l'entourage de Joseph Sercia sont emprisonnés. Plusieurs témoins affirment les avoir vus.
31.54
Ce que tous supposaient se confirme : la classe politique est étroitement impliquée dans l'assassinat. Certains responsables sont arrêtés et interrogés. Jusqu'au président du conseil général Maurice Arreckx. Mais à chaque fois pour quelques heures seulement, puis la justice abandonne toute accusation.
32.08
et suit une piste qui la conduira au Macama.
32.17
Une serveuse du Macama a dénoncé le conducteur de la moto et le tireur.
32.24
Un deuxième tuyau, cette fois-ci venant du milieu, fait porter les soupçons sur Gérard Finale, le propriétaire du Macama.
32.30
Il est arrêté peu après.
32.38
Gérard Finale constitue un accusé idéal.
32.42
La moto depuis laquelle on a tiré était cachée dans le jardin du restaurant de son beau-frère.
32.48
Il aurait déjà ordonné à ses tueurs en herbe l'assassinat d'un souteneur qui exploitait un bar concurrent.
32.57
Il a fait incendier le bâtiment qui jouxte son bar pour se débarrasser d'un concurrent gênant.
33.05
Finale aurait annoncé un jour au Macama qu'il pourrait faire tout ce qu'il voudrait quand Sercia serait devenu maire. Il pourrait alors prendre la succession du défunt Jean-Louis Fargette et contrôler toutes les boîtes de nuit.
33.19
L'accusation contre le tenancier de bar Gérard Finale explique que Yann Piat aurait gêné ses affaires, car elle voulait avancer l'heure de fermeture des bars et limiter les places en terrasse.
33.35
Cette thèse, qui a amené Gérard Finale dans le box des accusés, est encore aujourd'hui la théorie officielle. Mais elle ne convainc pas son avocat, Michel Cardix. Le motif prêté à Finale lui semble bien trop maigre en comparaison des spéculations immobilières, de l'extension de l'aéroport et du projet de fermeture du casino.
33.56
La défense cite de nombreux témoins à décharge. Mais la plupart refusent de répéter leurs déclarations antérieures. Certains reconnaîtront même ouvertement leur peur.
34.07
Même Paul Grimaldi, le lieutenant du boss enfui en Italie, se montre réservé.
34.15
Il est cependant de bonne humeur en quittant la barre des témoins. On l'a traité avec beaucoup d'égards. Di Caro, le conducteur de la moto, s'est même excusé de l'avoir accusé de faire partie des commanditaires du meurtre.
34.27
Nous avons essayé d'obtenir une interview du lieutenant. Nous aurions aimé savoir comment fonctionnait le système de la corruption, de l'extorsion de fonds et des pots-de-vin, et pourquoi son chef, le parrain Fargette, disait que la vraie mafia, ce sont les politiques.
34.42
Mais cette interview n'a jamais eu lieu. La loi du silence ne règne pas qu'à Palerme.
34.56
Après le milieu, c'est au tour de l'élite politique qui lui est liée d'apparaître au procès, en la personne de l'ancien président du conseil général. Il est amené par la police, car il est emprisonné à la suite de plusieurs affaires.
35.08
L'homme politique suivant, Joseph Sercia, était l'adjoint de ce président. Il n'a été condamné qu'à des peines avec sursis. Mais un procès est en cours contre lui pour favoritisme, malversation et corruption passive aggravée.
Dans l'affaire Yann Piat, il ne fait cependant pas partie des accusés, mais des témoins, ce dont certains s'étonnent.
35.38
Un tract et le conducteur de la moto Di Caro l'ont en effet accusé clairement : "Sercia est responsable de l'assassinat de Yann Piat", dénonçait le tract.
35.48
Sercia n'a jamais été confronté à Di Caro, le conducteur de la moto.
La défense est donc certaine que cette confrontation va avoir lieu.
36.37
Dans la salle d'audience, la tension est grande. Le tribunal va-t-il autoriser la confrontation ? Le motocycliste répétera-t-il ses déclarations concernant l'homme politique Sercia, qu'il a accusé d'avoir commandité le meurtre de Yann Piat ?
36.55
Quand les caméras ont quitté la salle, Maître Cardix dépose sa demande en vue d'une confrontation attendue de longue date. Mais il essuiera un refus.
37.16
Cette chance ne se représentera pas.
37.24
Protégé comme un chef d'État en visite officielle, Sercia quitte le tribunal.
39.29
Quelques jours plus tard survient la première surprise : Lucien Ferri reconnaît le meurtre de Yann Piat. Un an avant les faits, des inconnus auraient pris contact avec lui. Après une longue hésitation, il aurait accepté la mission.
39.43
Les journaux répercutent la nouvelle en première page. Mais Ferri garde pour lui la clé du mystère : les noms de ses commanditaires, expliquant son silence par cette maxime : "plutôt vivant en prison que mort au cimetière".
41.30
Mais comme toutes les requêtes antérieures, cette demande de complément d'information est rejetée. Le procès se poursuit comme prévu.
41.44
Le témoin suivant est Albert Lévy, substitut du procureur de la République de Toulon. Pour la première fois, ses déclarations jettent un doute sur la justice. Albert Lévy confirmera un soupçon que les parties civiles et la défense expriment depuis des années : la justice a fermé les yeux sur la classe politique. Le substitut Lévy décrit un incroyable marché entre politique, police et milieu. Un marché qui a livré à la justice les jeunes tueurs et le commanditaire Gérard Finale. D'après les défenseurs, pour protéger les véritables commanditaires.
42.28
La presse appelle Lévy "l'homme qui en sait trop", car le marché qu'il dévoile devait naturellement rester secret.
De quoi s'agissait-il ?
42.38
Cet homme voulait sauver son fils. Il se serait donc rendu à Paris pour rencontrer des fonctionnaires du ministère de l'Intérieur et de la police, afin de leur proposer un marché :
42.45
La libération de son fils, emprisonné pour avoir attaqué un transport de fonds, contre l'identité des assassins de Yann Piat.
42.57
De telles dénonciations ne sont pas rares. Mais pourquoi passer par le ministère de l'Intérieur ?
43.06
Le policier qui aurait été impliqué attend à l'extérieur le moment de son audition. Il a confirmé l'existence de ce marché à un juge toulonnais. Mais il prétend aujourd'hui ne plus rien savoir. Pour les défenseurs, la cause est entendue.
45.04
Allusion au juge d'instruction Thierry Rolland, toujours si discret devant la presse. C'est lui qui a rejeté pratiquement toutes les requêtes de la défense visant à suivre la piste politique. On lui reproche maintenant d'avoir négligé le contexte politique du meurtre.
45.21
L'homme qui en savait trop, le substitut Lévy, parle de méthodes d'investigation qui ne sont pas allées au bout des choses et il déclare :
45.44
Quand Albert Lévy quitte le tribunal, il ignore encore que, depuis plusieurs semaines, il est surveillé par la police comme un dangereux criminel, pour avoir confié un compte rendu d'audition à un journaliste, pratique assez fréquente en réalité. L'homme qui a critiqué le travail de la justice est maintenant lui-même mis en accusation.
46.02
L'enquête est d'abord confiée au juge d'instruction Thierry Rolland, celui-là même que Lévy attaque. Mais cela ressemblerait tout de même trop à une vengeance.
46.13
Un juge d'instruction parisien est chargé de l'affaire. Une procédure est ouverte contre un journaliste, deux policiers et Albert Lévy.
46.24
Le journaliste s'appelle Claude Ardid. Il a souvent mis en cause le travail de la justice.
Comme l'écrivent les journaux, la justice contre-attaque aujourd'hui.
46.34
Pour les journalistes, il s'agit d'un règlement de comptes.
Le syndicat des juges déclare même que, dans le cas d'Albert Lévy, la justice cherche à se débarrasser d'un collègue encombrant.
46.53
Quelques jours plus tard. Le procès se poursuit. À la demande de la défense du tireur, le juge d'instruction Rolland est cité comme témoin.
Mais la défense est mal préparée et ouvre au juriste une tribune qu'il va exploiter à merveille. Pour les observateurs du procès, c'est ce jour-là que la défense a perdu la partie.
47.14
Rolland décrit le commanditaire présumé du meurtre politique, Gérard Finale, comme un homme sans scrupules, qui ne recule devant rien.
47.22
Il aurait interrogé le politique Joseph Sercia par toutes les méthodes légales et n'aurait trouvé aucune faute à lui reprocher.
47.30
Pour lui, toutes les hypothèses d'une deuxième moto ou d'un deuxième groupe de meurtriers relèveraient du domaine de la fantaisie.
47.37
C'est pourquoi il n'aurait pas interrogé Icardi, le témoin qui affirme avoir vu une deuxième moto.
47.44
Selon lui, Yann Piat n'aurait emmené dans sa tombe aucun dossier explosif, aucun secret exploitable pour le procès.
47.53
Dehors, les journalistes attendent de pouvoir poser quelques questions à Thierry Rolland. En vain. Le juge d'instruction s'éclipsera discrètement par une arrière-porte, au nez et à la barbe de la presse.
48.10
Il ne reste plus aux journalistes qu'à résumer cette journée.
48.43
Le procès semble joué. Finies les déclarations spectaculaires des avocats de la défense. Ce n'était pas leur jour de gloire.
48.55
Le lendemain matin : déposition du dernier témoin, Bernard Tomassini, chef de cabinet du ministre de l'Intérieur de l'époque, Charles Pasqua.
On espère de lui la lumière sur une dernière affaire qui pourrait être liée à la mort de Yann Piat : le casse de la Banque de France de Toulon.
49.16
Il ne s'agit pas moins que du plus gros casse du siècle.
Le matin, des gangsters ont pris en otage un agent de sécurité de la banque alors qu'il rentrait chez lui. Après l'avoir interrogé toute la journée, ils l'ont emmené le soir à la banque avec une ceinture contenant 300 g de dynamite autour de la taille, pour le contraindre à ouvrir la porte.
L'otage, Emmanuel Demamey, raconte ce qui s'est passé :
50.56
Donc, on aurait "oublié" 155 millions de francs de butin, de plus, on ignore encore aujourd'hui si un tel casse pouvait être organisé sans l'accord ou la participation de Jean-Louis Fargette. Et un autre mystère demeure :
Quelques journalistes ont remarqué une nette recrudescence des attaques de banques à des moments bien précis.
Un photographe de Var-Matin explique :
52.05
Yann Piat savait-elle quelque chose sur ce dossier ? Peu avant son meurtre, elle s'était rendue à Paris pour discuter de la sécurité publique à Hyères avec le chef de cabinet de Charles Pasqua, alors ministre de l'Intérieur. Et pour évoquer la Banque de France, à en croire ses anciens collaborateurs.
52.50
Se pourrait-il que Yann Piat soit morte parce qu'elle connaissait les tenants et les aboutissants de ce casse ? Pensait-elle que le butin de ce casse avait atterri dans les casses noires de certains partis ? Voulait-on l'éliminer parce qu'elle connaissait particulièrement bien cette affaire ?
53.07
Quand Bernard Tomassini, l'ancien chef de cabinet du ministère de l'Intérieur, quitte la salle d'audience, la réponse apportée à cette question est non. Yann Piat est venue à Paris pour évoquer des questions générales de sécurité urbaine. De nombreux députés font de même. Yann Piat a même remercié Tomassini par écrit pour son accueil chaleureux au ministère.
Une dernière question :
54.06
Pourtant, comme toujours lorsqu'une chose est avérée, des doutes ne manquent pas d'apparaître. La lettre de remerciement envoyée à Tomassini était accompagnée d'une deuxième lettre sous enveloppe cachetée, adressée au ministre de l'Intérieur Charles Pasqua. Tomassini vient de le déclarer devant la cour. Mais il ne connaît pas la teneur de cette lettre, qui reste mystérieuse.
55.45
Ainsi se termine l'instruction du procès. Les accusés sont appelés pour la plaidoirie de l'accusation. Elle durera près de deux jours.
55.59
Le procureur va mener une attaque en règle contre tous ceux qui ont pu douter de la justice. Il dressera de Gérard Finale le portrait d'un commanditaire cynique et monstrueux, empruntant de nombreuses citations à la littérature, comme si, dans ce procès, les preuves étaient insuffisantes.
56.16
La presse découvre ensuite les peines requises : le procureur demande la réclusion criminelle à perpétuité pour le commanditaire Gérard Finale, la réclusion criminelle à perpétuité pour Lucien Ferri, le meurtrier, et 20 ans de prison pour Marco Di Caro, le conducteur de la moto.
57.26
Pendant ce temps, à Nice, Michel Cardix commence la rédaction de sa plaidoirie, qui vise à démontrer l'innocence de son client Gérard Finale. Il débute par une description des obsèques de Yann Piat. Jamais, dira-t-il, autant de fausses larmes ont été versées pour cette femme que durant son enterrement.
0.14
Le lendemain, au palais de justice de Draguignan, les avocats de la défense commencent leurs plaidoiries. L'un après l'autre, ils se présentent ensuite devant la presse.
Jacques Vergès, avocat du conducteur de la moto, ne conteste pas la culpabilité de son client. Il accuse l'environnement politique, qui a rendu un tel meurtre possible.
1.32
Vient ensuite la plaidoirie de Henry Juramy, défenseur de Lucien Ferri, le meurtrier. Pour la première fois, il donne des indications plus précises sur les commanditaires.
2.49
C'est enfin le tour de Michel Cardix. Dans une impressionnante plaidoirie, il démonte toute l'accusation. Le meurtre de Yann Piat aurait été préparé alors que la bande du Macama n'existait pas encore, donc par des gens qui, par une dénonciation, voulaient en envoyer d'autres dans le box des accusés.
3.36
La plaidoirie de Michel Cardix sème de nouveaux doutes. Au dernier moment, le bel édifice de l'accusation commence à se fissurer.
La femme de Gérard Finale fond en larmes. "Vous avez sauvé mon mari", glisse-t-elle à l'oreille de Michel Cardix.
4.08
Il est 14 heures. Le jugement est attendu dans la soirée.
4.13
Angélique, l'une des deux filles de Yann Piat, est venue assister à la proclamation du verdict.
Les jurés se sont retirés pour délibérer. De longues heures d'attente débutent.
5.05
Le jugement tombe enfin. Dans la salle se mêlent les larmes et les cris d'indignation.
5.19
Perpétuité, comme l'avait demandé le procureur, pour le commanditaire et le meurtrier, 20 ans pour le conducteur de la moto ; de lourdes peines pour les autres et un acquittement.
5.38
Pour Jo Arnaud, le chauffeur de Yann Piat, le jugement marque un soulagement et la fin d'un long cauchemar.
7.33
Le procès est terminé.
16 juin 1998. Les condamnés sont conduits en prison pour purger leur peine. Mais les rumeurs persistent. Il aurait pourtant été facile de les faire taire. Mais en refusant d'accéder aux innombrables requêtes de la défense, le tribunal n'a fait qu'alimenter les doutes quant à la seule responsabilité des coupables, et la question demeure de savoir si ce procès ne comptait pas trop peu d'accusés.
8.24
À la pleine lune suivante, l'affaire Yann Piat est déjà oubliée. Dans le département où l'on dit que les muscles comptent plus que la tête, le quotidien reprend ses droits. Sept coupables ont été condamnés. La justice, dit-on, ne pouvait pas faire plus.
Adaptation : 3i Traductions.
| Adaptation 3i Traductions |