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Les chasseurs de rennes de Taimyr

Un film de Erik Zimen

12'33 voix, Mérime :

"Mon grand-père s'est battu contre les Soviétiques. Il vivait dans la toundra, comme nous tous. Il ne faisait que chasser et pêcher. On dit que je lui ressemble."

12'48

"Ils campaient sous des tentes légères en été et sous de grandes tentes fixes, recouvertes de deux couches de peaux de rennes, en hiver."

13'00

"Quand les soldats sont arrivés, il est parti avec sa famille. Il s'est enfoncé de plus en plus dans la toundra, jusqu'à ne plus pouvoir fuir. Alors il a été obligé de se battre."

13'15

"Il est devenu le chef des rebelles."

13'21

"Les soldats ont quand même fini par le capturer et le tuer. C'était une sale période."

13'30

"Après les soldats, les commissaires sont arrivés. Pour eux, mon père était un fils de koulak, mais ils l'ont quand même fait entrer dans un sovkhoze et ils lui ont appris à lire et à écrire. Il est vite devenu un homme important dans le village, chef de brigade des éleveurs de rennes."

13'46

"En tant que (prononcer Jakut )(?), il n'était pas préparé à ce travail. Mais il a même capturé des rennes sauvages dans la toundra pour agrandir le troupeau du sovkhoze.

13'58

"Moi aussi, je suis allé à l'école à Novaïa. C'était bien, à ce moment-là. Nous nous entendions bien avec les autres peuples, les (prononcer Yamals), les (prononcer Nientsen), et même avec les Russes. Tous les enfants allaient à l'école."

14'16

"Des médecins et des techniciens russes sont venus pour nous aider à travailler de mieux en mieux. Des avions apportaient de Russie tout ce qu'il nous fallait. Et tout ce que nous produisions - la viande, le poisson et les fourrures - était envoyé là-bas par avion, bateau ou hélicoptère. Comme ça, la vie dans la toundra était plus facile."

14'55

"Pour mon fils Sacha, la vie dans la Toundra n'est pas facile."

15'01

"Et bien sûr, pour Roman non plus. Attention, n'en mets pas partout, fiston !"

15'11

"Comment Sacha pourrait trouver une femme ici ?"

15'15

"Pourtant un homme a besoin d'une femme !"

 

15'17 voix, Yevdakia :

"Oui, c'est sûr."

15'22 voix, Mérime :

"Un homme doit avoir une femme. Sinon ça ne va pas."

 

15'55

"Sacha travaille bien, il est très sérieux, mais il ne trouve pas de femme, ici."

16'02

"Voilà pourquoi il doit partir pour Novaïa ou pour un autre village. Mais les gens de Novaïa boivent trop."

16'12

"Ou ils passent tout leur temps devant la télé."

16'18

"C'est surtout vrai pour les jeunes d'aujourd'hui. Ils ne peuvent plus travailler et ils ne comprennent rien à la vie dans la toundra. Dans le temps, c'était différent. Chacun avait son travail, sa fonction et tous en étaient fiers."

16'36

"Les garçons travailleurs, comme Sacha, ne trouvent pas de femmes. Et sans femmes, il n'y aura plus de vie dans la toundra."

17'56

"Moi aussi, j'aime bien boire de la vodka. Mais pas trop, pas comme les autres. Aujourd'hui, j'appartiens à la toundra et ici, il n'y a pas d'alcool."

18'05

"Mais ici, l'esprit est libre. C'est tout ce qui compte."

18'52 voix, Yevdakia :

"Un repas chaud doit toujours être prêt pour les hommes, tout le temps, toutes les trois heures. Et le thé doit toujours être chaud."

 

 

19'04

"Je dois aussi coudre des vêtements pour tout le monde. En hiver, les hommes ont besoin de changer de veste et de pantalon, quand le temps change. Il faut que je prépare et que je découpe les fourrures. Et il faut que tous les vêtements soient coupés sur le bon modèle."

19'19

"Ma mère m'a appris à faire tout ça. On habitait au village bien sûr, mais elle disait toujours : on ne sait jamais, ça pourra peut-être servir un jour. Pourtant, beaucoup de femmes du village ne connaissent rien à la vie dans la toundra. Il n'y a que les hommes qui ont toujours travaillé dans la toundra."

19'36

"Les femmes sont restées au village avec les enfants qui allaient à l'école là-bas. En vivant au village, elles ont oublié comment on fait des enfants dans la toundra, comment on les élève et comment il faut les habiller. Elles ont oublié comment on charge la luge quand on lève le camp ou ce qu'on doit faire pour que la viande se conserve plus longtemps."

19'52

"La vie dans la toundra est sûrement plus belle qu'au village. Mais je me sens parfois très seule ici. Ce qui me manque c'est surtout de pouvoir parler avec d'autres femmes quand j'en ai envie. C'est pour ça qu'il m'arrive d'être vraiment triste ici."

22:59

Nos enfants, en particulier les filles, après avoir terminé leurs études secondaires entrent dans des établissements techniques et supérieurs. Ensuite, ils obtiennent une qualification qui leur permet de rester travailler dans le village. Ils ne sont pas obligés de travailler dans la Toundra. Par contre, les filles qui se marient avec des éleveurs de rennes, des chasseurs et pêcheurs partent dans la Toundra, y mènent une vie nomade et doivent supporter un manque de confort certain. Elles travaillent là-bas dans la production.

24:05

A l’époque, le sovkhoze était déficitaire. Depuis les deux ou trois dernières années le sovkhoze n’a plus de subventions, et les dépenses ne sont plus couvertes. Avant, c’était l’Etat qui les prenait à sa charge.

24:17

La production de l’énergie électrique par le moteur diesel, l’entretien du jardin d’enfants, de l’école, de l’hôpital, aussi bien que de la poste repose sur les épaules du sovkhoze, car le village se trouve sur la terre du sovkhoze. Et le sovkhoze n’est plus capable de payer tout cela, parce que personne n’achète plus viande, poisson...

24:47

Les prix des transports ont augmenté. Si l’on veut vendre la production en dehors du sovkhoze, il faut ajouter les frais de transport: par exemple la viande qui se vend à 2000 roubles le kilo, subit une augmentation de 150%.

Pour faire venir les marchandises de l’extérieur du sovkhoze, tout coûte donc très cher.

25:05

Tout est cher. La production ne se vend pas. Personne n’achète plus la fourrure du renard blanc, son prix de revient étant très élevé. Voilà ce qu’on peut dire en quelques mots du sovkhoze.

32:02

Dans cette cave il y a entre 700 et 800 dépouilles de rennes que nous avons tués l’année passée, en hiver; et jusqu’à présent nous ne les avons pas vendues, parce qu’il n’y a pas d’acheteurs pour cette viande. Son prix est de huit cent mille roubles environ, et le prix du transport n’est pas du tout négligeable. C’est la raison pour laquelle la viande de renne n’est pas vendue. Actuellement, elle est conservée ici.

44'28 voix, Mérime :

"Il était une fois deux chamans qui traversaient la toundra ensemble. Ils avaient très faim et il n'avaient pas de chance avec les rennes. Ils regardaient aussi loin qu'ils pouvaient, sans voir aucun animal. Ils marchèrent des jours durant avant de voir enfin, sur un lac loin devant eux, un gros troupeau. "

44'52

"Ils s'approchèrent doucement, mais les rennes s'enfuirent et les chamans, en poursuivant les animaux, tombèrent en glissant sur la glace. L'un des deux chamans voulait déjà renoncer. Il disait : ça ne sert à rien de chasser les animaux sur la glace. Nous ne pourrons jamais les approcher assez pour pouvoir les attraper au lasso. "

45'12

"Mais l'autre chaman refusait de l'écouter.

(Ne mets pas les doigts dans ton nez, ça ne se fait pas !)"

45'22

"C'est alors qu'il eut une idée. Il s'approcha doucement des rennes et se coucha sur la glace. Les animaux, plein de curiosité, s'approchèrent, pensant que le chaman dormait, et il se releva d'un seul coup. Les animaux s'enfuirent, mais comme la glace était très glissante, quelques-uns se brisèrent les pattes et voilà, le chaman avait sa proie. Tu vois, le chasseur dois toujours être plus malin que les animaux. Et dans la toundra, il ne faut jamais renoncer."

 

45'48

"Non, jamais renoncer."

48'18

"Ici, dans le temps il y avait des gens qui pouvaient en guérir d’autres de leurs maladies. Je n'en ai pas connus, mais les anciens en parlent. On offrait une peau de renard, quelques rennes ou des femmes aux chamans, pour qu'ils dansent et qu'ils disent des incantations. Et parfois ils guérissaient les gens. C'est ce que racontent les anciens."

48'43

"Aujourd'hui, il n'y a plus de chamans. Il y en a beaucoup qui prétendent être des chamans et beaucoup d'étrangers viennent de toute la Yakoussie et même de Russie, parce qu'ils y croient. Ils leur donnent beaucoup d'argent et de vodka. Mais tout ça c'est faux. C'est tous des menteurs. Un véritable chaman doit connaître la toundra. Mais les chamans d'aujourd'hui ne connaissent que la vodka."

 

49'07

"Je connais la toundra, mais je ne suis pas un chaman. Il n'y en a plus. Je suis simplement né dans la toundra, comme mon père et comme mon grand-père. J'adore vivre ici. Quand je serai mort, je veux être enterré dans la toundra, tout comme mes ancêtres. Et pas à Novaïa, car la vie là-bas n'est plus bonne pour nous."

49'29

"Nous, nous sommes des chasseurs. Pour les autres, la toundra n'est qu'un mot, mais pour nous la toundra, c'est la vie. Bien sûr, nous pourrions aller vivre ailleurs. Mais il n'y a que dans la toundra que nous pourrons rester chasseurs. Voilà pourquoi il est tellement important, non seulement que les hommes aillent vivre dans la toundra, mais aussi que les femmes et les enfants les accompagnent. Car sans eux, il n'y a pas d'avenir pour nous."

 

 

 

 

28.06

"Vite ! Il faut que nous prenions aussi cette femelle et son petit !"

 

28.36

"Il n'y a rien à faire !"

 

 

 

 

Adaptation: 3i Traductions

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