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VIVRE DANS LES JARDINS D'ALLAH
01.51
Il a fallu attendre le XXe siècle pour que les Européens découvrent les trésors artistiques du Sahara central. Des documents qui nous renseignent sur l'évolution de l'humanité, une chronique passionnante qui retrace 10 000 ans d'histoire. Dans le désert, les peintures rupestres se sont conservées, de même qu'ont subsisté ses premiers habitants, les Touareg.
02.26 Titre
02.39
Le Sahara - une terre aride, redoutable, le plus grand et le plus chaud des déserts de la terre. 02.45
02.54
Les vieux caravaniers disent qu'Allah a fait disparaître du Sahara tout le superflu afin que les hommes soient capables de reconnaître l'essence des choses et trouvent la paix véritable dans un jardin de solitude. 3.07
03.18
Mais si le Sahara est ce jardin d'Allah, il est loin d'être vide et sans vie. Peu de régions offrent des paysages aussi variés, des paysages qui datent de l'âge de pierre et qui ont traversé des millénaires pour nous parvenir, apparemment intacts, des paysages d'une beauté quasiment irréelle, modelés par l'érosion. 3.38
04.21
Tourner dans un pays, actuellement théâtre de luttes sanglantes pour le pouvoir, ne va pas sans dangers. En Algérie peut éclater à tout moment une guerre civile. Le terrorisme pratiqué par les intégristes islamiques conduit les étrangers à éviter le nord du pays. Mais la menace qui plane partout ne nous empêchera pas de faire notre reportage sur les Touareg et sur les très célèbres fresques rupestres du massif du Tassili, dans le Sud algérien. 4.49
4.55
Les mesures de sécurité draconiennes prises par le gouvernement algérien retardent le début de notre voyage. Nous finissons quand même par atterrir sur l'aéroport de Djanet, porte du Tassili, l'un des plus anciens sites habités d'Afrique. Nous sommes soulagés d'avoir réussi à franchir les derniers obstacles. 5.13
5.35
Djanet : autrefois, l'oasis la plus célèbre du Sahara, appréciée des caravaniers pour ses sources et l'ombre de ses palmeraies. 5.44
5.53
Aujourd'hui, Djanet est une ville moderne en plein désert, avec des immeubles en béton, des véhicules tout terrain et des rues asphaltées. 6.00
6.14
Les habitants : des Touareg et des populations venues du Nord de l'Algérie. Mais Djanet attire aussi des réfugiés originaires des états voisins, le Mali et le Niger, ce qui ne va pas sans poser de problèmes. Les Touareg qui vivent ici ont été contraints à se sédentariser parce qu'un jour, ils ont perdu leurs troupeaux. Beaucoup d'entre eux sont au chômage, et cela aussi participe d'une situation sociale explosive. 6.36
6.58
A quelques kilomètres seulement de Djanet, le temps semble s'être arrêté. Ces Touareg n'ont pas renoncé au nomadisme. Avec leurs troupeaux de chameaux, ils parcourent la vaste région du Tassili. Ils restent impressionnants, les Touareg conservent en partie aujourd'hui encore cette aura d'aventuriers qui était le propre des célèbres "Seigneurs du désert". 7.23
7.52
Les Touareg sont des Berbères. De leur origine, on sait peu de choses. Ils se distinguent des autres groupes berbères par le fait qu'ils vivent dans le désert. Dans l'Antiquité, les tribus d'Afrique du Nord étaient connues sous le nom de "Barbario", une façon de désigner tout étranger à la civilisation gréco-romaine. C'est de là que vient le mot "Berbère". 8.12
8.23
Au VIIe siècle, ils furent attaqués par les Arabes. Ils se replièrent dans le désert et opposèrent une résistance farouche. C'est leur courage qui leur valut cette réputation de guerriers intrépides. Et par respect pour cette qualité, les Arabes leur donnèrent le nom de "Touareg".
De tous temps, les Touareg ont eu un fort esprit d'indépendance, que l'on retrouve même dans leur rapport à l'Islam. Aujourd'hui encore, leur orthodoxie musulmane n'est pas tout à fait stricte. 8.50
9.13
Cette danse évoque l'époque où les Touareg étaient des guerriers légendaires. Elle est exécutée par un groupe folklorique de Djanet. Pour les hommes, aujourd'hui, c'est une façon comme une autre de gagner leur vie.
Leurs ancêtres étaient chasseurs d'esclaves, conducteurs de caravanes. Ils contrôlaient tous les itinéraires de traversée du Sahara. On ne pouvait se passer de leur aide si l'on voulait que l'or, le sel et les esclaves arrivent à bon port. 9.35
9.48
Les droits des femmes touareg sont importants. Cette danse, qui porte le nom de "Tahamat", est une parade que les guerriers exécutent devant les femmes. Chacun cherche à briller le plus possible pour leur plaire. Et finalement, ce sont les femmes qui décident. C'est là un exemple parmi d'autres de la grande influence des femmes Touareg. Et, plus important encore : ce sont elles qui choisissent leur époux. 10.10
10.20
Au XIXe siècle, les Français colonisèrent l'Algérie. Les Touareg furent dépouillés de leur pouvoir, ils perdirent le contrôle qu'ils exerçaient sur le commerce caravanier. Leur organisation sociale, avec sa division de classe très stricte allant de l'aristocratie aux esclaves noirs, se désintégra.
Les Touareg : un peuple en proie à une crise d'identité. 10.39
10.42
Cette situation ne s'est guère modifiée même si l'Algérie, indépendante depuis 1962, a cherché dans tous les domaines à intégrer les Touareg. 10.53
10.55
En construisant des écoles et des hôpitaux, en introduisant le téléphone et la télévision, on pensait accélérer leur processus d'adaptation au monde moderne. L'agglomération de Buroj El Haousi, en plein Sahara, en est un exemple parmi bien d'autres.
Les Touareg eux aussi désiraient entrer dans la vie moderne, mais selon leur conception à eux, en préservant leur identité. Ceci ne va pas sans difficultés et fait surgir régulièrement des tensions. 11.19
11.55
Nous passerons cinq semaines dans cet hôtel de Djanet. C'est de là que nous partons tourner dans les oueds et les monts du Tassili. C'est là que nous allons trouver les guides expérimentés qui vont nous accompagner et les véhicules tout-terrain indispensables à toute expédition dans le désert. 12.10
12.30
Le propriétaire de l'hôtel : un Touareg. En raison des troubles, le commerce n'est plus aussi florissant qu'autrefois. C'est pourquoi il a retardé son projet de construire une chaîne hôtelière. Actuellement, d'autres Touareg travaillant dans le secteur du tourisme connaissent une situation similaire. 12.48
12.54
Nous préparons activement notre voyage. Aliment privilégié : les dattes. Elles se conservent bien et ont une valeur nutritive importante. 13.02
13.20
La région du Tassili se trouve à 2000 kilomètres au sud d'Alger. C'est un massif montagneux qui ressemble à une fortification entourée d'une mer de dunes de sable : un haut plateau. 13.33
13.40
L'homme qui va nous accompagner en permanence pendant les cinq semaines de tournage, c'est Ahmed Kerzabi, directeur du parc national du Tassili qui s'étend sur la plus grande partie de la région. Kerzabi a fait ses études en Allemagne il y a vingt ans. Il lutte depuis longtemps pour sauvegarder ces paysages. Une mission de toute une vie. Il a quand même réussi à empêcher que les concurrents du rallye Paris-Dakar passent aussi par le Tassili.
Nous allons parcourir environ cent kilomètres pour filmer les différents paysages de la région. Nous prenons la direction d'Oued Tadrat, à la recherche des vestiges du passé. 14.17
14.18
Le nom "Tassili" est d'origine touareg et désigne des rivières qui traversaient cette région autrefois. Il y a plusieurs millénaires qu'elles sont asséchées. Mais lorsque survient l'une des rares chutes de pluie, elles se transforment en masses d'eau impétueuses qui inondent tout. Au Sahara, il est plus fréquent de mourir noyé que de mourir de soif, dit un dicton. 14.42
14.57
Le grès tendre calcaire de la chaîne du Tassili a été érodé par les torrents. On imagine difficilement aujourd'hui qu'il y a environ 10 000 ans, cette région était couverte de forêts vertes et des hippopotames y vivaient. 15.11
15.20
De nos jours, on y trouve surtout des dunes de sable pouvant atteindre jusqu'à 300 mètres de hauteur. 15.25
16.18
Le calme qui se dégage de ces images est trompeur. Les dunes de sable se déplacent d'environ 20 mètres par an. Elles ont déjà enseveli plus d'une oasis. C'est ce qu'on appelle la désertification, un processus qui menace surtout, dans le nord du pays, les villes situées en bordure du Sahara. 16.36
17.00
Guider les véhicules à travers les dunes, demande aux chauffeurs Touareg beaucoup de peine et de patience. Nous trouvons l'opération parfois trop longue. Et nous prenons tout simplement le chemin le plus court. 17.11
17.35
Nous traversons des régions si arides que jamais nous n'aurions imaginé la présence de l'eau. Brusquement, nous tombons sur des gueltas. C'est ainsi que les Touareg désignent les réserves d'eau dans le désert. L'eau des nappes souterraines monte à la surface. Ces gueltas sont les seuls vestiges des lacs qui existaient il y a environ dix mille ans. 17.56
18.08
Certaines gueltas sont tellement polluées que l'eau n'y est pas potable. Et ce, bien que le centre industriel le plus proche, au nord du pays, soit distant de deux mille kilomètres. Selon les autorités gouvernementales chargées de l'environnement, les "Pluies noires" sont responsables de la pollution. Mais on ignore toujours l'origine et la cause de ces pluies. 18.28
18.53
Dans cette partie du Sahara, il pleut très rarement. Mais nous avons la chance d'assister à ce spectacle. Les chutes de pluie redonnent vie au désert. Malgré la sécheresse, les semences et les germes réussissent à se conserver pendant plusieurs années dans les sables du Sahara. La pluie leur permet, pendant une période brève, de prospérer. 19.12
19.54
Le sable a également conservé les vestiges de civilisations anciennes. Ces objets témoignent d'un âge d'or du Sahara, lorsque les récoltes étaient encore surabondantes et que les hommes prenaient leur arc et leurs flèches pour aller à la chasse. 20.08
20.16
Les innombrables parois rocheuses du Tassili recèlent un trésor culturel sans doute unique au monde. Comme à livre ouvert, les peintures et gravures retracent plusieurs millénaires d'évolution de la faune et de la flore, depuis l'âge néolithique jusqu'à nos jours. On trouve ces peintures rupestres dans une région qui s'étend sur 120 000 kilomètres carrés. 20.39
20.54
A Oued Tadrat, Ahmed Kerzabi nous montre dans cette grotte des fouilles qui attestent une présence humaine il y a plusieurs milliers d'années. 21.03
21.22
Cette grotte est l'un des sites archéologiques les plus importants d'Afrique du Nord, nous explique-t-il. 21.27
21.29 Interview Kerzabi
La présence de ces quatorze couches superposées signifie pour les archéologues que ce site a été habité quatorze fois par des populations qui se sont succédées au cours de ces dix derniers millénaires.
Et ils ont laissé des vestiges de leur passage ici : charbon, fragments de céramiques et bien sûr les fresques pariétales.
Ces peintures rupestres datent d'époques différentes. De l'époque du Bubale, il y a 8000 à 9000 ans. Puis viennent l'époque bovidienne, qui date de 6000 à 4500 ans, et l'époque du cheval. Vous verrez des fresques datant de 2000, 1000 et 500 ans avant notre ère. Et pour finir, la dernière période, celle du chameau, jusqu'à nos jours. 22.44
22.49
Dans cette grotte, un groupe d'archéologues français a effectué des fouilles de 1977 à 1987. Ils ont mis à jour avec beaucoup de minutie et de patience les différentes couches. Les peintures nous renseignent sur la façon dont les hommes s'adaptèrent aux variations climatiques, on voit qu'ils utilisaient les blocs de pierre comme abri, pour se protéger du soleil et de la pluie. Les hommes ont commencé à représenter leur milieu et à se représenter eux mêmes, nous explique Kerzabi. Dans ces rochers inaccessibles, les dessins sont longtemps restés ignorés de tous. 23.21
23.28
En 1933, au cours de l'une de ses expéditions à Oued Djerat, le lieutenant Georges Brenans, officier de l'armée coloniale française, découvrit des gravures d'éléphants et de girafes, parfois plus grands que nature. On est frappé par la précision du trait sur les parois creusées. 23.47
23.55
C'est Henri Lhote, chercheur français spécialiste de la préhistoire, qui réunit la première documentation d'ensemble sur les fresques rupestres du Sahara central. Elle fut publiée à Paris en 1956 et fit grand bruit en Europe. 24.10
24.16
De nos jours, les guides touareg sont presque les seuls à découvrir de nouvelles fresques. Tel est le cas de Werzagen, qui travaille depuis plusieurs années avec Kerzabi. Il est l'un des spécialistes capables de déchiffrer des langues berbères rares, et à ce titre, il est pour Kerzabi un collaborateur particulièrement précieux. Sans Werzagen, ce dernier ne pourrait pas déchiffrer les inscriptions. 24.35
24.41
Comme la plupart des Touareg, Werzagen a appris tout petit à lire les traces. Un savoir qu'il utilise aujourd'hui en qualité de guide du Parc national du Tassili. Sans lui, nous serions irrémédiablement perdus. 24.53
24.55
Pour aller filmer les fresques les plus grandes et les plus anciennes, nous devons prendre l'avion et nous rendre à Sefar, dans le massif du Tassili.
Nous décollons de l'aérodrome de Djanet. 25.05
25.18
L'armée algérienne a mis à notre disposition un vieil hélicoptère russe. 25.23
25.30
Sefar se trouve au coeur du massif du Tassili et ressemble à une forteresse. On ne peut y accéder à pied qu'en empruntant des défilés étroits. Le matériel doit être transporté à dos de chameau ou à dos d'âne. C'est la première fois que nous voyons le relief du Tassili d'en haut. 25.45
25.56
Depuis l'hélicoptère, nous distinguons parfaitement le réseau d'oueds asséchés. Nous parvenons enfin à imaginer à quoi devait ressembler autrefois ce paysage lorsqu'il était sillonné d'innombrables cours d'eau. 26.07
26.16
Malgré les gorges et les rochers, nous atterrissons sans encombre. 26.21
26.57
Le Tassili est recouvert d'une pellicule noire d'oxyde de manganèse qui forme une sorte de laque à la surface du grès tendre calcaire. Cela ne l'a pas empêché d'être attaqué par l'érosion. C'est ainsi que sont apparues des gorges profondes, praticables à pied. A Sefar, on a l'impression d'être arrivé au coeur d'un réseau très organisé de rues et de ruelles : un caprice de la nature. 27.15
27.56
Le grand dieu de Sefar, l'une des fresques les plus célèbres du Tassili, une figure divine mesurant trois mètres de haut, date de la période dite des "têtes rondes", il y a environ 10.000 ans. Ce géant étend les bras comme pour bénir les femmes et les antilopes qui se trouvent à ses côtés. 28.15
28.18
On voit nettement que les femmes sont en train d'implorer ce personnage divin. 28.21
28.39
On suppose que cette fresque représente une naissance. 28.42
29.11
Visiblement, toutes ces fresques figurent des cérémonies religieuses et des scènes de la vie quotidienne datant d'environ dix mille ans. 29.19
29.40
Kerzabi veut nous montrer un relief particulier que Werzagen a découvert peu de temps auparavant. Mais même pour un Touareg, il n'est pas facile de retrouver le site exact. 29.51
30.00
Toute nouvelle découverte est immédiatement répertoriée, avec le nom du site et la description de l'état de la fresque. Ces informations devraient permettre un jour au directeur du parc national d'établir une statistique scientifique à l'usage des archéologues et des spécialistes de la préhistoire. 30.14
30.16
Pour abriter ces travaux de recherche, on construit un centre dans le Tassili. Ici aussi, ce sont les Touareg qui fournissent la main d'oeuvre. 30.23
30.51 : interview de Kerzabi
Nous avons choisi cet endroit parce que la région est rocheuse et que partout aux environs il y a des sites avec des gravures et même des peintures. Nous pensons donner ainsi aux étudiants et aux chercheurs la possibilité de venir jusqu'ici et de continuer leurs recherches dans presque tous les coins du Tassili. Ce projet est réalisé en accord avec toutes les universités et instituts spécialisés qui travaillent sur la faune, la flore et l'archéologie du Sahara. 31.41
31.46
Il est prévu en outre que les fresques soient restaurées. Beaucoup d'entre elles sont abîmées, parfois même si fortement détériorées qu'elles sont à peine visibles. Il serait souhaitable qu'elle puissent être conservées, car elles nous livrent des informations détaillées sur l'époque où elles ont été réalisées. On peut supposer qu'en ce temps-là, les artistes étaient très respectés. 32.06
32.17
On voit qu'autrefois, les personnes aimaient elles aussi se parer. Elles exécutaient des coiffures savantes, se drapaient dans des voiles, se tatouaient. 32.22
32.37
Beaucoup de ces scènes représentent sans doute des rituels de la fertilité où l'on invoquait les esprits.
32.58
Nous tombons par hasard sur ce groupe d'aïkido 33.01
33.10
Il s'agit de Français venus pratiquer le méditation japonaise et les sports d'autodéfense dans l'immensité saharienne. De tous temps, le désert a exercé une grande fascination sur les Européens. La preuve en est le nombre considérable d'expéditions et de safaris. Mais on ne rencontre pas seulement des vacanciers en mal d'émotions fortes. 33.31
34.22
Ces adeptes de l'aïkido, par exemple, sont fascinés par les civilisations anciennes. En rechercher les vestiges dans les sables du désert : telle est, selon André Cognard, l'entraîneur, la motivation des participants du groupe. 34.33
34.33 Interview en français
34.52
Notre prochaine étape est d'un accès difficile. Mais nous nous accommodons des désagréments car, à en croire ce que nous raconte Kerzabi pendant le voyage, avec plus d'une centaine de reliefs, Tinderhert est un site exceptionnel, même pour le Tassili. 35.05
35.19
Nous traversons des oueds et des plaines dont beaucoup n'ont encore jamais été explorés. Les employés du Parc national du Tassili surveillent ce lieu vingt quatre heures sur vingt quatre. 35.29
35.46
Le plateau de Tinderhert mesure environ 120 mètres sur 60. On y trouve une centaine de gravures dont le style et la technique sont apparentés. 35.54
36.03
Cette représentation d'une antilope endormie est l'une des gravures les plus connues. 36.08
36.16
Les boeufs devaient être un objet de vénération, c'est du moins ce que l'on peut conclure de la fréquence avec laquelle ce thème apparaît à Tinderhert. 36.22
36.29
On peut voir aussi dans ces images l'indice d'une population en hausse. L'élevage des boeufs devait garantir la nourriture, la chasse avait cessé de jouer un rôle important. 36.41
36.56
On reste étonné en constatant avec quel amour ces troupeaux de boeufs ont été gravés dans la pierre, puis polis. Un exemple parmi d'autres du sens très sûr du style chez les artistes d'il y a 8000 ans. 37.07
37.08
A l'époque où ces gravures ont été créées intervinrent des changements climatiques très importants. On trouvait ici des forêts de chênes, de cyprès et d'oliviers, elles disparurent avec l'arrivée d'une période de sécheresse. C'est ce qui provoqua les migrations de l'âge du néolithique. C'est alors qu'arrivèrent dans le Tassili les pasteurs et leurs troupeaux de boeufs en provenance d'Afrique occidentale . Et avec eux, le style des fresques rupestres changea : la perspective fit son apparition. 37.36
38.04
Après plusieurs jours passés dans le désert, retour à Djanet avec une halte à Al Hajreen. Nous sommes en pleine tempête de sable, ce qui n'a rien de rare au Sahara. Kerzabi profite de cette étape imprévue pour nous présenter un vieil ami à lui.
Grâce à l'aide de ce Touareg Kerzabi a pu, ces dernières années, recruter des nomades comme gardiens du parc national. Ce ne fut pas très facile car les Touareg refusent par principe les sites naturels protégés. Pour subsister, ils sont dépendants des ressources déjà maigres du désert. Toute limitation supplémentaire, pensent-ils, ne fera qu'aggraver leurs conditions d'existence. 38.44
38.45
Kerzabi a réussi à faire comprendre à son ami et aux autres Touareg que ces réserves constituent une véritable aubaine, y compris pour eux. Les 129 gardiens recrutés ne suffisent pas à contrôler l'ensemble de la région, mais il s'agit d'un premier pas dont il ne faut pas sous-estimer l'impact psychologique sur les Touareg comme sur les touristes. 39.06
39.26
Les trésors artistiques sont devenus tellement familiers aux gardiens touareg qu'ils plaisantent même à leur sujet. Par exemple, ils ont ironiquement baptisé ce personnage "Charles de Gaulle". 39.36
39.40
On pense qu'à l'époque où ces fresques ont été peintes, il y eut une nouvelle migration.
Ceux que l'on appelle les pasteurs de boeufs à la peau claire arrivèrent dans le Tassili en provenance du bassin méditerranéen, apportant leur propre style. Leurs dessins rappellent parfois une bande dessinée. 39.55
40.01
On voit que les pasteurs chassaient aussi le lion, tout comme les Massaïs au Kenya, pour lesquels la chasse était un rituel. Jusqu'ici, on ne sait rien de la signification de la chasse dans le Tassili. 40.12
40.13
Les parois sont recouvertes de plusieurs couches de fresques superposées. On pense que l'activité picturale s'est étendue sur 8000 ans. Ces lieux avaient manifestement un caractère sacré. 40.25
40.31
Il semble qu'il y ait eu aussi des hippopotames, comme le prouvent les ossements trouvés à proximité des oueds asséchés. 40.39
40.43
Les périodes de sécheresse successives ont transformé ces paysages en désert. Les lacs et les rivières commencèrent à s'assécher, les pasteurs et leurs troupeaux de boeufs partirent ailleurs pour survivre.
41.07
Une nouvelle vague migratoire débuta. Il y a plus de 3000 ans, des guerriers arrivèrent dans le Tassili, apportant avec eux une nouvelle invention : la roue. Nous suivons leur trace jusqu'à Tasset. Les Grecs parlent d'un peuple de marins qui, à peu près à cette époque, tenta sans succès de conquérir l'Egypte et se replia avec ses chars attelés dans le Tassili. L'histoire de ce peuple reste le leitmotiv de ces fresques, documents laissés sur la pierre à l'âge du bronze, l'ultime époque florissante du Sahara, marquée par ce qu'on appelle l'époque du cheval. 41.41
41.53
Notre guide jusqu'à Tasset, c'est Adamo, un Touareg qui vit ici avec sa tribu. 42.00
42.20
Adamo est l'un des 129 gardiens chargés de protéger le site du parc national. 42.26
42.36
Il connaît la moindre caverne, la moindre fresque de la région.
Il est chargé de les entretenir et de rechercher les graffiti dont les enfants du voisinage maculent volontairement les peintures. 42.47
42.56 Interview Kerzabi
Ce sont des graffiti dessinés par de jeunes enfants avec du charbon. C'est une sorte de continuation des peintures rupestres. Ces enfants voient eux aussi de belles choses, comme des land-rover, ou parfois des avions, et ils veulent peut-être perpétuer la tradition. Mais c'est possible d'enlever ces graffiti pour laisser apparaître les vraies fresques anciennes. 43.26
43.32
Nous avons choisi le mois de mars pour notre voyage, car à cette époque le climat est très doux. Pourtant, la nuit, dans le désert, la température descend parfois en dessous de zéro degré. Nous dormons à la belle étoile, à l'hôtel des mille étoiles comme disent les Touareg. Grâce à nos duvets, nous n'avons pas froid.
Il y a 2000 ans, dans le Tassili, les hommes ont dû abattre les derniers arbres pour se chauffer. 44.00
44.13
Le dromadaire fit son apparition. Ce sont les Perses qui l'introduisirent au Sahara en 500 avant Jésus-Christ. 44.20
44.21
Le chameau est fait pour vivre dans le désert alors que l'homme a eu toutes les peines du monde à s'y adapter.
C'est aussi ce qu'enseignent les fresques. Les personnages, des chameliers, rappellent les Touareg d'aujourd'hui. 44.35
44.39
A cette époque, le nombre des fresques commença à diminuer, les hommes luttaient pour leur survie. 44.45
44.54
Les quelques dessins datant de cette période se réduisent à une ébauche, les chameaux ne sont plus représentés que par cinq traits et une bosse. 45.00
45.13
Retour à Djanet pour filmer les palmeraies. Elles sont entretenues par les Touareg qui, au cours des siècles, ont mis au point différentes techniques permettant de gaspiller le moins d'eau possible dans le désert.
Pour les Touareg, cultiver la terre est dégradant. Par tradition, ils se consacrent à l'élevage. C'est la raison pour laquelle, dans les oasis, les jardins sont affermés à des groupes sociaux jouissant d'une moindre considération. En guise de salaire, ils reçoivent un cinquième de la récolte.
Mais il semble que ce système lui aussi ne fonctionne plus comme autrefois, les interventions d'ordre politique et administratif transforment les anciennes structures. Et de plus en plus d'étrangers viennent vivre dans les oasis où la population touareg est maintenant en minorité. 46.00
46.08
Djanet est restée une ville tranquille, mais c'est une oasis en pleine mutation. Comme partout, les jeunes s'en vont, émigrent vers les grandes villes. Seuls restent les vieux. Comme cet homme, ils doivent se débrouiller tous seuls. Le travail agricole est difficile et pesant.
46.32 Interview Touareg
C'est l'an dernier qu'on a construit ce puits. Cela n'a pas demandé un travail trop dur. Mais il n'a pas été entretenu, ni réparé. Et maintenant la source se tarit.
46.54
Les palmiers-dattiers à la silhouette élancée ont toujours annoncé la proximité d'une oasis. Rien de cela n'a changé, cette réalité-là au moins s'est conservée à Djanet. Un dicton arabe dit que les palmiers ont les pieds dans l'eau et la tête dans le feu 47.11
47.23
Et bien qu'à l'ombre des palmiers-dattiers, on cultive des fruits et des légumes, l'approvisionnement de Djanet n'est que partiellement assuré. 47.31
48.
Lorsqu'on est pauvre, on essaie de se maintenir à flot en étant artisan, une activité que les Touareg pratiquent également. Mais pour beaucoup d'entre eux, ce qu'ils gagnent ainsi n'est qu'une goutte d'eau dans la mer. 48.10
48.30
La famille élargie se désagrège, et il n'existe pas de protection sociale en contrepartie. Pour ces enfants, l'avenir est tout à fait incertain. 48.39
48.49
Aujourd'hui, les Touareg sont soumis aux influences d'une civilisation face à laquelle ils ont un sentiment d'impuissance. A Djanet, ils persistent à rester fidèles à un mode de vie qui renvoie à celui du passé. Mais ils n'ont sans doute pas la moindre chance de parvenir à le conserver. Jour après jour, les Touareg voient le béton remplacer le sable et leur culture disparaître progressivement. 49.13
49.46
Les femmes touareg ne sont plus les fières princesses d'autrefois, déchargées de tout travail manuel par les esclaves. Mais elles se sont adaptées plus rapidement que les hommes aux conditions nouvelles. 49.59
50.31
Les Touareg disent que les peintures rupestres sont partie intégrante de leur histoire. Les uns comme les autres ont survécu pendant plusieurs millénaires tout en subissant quelques meurtrissures.
Pour conserver ces trésors artistiques, on est prêt à tous les sacrifices, mais en revanche personne ne réfléchit vraiment à la façon de traiter les touareg d'aujourd'hui. 50.52
ADAPTATION FRANCAISE: 3i TRADUCTIONS
| Adaptation 3i Traductions |