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Le Serengeti ne doit pas mourir
02.16
Me voici donc dans ce petit avion en compagnie de mon fils Michael, quelque part entre Francfort et le fin fond de l'Afrique. 10 000 kilomètres..., presque le double de la distance qui sépare Francfort de New York.
02.34
Un aussi petit engin ne vole pas à des milliers de mètres au-dessus des nuages, comme un avion de ligne. On voit la Terre, comme un oiseau migrateur la verrait.
03.06
Je n'aurais même pas osé en rêver il y a un an. Je n'éprouve en effet aucun enthousiasme pour la technique, et je ne suis pas très sportif non plus. Mais voilà ce qui arrive quand on s'est marié très jeune, on se retrouve soudain avec des fils adultes.
03.19
Il y a quelques années, Michael a terminé notre film "Pas de place pour les animaux sauvages" avec beaucoup de soucis et de dettes. Puis ce fut un succès inattendu. Tout cet argent nous tombait soudain du ciel et mon fils voulut que les animaux d'Afrique en bénéficient. Il proposa donc sa part au gouvernement britannique du Tanganika - pour acheter des terres afin d'agrandir les réserves animales. Mais les spécialistes du gouvernement voyaient les choses autrement. Ils nous suggérèrent plutôt d'essayer de recenser les animaux vivant dans le parc national du Serengeti et de déterminer leurs migrations annuelles. Pour bien fixer les frontières d'un tel parc, encore faut-il savoir où les animaux séjournent aux différentes périodes de l'année. Or personne n'a jamais tenté d'élucider la question. Dans des étendues aussi vastes et inaccessibles, l'avion nous semblait une aide indispensable. Michael et moi-même avons donc appris à piloter, et nous voici en route entre Francfort et l'Afrique à bord d'un appareil spécialement équipé.
04.20
Nous espérons parvenir à résoudre l'énigme que nous posent les derniers grands troupeaux sauvages des steppes africaines. Michael a imaginé des méthodes assez spéciales pour cela.
04.38
Pendant tout ce voyage, seul notre petit galago nous accompagnera.
05.08
Notre destination : un paysage que nous aimons particulièrement, le Serengeti. 05,14
07.17
Le Serengeti, dans la région du Tanganika, ancienne colonie allemande d'Afrique orientale, est une étendue sauvage d'environ 12 500 kilomètres carrés. C'est approximativement la surface de l'Ile-de-France à l'échelle de l'immense continent africain et du Tanganika, on a donc réservé aux animaux une surface plutôt réduite. Pourtant, le Serengeti est bien l'une des sept merveilles de cette Terre. 07,39
07.53
A l'est du Serengeti s'étend le plateau des cratères géants. Le plus grand est le Ngorongoro, le plus vaste cratère de la planète. 20 km de diamètre. On pourrait y loger Paris et sa proche banlieue. 08,11
08.17
Le cratère du Ngorongoro est le plus grand parc zoologique de notre planète. Dieu lui-même l'a édifié et en a protégé les occupants par des remparts montagneux de cinq cents mètres de hauteur, sept cents mètres en certains endroits. Ce zoo est situé sur l'équateur, à une altitude de 2000 m. Toute l'année y règnent le printemps et l'été. Aucun zoo recréé par l'homme ne pourrait s'enorgueillir d'occupants aussi magnifiques.O8,43
09.23
A l'extérieur, en dehors du cratère du Ngorongoro, sur les plaines infinies de la steppe du Serengeti, paissent les derniers grands troupeaux d'herbivores que compte l'Afrique. On les estime à plus d'un million de têtes, d'après les spécialistes. 09,37
09.43
Nous voulons recenser ces multitudes grouillantes nous sommes pris de vertige. 09,47
09.59
Il faut bien commencer quelque part. Aussi divisons-nous la surface du parc national du Serengeti en plusieurs sections que nous étudierons l'une après l'autre. Chaque jour, nous survolerons l'une d'elles en bandes parallèles. 10,11
10.18
Cette subdivision n'a rien d'aisée, car il n'existe encore aucune véritable carte de ces étendues sauvages. Nous devons chercher nous-mêmes les repères qui nous serviront de frontières, le lit d'une rivière à sec ou un groupe d'arbres, ou des montagnes à l'horizon. 10,30
10.37
Nous avons acquis un certain entraînement pour compter en seul coup d'oeil des groupes entiers d'animaux. Chacun de nous compte silencieusement de son côté, puis nous inscrivons immédiatement les nombres dans des listes. Nous comparerons ensuite les résultats, à titre de contrôle.
10.53
Ces immenses cohortes d'animaux peuplaient autrefois les steppes de toute l'Afrique. Aujourd'hui, ces régions ne sont plus que vide et désolation.
Seuls quelques parcs nationaux et les réserves permettent encore de réaliser de beaux films animaliers et de superbes photographies
Lorsque le grouillement des animaux devient trop dense, nous pouvons ralentir notre vol jusqu'à une vitesse de 50 km/h. n nous suffit pour cela de sortir les volets. 11,14
11.17
Chacun de ces points représente des milliers d'animaux et indique où ils vivent actuellement. Mais tout aura changé dans quinze jours. Nous avons travaillé ainsi pendant des jours et des semaines. Résultat : il n'y a pas un million de grands animaux dans le parc du Serengeti, mais seulement 367 000. 11,33
11.36
Au cours de l'un de nos atterrissages, nous rencontrons un zèbre mâle dans une situation désespérée. Il deviendra un véritable ami pour nous. 11,43
11.48
Le pauvre animal s'est pris la tête dans un collet posé par des braconniers. Il a réussi à renverser l'arbre auquel était attaché le piège, et il traîne maintenant ce fardeau derrière lui depuis plusieurs jours. Nous mettons fin à son supplice.
12.05
Buschiri, comme le surnomme Michael, peut maintenant regagner son troupeau. 12,08
12.13
Le fil du collet a pénétré profondément dans le cou. 12,17
12.22
Quel plaisir de se rouler de nouveau dans le sable ! 12,24
12.30
Buschiri apprécie visiblement d'avoir retrouvé son troupeau. Celui-ci le salue dans le langage des zèbres, qui pour nous ressemble à un aboiement.
L'une des pouliches semble avoir un certain penchant pour lui. 12,40
12.47
Cela ne plaît pas à son demi-frère. En l'absence de Buschiri, il a déjà pris sa place à la tête du troupeau. 12,53
12.58
Il ne peut supporter le jeu amoureux de ses deux congénères ; cela le rend littéralement furieux. 13,03
13.05
Jaloux et fou de colère, il se jette sur Buschiri qui, après des jours de martyre, n'a pas encore retrouvé toutes ses forces. 13,11
13.40 Buschiri est battu, il doit laisser sa place.
13.43
Mais le destin intervient une seconde fois en faveur de Buschiri. 13,45
13.49
Dans son exultation, le vainqueur se montre imprudent un instant - et déjà la mort le guette. 13,54
14.00
Dans ce monde, joie et mort se côtoient.14,03
14.24
Buschiri peut rejoindre les siens. 14,26
14.30
Si l'on doit venir au monde en lion, il faudrait s'arranger pour naître au Serengeti. C'est la région la plus célèbre du monde pour ses lions. On y trouve les plus nombreux, et aussi les plus beaux. Ici, on peut dire que tout lionceau naît coiffé. 14,44
14.57
En cette saison notamment, les lions ont la vie belle. C'est la saison sèche. Les vastes steppes du Serengeti sont desséchées et arides. Tous les herbivores se rassemblent ici, dans la pointe occidentale, au fond de la dépression. 15,09
15.15
Plusieurs centaines de milliers d'animaux viennent étancher leur soif autour de quelques dizaines de points d'eau. 15,20
15.34
Mais au bord de l'eau rôde la mort. 15,35
15.36
C'est la meilleure période pour tous les fauves. 15,37
15.49
La vision des paisibles herbivores n'est pas aussi précise que celle du lion.
15.54
Une antilope impala ne voit pas le monde aussi nettement que nous.
15.58
Les yeux des herbivores sont conçus pour englober en permanence tout leur environnement, y compris vers l'arrière. 16,03
16.12
D'ailleurs, ces animaux ne vivent pas dans la crainte perpétuelle de leurs ennemis, ils ne cèdent pas non plus à une panique effrénée dès qu'ils voient un lion, comme on le lit souvent dans les livres. En fait, presque tous les animaux domestiques sont un jour tués et dévorés par les hommes. Pourtant, ils s'habituent à notre présence et ne s'enfuient pas immédiatement dans les champs en nous voyant.
Tant que les herbivores voient clairement le lion et que celui-ci ne se cache pas pour se faufiler - tant qu'il ne franchit pas le périmètre de sécurité dans lequel ils peuvent encore lui échapper - ils n'ont aucune raison d'avoir peur. 16,42
16.45
Les Massais protègent leurs campements contre les fauves par de hautes murailles d'épineux. 16,55
16.55
Ces bergers de grande taille forment un peuple fier. Pendant des siècles, ils ont terrorisé de vastes territoires, puis la puissance coloniale a fini par mettre un terme à leur domination. Ils se disent peuple élu de Dieu et s'estiment largement supérieurs à tous les Noirs et aux Européens, qu'ils considèrent avec mépris. C'est pourquoi ils rejettent également les vêtements et les armes des Européens. Ces bergers nomades ne tuent aucune bête sauvage, ils vivent de leurs propres troupeaux de boeufs. Mais en saison sèche, ils interdisent les derniers points d'eau aux grands troupeaux de gnous, abattent les rares arbres et détruisent la brousse qui entoure les sources car, peuple nomade, il leur faut en permanence construire de hautes murailles d'épineux autour de leurs campements. Ils provoquent ainsi l'assèchement des dernières sources et anéantissent leur propre avenir. Mais quel peuple de bergers noirs, ou européens, s'est déjà soucié du lointain avenir de son pays ? 17,48
17.57
La mère salue ses fils d'un signe de la main - ses soucis s'arrêtent à sa propre vie.
18.05
Un Massaï n'aime pas abattre son bétail. Mais il ne peut pas se nourrir longtemps que de lait, aussi il procède de temps à autre à une saignée.
18.14
Pour cela, on pose une corde autour du cou d'un veau, pour retenir le sang dans les veines. 18,25
18.25
Un homme tire alors à courte distance une flèche à petite pointe large. 18,29
18.34 Le sang coule.
18.45 Puis on arrête le saignement.
19.03
On bat le sang pour éviter qu'il ne coagule, puis on le boit.
19.10 En saison sèche, la vie est dure dans les steppes.
19.19
La vaste steppe s'étend, vide et desséchée. Tous les animaux sont partis. 19,24
19.39
Seul dans l'ombre de ces blocs de granit, quelques créatures étonnantes tentent encore de survivre. Les damans ont tout juste la taille d'un lapin et, pourtant, par leur structure corporelle, ils sont apparentés aux éléphants. Ils sortent à peine une demi-heure par jour, juste après le lever du soleil.
20.00
Sur les rochers, le grand python résiste plus longtemps, jusqu'à ce que lui aussi fuie les rayons ardents du soleil. 20,06
20.11
En cette mauvaise saison, même les Wandorobo, peuple qui vit au bord du Serengeti, doivent partir et chercher leur nourriture ailleurs.
20.25 Un petit oiseau les y aide.
20.29
Il a découvert un secret et l'annonce au monde entier. Que tous ceux qui comprennent sa langue l'écoutent !
20.40
L'oiseau a découvert un trésor, mais il ne peut l'approcher, car il est trop petit et trop faible pour cela.
Il cherche un animal puissant ou un homme qui suive son appel, et brise pour lui l'essaim des abeilles sauvages. 20,53
20.55
Cet oiseau s'appelle l'indicateur. Il vole d'arbre en arbre au-devant de celui qui cherche, et le conduit de très loin jusqu'à l'essaim d'abeilles. 21,03
21.08
Pour chasser les abeilles et éviter leurs piqûres, les Wandorobo allument un feu.
21.15
Le petit oiseau en a pour ainsi dire l'eau à la bouche. A peine peut-il patienter. Il sait qu'il y aura toujours des restes pour lui, qu'il ait attiré un ratel ou un homme. Les indigènes veillent toujours à lui laisser une part du butin. Car l'homme espère bien profiter à nouveau de ses bons services, aussi il se montre toujours très reconnaissant envers son bienfaiteur. 21,35
21.40
Pour le petit indicateur, le repas se composera cette fois-ci de deux plats : avant le sucré, il déguste d'abord un plat de larves bien grasses. 21,47
22.05
Allumer un feu dans la steppe en pleine saison sèche est dangereux. Il brûle nuit et jour et s'étend toujours plus, pendant des semaines ou des mois.
22.19
Les grands animaux ne s'enfuient pas devant ces herbes en feu. L'incendie sera dangereux seulement pour les insectes, les tortues et d'autres animaux petits et lents.
22.34
Chaque année, à la fin de la saison sèche, ces feux s'étendent sur toute la steppe et dévastent le pays. Les herbes hautes disparaissent, et ainsi les dernières traces d'ombre sur un sol déjà complètement desséché.
23.09
Tous les ans, quelques broussailles et quelques arbres sont la proie des flammes. Leurs cendres dessinent d'étranges motifs blancs sur le sol noir.
23.31
Avec peine, les gazelles de Thomson recherchent les dernières herbes. La steppe s'étend, noire et désolée.
23.39
Si un grand lac de 1 mètre 70 de profondeur recouvrait le Serengeti, le soleil l'assécherait en une année. 23,46
23.53
Enfin, les premiers nuages noirs se rassemblent. Mais il faut attendre encore des jours et des semaines avant qu'ils donnent de la pluie. Le premier orage, au début de la saison des pluies, s'abat d'abord sur le nord du Serengeti. La pluie se déplace ensuite chaque jour un peu plus vers le sud. Tous les deux jours, les nuages éclatent vingt kilomètres plus au sud. 24,13
24.19
C'est d'abord la nouvelle fraîcheur du vert qui apparaît sur les anciens foyers d'incendie, car elle n'est pas dissimulée sous les tiges sèches des vieilles herbes. 24,26
24.28 Soudain, des moindres recoins, la vie resurgit.
25.04
Partout, l'eau s'accumule dans les dépressions de la steppe. Avec elle reviennent également les oiseaux aquatiques. 25,10
25.29 Les hyènes aussi savent apprécier un bon bain.
25.33
Les perdrix trouvent enfin de quoi étancher leur soif. Comme par magie, la steppe aride et désolée se peuple à nouveau de milliers d'oiseaux. 25,41
26.04
Il en va des hommes comme des animaux : eux aussi veulent offrir à leur corps les bienfaits de cette eau fraîche, si longtemps espérée. 26,09
26.50
Les immenses troupeaux de la steppe se mettent en mouvement. Depuis des millénaires, chaque année, les gnous se lancent en immenses troupeaux dans une vaste migration à travers le pays. Ils recherchent la verdure de la steppe. Personne ne connaît leur itinéraire, personne ne sait où il les conduit. 27,06
27.30
Nous ne connaissons que leur nombre - et encore, depuis quelques mois seulement - : 97 000 gnous vivent au Serengeti. 27,36
27.40 Quant aux zèbres, nous en avons recensé 54 000.
27.46
Jusqu'ici, personne n'a pu suivre les immenses cohortes, car à la saison des pluies, la nature est impraticable. En Afrique, les réserves n'ont pas de grillages, leurs frontières n'existent que sur la carte. Le parc national du Serengeti est censé englober entièrement l'espace vital des derniers grands animaux de la steppe africaine, et les protéger. Il faut donc que les limites soient tracées correctement pour inclure les parcours migratoires de ces immenses troupeaux. Il est encore temps, car les abords du Serengeti ne sont pratiquement pas habités. Mais la population d'Afrique commence elle aussi à doubler régulièrement, comme le reste de l'humanité. Si on la laisse s'installer à proximité des frontières actuelles du parc, et si ces frontières s'avèrent ensuite mal choisies, ce sera la fin de la faune sauvage. Car les bêtes ont visiblement besoin de migrer, même si nous en ignorons encore la raison. 28,41
28.56
C'est également à la saison des pluies, saison des migrations, que les petits gnous viennent au monde. Dans ce troupeau, la première naissance est un véritable événement. Dans quinze jours, le groupe comptera des centaines de petits et personne ne leur prêtera plus attention. Mais d'ici là, les oncles et les tantes se rassemblent et viennent admirer la petite merveille. 29,14
29.29 Les gazelles mettent elles aussi leurs petits au monde.
30.30
La mère délivre le nouveau-né des résidus placentaires.
30.36
Les chacals attendent déjà les naissances chez les gazelles. Furieuse, la mère tente de les faire fuir. 30,41
30.57
Le nouveau-né ne connaît pas l'emplacement de la mamelle. Son seul réflexe consiste à rechercher dans tous les angles du corps de sa mère, donc aussi vers les pattes antérieures. Seule l'expérience le rendra plus rusé. 31,06
31.17
Malgré son apparente fragilité, il peut déjà supporter des jeux assez rudes. 31,21
31.41
Parmi tous ces petits, seuls quelques-uns atteindront l'âge adulte. Avec les troupeaux, les hyènes ont également fait leur apparition dans la steppe, en quête d'un butin. 31,49
31.52
Mais ce sont des hyènes humaines que nous devons dénicher aujourd'hui. Avec les gardiens du parc national, nous partons à la recherche de braconniers, qui barrent la route aux grands troupeaux et assassinent chaque année des milliers d'animaux. 32,01
32.13
Les voilà ! Ils se précipitent sur les troupeaux et tirent sur les animaux au hasard avec des flèches empoisonnées.
32.20
Par radio, nous indiquons leur position à nos camarades à terre.
32.25
Nous lançons des bombes fumigènes pour que les gardes puissent repérer les braconniers depuis leurs voitures, car ils doivent les intercepter rapidement, sinon ils s'échapperont encore sans laisser la moindre trace. 32,45
32.55
Les braconniers sont d'abord effrayés par notre bruyant zèbre volant, mais dès notre deuxième passage, ils retrouvent leur audace et nous tirent même dessus avec leurs flèches empoisonnées.
33.05
Ils étaient habitués à pouvoir se cacher dans la steppe, mais notre avion a changé la donne.
33.38
Vingt contrebandiers sont arrêtés aujourd'hui. Les gardes du parc national n'ont pas le droit de leur infliger une amende. Il faut les présenter au juge de Musoma, loin d'ici. 33,46
33.57
Mais les collets qu'ils ont posés menacent encore les animaux. Il faut les trouver et les rendre inoffensifs. 34,03
34.10
De ce zèbre mort, les braconniers ont seulement pris la queue pour s'en servir de chasse-mouches. Des dizaines, des centaines d'animaux agonisent ainsi lentement et inutilement. Une odeur de décomposition plane au-dessus de tout le paysage. 34,22
34.33
Quelques animaux, les membres brisés, parviennent encore à échapper aux pièges. 34,38
34.47
Au marché noir, un collet de ce type, en mince fil d'acier, coûte de 10 à 15 francs. 34,53
35.01
Les gardes recherchent les repères des braconniers, où ils cachent butin et matériel.
35.09
Par tonnes, la viande est suspendue en minces lambeaux à des barres de bois. Plusieurs milliers de magasins de ce genre alimentent un commerce clandestin dans tout le pays. Des régions entières ont été complètement dépouillées de leurs animaux. 35,19
Nos camarades incendient tout ce qu'ils ne peuvent pas emporter.
35.54
Ces hommes se rendent-ils comptent qu'ils seront légitimement pénalisés ? Pour assurer l'avenir du Serengeti, nous devrons convaincre les indigènes de protéger les animaux. 36,03
36.07 Nous devons rentrer nous aussi.
36.25
Une flèche empoisonnée s'est effectivement fichée dans une fente de l'intrados. La tige se brise ; la pointe reste coincée dans l'aile. Ces pointes métalliques sont forgées à partir de gros clous et présentent des crochets latéraux très acérés.
36.41
Avec ces flèches, il n'est pas indispensable de toucher correctement la cible. Il suffit d'une légère blessure pour entraîner à coup sûr la mort de l'animal, ou de la personne. On ne connaît encore aucun remède à ce poison. 36,53
37.02
Lors de nos assauts contre les braconniers, nous avons récolté des milliers de collets.
37.12
Et des centaines d'arcs et de carquois remplis de flèches empoisonnées. 37,15
37.30
Les flèches présentent à leur extrémité des plumes de différentes couleurs. Ainsi, chaque propriétaire peut reconnaître les siennes et les récupérer facilement.
Nous pouvons brûler les arcs et les flèches, mais comment éviter que les collets tant convoités regagnent le marché noir ? 37,43
37.47
Nous connaissons un lieu sûr où personne ne pourra les récupérer. Non loin de la limite du parc national existe une ancienne mine d'or, datant de l'époque coloniale allemande. Le puits d'extraction s'enfonce verticalement dans le sol jusqu'à 300 m de profondeur. 37,59
38.11
Il y a six ans, la cage s'est détachée du câble et 12 hommes ont disparu avec elle dans les profondeurs de la terre. L'Indien qui avait racheté la mine à bas prix en a alors arrêté l'exploitation. Ce qui tombe au fond ne remontera jamais à la surface. 38,26
38.29
Les indigènes croient souvent qu'il faut sauvegarder les animaux sauvages des réserves uniquement pour permettre à de riches Européens ou Américains d'organiser des safaris. 77 pieds d'éléphants, victimes de ces touristes chasseurs de gros gibier, sont ici transformés en corbeilles à papier. 38,46
38.56
Si les touristes blancs emportent chez eux de tels trophées, comment faire comprendre aux Africains qu'ils doivent renoncer à leurs très vieilles traditions de chasse, et que les dernières bêtes sauvages de leur pays doivent être protégées en tant que patrimoine culturel de toute l'humanité ? 39,11
39.18
Tôt ou tard, les Africains administreront eux-mêmes leurs pays. S'ils croient encore que les réserves ont été créées pour les seuls Européens, ils les feront disparaître rapidement. C'est pour éviter cela que nous travaillons ici.
39.38
Notre objectif : étudier les voies migratoires des grands troupeaux. Jusqu'à présent, on imaginait les choses de la manière suivante. A la saison des pluies, les animaux sortent du cratère du Ngorongoro et arrivent jusqu'au milieu environ de la vaste steppe. Depuis la partie étroite du parc, la majeure partie des grands troupeaux vient également jusque-là. On peut donc tracer une frontière passant par le milieu du parc, et réserver la partie droite aux Massais. En ajoutant au nord et au sud quelques terres où ces nomades ne se rendent jamais, on préservera l'espace vital de la grande majorité des animaux. Ainsi, on a réellement séparé du parc national la moitié de la steppe du Serengeti et le fabuleux cratère du Ngorongoro, et abandonné les grands troupeaux herbivores aux nomades Massaïs. 40,20
40.21
On ignore encore si les animaux migrent vraiment suivant ce schéma théorique. C'est ce que nous voulons vérifier. 40,27
40.29
Nous peignons en jaune quelques zèbres. Ainsi, depuis l'avion, nous pourrons les reconnaître au milieu de leurs troupeaux, même après plusieurs semaines.
40.36
Teindre des animaux nous paraissait simple, en pensant aux couleurs changeantes des cheveux des Européennes. Mais les spécialistes nous apprendront que ce n'est pas le cas. Pour teindre les poils d'une manière qui résiste vraiment aux intempéries, il faut les cuire, ou au moins les chauffer très fortement. Mais il est difficile d'infliger un tel traitement à un zèbre vivant. Notre peinture jaune s'est rapidement estompée. Il nous faut trouver un autre moyen d'identifier nos animaux. 40,59
41.03
Avant de pouvoir marquer les zèbres, encore faut-il les attraper. Au début, nous avons procédé de la manière suivante. Michael forme une large boucle à l'extrémité d'une tige de bambou, puis il se tient debout sur le toit du tout-terrain.
41.27
Conduire ainsi n'est pas sans risque. Le conducteur doit posséder une certaine habileté, car la steppe est pleine de trous de phacochères et de nids de termites à peine visibles. Si l'on freine brusquement, l'homme qui se tient sur le toit est projeté devant les roues, pardessus le radiateur. Si l'on tente de les contourner, il chute sur le côté. La vitesse maximale d'un zèbre est de 50 km/h. Nous devons donc être plus rapides pour le rattraper.
41.57
Le zèbre évite la boucle avec sa tête. Il baisse le nez toujours plus bas en direction du sol. Michael le suit avec l'extrémité de la tige de bambou. La fièvre de la chasse s'est emparée de lui ; il veut absolument capturer l'animal.
42.19
Il essaie sans relâche, et en oublie le danger. 42,21
42.28
Et le drame se produit ! La pointe de la tige s'est enfoncée dans le sol, et son autre extrémité a buté violemment contre le cou de Michael et l'a projeté hors du véhicule. 42,38
42.45
Michael a perdu connaissance. Il nécessite des soins d'urgence. Nous devons l'emmener immédiatement en avion à l'hôpital de Musoma, au bord du lac Victoria. 42,55
43.00 Notre travail marque donc une pause forcée.
43.11
Quelques semaines après, la malchance recommence. Au cours de l'un de nos nombreux atterrissages en pleine brousse, Michael tombe dans un trou de phacochère et le train d'atterrissage se brise. Notre "zèbre volant" est posé sur le ventre.
43.24
Depuis l'année dernière, il est célèbre chez tous les indigènes du Serengeti et des environs. En souahéli, il s'appelle simplement "Ndegge" - "oiseau". De jeunes Massaïs nous ont déjà demandé sérieusement où se trouvent les yeux et les oreilles de cet oiseau. Quand des indigènes nous aident dans nos travaux, ils ne veulent jamais se faire payer. Mais tout le monde veut faire un tour d'avion. 43,43
44.02
Dans l'immédiat, l'important pour Michael, c'est d'évaluer les dégâts.
44.11
Heureusement, en dehors de l'hélice et du train, le reste est quasiment intact.
44.29
Les camarades ignorent où Michael se trouve à cet instant. Retrouver quelqu'un dans cette immensité n'est pas facile. Quelques jours plus tôt, il nous a fallu 5 heures en avion pour retrouver notre tout-terrain, pourtant très visible, à proximité d'une colline où il nous attendait.
44.54
Michael a le temps de réfléchir.
En plein milieu de la steppe, une telle panne constitue une perte de temps énorme. Impossible de trouver des pièces détachées en Afrique, il faudra les faire venir d'Allemagne. Par avion... 45,04
45.08
Passer la nuit en pleine steppe n'est pas aussi dangereux qu'on ne l'imagine habituellement. Les animaux sauvages, même les lions, ne s'en prennent pas à l'homme s'ils ne se sentent pas menacés ou attaqués. Nous ne comptons pas parmi leurs proies habituelles. 45,21
45.37
Notre galago est encore tout secoué par le choc. Il faut encore un moment avant que le petit animal retrouve vie et confiance. En Europe, ce petit lémurien vit chez nous et, cette fois-ci, il nous a accompagnés dans sa terre d'origine. 45,50
46.06
On se sent tout de même plus en sécurité sous la chemise ! Et rien de tel qu'une sauterelle pour retrouver rapidement goût à la vie ! 46,13
46.30
En Afrique aussi, nous laissons notre galago courir librement à droite et à gauche. Rien à craindre : il ne s'enfuira pas. 46,36
46.42
La modeste réserve d'eau ne durera pas longtemps. Comme Michael doit de toute manière attendre et n'a rien de mieux à faire, il part chercher de l'eau. 46,49
46.58
Derrière les arbres s'étendent les lits de rivières asséchées. Peut-être s'y trouve-t-il encore un point d'eau. 47,03
47.55
Les hyènes sont les fauves les plus redoutés de toute l'Afrique. Elles pourchassent inlassablement chaque animal et sont tellement avides de sang qu'elles poursuivent parfois leurs proies épuisées jusqu'au milieu des villages. Même le lion sera un jour leur proie quand, à quinze ou seize ans, il sera devenu un vieillard. 48,10
48.28
Au milieu de l'herbe, une autruche couve paisiblement.
48.33
Un oeuf a été abandonné sur le côté. Peut-il encore éclore ? Dans le monde animal, les femelles sont inoffensives si on laisse leurs petits en paix. Près de sa ponte, même la paisible autruche attaque furieusement.48,43
48.58
En pleine brousse, Michael fait une découverte étonnante.
49.03
Sur une colline s'élève un fort - une vraie forteresse comme dans la vallée du Rhin.
49.20
Les troupes allemandes ont bien érigé ce fort il y a soixante ans dans cette contrée reculée. A l'époque passait à proximité la frontière entre l'Afrique orientale allemande et le Kenya, alors colonie britannique. Les indigènes ikoma étaient alors une tribu frontalière, mais ils étaient déjà aussi remuants qu'aujourd'hui. Sur cette colline vivaient un lieutenant allemand et un sous-officier. Comme on n'avait pas de véhicule, il fallait marcher pendant des mois pour arriver jusqu'ici. Par beau temps, on communiquait en morse à l'aide de miroirs, par des signaux lumineux échangés avec le poste de garde le plus proche. C'était leur seul lien avec le monde extérieur. Qui pouvaient bien être ces hommes, que pouvaient-ils ressentir ici au milieu de leurs askaris indigènes ? Les murs sont faits de gros blocs de roche assemblés avec du torchis, mais comme il ne gèle pas et que la pluie est rare, ils ont bien résisté à un demi-siècle. 50,12
50.15
Ce fort fut détruit au cours de la Première Guerre mondiale. Quelques soldats allemands et britanniques sont enterrés quelque part dans les environs. Pendant des décennies, personne n'est plus revenu dans cette étonnante forteresse. 50,26
50.49
Dans les décombres, Michael découvre quelques vieilles pièces de monnaie en cuivre. 50,53
50.58
On y lit les initiales D O A - Afrique orientale allemande. Vingt deniers de 1916. Pour nous, ces pièces n'ont aucune valeur, mais à notre retour, les banques de Francfort nous en offriront 10 marks l'une. 51,09
51.21
Soixante ans après, on voit encore le niveau de l'eau dans cette ancienne citerne. Pendant la saison des pluies, les occupants des lieux y récupéraient l'eau. 51,29
51.33
Quand l'eau venait à manquer, ils partaient en chercher avec des porteurs. Il doit donc y avoir de l'eau dans le voisinage.
51.45 Il y a sûrement un point d'eau dans la vallée.
51.50
Là où les bêtes et les arbres sont plus nombreux, l'eau ne peut être loin. 51,54
52.05
Pendant la saison des pluies, les eaux de cette rivière doivent être impressionnantes. Elles ont mis à nu les racines des arbres, faisant tomber certains d'entre eux. La pluie tombe ici en orages d'une rare violence, et le moindre ruisseau se transforme alors pour quelques heures ou quelques jours en un torrent dévastateur. 52,19
52.33
Mais actuellement, le lit est à sec. Pas une seule empreinte animale qui pourrait indiquer où trouver une dernière flaque. 52,39
52.44
Nous faisons donc comme les éléphants avec leur trompe : nous creusons le sable du lit de la rivière. 52,50
52.54
A l'abri des rayons brûlants du soleil, l'eau tient plus longtemps. 52,57
53.02
Bien sûr, il faudra ensuite la filtrer ou la faire bouillir. 53,04
53.09
Michael ne remplit pas entièrement le jerrycan, car une longue marche l'attend encore. 53,12
53.32
Rhinocéros et lion - le roi des animaux doit donc s'allier à plus fort que lui. 53,36
53.54
Michael tire une cartouche fumigène, dans l'espoir qu'une équipe de recherche se trouve déjà dans les environs. 53,59
54.21
Le soir est tombé. 54,26
54.36 Les animaux vont se reposer.
56.07
L'aide arrive plus vite que Michael ne l'espérait. Le lendemain matin, notre ami garde arrive avec son tout-terrain. Il vit depuis trente ans dans la brousse et possède le flair d'un animal sauvage.56,18
56.19
Il établit la liaison avec le monde extérieur. Il lui faut télégraphier à Nairobi et en Europe pour faire venir ici les pièces détachées, et surtout des mécaniciens.56,28
56.35
Ah, revoilà ce trou de malheur ! Profond d'à peine un demi mètre, mais il va nous coûter de nombreuses semaines.56,40
56.43
Ici, en pleine nature, il n'y a pas d'électricité pour une perceuse. Les mécaniciens devront percer à la main, un par un, plusieurs centaines de trous.65,50
56.55
Il leur faut construire un grand trépied avec des arbres, et soulever avec des palans notre zèbre, désormais immobilisé.57,00
57.06
Nos ailes sont coupées pour un certain temps. Nous sommes contraints de rester sur la terre ferme, ce qui nous laisse du temps pour d'autres choses.57,11
57.15
Pour marquer les animaux, nous voulons les attraper le plus doucement possible. Pour cela, nous remplissons une seringue en acier d'un anesthésiant. A l'arrière vient se placer une pastille de carbure, qui se mélange à de l'eau lors de l'impact et produit alors un dégagement gazeux. Ce gaz pousse le piston de la seringue vers l'avant et injecte le médicament dans le corps de l'animal, à travers l'aiguille creuse. A Francfort, nous avons modifié cette seringue pendant des semaines, jusqu'à ce qu'elle fonctionne enfin.57,43
58.02
Nos lions du Serengeti se soucient peu des voitures. On peut s'approcher à quelques mètres d'eux. Mais nous ne voulons pas attraper de lions. Les animaux qui nous intéressent sont nettement plus méfiants que les lions sédentaires.58,14
58.30
Au cours de leurs longues migrations, les zèbres et les gnous ont eu de fâcheuses expériences avec les braconniers et les chasseurs. Ils s'enfuient alors que nous sommes encore loin.58,38
58.42
Notre fusil à air comprimé tire avec une pression de 50 atmosphères. Mais les cartouches à injection sont lourdes. Elles contiennent cinquante centimètres cube de liquide ; si on réduit la quantité d'eau, on ne peut plus dissoudre assez d'anesthésiant pour une antilope de cette taille.58,56
59.13
Il n'a pas été facile de trouver le bon médicament. Certains anesthésiants qui endorment paisiblement les chats, les chiens ou les hommes, déclenchent juste une certaine excitation chez le boeuf. Ce qui marche bien avec les porcs peut être dangereux pour les chevaux. Quel vétérinaire a déjà essayé de soigner des gnous et des gazelles ? Il faut remplir chaque cartouche juste avant son utilisation, avec la bonne quantité de médicament pour la victime prévue ; il faut ensuite la graisser, la visser, puis la charger avec la pastille de carbure. Dans notre voiture, nous emportons une grande quantité de préparations, un véritable laboratoire de chimie.59,46
59.55
La mère rhinocéros veut protéger son petit, elle attaque. Mais ce n'est pas aussi grave qu'il n'y paraît. Un rhinocéros ne fonce pas contre la voiture avec tout le poids de ses 2 tonnes ; il s'arrête juste avant et frappe seulement avec sa corne.
On en est quitte pour une tôle cabossée.00,09
00.13
Ce travail demande de la patience.00,15
00.30 Touché !
Nous déclenchons le chronomètre : exactement 17 heures 44 secondes.00,35
00.38
La seringue s'est fichée dans l'épaule d'un gnou mâle. Le mécanisme va-t-il fonctionner ? Combien de temps devrons-nous attendre avant que le produit n'agisse ? 00,44
00.54
L'animal s'agite, il se sépare du troupeau. Nous le suivons. 00,59
01.10
Enfin, le médicament commence à agir. 01,13
01.16
Les autres se soucient peu de nous.01,18
01.20
En Allemagne, nous avons testé nos médicaments seulement sur des chèvres domestiques. Nous ignorons tout de son effet sur les gnous. Pour ne pas leur faire de mal, nous commençons par des doses très faibles. Aussi le gnou n'est qu'à moitié endormi ; nous devons le ligoter. Un tel animal est d'une compagnie plutôt dangereuse. Avec ses cornes pointues tournées vers le haut, il peut très rapidement déchirer les muscles ou la paroi abdominale d'un homme. Pris entre deux cordes, il ne peut plus rien, à moins que l'une des deux ne lâche.01,46
02.01 Le garde Gordon Poolman nous aide.
02.07
On fixe sur l'oreille du gnou une marque en aluminium. Elle porte une inscription qui promet 50 schillings à quiconque la remettra à l'administration du parc. Mais il y a peu de chances que ce gnou tombe à nouveau entre des mains humaines. Il sera probablement dévoré par des fauves dans quelques années. Nous devons trouver une meilleure méthode de marquage, qui nous permette de reconnaître nos animaux de loin, depuis l'avion, sans devoir les capturer une deuxième fois.02,32
02.39
Contre toute attente, avec ce médicament, il faut un bon moment avant que le gnou retrouve complètement ses esprits. Nous devons rester près de lui car, dans cet état, il fournirait une proie facile aux hyènes ou aux lions.02,52
03.09
A moitié anesthésié, il a perdu toute crainte envers les hommes. Il semble même ne pas percevoir la présence de Michael.03,26
03.36
Nous devons de nouveau analyser toutes nos expériences et repenser notre méthode pas à pas.
03.36
Alors, nous avons eu l'idée d'identifier les animaux capturés en leur mettant des colliers légers en nylon de couleur. Quelques dizaines d'animaux parcourent déjà la steppe avec nos colliers.
03.57
Les animaux touchés ne sont gênés que pendant quelques minutes. Dans cet état, on peut s'approcher d'eux lentement et sans bruit, et même les caresser sans qu'ils s'enfuient.04,06
04.28
Lors de la capture des animaux, nous pouvons déterminer très précisément leur vitesse de course un élan du Cap arrive ainsi à 46 kilomètres/heure.
04.43
Le guépard, le phacochère et d'autres animaux nous permettent d'admirer l'élégance des mouvements et le travail des muscles.04,50
05.43
Les autruches sont les seuls animaux véritablement endurants à la course. Après une demi-heure à 50 kilomètres heure, elles ne manifestent pas le moindre signe d'épuisement.05,50
05.56
En revanche, nous tirons parti de la faible endurance des zèbres. En effet, avec notre nouveau fusil, nous ne parvenons pas à en venir à bout. Ils ne nous laissent pas approcher suffisamment, s'enfuient prématurément et, à cette vitesse, il nous est impossible de les toucher.06,09
06.13
Un zèbre s'épuise au bout de trois à cinq minutes. Sur un terrain plat, il est facile de le rattraper.06,17
06.22
Il faut immédiatement saisir fermement la queue, car sinon ses poils très durs sont arrachés par la paume. Et le zèbre ne doit pas avoir fienté juste avant, sinon la queue est glissante et impossible à tenir. Ce type de capture est nettement préférable à la méthode de la corde, qui nous a valu ce malheureux accident.06,36
06.39
Les spécialistes des chevaux se demanderont sans doute pourquoi ces chevaux sauvages ne ruent pas. Ils le font pourtant dans nos zoos. Ici, ils sont probablement trop épuisés.06,46
06.50
Nous ne posons nos colliers qu'à des animaux ayant complètement atteint la taille adulte, car ils risqueraient sinon de leur devenir trop étroits en grandissant.06,56
07.27
Nous attrapons les zèbres exactement comme les chevaux domestiques, au niveau du menton, là où ils ont un trou entre les dents.07,32
07.38
Ce sport se joue à armes égales, le zèbre a lui aussi ses chances. Une jument mord la main de Michael jusqu'à l'os. Il la gardera bandée pendant quinze jours.07,46
08.00
La voiture doit freiner en douceur, sinon les bras ne résistent pas à la traction.
08.07
Les zèbres ont le cur fragile. Lorsqu'au bout de cinq minutes, nous n'avons pas encore capturé l'animal, nous le laissons en paix pour ne pas le fatiguer dangereusement. Il y a suffisamment d'autres bêtes autour.08,14
08.18
Parfois, c'est le zèbre qui gagne.08,20
08.25
Peu à peu, au milieu des troupeaux, nous retrouvons de temps à autre nos animaux et leurs colliers colorés.
08.32
Les autres animaux ne semblent pas prêter attention à ce bel ornement.08,35
08.38
Pierre après pierre, les observations se suivent et s'enrichissent. Les voies de migration des grands troupeaux à travers le parc du Serengeti et ses environs commencent à nous apparaître plus clairement. On est justement en train de modifier les limites du parc. La nouvelle frontière supprime toute la moitié orientale, mais cela est compensé par l'ajout de nouvelles terres au nord et au sud.08,58
09.00
Pendant la saison sèche, les animaux se rassemblent en très grand nombre près du lac Victoria, dans les dépressions du parc national. Mais dès que la pluie arrive et que les vastes étendues des steppes centrales retrouvent leur verdure, les troupeaux se mettent en mouvement, se dispersent sur les steppes et reviennent toujours au même endroit dès que la précieuse herbe commence juste à repousser. Leur migration va bien au-delà des nouvelles limites du parc et ils vivent donc pendant des semaines et des mois à l'extérieur de la réserve.
09.38
A la saison sèche, ils reviennent dans les dépressions et migrent de nouveau vers le nord, bien au-delà des limites du parc. Ils ne pénètrent jamais dans la nouvelle zone septentrionale. Ce résultat est décourageant.
Peut-être réussira-t-on un jour à retenir les grands troupeaux par des clôtures, pour imposer une autre direction à leur migration ? Ce serait à peine une lueur d'espoir. Pour mieux comprendre, nous balayons de nouveau en avion toute la surface du parc. Nous atterrissons à des dizaines d'endroits, partout dans la steppe, pour ramasser les plantes dont se nourrissent les grands troupeaux. Nous voulons découvrir pourquoi les animaux migrent aussi loin vers l'est dans le Serengeti.10,14
10.17
Lors d'un atterrissage, Michael tombe sur une nuée de vautours et sur le cadavre d'un zèbre qui a succombé à un collet posé par des braconniers. Comme notre tout-terrain est déjà là, Michael part immédiatement pour rechercher d'autres collets dans les bois environnants.10,31
10.44
Mais voici qu'arrivent d'autres convives. 10,53
Les vautours n'osent plus approcher. 10,59
Lorsqu'on vit, comme nous, depuis longtemps dans le Serengeti, il est impossible de ne pas céder au charme des lions. Ils mènent une vie de famille si sympathique. Et ils ne se disputent jamais - contrairement à nous les hommes, chez qui les mères ou les enfants se querellent si facilement.
11.15
Les lions sont toujours gentils envers les lionceaux. Leur comportement ne permet pas de distinguer les oncles et tantes des parents.11,21
11.27
Les lionnes s'intéressent de près à notre zèbre volant, mais plus encore au zèbre qui gît au pied de l'appareil.11,32
11.47
Pendant ce temps, les lions continuent de dormir sous les buissons. Nous avons observé que, chaque jour, un lion dort profondément quinze heures, somnole deux à sept heures et est vraiment réveillé et sur ses quatre pattes au maximum une à cinq heures. Les vies en liberté et au zoo ne sont donc pas si différentes.12,01
12.04
Le papa lion le plus digne ne rechignera pas non plus à jouer à la nounou.
12.24
Certes, les lions tuent de paisibles animaux pour les dévorer - tout comme nous. Mais ils ne s'assassinent pas mutuellement et il n'y a pas de guerre meurtrière entre eux - contrairement à nous. Le monde irait certainement mieux si les hommes se comportaient entre eux comme les lions. Nous avons observé à plusieurs reprises que des lions blessés ou paralysés étaient accompagnés par d'autres en pleine santé. Les malades ne pouvaient certainement plus chasser eux-mêmes, pourtant ils restaient bien nourris. Les autres devaient pourvoir à leur nourriture. De même, les lionceaux orphelins sont immédiatement adoptés.12,56
13.05
Chacun vient prendre sa part du butin, mais aucun ne frappe les autres d'un coup de griffes sur la gueule. Après le repas, les lions cherchent volontiers de l'ombre. L'avion leur convient parfaitement. Nous avons déjà trouvé toute une famille de lions confortablement endormie sous les ailes.13,17
13.26
Nous revenons une heure plus tard. Les lions sont rassasiés depuis longtemps.13,29
13.44
Quand un lion passe devant un autre, il n'oubliera jamais de frotter tendrement sa joue contre la sienne pour lui témoigner son affection.13,52
13.57
Nous reprenons notre vol pour rechercher d'autres herbes.14,00
14.05 Les vautours peuvent venir chercher leur dû.
14.42
Lors de nos vols de reconnaissance, nous avons remarqué que les grands troupeaux se nourrissent uniquement de certaines herbes, alors qu'ils en boudent d'autres et les laissent intactes. Michael se rend donc en différents points du Serengeti, y ramasse toutes sortes d'herbes pour les examiner au laboratoire, et se faire ainsi une idée des zones dans lesquelles pousse la nourriture des grands troupeaux. Car ils préfèrent la saveur de certaines herbes.15,05
15.12
Ces nombreux vols conduisent Michael jusqu'aux régions les plus éloignées du Serengeti.15,16
15.19
Effrayé, le ratel, qui est en fait un animal nocturne, s'enfouit aussitôt dans le sol.
15.25
Dans la steppe, dépourvue d'arbres, les abeilles doivent construire leurs nids sous la terre. Tel un forcené, ce petit animal les déterre. Sa fourrure est si épaisse et sa peau si souple et lâche qu'il est insensible aux dards des abeilles.15,37
15.39
Le calao, en revanche, de la taille d'une oie, est un pillard, qui collecte des insectes sans jamais rien perdre de son calme.15,44
15.47
Si le scarabée mâle lui échappe et continue assidûment à rouler sa motte de bouse - sa femelle se laisse tranquillement emmener en promenade - le danger le guette cette fois-ci d'un tout autre côté.15,56
15.59
Pendant des mois, la mousson souffle jour après jour dans la même direction. Elle soulève le sable sombre entre les herbes clairsemées et l'amoncelle en une haute dune. Inlassablement, il modèle et pousse le sable au-delà de la ligne d'arête. En une année, la dune se déplace ainsi d'une vingtaine de mètres.
16.23
Derrière elle, les petites créatures enfouies refont surface.
16.30
Ce scarabée, ou bousier, était vénéré des anciens Égyptiens, qui voyaient en lui le messager du dieu soleil. Aujourd'hui encore, on trouve de nombreux bijoux à son effigie.16,37
16.47
Les boules que les scarabées ont modelées avec tant d'assiduité ont séché sous la dune de sable.
16.56
Le jeune coléoptère n'a jamais pu se libérer de sa prison.17,00
17.05
Près de cette dune mouvante, les jeunes guerriers Massaïs encore célibataires ont dressé leur campement. Après la circoncision, qui a fait d'eux des hommes, ils quittent leurs parents et vivent tous ensemble avec les jeunes filles de la tribu qui ne sont pas encore mariées, mais en compagnie de leurs mères. Ils ne boivent pas d'alcool, ils ne fument pas, ils ne doivent pas travailler non plus. Toute leur vie est consacrée à l'amour et à la guerre - une guerre qui leur est aujourd'hui interdite. Jusqu'à leur mariage vers l'âge de 25 ans, les jeunes hommes portent une courte tresse. Les jeunes guerriers se montrent très intéressés par notre étude des plantes.17,39
17.44
La carte de la végétation du Serengeti que Michael a progressivement réalisée montre que les herbes les plus nourrissantes, celles que recherchent les animaux, poussent principalement hors des nouvelles limites du parc. Les grands troupeaux doivent donc quitter chaque année la réserve simplement pour survivre.
Les résultats de notre étude devront amener des décisions politiques. Ces troupeaux, la fierté du Serengeti, mourront si on ne s'occupe pas d'eux à l'extérieur du parc également.18,09
18.39
Depuis des millénaires, le volcan Oldonio Lengai, que les Massaïs appellent la montagne de Dieu, veille sur ce paysage merveilleux.18,46
18.52
Il faut que nos petits-enfants puissent eux aussi admirer le Serengeti, et imaginer de quelle vie multiple et débordante les vastes steppes africaines étaient remplies avant l'arrivée des hommes ; imaginer comment, il y a quelques siècles, d'immenses troupeaux peuplaient les prairies d'Amérique du Nord, et l'Europe grouillait aussi de merveilleux animaux.
Autrefois, les hommes et les animaux vivaient en harmonie, une harmonie comme celle qui existe encore au Serengeti. Certes, les lions et les hyènes exigent chaque année leur tribut sanguinaire. Mais chaque année également, des dizaines de milliers d'animaux naissent, et la vie se renouvelle, triomphante - depuis toujours.
19.35
Nous sommes de plus en plus nombreux sur cette terre, notre nombre augmente chaque jour de 180 000 personnes. La population croît de 700 millions tous les dix ans, l'équivalent de la population de la Chine. De plus en plus, nous nous retirons dans d'étroites cités en béton, et nos petits-enfants ne verront plus grand-chose de la splendeur de la nature.19,59
20.01
Ces derniers restes de vie animale en Afrique font partie du patrimoine culturel de l'humanité entière, au même titre que nos cathédrales et les ruines antiques, l'Acropole, la basilique Saint-Pierre et le Louvre.20,14
20.16
Il y a quelques siècles, on a détruit les temples romains pour construire des maisons avec leurs pierres. Si, aujourd'hui, un gouvernement, quel qu'en soit le régime, osait raser l'Acropole d'Athènes pour construire des logements, toute l'humanité civilisée pousserait un cri d'horreur. De la même manière, Noirs et Blancs doivent à tout prix préserver ces derniers trésors vivants de l'Afrique.
Dieu a mis la Terre au service des hommes, mais pas pour que nous détruisions son uvre.20,49
22.24
Le Serengeti, dernier refuge des grands troupeaux africains, ne devrait-il pas demeurer tel que Dieu l'a créé ? Pour les animaux, et pour ceux qui nous succéderont.22,36
Adaptation : 3i TRADUCTIONS
Un film de Michael Grzimek, décédé accidentellement lors de ses travaux de recherche sur le terrain
| Adaptation 3i Traductions |