Les Hommes à ma mémé

 

Mon producteur voulait un film sur la SEXualité

00.23

... Chiche ! a répondu grand-mère.

00.29

— Irmtraut

Oh, non ! (rire) Regarde-les, avec leurs ventres à bière, c'est horrible, non ? (rire) Ah voilà, un bon gros, bien peinard, bof ! (rire). celui-là, ni lard, ni cochon. Et voilà, c'est toujours pareil. Celui-ci, il me plaît pas mal, mais il est bien trop jeune pour moi.

01.0001.05 — TitreLes hommes de grand-mère

01.09

— QuestionTu pourrais t'imaginer d'avoir à nouveau un homme aujourd'hui ?

01.12

— IrmtrautNon, j'y ai déjà réfléchi. D'abord, dans la rue, je regarde que des hommes plus jeunes que moi. Ceux qui ont mon âge, auxquels je pourrais prétendre, eh bien, tout de suite, ça me dit plus rien. Et quel jeune voudrait d'une femme de 78 ans ? En plus, pour que la relation marche, il faut que la femme s'occupe de l'homme. C'est pas pour rien qu'on dit que, chez les hommes, le cœur est pas loin de l'estomac.

01.36

01.42

— Irmtraut Le professeur a dit, bon, on va tous chanter un chant et puis chaque garçon invitera une fille, et puis nous danserons, on va répéter, on dansera en un grand cercle, au milieu du pré. Alors, je me suis dit : tu vas pas te laisser choisir par n'importe qui. Alors j'en ai choisi un parmi tous les garçons, il y en avait une quarantaine, je pense. Donc j'en ai repéré un pendant qu'on chantait et je me suis dit, on va bien voir si c'est lui qui vient. Et c'est bien lui qui est venu et il m'a choisie. Voilà, ça a commencé comme ça ; nous nous sommes mariés un an plus tard. Mais Herbert voulait absolument un enfant, et je ne voulais pas d'enfant. Je ne voulais que mon mari. J'aimais mon mari par-dessus tout et je le voulais pour moi toute seule.

02.33

02.34

— Irmtraut (montrant la photo)Là, je suis déjà enceinte, c'est pour ça que j'ai une belle poitrine, sinon j'avais pas une aussi grosse poitrine. Voilà encore la jolie petite famille. Voilà Herbert ; là, c'est moi, et ça, c'est Heidi.

02.44Un homme chic, je comprends que je l'aie aimé. Seulement, il pouvait pas s'empêcher de courir après les minettes, de temps en temps.

02.55

02.55QuestionIl était comment quand il était tendre, quand il t'aimait ?

02.59— Irmtraut

Eh bien, en fait, il me caressait, il savait bien que quand on était gentil et tendre avec moi, j'étais heureuse. Il le sentait bien, naturellement. Mais ensuite, il faisait certainement ce qu'il voulait à côté.

On a essayé x fois de se remettre ensemble, ça a pas marché. On a donc décidé de divorcer. Voilà, c'était en 1949, en juin.

03.22

03.53— Irmtraut

En 1976, mon deuxième homme, Fritz Rohland, a été enterré, à 74 ans. C'était mon deuxième mari. Et ça a été mes quinze plus belles années, les plus calmes, les plus agréables, car c'était un homme calme et sérieux.

04.17

04.19— Irmtraut

Pour parler vraiment de la vie de couple, je dois dire que, quand Herbert Klecha m'a épousée, j'étais encore une enfant très naïve, on n'en savait pas autant qu'aujourd'hui, les jeunes, on était très sages, quoi ! Par chance, mon père m'avait prévenue - j'étais encore une jeune fille - mais un baiser ne peut pas faire de dégâts, pas vrai ? Mais avant, je pensais toujours qu'avec un baiser, il pouvait se passer quelque chose. Pendant la pause, quand on a dansé, ils sont tous descendus, les filles étaient complètement excitées. C'est la pause, on descend dans la cour, j'ai pas voulu y aller, je me disais : non, non, pas dans cette cour sombre, il y a juste une ampoule et qui sait ce qui va se passer, ils sont tous complètement fous, non, j'y vais pas, tu comprends ? Et mon mariage s'est passé exactement comme ça. En somme, Herbert Klecha, il avait trouvé une fille jeune, il avait six ans et demi de plus, et il m'a si bien... jusqu'à ce que je sache tout faire, tu comprends, et jusqu'à ce que nous fassions l'amour, et on a bien fait l'amour. Si tu me demandes : est-ce que j'ai aimé Herbert ? Eh bien, à la maison, on dansait en écoutant un disque, tu vois. On a même dansé nus, plus tard, et puis on passait au lit... oh, parfois, on restait sur le canapé dans le séjour, et après il fumait une cigarette et je lui disais : j'ai faim. Alors il allait dans la cuisine et il disait : attends, je te fais deux sandwichs, et il revenait avec deux sandwichs.

05.4505.46— Irmtraut

Avec Fritz, c'était autre chose. Il avait 59 ans et, j'arrivais pas à le croire, mais il avait encore jamais eu de relations avec une femme. Doux Jésus ! J'avais encore mes règles, alors je me suis dit : catastrophe ! Et puis j'ai pensé : Et si on fait un enfant, hein, on va avoir un enfant. Je me suis dit : Qui ? moi ? Ah non, sans moi !, je ne veux pas d'autre enfant, il n'en est pas question ! Alors je lui faisais peur, à chaque fois, parce que je me disais, si je lui fais vraiment peur... Seulement, comment faire ? Alors je lui disais : Fritz, si on a un enfant, si tu ne fais pas attention et on a un enfant, c'est toi qui pousseras le landau. Je me disais qu'il ne le ferait jamais, il était toujours en costume cravate, tu comprends ?

06.31Alors j'ai pu avoir des relations avec Fritz. Mais Fritz, il portait toujours des chemises qui allaient jusque-là. Comme nudité, ça se pose là ! Et puis un jour, soudain, on discutait juste comme ça, et il me dit, alors que nous étions seuls et que nous voulions nous aimer, il me dit : c'est nue que tu me plais le mieux. Bon, alors, je me suis forcée et j'ai osé me déshabiller. Mais Piet, s'il l'avait fait lui aussi, il aurait vécu beaucoup plus de choses avec moi. Mais il était gêné, tu vois, il y arrivait pas, mais moi je devais tout faire. Donc après, je ne me suis plus déshabillée. Et c'est toujours la même chose... en fait, pour lui, c'était bien, et pour moi, c'était : au secours, au secours ! Parfois assez désagréable, parce qu'il était plutôt rude, plutôt... alors je me disais toujours : mon Dieu, non, qu'il fasse un effort, qu'il se soulève un peu ! Il m'écrasait la poitrine. Ah, Seigneur !, mais je pouvais pas le lui dire comme ça. Alors j'ai toujours dit : Non, je peux pas, j'ai encore des choses à faire, et j'ai pas envie, je veux pas. J'ai toujours trouvé un prétexte. J'ai même pris un carnet et je notais quand j'avais des rapports avec lui. À chaque fois qu'il venait et qu'il voulait avoir des rapports, je pensais, non, c'est horrible de ta part, mais j'avais plus du tout envie, parce que ça valait pas le coup. Alors à chaque fois, je regardais et je me disais, Mon Dieu, trois semaines ! Tu peux pas encore lui dire non, il va falloir être tendre avec lui. Bien sûr que je l'aimais beaucoup, et à chaque fois, j'étais très tendre. Mais, bon, c'était ma vie. Pour être honnête, dans mon premier mariage, j'étais trop bête au début, et puis j'ai marché, et alors s'est ajoutée cette déception, de constater que je n'étais pas celle que je pensais devoir être pour lui. La deuxième fois, l'aspect érotique, ... je l'ai jamais ressenti, je savais que je devais pas sourire à un autre, surtout commettre aucun impair, avec Fritz. Il serait parti, même si cela avait dû lui causer sa perte, mais il aurait pas supporté ça, une femme infidèle, tu comprends ? Donc j'étais prévenue. Et je suis restée sage. Je me disais : sois reconnaissante à ton destin d'avoir un homme aussi bon.

08.57

09.00

— IrmtrautOn va où maintenant ? Au café ?On va où, à la voiture ?09.11

— IlseEh bien, en tout cas, on se connaît depuis longtemps, Irmtraut.09.18

— IrmtrautOui, depuis 1946. Non 49,... non 48 !

09.25

— Ilse46 !

09.27

— IrmtrautAh, 46, oui, elle a vécu les belles années, avec les fêtes tous le soirs.

— IlseOui.09.30 — IrmtrautTu sais, c'était un grand village de vacances et, en face, il y avait les hommes célibataires, ils étaient dans une villa, dans les chambres.

09.40— IlseÀ l'époque, tout était séparé, bien net. Alors qu'aujourd'hui, c'est tout mélangé. Mais à l'époque : quartier des hommes, quartier des femmes !

09.51— IrmtrautEh oui. Les hommes célibataires dans la villa et nous en face, dans des chambres à un lit, et les familles, etc. Et alors il nous a..., il y avait une terrasse ou plutôt un cabanon au fond du jardin du restaurant, et il nous y a emmenées et on s'est dit au revoir, et il a dit au revoir d'abord à Ilse, il faisait déjà sombre et j'ai pas fait attention, et puis il m'a dit au revoir. Et il m'a donné un baiser. Je me suis dit : mais comment, il nous a ... ? Je suis rentrée, Ilse aussi... Alors j'ai réfléchi, j'avoue que je me suis demandé s'il avait aussi embrassé Ilse ? Et je voulais savoir. Elle qui disait jamais rien, tu te souviens ? Une fois rentrées, quand on s'est déshabillées, je lui ai demandé : dis-moi, est-ce que Rolf... est-ce qu'il t'a donné un baiser ? Non. Alors, là, je me suis dit : ça va, c'est bien parti !

10.46

— IlseÇa l'a rassurée.

10.57— IrmtrautEt puis, en discutant, nous l'avions bien entendu dire qu'il était veuf. Alors, j'ai dit à Ilse : tu penses que c'est vrai, qu'il est veuf ? Enfin bon, on a fini par le savoir. Il le répétait assez souvent, et puis il y avait aussi sa fille. Enfin, en tout cas, ça s'est confirmé, il était veuf. Je dois avouer franchement que je me suis dit, bon, il peut pas se passer grand-chose s'il est veuf, il n'y aura pas de problème et puis, maintenant, je peux faire ce que je veux, pas vrai ? J'avais bien compris qu'il s'intéressait à moi. Il me saluait tellement bien. Et il a demandé, il était assis dans le fauteuil dans le séjour — je l'avais déjà il y a 20 ans, ce fauteuil, tu sais — il a demandé s'il pouvait allumer une cigarette. Pendant les quinze jours, j'avais bien vu qu'avec lui, rien ne se faisait sans les cigarettes. Alors je me suis dit : si tu lui réponds non, tu le perds. Alors j'ai dit, tu peux bien fumer une cigarette. Voilà, c'était ma décision. J'ai pensé, si tu dis non, c'est fini. Il ne faut pas.

12.01

Enfin bon, après ça, on est passé aux choses intimes, tu comprends. On a fait l'amour et, après, il m'a dit : bon, montre-moi ta carte... ah, avant, je lui avais dit, tu vas être étonné, mais je suis plus vieille que toi, j'en suis sûre. Est-ce que tu as bien réfléchi, tu en trouveras bien une autre ? Et il m'a dit : je ne te crois pas. Donc, on a fait l'amour et il m'a dit après : montre-moi ta carte d'identité, s'il te plaît. J'en revenais pas, bien sûr... Non, je ne peux pas croire que vous avez déjà 65 ans, toutes les deux. On lui avait dit qu'on avait toutes les deux 65 ans, tu te souviens ? Ben, il a bien été obligé de l'admettre. Je suis née en '16 et lui était de 33.

12.46

12.48— Irmtraut

Ça, c'est le déshabillé, si tu veux, que je portais pour Rolf. Il faut que je l'enfile pour que tu voies à quoi ça ressemble, voilà. Je l'ai cousu moi-même, hein ! Autrefois, je faisais tout moi-même. Voilà. Tiens, je vais aller au théâtre avec, ce soir. Qui veut de moi ? À votre disposition !

13.13

13.28

— IrmtrautAu total, tu me demandais, j'ai connu 8 hommes pendant les 10 ans où j'ai vécu seule, je veux dire des hommes avec qui j'ai eu des relations étroites.

13.4014.14— Irmtraut

Eh bien, quand je repense à toute ma vie, je dois dire que la dernière relation, avec Rolf, pendant 7 ans, du point de vue sexuel, ça a été la plus belle pour moi. Parce que nous étions tous les deux sans gêne, et indépendants, et on pouvait faire ce qu'on voulait et quand on voulait dans l'appartement. Il ne recevait jamais de visite, on n'avait pas à avoir peur qu'on sonne à la porte juste au mauvais moment. Ça, il y avait pas de risque. Et, je veux dire, c'était pas toujours la nuit ou dans le noir, et je fermais pas les yeux.

14.52

14.53— Irmtraut

Le plus souvent, j'allais jusqu'à l'orgasme, et nous étions tellement bien accordés l'un à l'autre que... que nous étions tous les deux vraiment satisfaits. L'un en savait toujours un peu plus que l'autre et c'était formidable.

15.05

15.06— Irmtraut

Ah, ça rappelle naturellement de beaux souvenirs. Il m'arrive bien sûr d'y penser certaines fois, alors je me masturbe, comme je l'ai toujours fait de temps en temps. Quand les hommes me satisfaisaient pas, il arrivait un moment, il suffisait d'y penser, et c'était parfois plus beau de le faire soi-même, quand justement ils le faisaient pas comme on aurait voulu. Mais à 78 ans, je ne sais pas si c'est à cause de l'effort ou de l'excitation, ou parce que je préparais mon anniversaire, mais j'ai eu d'un coup une anémie locale au cerveau. Enfin, depuis, j'ai peur que ça recommence, bien sûr, et je ne me donne plus du plaisir toute seule. Enfin, une fois, j'ai pas pu résister, j'ai essayé, mais j'ai remarqué que mon bourdonnement d'oreille est devenu encore plus fort. Alors je me suis dit : non, non, pas jusqu'au bout. Depuis, je me maîtrise. Enfin, bon, j'espère que ça suffit comme ça, vu mes 78 ans.

16.26

16.40— Irmtraut

Voilà, je me suis arrangé une jolie petite vie dans mon nid douillet, c'est comme ça que j'appelle mon appartement, avec le balcon. J'y plante toutes les fleurs qui sentent bon, ça me fait du bien. C'est ma vie, maintenant. Quand l'envie me prend, je me mets ma musique de Tchaïkovski, et c'est mon... non, je peux quand même pas dire ça.

17.03

17.39

— Irmtraut

Madame de Meck, c'était la mécène de Tchaïkovski. Et elle l'a aidé pendant dix ans, je crois, elle lui a donné beaucoup d'argent, mais à la condition qu'ils se rencontrent jamais. Il lui envoyait chaque composition et ils discutaient sur la musique. Ils se sont écrit plus de 1000 lettres. Et c'était vraiment un amour profond. Aujourd'hui, dans mon cœur, je suis Madame de Meck, et Tchaïkovski, c'est mon docteur, mais il en sait rien. Je me dis toujours qu'il aime peut-être pas la musique.

18.16

18.35

— Irmtraut

Tu vois un peu, ta grand-mère... Ça m'amuse. Et quand..., c'est un peu fou, quand une voiture rouge arrive, je pense à mon docteur. Je les connais pas, les voitures, sinon je saurais au moins que ça, c'est une Wartburg et ça c'est... comment tu disais, tout à l'heure, que c'était, l'autre ? J'y connais rien. Je sais pas les reconnaître. Donc, chaque voiture rouge, je regarde juste la plaque. En fait, il n'y a que les adolescents qui font des choses pareilles, je ne sais pas qui d'autre ferait ça ? Moi, je fais ça à 78 ans. Mais c'est un joli plaisir, ça ne coûte rien et...., enfin, je sais pas si ça calme. Léonore m'a écrit pour la Pentecôte : "il faut mener une vie... normale", c'est ce qu'elle a écrit, je crois. J'ai réfléchi pendant des jours, je sais pas ce qu'il y a d'anormal chez moi. (rire) Alors je me suis dit : peut-être ça. Mais non, ça, je veux pas y renoncer. Et je vais pas me gaver de valium pour plus y penser. Voilà, à votre service.

19.40

 

Adaptation : 3i Traductions.

 
 

 

 

 

 

 
Adaptation   3i Traductions