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Les immensités lointaines

- 3e partie

La Sibérie en route vers l'avenir

0.05

La conquête de la Sibérie représente aujourd'hui encore l'une des grandes aventures de l'humanité. Richesse et liberté ont longtemps attiré les audacieux et les opprimés vers les lointaines immensités qui s'étendent au-delà de l'Oural.

La Sibérie. Une longue histoire de chasseurs et de commerçants, de paysans, de bandits, de peuples et d'expéditions, de richesse et de misère. Dans leur lutte perpétuelle contre une nature impitoyable, les hommes ne pouvaient se fier qu'à leur instinct, à leur force, à leur confiance en eux et à leurs utopies. Surmontant l'exil et le goulag, ils déployèrent d'incroyables efforts pour édifier leur propre avenir.

1.20

La véritable conquête de la Sibérie a commencé avec la construction du chemin de fer. Car le train constituait la clé d'accès à ces immensités.

1.28

Pourtant, après 300 ans de colonisation, seule une étroite bande qui longe la voie du Transsibérien est peuplée. Insuffisant pour exploiter réellement les formidables richesses naturelles du pays, mais aussi pour se défendre.

Lorsqu'en février 1932, le Japon occupe la Mandchourie, la Sibérie est de nouveau menacée sur son flanc sud. Moscou réagit.

1.53

Dès le mois de mai, quelques centaines de jeunes komsomols entreprennent la construction d'une ville à l'embouchure de l'Amour.

2.02

Pleins d'enthousiasme, les komsomols se jettent littéralement sur le travail. Ils incarnent l'homme nouveau que la propagande aime glorifier.

2.17

Le légendaire pilote Marésséïev écrit, à l'intention des livres d'histoire soviétiques : "Nous étions forts et courageux. Je suis persuadé que l'homme, après avoir traversé ces difficultés et surmonté un tel chantier ne reculera devant aucune tâche, ni devant aucun combat."

2.36

Les marécages, les moustiques et les mauvais approvisionnements rendent, en effet, le travail difficile. Pourtant, 7 mois plus tard, la région encore inhabitée de l'Amour voit surgir une ville de 15 000 habitants. En l'honneur de ses constructeurs, on la baptisera: Komsomolsk-sur-l'Amour.

3.03

Moscou souhaite accroître la densité de population sur cette immensité de 10 millions de kilomètres carré. Les premiers programmes industriels démarrent à peine. Après les campagnes de collectivisation, la Sibérie souffre encore d'une pénurie alimentaire, et la main-d'oeuvre fait défaut.

Staline recourt à une méthode qui a déjà fait ses preuves au XVIIIe siècle, sous les stars.

3.40

En 1932 commence donc une campagne d'exil, appelée "déportation spéciale".

3.48

Il a fallu attendre jusqu'à nos jours pour disposer d'informations sur cette période et les destins dramatiques qu'elle a connus. Les chiffres de la déportation sont fixés arbitrairement à Moscou, et c'est avec le même arbitraire que l'on jette les hommes dans la nature sibérienne.

4.02

C'est une politique brutale, qui méprise les hommes et associe mesures de peuplement et travaux forcés sans jamais se soucier des vies humaines.

4.15 - Sergeï Krazilnikov, archives de Krasnoïarsk

Le objectif des travaux forcés était plutôt économique que politique (4.23), c'était l'objectif économique. Il faut dire que les bolcheviques l'ont atteint. L'heure était venue d'extraire les richesses de la Sibérie et de coloniser le pays. 4,35 La population était trop peu nombreuse et les "déportés spéciaux" devaient résoudre ce problème pour l'État. 4,44 On peut démontrer aujourd'hui, chiffres à l’appui, que la déportation spéciale a effectivement permis d'accroître considérablement la production de charbon, l'extraction de l'or et l'abattage du bois en Sibérie. 5,09

5.10

Pour survivre à l'hiver sibérien, il faut profiter du court été pour construire des logements sous terre. La mortalité infantile atteint presque 50 %. On en connaît aujourd'hui les chiffres exacts, car les pertes sont très précisément comptabilisées et transmises à Moscou.

5.34

La famille cosaque des Kiriakine fait partie, elle aussi, des déportés spéciaux.

5.47 - Innokenti Kiriakine

Ma soeur Klava est décédée la première, en 1932. Par la suite, mon père est tombé malade, c'était en 1933, il était alité et de plus en plus faible (5,53). Comme il ne pouvait plus aller travailler, il n'avait plus droit qu'à 200 g de pain. Finalement, il est mort. Un jour avant, non, moins d'un jour, il nous a appelé à son chevet, mon frère et moi (6,09), et nous a prié d'écrire à ses filles Maraissia et Lisa qu'il était mort pour le peuple. (6,21) Ce furent ses dernières paroles. Il est mort le 13 janvier. (6,27) Mon frère et moi, nous avons alors été envoyés dans un orphelinat, pourtant ma mère vivait encore. (6,31)

6.33

C'est la fin d'une famille cosaque vieille de 300 ans. Venus en Sibérie dans l'espoir d'y trouver une vie meilleure, ils sont maintenant sacrifiés sans aucun scrupule. Pourtant le père, avant de mourir, répétera encore : "C'est notre terre."

6.52

En Union soviétique, on a appris à vivre avec la terreur.

Elle est omniprésente et peut frapper à tout moment. Mais on n'imagine pas encore ce que réserve l'avenir.

À Moscou, les cadres des services secrets NKVD jurent "de consacrer leurs forces et leur vie à la cause du peuple et du parti, sous la direction du camarade Staline."

Staline est au sommet de son pouvoir. Une inimaginable vague de terreur déferle sur le pays.

7.30 - Ivan Iakovlev

J'ai été arrêté en juin 1934, mais j'ai encore eu de la chance. (7,41) On ne m'a ni battu, ni torturé, je n'ai subi aucune violence. (7,48) C'était une procédure d'enquête tout à fait normale.

Nous avons tous été condamnés à 10 années de camp (8,00) pour activités contre-révolutionnaires.

C'était l'article 58, alinéa 6 (8,13): espionnage et liaison avec la bourgeoisie internationale. 8,18

8.21

Au nord-est de la Sibérie, dans le Kolyma, on découvre régulièrement de nouveaux gisements d'or, de plomb, de zinc et d'étain. Les faire exploiter par des prisonniers au service de l'édification du pays, voilà l'idée perverse de Staline. Jamais dans l'histoire, une main-d'oeuvre gratuite aussi nombreuse n'a été employée à des fins politiques. Et la propagande du Parti communiste n'hésite pas à parler de "chantiers du communisme" pour désigner les camps de travail et d'extermination.

9.05

Au cours des vingt années qui suivront, des millions d'individus privés de tout droit passeront par les camps du goulag.

9.25

Une longue marche qui en conduira beaucoup à la mort.

9.44

A Moscou, pendant ce temps, Staline est fêté comme le père du peuple et de tous les peuples.

9.58

Le culte de sa personnalité prend désormais des allures grotesques. Staline et le communisme se confondent. Mais le père de la grande famille des peuples soviétiques cherche encore un symbole pour confirmer l'image qu'il souhaite donner.

10.13

Parmi tant d'autres, l'histoire d'Engelsina Markisova illustre la perversion du système en place.

10.24 - Engelsina Markisova

...Tous les journaux ont publié cette photo : une petite fille dans les bras de Staline. (10,30) Staline présentait déjà l'image d'un ami des sportifs, ami des écrivains, en fait l'ami de tous. (10,40) Seule manquait encore la preuve visuelle qu'il était également l'ami des enfants. Cette photo était donc exactement ce qu'il recherchait (10,48) : le symbole d'une enfance heureuse. En plus, c'était une jeune fille bouriate qui embrassait Staline (11,02). Pendant deux ans, j'ai été ce symbole, jusqu'en 1937 où mon père a été arrêté. 11,14

11.18

Verdict : 10 années de camp avec interdiction d'écrire. En réalité, ce communiste convaincu sera fusillé quelques jours après son arrestation. Sa famille n'apprendra la vérité que dans les années 60.

11.33

Ceux que l'on ne fusille pas immédiatement sont envoyés dans les camps. L'homme est dégradé au rang de bête de somme. En 1932, on compte 270 000 prisonniers, mais près d'un million en 1938. Au cours de la même période, la production d'or est multipliée par 10.

11,57 - Ivan Iakovlev

Dans les mines d'or, les conditions de travail étaient si pénibles que la plupart succombaient au cours du premier hiver, dès la première année.(12,11) Seuls quelques-uns tenaient le coup plus longtemps. Nous travaillions 10 à 12 heures par jour. Ensuite, il fallait encore partir pour couper du bois et le ramener au camp. Sans bois, on ne nous laissait pas rentrer au camp. (12,34) Avec cette petite "promenade", c'est ainsi qu'ils l'appelaient, la journée de travail durait environ 14 heures. (12,44) Compte tenu de la piètre nourriture, seul un corps robuste pouvait endurer ce régime pendant plus de six mois. 12,49

12.51

Les photographies de cette période sont rares. Et elles ne parviennent pas à en rendre toute l'épouvante.

13.19

Mais les maîtres du goulag sont eux-mêmes rattrapés par la violence.

Edouard Berzine, ici au milieu de son équipe de gardiens. Jusqu'en 1937, ce communiste originaire de Lituanie régnera en maître absolu sur le Kolyma.

13.37

Berzine apprécie les prisonniers comme main-d'œuvre permettant de satisfaire aux exigences du plan. Mais à Moscou, on l'accuse d'épargner les ennemis du peuple. Alors, on imagine pour lui un scénario très original.

13.50

Officiellement, les émissaires Nicolaï Abramovitch et Victor Fedorov sont chargés de remettre l'Ordre de Lénine au communiste méritant.

Chez lui, Berzine se croit en sécurité.

14.05

N'a-t-il pas en main une lettre de Staline lui annonçant sa distinction ?

14.15

Mais, dès leur arrivée, les deux officiers de la NKVD arrêtent Berzine et sa femme. Comme d'habitude, ils découvrent en même temps une conspiration contre le Parti. Comme d'habitude, les Berzine sont fusillés, comme tant d'autres avant eux.

14.32

C'est l'époque des grandes purges par lesquelles Staline consolide son pouvoir.

14.40

L'ordonnance du 31 janvier 1938 fixe globalement le nombre de personnes à fusiller dans chaque district.

15.04

La Sibérie demeure le pays des immensités lointaines. Le vol record du pilote Iefimov vise à donner aux gens le sentiment de la dimension de l'Union soviétique.

15.24

Plus de 24 000 kilomètres parcourus.

Pour l'époque, il s'agit d'une incroyable performance et, évidemment, d'une expédition risquée.

15.42

Une aventure au-dessus des glaces et sous la glace.

16.03

Le port de Dickson, sur l'océan glacial. Quiconque ne repart pas à temps se retrouve bloqué pendant 8 mois. Toute visite suscite une joie bien compréhensible.

16.32

Six mois plus tard, Iefimov et son équipe atterrissent de nouveau à Moscou. Le reportage sur l'expédition, véritable propagande pour une Sibérie complètement idéalisée, est bientôt projeté dans tous les cinémas.

16.43

Cette attention nouvelle pour la Sibérie arrive à point nommé.

16.50

En 1938, le Japon attaque la Mandchourie. Un peu plus tard, des heurts se produisent sur la frontière avec l'Union soviétique.

Les Japonais veulent tester la combativité de leur adversaire.

17.08

En 1939, des troupes japonaises franchissent finalement la frontière.

 

 

17.17

La politique de Staline porte ses fruits. La Sibérie compte désormais suffisamment d'hommes pour se défendre, et elle produit ses propres armes.

Les troupes japonaises sont surprises de rencontrer des divisions sibériennes particulièrement valeureuses.

17.34

Le maréchal Joukov mène une campagne rapide et brillante. Le Japon capitule.

Malgré son alliance avec l'Allemagne hitlérienne, le Japon reconnaît dans un accord secret les frontières soviétiques Il respectera cet engagement jusqu'à la fin de la Deuxième Guerre mondiale.

17.51

Quelques milliers de prisonniers japonais arrivent dans les camps de l'un des célèbres "chantiers du communisme".

17.58

La construction d'une nouvelle ligne de chemins de fer a été décidée dès le milieu des années 30. La ligne Taïchet-Léna doit passer loin au nord du lac Baïkal, afin de décharger le Transsibérien en cas de conflit armé. Des prisonniers construisent la voie. La carte indique leurs camps.

18.32

Ici aussi, on fait appel au système des travaux forcés. On a besoin de main-d'oeuvre pour la ligne de chemins de fer, et on emprisonne donc arbitrairement des dizaines de milliers de personnes. Que beaucoup d'entre elles ne résistent pas aux épreuves n'a aucune importance aux yeux des dirigeants moscovites.

19.01

Depuis le printemps de 1938, où les tensions avec le Japon augmentent, les travaux avancent avec un rythme soutenu.

19.08

La ligne Taïchet-Léna constitue le début de ce qui deviendra la BAM, la Ligne Baïkal-Amour. Le programme prévoit déjà la construction d'une centrale hydroélectrique sur l'Angara.

19.19

Le comédien Youssouf Askarov fait partie des prisonniers. Condamné pour espionnage, il doit assurer le divertissement, pour que les gardiens ne s'ennuient pas trop pendant leur service.

19.31 - Youssouf Askarov

On cherchait les meilleurs comédiens. Parmi les prisonniers qui arrivaient au camp, certains étaient sélectionnés spécialement pour le théâtre. 19,40

Les conditions n'y étaient pas trop mauvaises. Si on faisait abstraction du fait que nous étions enfermés, pour une raison inexplicable et que nous nous retrouvions donc dans une situation effrayante. 19,54 Mais on était au théâtre, c'était comme une soupape de sûreté !

Nous travaillions 24 heures sur 24, oubliant nos familles, oubliant notre état de prisonniers. 20,04 Telle était notre vie. Nous bénéficions de quelques avantages, ne serait-ce que le fait de vivre dans un baraquement séparé, et non les autres prisonniers. 20,12 Nous étions mieux nourris et les surveillants devaient faire un peu plus attention quand ils nous maltraitaient. 20,22

20.25

Parmi les moins privilégiés, se trouvent par exemple ces femmes ukrainiennes arrêtées alors qu'elles étaient enceintes, et à qui on a retiré leurs bébés.

Pour les élever en vrais communistes, dans des camps.

20.51

Tel est le principe du pouvoir. La fin justifie les moyens. Un ancien commandant de camp en détaille les objectifs : la terreur ne fait pas partie de ses souvenirs.

21.04 - Ievstigneïev, commandant Ozerlag

Il y avait un chemin qu'empruntaient autrefois les exilés, le protopope Avakoum, par exemple. (21,15) Mais pour rejoindre Bratsk, la seule voie remontait l'Angara depuis Irkoutsk.

Pour construire l'usine hydraulique de Bratsk, il fallait d'abord installer une ligne de chemin de fer. (21,27) Les travaux commencèrent en 1938. Il était évident que cette ligne jouerait un rôle prépondérant dans la construction de la centrale hydroélectrique. (21,38) On construisit en même temps la ligne de chemin de fer qui remonte jusqu'à la Léna. C'est de là que les marchandises furent ensuite envoyées dans le nord par voie fluviale. (21,47)

21.51

La Deuxième Guerre mondiale éclate.

La Sibérie fournit des hommes, du pain et de l'acier.

Grâce à l'accord secret avec le Japon, les divisions sibériennes peuvent être dépêchées très rapidement sur le front de l'ouest.

22.15

La partie occidentale de l'Union soviétique étant menacée, plus de 300 entreprises industrielles sont déplacées vers la Sibérie au cours des 5 premiers mois de la guerre. La majorité des hommes se trouvent au front, le travail revient aux femmes, et même aux enfants.

22.39

En très peu de temps, le pays entier est réorganisé pour servir l'économie de guerre. C'est une performance colossale, rendue possible également par le patriotisme des Sibériens. En l'espace de 3 mois, une usine d'avions est remonté à Novossibirsk.

22.59

Pendant que les trains chargés d'armes roulent vers l'ouest, un transport secret arrive de Moscou, en sens inverse.

23.12

À bord du train se trouve une unité de la police militaire de Moscou.

Ils surveillent la dépouille embaumée de Lénine.

La rapidité de la progression allemande menace Moscou. Staline décide donc de mettre en sécurité le symbole même de la révolution russe.

23.36

Au bout de 4 jours, le train arrive à Tioumen.

Officiellement, Lénine repose encore au Mausolée de Moscou. Le plus grand secret règne donc autour de l'installation du corps à l'Institut d'agriculture.

23.54

Le professeur Sparski, déjà responsable de la conservation du corps à Moscou, dirige les travaux scientifiques.

Le cercueil en verre de Lénine.

24.06 Alexander Pétrouchine, colonel du KGB

Le sarcophage contenant la dépouille de Lénine est resté à Tioumen du 10 juillet 1941 au 24 mars 1945, très précisément. (24,14) Il s'y trouvait donc pendant toute la durée de la guerre. Bien entendu, le bâtiment était gardé. Par la même garde que celle se trouvant déjà sur la Place rouge, à Moscou, et on a conservé le même cérémonial. (24,39) Les soldats armés marchaient au pas de l'oie, ils faisaient l'aller-retour devant la pièce où était déposé le corps de Lénine. (24,43) Un seul détail différait. Pour que les renforts métalliques des bottes ne fassent pas trop de bruit, on avait ordonné aux soldats de poser le pied doucement sur le sol. (24,51)

24.52

On répand le bruit dans la ville qu'un laboratoire militaire secret a été installé. Le transfert de la dépouille de Lénine à Tioumen restera secret jusqu'en 1988.

25.09

Au début des années 30 commence une vaste campagne de déportation et de collectivisation forcée des peuples sibériens.

25.22

La destruction du cadre de vie traditionnel a des conséquences fatales.

Cette belle unanimité n'est que propagande. En réalité, la terreur et la faim règnent.

25.39

Les peuples nomades, notamment, souffrent encore aujourd'hui de ces déportations forcées. La vie dans la nature les a rendus résistants ; dans les petites maisons sibériennes en bois, ils tombent malades.

25.57

La Iakoutie est particulièrement touchée par la déportation.

Une véritable campagne de déportation expose arbitrairement des dizaines de milliers de Iakoutes à la rigueur impitoyable de l'hiver sur la toundra. De plus, après 3 années de récoltes catastrophiques, les réserves alimentaires sont épuisées. En Iakoutie, seule la faim règne encore.

Lorsque Moscou reconnaît enfin son erreur et envoie des provisions, pour beaucoup de Iakoutes, il est déjà trop tard.

 

 

26.28 - Ievseï Serïanov

En 1942, tout le nord s'est trouvé sans farine, autrement dit toute la Iakoutie. (26,38) Pendant l'hiver 42-43, on nous a donc ordonné de charger toute la flotte fluviale avec de la farine et de partir pour Zaïarsk. Du camp de transbordement de Zaïarsk, on partait ensuite pour Osetrovo et la Léna. (27,00) Là, les camions attendaient déjà. Vous savez, à cette époque, il n'y avait aucun autre moyen de transport permettant d'approvisionner le nord. (27,15) On aurait pu, tout au plus, y envoyer les aliments en passant par l'océan glacial arctique. (27,21)

27.27

Plus de 22 000 personnes meurent de faim et de froid, un Iakoute sur dix.

27.43

Pendant que les navires remontent la Léna, on établit au-dessus de la Sibérie un pont aérien avec le front de l'ouest. À son origine, on trouve une lettre de la main de Staline au Président américain.

28.00

Staline demande à Roosevelt la livraison d'avions de guerre au front soviétique, directement depuis les États-Unis, en survolant toute la Sibérie.

28.18

C'est à Fairbanks, en Alaska, que les pilotes soviétiques prennent en charge les machines.

28.29

Plus de 7000 avions seront livrés avant la fin de la guerre. Avec 14 000 kilomètres, cette route aérienne est la plus longue du monde, et probablement la plus dangereuse.

Régulièrement, des tempêtes et des températures extrêmes contraignent les pilotes à atterrir. Et la chose ne se passe toujours aussi bien que pour Vassili Slomnik.

28.50 - Vassili Slomnik, pilote

L'hiver, il faisait très froid. Dans la région d'Almékon, nous avons eu moins 60 degrés, et même moins. Voici ce qui nous est arrivé un jour : nous avons été obligés d'atterrir à Almékon. (29,12) Après l'atterrissage, notre capitaine, le Major Masliakov, m'a crié : "Vassili, pourquoi as-tu coupé le chauffage ?" (29,25) Alors je lui ai répondu : "le chauffage est au maximum". Nous avons regardé ensemble le thermomètre — il était au-dessous de l'échelle ; autrement dit au-dessous de moins 60 degrés. 29,34

29.38

Les livraisons américaines au-dessus de la Sibérie se poursuivront jusqu'à la fin de la guerre. Le vrombissement des moteurs d'avions s'entend jusque dans le Kolyma, où des centaines de milliers de prisonniers peinent.

30.01

À la fin de la guerre, l'intarissable mouvement des hommes vers la Sibérie prend un nouvel élan. Si, au début de la guerre, les camps accueillaient des Finnois, des Polonais et des Baltes, maintenant c'est le tour des prisonniers de guerre. Les armées allemandes sont en déroute, des centaines de milliers de soldats entrent en captivité, beaucoup périssent.

30.22

Mais les persécutions staliniennes toucheront particulièrement les Allemands de Russie. Autrefois, le tsar avait fait venir ces émigrants pour leurs qualités d'agriculteurs. Dès le début de la guerre, ils sont déportés de leurs régions d'adoption et envoyés au-delà de l'Oural. Staline craint qu'ils sympathisent avec les agresseurs allemands. À l'exception des enfants et des vieillards, tous sont envoyés dans des camps de travail.

30.55 - Otto Hertel

Nous devions alors nous mettre en rang. Chacun recevait ensuite une couchette dans les baraques déjà construites. Par des gens comme nous. Une fois en rangs, le chef du camp, Tolstov, nous a examinés de la tête aux pieds. Et il a déclaré : Nous anéantirons tous nos ennemis, au front comme dans l'arrière-pays. Est-ce que vous avez bien compris ? Alors il a pris un papier et nous l'a lu. Les mobilisés - c'est ainsi que nous nous appelions - les mobilisés Müller, Meier, etc. sont condamnés à mort pour tentative d'évasion. La peine sera exécutée aujourd'hui même.

31.43

Ces innocents sont les victimes d'une véritable politique d'anéantissement. Les survivants ne ressortiront des camps de travail qu'après la mort de Staline, et les derniers prisonniers de guerre en 1956. La Sibérie devient pour le monde entier le symbole éternel du froid, de l'esclavage et de la mort.

32.04

Après la capitulation allemande, la guerre touche également la Sibérie. Le 9 août, la bombe atomique tombe sur Nagasaki. Le même jour, l'Union soviétique déclare la guerre au Japon et entre en Mandchourie. La direction soviétique a pour objectif de chasser définitivement le Japon du continent asiatique. Cette menace perpétuelle sur la Sibérie doit enfin cesser. Les armées soviétiques, rompues au combat, rencontrent peu de résistance de la part des Japonais.

32.32 - Nicolaï Dolbilkine

Nous avions passé les montagnes du Hin-Han. La marche avait été terriblement pénible, car ces montagnes sont élevées et très raides. Nous y avions perdu de nombreux soldats. (32,44)

Nous avons vu les premiers Japonais en descendant dans la vallée. À ce moment-là, notre armée de l'air avait déjà attaqué les fortifications japonaises et les avait détruites en grande partie. (33,00) Les Japonais capitulèrent immédiatement. J'ai vu de nombreux groupes de soldats partir en captivité. (33,09)

33.14

La Corée du Nord et le sud de Sakhaline sont libérés en août. Avec la libération des îles Kuriles, cédées en 1855 aux Japonais, l'Union soviétique s'adjuge un avant-poste d'une extrême importance stratégique dans le Pacifique. Aujourd'hui encore, les Japonais réclament leur restitution.

33.46

La guerre est maintenant terminée.

Les trains qui ramènent les soldats apportent également à la Sibérie l'espoir d'un avenir meilleur. Le pays est saigné aux quatre veines et aspire avant tout à la paix.

34.12

Pendant que la partie occidentale de l'Union soviétique s'équipe et se modernise, la Sibérie perd ses industries et ses hommes. Son développement marque un net recul.

34.26

Avec trois plans quinquennaux et un accroissement important de la production, Staline espère faciliter la reconstruction du pays. Mais les théories des planificateurs moscovites sont loin de la réalité. La conversion de l'économie de guerre pour revenir à une production civile ne parvient pas à démarrer. L'agriculture, épuisée par les livraisons au front, produit 25% de moins qu'avant la guerre.

34.52

La Sibérie s'attaque maintenant à un grand projet, déjà en gestation avant la guerre. On veut enfin domestiquer l'incroyable puissance des fleuves sibériens, et exploiter leur énergie pour de nouvelles industries.

35.10

En 1951 commence la construction de l'usine hydroélectrique de Bratsk.

35.25

Dans la compétition entre les systèmes politiques, Bratsk deviendra le symbole du communisme.

Et de nouveau, les jeunes brigades du Komsomol partent pour la taïga, telles des pionniers prêts à affronter la dure nature sibérienne. Parmi elles également quelques brigades internationales composées de jeunes gens d'autres pays communistes.

35.58

Au bout de 10 ans de construction, l'usine hydroélectrique de Bratsk est mise en service.

Vassili Roudich a participé aux travaux, depuis le début.

36.06 - Vassili Roudich

La dureté des immensités sibériennes nous causa vraiment de grosses difficultés. La vie était très pénible : les moustiques, le froid. (36,18)

Mais les gens étaient optimistes. C'est vraiment la caractéristique des Sibériens. Vous savez, je pense parfois que la beauté de l'Angara, sa force, sa puissance et sa force, que tout ça s'inscrit dans l'âme des gens. (36,38) Et c'est vraiment ce qui caractérise les gens vivant près de l'Angara.

À l'époque, la population n'était pas très nombreuse. Avant l'arrivée des ouvriers, la région comptait à peine 25 000 habitants. Dont seulement 8000 dans l'ancienne Bratsk. (36,52)

36.57

Voici le rêve de Lénine qui doit devenir réalité :

Le communisme, c’est les soviets plus l’électricité..

37.09

Plus de 250 000 personnes habitent aujourd'hui dans la région. Ils travaillent dans l'une des plus grandes usines d'aluminium du monde. En se servant de l'énergie du barrage, et au détriment de l'environnement, elle arrive à produire à un prix défiant toute concurrence.

37.28

Depuis 20 ans, on fond l'acier à Magnitogorsk et à Kouznetsk. Mais le développement unilatéral de l'industrie lourde ne va pas sans difficulté pour l'économie entière. À Kouznetsk, la houille se trouve près de l'usine sidérurgique. À Magnitogorsk, dans l'Oural, il faut l'amener - sur plus de 2000 km. Le transport à lui seul consomme 30% du charbon de départ. À Moscou, personne n'oserait s'intéresser au problème de la rentabilité, certainement pas sous la direction de Staline.

38.37

Magnitogorsk et Kouznetsk, deux villes qui vivent de l'acier. Elles attirent les gens presque comme des aimants. On y trouve toujours du travail. Pourtant, le reste de la Sibérie manque encore de main-d'oeuvre. Même les camps de travail, encore remplis de prisonniers, ne parviennent pas à couvrir la demande.

38,55 - Victor Balabanov

Nous avons construit une usine pétrolière à Omsk. Nous faisions le travail le plus dur : creuser les fondations (39,10) et les tranchés pour les canalisations : à 6 mètres de profondeur ! (39,19)

Il se produisait parfois des accidents et les victimes étaient ensevelies. Les décès furent très nombreux. (39,28)

À Omsk, nous avons construit également une prétendue usine de moissonneuses. En réalité, il s'agissait d'une usine d'armement. (39,37)

Aujourd'hui, c'est l'entreprise numéro 216, une usine de chariots élévateurs. 39,45

39.48

À la mort de Staline, en mars 1953, l'atmosphère politique change totalement. Les camps du goulag sont supprimés, le monde communiste découvre progressivement les crimes de l'ancien grand dirigeant. La jeunesse soviétique vit dans une atmosphère de renouveau. Son enthousiasme remplace provisoirement le travail non rémunéré des prisonniers du goulag.

La Sibérie et ses ressources font l'objet d'une nouvelle campagne.

40.21

La collectivisation forcenée des années 20 et 30 avait nui considérablement à la production agricole.

Au printemps 1954, Nikita Khrouchtchev, le nouveau secrétaire-général du Parti communiste, lance une campagne pour la conquête de nouvelles terres. Malgré des difficultés énormes, mais avec des moyens considérables, des millions d'hectares de terres sont aménagés au Kazakhstan et dans l'ouest de la Sibérie.

Après quelques succès à court terme, les planificateurs moscovites doivent reconnaître que l'agriculture à outrance ruine les sols. Mais il est déjà trop tard. Il ne reste plus qu'une catastrophe écologique aux dimensions gigantesques.

41.13

On fête encore Khrouchtchev, mais à côté de lui se tient déjà son successeur, Brejnev. Et au sein même du Politbüro, à Moscou, on commence à s'interroger sur les coûts.

41.27

Avec une immense fierté, on présente au dirigeant cubain Fidel Castro le barrage hydroélectrique de Bratsk, véritable clé de l'avenir radieux du communisme. Entre-temps, plusieurs de ces géants électriques fonctionnent en plusieurs points de la Sibérie.

41.51

À la fin des années 50, la production industrielle de l'Union soviétique atteint un niveau record, mais la Sibérie est toujours confrontée à ses éternels problèmes. Peu de gens veulent s'y installer durablement : les salaires restent trop bas et il y a pénurie d'équipements sociaux et de logements. Moscou verse des subventions pour soutenir les salaires. Mais pour le reste…

 

42.16

Les difficultés de l'agriculture s'aggravent aussi.

En 1963, 12 millions de tonnes de céréales doivent être importées des États-Unis. En échange d'or sibérien.

En 1964, le Politbüro destitue Khrouchtchev.

42.35

Sous Khrouchtchev, la situation des paysans sibériens est relativement bonne. Les incitations économiques et les avantages fiscaux stimulent et permettent d'accroître la production.

42.49

Zinaïda Badachkova et tout le village de Dessiat Nikovo vivent alors leur meilleure période.

43.01

Il y a deux cent ans, leurs ancêtres - comme tous les raskolniki, les vieux-croyants, furent bannis par les tsars et chassés jusqu'à la frontière mongole. Malgré tous les changements politiques, leurs descendants vivent et travaillent depuis cette époque dans le respect de leurs traditions.

43.15 - Zinaïda Badachkova

Au kolkhoze, les choses se passaient bien et notre kolkhoze était toujours le meilleur. Nous recevions alors beaucoup de blé, jusqu'à 50 quintaux. (43,28) Tout le monde travaillait. Certains étaient chargés de la traite, les autres travaillaient aux champs. (43,37) Nous faisions tout. Tout allait bien dans les années 60. Et on pouvait même acheter des voitures. Nous, nous avons même pu en acheter deux. Mon fils aussi en a acheté une, et ma fille aussi. (43,50) Mais la cadette n'y arrivera sans doute pas. 43,53

43.56

Déjà à l'époque des tsars, des expéditions de géologues parcoururent les immensités de la Sibérie. Mais alors, l'argent manquait pour une étude systématique, et le pays était trop vaste.

Au début des années 50, un groupe de jeunes scientifiques, autour des géologues Makinski et Chabradin, part dans la toundra iakoute à la recherche de richesses naturelles - et en découvre.

44.27 - Guéorgui Balakhsin

Ils avaient une mission secrète. À l'époque, nous ignorions qu'ils cherchaient des diamants. (44,32) En observant les hommes et leur travail, j'ai commencé à m'y intéresser de plus en plus. (44,43) En 1951, après avoir terminé mes études secondaires à Niourba, je suis parti à Moscou, à l'Institut de Géologie. (44,51) Je voulais devenir géologue et, comme ces jeunes gens, me consacrer à la prospection des ressources naturelles de la Iakoutie. (45,00) En 1956, peu après mon examen de fin d'études à l'Institut, la nouvelle a soudain été rendue publique : la découverte des diamants iakoutes. (45,12)

 

 

45.14

Les gisements de diamants de Iakoutie sont si riches, et d'une telle qualité, qu'ils menacent le monopole sud-africain De Beers. Aujourd'hui encore, Moscou et la Iakoutie se disputent ces mines, car seule une faible partie des recettes revient à la Sibérie.

45.33

Comme pour les gisements de pétrole et de gaz naturel.

Pendant longtemps, on a hésité à investir dans une recherche systématique du pétrole. On a même jugé les recherches sans issue. Lorsqu'en 1960, on se décide enfin à forer, on découvre les gigantesques gisements de Sourgout, sur l'Ob moyen. Malgré des difficultés climatiques et géologiques inimaginables, l'extraction commence en 1969.

46.07

De quelques centaines de mètres cube par jour, 17 ans plus tard, on passe à plus de 500 000 tonnes. Seule conséquence bénéfique pour la Russie : un bref accroissement de sa population. Beaucoup quittent les immensités sibériennes peu de temps après. En effet, si les plans prévoient bien des logements et des équipements sociaux en nombre suffisant, la réalité socialiste est tout autre.

46.35

L'Amour - sur des milliers de kilomètres, il constitue la frontière soviétique avec la Chine. Depuis que les deux pays s'éloignent idéologiquement l'un de l'autre, les heurts deviennent de plus en plus réguliers.

En 1963, la Chine exige la restitution des territoires situés entre l'Oussouri et le Pacifique, et certains vont même jusqu'à réclamer la Sibérie. Le 2 mars 1969, lorsque des Gardes rouges complètement fanatisés franchissent la frontière, la situation dégénère en conflit sérieux sur l'île de Damanski.

47.20

Lors d'une attaque chinoise, 31 soldats russes sont tués. On reste discret sur les victimes de la contre-offensive. Moscou tente également de minimiser la gravité du conflit.

Pourtant, il est indéniable que la partie sud de la Sibérie, faiblement peuplée et aux structures déficientes, fait face à la population de la Mandchourie, une région fortement industrialisée qui croît rapidement. D'autres conflits sont à prévoir.

47.55

Une fois de plus, les dirigeants soviétiques réalisent qu'en cas de conflit, l'artère vitale de la Sibérie, le Transsibérien est menacée au plus haut point. Ils décident donc la construction de la ligne Baïkal-Amour, la BAM, déjà en projet depuis 1932.

48.19

L'Union de la jeunesse communiste est chargée de promouvoir le "projet d'aménagement du siècle".

48.33

La BAM sera le dernier grand programme d'investissement de l'Union soviétique. Bientôt près de 30 000 jeunes gens travaillent au tracé, parmi eux de nombreuses brigades internationales.

Les concepteurs vont rencontrer d'extraordinaires difficultés. Dans les régions à risques sismiques, soit plus de 3000 kilomètres, il faudra construire près de 1000 ponts et ouvrages de franchissement et percer plus de 25 kilomètres de tunnel.

49.08

L'un des volontaires, Alexandre Podokhé : "Mes amis étaient des pionniers. Pour leur idéal, ils ont vécu des années difficiles, mais heureuses."

49.20

Pour rien, semble-t-il. Après 10 années de construction seulement, en avril 1984 le premier train circule, mais les objectifs démographiques ne seront pas atteints. Parmi tous les jeunes gens arrivés enthousiastes dans la liberté de la taïga, beaucoup vont repartir, déçus par le manque d'équipements sociaux, de logements, d'écoles et de jardins d'enfants. Pourtant, on a besoin d'eux pour conquérir les richesses minières et édifier des industries.

49.50

Moscou fait son autocritique, mais l'argent fait encore défaut. Les difficultés économiques croissantes paralysent la politique soviétique.

Les planifications sont très éloignées de la pratique et ne comprennent aucune analyse des pertes et profits. Si, à Moscou, les presses de l'imprimerie nationale produisent continuellement de l'argent neuf, la nature se montre tout aussi inépuisable avec ses ressources.

50.15

L'un des projets les plus fous l'atteste encore. Il s'agissait de dévier le cours des fleuves sibériens pour alimenter les républiques du sud, qui souffrent d'une pénurie d'eau chronique.

50.25- Sergueï Salaguyn, membre de l'Académie

Dès la phase de planification de la centrale hydroélectrique de l'Ob, on s'est rendu compte que dévier de telles masses d'eau vers le sud était impossible. (50,36) Mais "dévier" les fleuves en direction du sud n'est pas véritablement la bonne expression pour cela. (50,42) Il ne s'agissait pas de dévier toute l'eau, mais une partie seulement. Du point de vue technique, de toute manière, c'était impossible. (50,58) Car même en ne prélevant qu'une partie du débit, les fleuves auraient tout de même modifié complètement leurs cours. Et tout aurait été alors bouleversé: le climat et toutes les conditions économiques (51,07). On n'en a simplement pas tenu compte. Vous savez, à l'origine de cette fameuse mégalomanie,(51,14) il y avait l'idée de Staline selon laquelle il fallait transformer la nature. 51,22

51.27

En 1981, plus de 68 000 personnes travaillent encore à la préparation de ce projet. Une fois de plus, l'exploitation des ressources de la Sibérie est considérée comme le moteur de l'économie soviétique.

À Moscou, on oublie volontiers qu'entre-temps, des centaines de milliers de kilomètres carrés ont été contaminés par l'industrie nucléaire et ses expériences, par les usines chimiques et par d'autres pollutions industrielles.

Un héritage qui rend de nombreuses régions inhabitables pour plusieurs générations.

52.01

La construction d'une usine de cellulose sur les bords du lac Baïkal menace de polluer un biotope unique et, en même temps, le plus grand réservoir d'eau potable au monde. En 1987, pour la première fois, la protestation publique s'organise. Depuis deux ans, Mikhaïl Gorbatchev est secrétaire-général du Parti communiste. L'ère de la Perestroïka et de la Glasnost a commencé.

52.27

Gorbatchev, représentant suprême d'un système à bout de souffle, doit essuyer la critique et faire face à la conscience croissante de ses concitoyens.

52.42

Le lac Baïkal - lac sacré des bouriates, fierté des Sibériens.

La vieille revendication des oblastniki, ces anciens partisans de l'autodétermination sibérienne, réapparaît : quand cessera enfin le despotisme de Moscou vis-à-vis de la Sibérie ?

53.11

Depuis plus de 200 ans, on exploite l'or sibérien. Pourtant, la rentabilité des mines ne tenait qu'au système des travaux forcés, à l'époque des tsars comme à celle de l'étoile rouge.

53.35

Du point de vue économique, malgré les fortes subventions, bon nombre de mines ne pourraient pas tourner. Depuis le milieu des années 80, l'Union soviétique connaît une crise économique qui met impitoyablement en évidence ces faiblesses. C'est la fin de l'exploitation de l'or dans le district de Magadansk.

54.10- Nadejda Feodina

Nous nous sommes préparés et nous sommes partis. Les tourneurs ont été licenciés. (54,17) Le soudeur a été licencié. On nous a simplement dit qu'il n'y avait plus de travail, voilà, c'est tout. (54,26) Et puis chacun a touché sa pension et son morceau de pain (54,30).

C'est ainsi que nous nous sommes quittés. Nous n'avons même pas bu un verre, même pas pleuré. Nous nous sommes préparés et nous sommes partis (54,42).

54.44

Tout comme la Iakoutie, la Bouriatie est aujourd'hui une République autonome. Une vieille revendication des peuples sibériens a été satisfaite.

Depuis quelques années, on restaure les monastères. Les gens reviennent à leur propre culture.

 

 

55.15 - Ganchour Tsyren

Aujourd'hui, chez nous, l'enseignement se fait de nouveau en langue bouriate. Beaucoup d'écoles ont organisés des cours spéciaux. (55,26) Ainsi, la Bouriatie et la langue bouriate vont de nouveau exister comme par le passé, car cette terre est celle de la Bouriatie. 55,35 La religion bouddhiste va se développer également. Elle est démocratique et opposée à la violence. Nous nous efforçons de vivre en paix. 55,50

55.54

La conquête de la Sibérie a commencé, il y a 400 ans, par la campagne de Yermak contre les peuples qui habitaient ces immensités.

56.04

Il fut suivi d'un flux ininterrompu d'hommes et de femmes, certains les fers aux pieds, d'autres à la recherche d'une vie meilleure, de travail et de pain.

56.24

Dans une histoire difficile, remplie de contradictions, un type d'homme particulier a vu le jour. Même sous la terreur de la dictature stalinienne, les Sibériens n'ont jamais perdu l'espoir.

56.48

Aujourd'hui, la Sibérie se dégage progressivement de l'emprise de Moscou et se concentre sur ses propres atouts. L'avenir est encore incertain, et il sera certainement inséparable de celui de la Russie.

L'ancien symbole d'un avenir communiste radieux, la centrale hydroélectrique de Bratsk, est aujourd'hui privatisé. Sa puissance est le symbole de la richesse des immensités sibériennes, et de leur avenir.

Adaptation : 3i Traductions.

 

Adaptation   3i Traductions