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Stonehenge

Une civilisation mégalithique

 

02:23

Stonehenge, le 21 juin. La nuit la plus courte de l’année s’achève. Comme d’habitude, la police a bouclé le secteur. La presse est présente et s’affaire. 02.31

02:40 O-TON TIM

Je n’ai pas le droit de pratiquer ma religion. Si on était en Bosnie ou autre part dans le monde, vous vous indigneriez d’une telle dictature qui se permet d’éliminer une religion. Mais dans ce pays, votre pays - Allez-vous seulement en parler ? NON ! 03.02

03:14 O-TON TIM

Les druides n’ont pas le droit de se rendre ici, dans leur temple, pour y célébrer le solstice d’été, mais vous, vous pouvez pénétrer librement. Ils vous y amènent même. Vous pouvez vous rassembler ici. Moi, je ne peux pas entrer dans mon temple. Alors, pourquoi, dites-le moi, vous autres gens de la presse. Vous qui êtes si doués pour poser des questions. Mais répondez pour une fois : Pourquoi vous ? Pourquoi la religion devrait-elle être mise à l’écart alors que la presse a le droit de venir ici ? Répondez ! 3.50

04:10 Titre

04:48

Stonehenge la nuit. En se promenant parmi ses vestiges, le visiteur éprouve l’impression de pénétrer dans un monde englouti. Un monde englouti, vieux de milliers d’années. Tout a disparu avec lui. Excepté quelques vestiges : des poteries, des silex, des sépultures - et des monuments de pierre. Sa construction a duré plus de mille ans. Jamais les hommes n’ont mis autant d’acharnement à bâtir un monument. Seule une ruine demeure aujourd’hui de Stonehenge. Ceux qui l’ont édifié n’ont laissé aucun message pour expliquer les raisons de leur geste. Et même les pierres n’ont rien révélé. Elles accueillent avec indifférence les réactions de la postérité pour qui Stonehenge est un miroir de pierre. Celui qui regarde à l'intérieur voit s’y refléter son image et les silhouettes de son temps. 05.34

05:46

Il y a 100 ans à peine, les Celtes passaient pour les premiers habitants de l’Angleterre. On disait que Stonehenge était l’un des temples de leurs prêtres, les druides. Les congrégations de druides étaient en vogue autrefois au XIXe siècle et aujourd’hui encore, ces congrégations se considèrent comme les héritiers légitimes des bâtisseurs de Stonehenge. Pendant des décennies, ils s’y sont rassemblés pour célébrer le solstice d’été. 06.09

06.10

Dans la paix et l'amour, nous jurons ici

de garder nos mains et nos coeurs unis.

Emplissez nos esprits et écoutez nos voix,

renouveler le voeu sacré de notre foi.

06:33

Cependant, depuis 1987, plus personne n’est autorisé à organiser de rassemblement à Stonehenge pour le solstice d’été : ni les druides ni les simples mortels. Auparavant, des milliers de personnes - druides et hippies, gens du voyage et solitaires ésotériques - se retrouvaient chaque année pour un gigantesque happening au milieu des pierres. Ils campaient dans les champs environnants, au grand dam des agriculteurs. La police n’osait pas pénétrer dans le campement. Elle a fini par interdire l’accès de Stonehenge à tous ceux qui voulaient remplir ce lieu de leur imagination. Depuis, tous les 21 juin, c’est en solitaire que le soleil se lève sur Stonehenge au-dessus de la pierre située à l’est sur le devant du site. Il ne s’élève plus exactement au-dessus de la pierre, mais un peu à droite - l’axe de la terre s’étant déplacé depuis 5000 ans. 07:21

07:37

Si l’on en croit la légende, les anciens druides pratiquaient des rites sanguinaires. Pour eux, le début de l’été correspondait à la célébration des noces du ciel et de la terre. Un sacrifice humain était nécessaire pour renforcer ce lien. Afin que le soleil continue à se lever chaque jour tout au long de l’année. 07.53

08:30

Ainsi Stonehenge représente-t-il pour les druides d’hier et d’aujourd’hui une allégorie de l’ordre éternel de la création, un symbole de l’harmonie entre l’homme et la nature, entre le ciel et la terre. Et malheur à ceux qui oublieraient de commémorer cette harmonie, prédisent les druides. 08.40

08:41 O-TON TIM

Si les corbeaux quittent la tour de Londres, ou si les singes quittent le rocher de Gibraltar, de même le désastre s’abattra sur la nation, si la cérémonie des druides s’arrête à Stonehenge, le désastre ne sera pas loin. Pas seulement pour la nation britannique, mais pour la communauté européenne tout entière. Comme à Carnac, nous entretenons une tradition. Cette tradition est importante, non seulement pour le cœur et l’âme de cette nation, mais aussi pour toutes les nations. Que le soleil vous illumine ! 09.25

09:35

Il est étonnant que Stonehenge exerce encore aujourd’hui une telle fascination, malgré sa situation en bordure de l’autoroute, avec son cortège de vacarme. 9,38

09:39

Il existe cependant d’autres endroits datant de l’âge de la pierre qui évoquent une ambiance différente. Plus joyeuse, plus détendue. Comme Avebury par exemple, à trente kilomètres au nord de Stonehenge, où les troupeaux de moutons paissent tranquillement parmi les vestiges d’un monumental cercle de pierres. 09:52

10:00

Ou, tout à côté, l’insolite Silbury Hill, la plus grande colline artificielle jamais bâtie par les hommes de la préhistoire. Haute de 40 mètres, elle renferme dans ses entrailles une pyramide calcaire, une des toutes premières pyramides de l’humanité. Comme de nombreux vestiges de l’âge de la pierre, la colline de Silbury passe presque inaperçue. Elle a été construite dans le renfoncement d’une vallée, ce qui la fait paraître plus petite qu'en réalité. Son sommet n'offre pas une vue plus étendue que les collines avoisinantes. Les deux fouilles entreprises n’ont, là encore, apporté aucun éclaircissement sur l’usage qui a pu en être fait, ni la raison pour laquelle cette construction a été recouverte de terre. Par contre, elle ne contient pas de chambre funéraire. 10:53

11:06

Autre exemple, les alignements de Carnac en Bretagne. Plus de 3000 menhirs se suivent les uns à côté des autres sur 4 kilomètres, certains pesant plus de 30 tonnes et personne ne sait pourquoi, ni dans quel but, les hommes ont un jour entrepris la tâche d’amener là ces pierres grises et de les dresser à la verticale. Ni quelles espérances les ont poussés à le faire. Ni quelle ardeur les animait dans leur tâche. Et s’ils ont été récompensés des sacrifices pratiqués à cet endroit. 11:31

11:59

Et pourtant, aucun autre édifice de l’âge de la pierre n’a autant excité l’imagination du monde moderne que Stonehenge. Stonehenge est situé dans le comté du Wiltshire dans le Sud-Ouest de l’Angleterre. Il existe certainement des contrées plus exaltantes dans ce pays. Et pourtant, des milliers d’années avant Stonehenge, des hommes avaient déjà choisi cet endroit pour y bâtir leur temple. Vers l’an 8000 avant J.-C., ils enfoncèrent les premiers piquets dans le sol, à l’endroit où se trouve actuellement le parking. Ils délimitèrent l’emplacement du lieu de culte et des sépultures voisines avec la pierre blanche calcaire recouverte d’un mince tapis d’herbe - peut-être était-ce aussi pour avertir les étrangers de ne pas trop s’en approcher. 12:37

12:38 O-TON CHIP

Voilà le paysage calcaire anglais, de l’herbe verte sur des rochers blancs. C’est ici, il y a plus de 5000 ans, qu’ils ont bâti le premier Stonehenge. Un seul et même espace entouré d’une double enceinte de pierres blanches calcaires contrastant avec l’herbe verte. 12.51

12:54

Au centre des deux enceintes, les hommes érigèrent un temple en bois qu’ils entourèrent progressivement de pierres à hauteur d’homme. Aux alentours de 3100 avant J.-C., les habitants de la région entreprirent la construction du site. Et pourtant, quelques centaines d’années plus tard, ils s’en désintéressèrent brusquement. Les broussailles envahirent Stonehenge. A quelque 1000 mètres de distance, ils commencèrent la construction d’un nouveau site, dont ne demeure aujourd’hui que le plan horizontal. Mais pour des raisons tout aussi inexplicables, ils abandonnèrent à son tour l’édifice pour se tourner à nouveau vers Stonehenge. 13.28

13:30 O-Ton CHIP

Ils sont revenus ensuite, un millier d’années plus tard, à ce même endroit. Sur cet ancien site, ils ont bâti un tout nouveau Stonehenge avec d’énormes blocs de pierre. Nous pensons qu’ils ont utilisé des blocs de pierre parce qu’ils avaient l’habitude des constructions en bois réalisées avec de grands troncs d’arbres. Cela ressemble à une construction en bois, le bois étant cette fois remplacé par des pierres. Ils les ont organisées d’une manière géométrique, et les ont orientées d’après la position du soleil, et peut-être aussi de la lune. Ce n’est pas vraiment de l’astronomie, au sens moderne du terme, mais une sorte de cosmologie. Cet endroit sacré a été conçu en relation avec les corps célestes. 14.05

14:07

Stonehenge fut achevé aux environs de l’an 1500 avant J.-C. Le regard se dirige naturellement vers le centre, et non vers l’extérieur, c’est-à-dire vers les astres. S’ils avaient voulu suivre leur mouvement, ils n’auraient pas eu besoin d’un tel monument. 14:20

 

14:22

Une tombe de l’âge de la pierre en Irlande. Au-dessus de l’entrée menant à la chambre funéraire se trouve une ouverture où s'engouffre la lumière. Elle est orientée de telle manière que le 21 décembre, jour du solstice d’hiver, les rayons du soleil levant pénètrent à l’intérieur du tumulus, jusque dans la chambre funéraire. Ceux qui ont attendu là dans l’obscurité - à l’époque, il y a 5000 ans - ne suivaient pas la course du soleil. C’était au contraire le soleil qui les suivait. A travers ses rayons, il les sanctifiait, de même que l’édifice. Lentement, la lumière se glissait le long du couloir de 19 mètres jusqu’à la chambre funéraire qu’elle finissait par éclairer. Peut-être pour indiquer la sortie du tombeau aux âmes de ceux qui étaient enterrés là. Peut-être aussi pour renforcer le pouvoir de l’assemblée des prêtres réunis ici, un pouvoir conféré par le savoir. Quiconque, à l’époque préhistorique, était autorisé à attendre le soleil en cet endroit, avait finalement quelque chose à raconter - et l’assurance qu’à partir de ce moment les jours rallongeraient. Mais c’était probablement la partie la plus insignifiante du message. 15:19

16:02

Les hommes qui ont édifié ce monument il y a quelque 5000 ans, étaient des paysans vivant dans des huttes de bois. Construire un édifice en pierre comme ce tombeau représentait pour eux un effort colossal. Ils l’ont probablement accompli en pensant à leurs morts et à leur résurrection. En 1969 seulement, les archéologues ont découvert le secret du passage de la lumière à New Grange, en étudiant ce gigantesque tumulus et en essayant de lui redonner son aspect primitif. Les gens vivant ici dans la vallée de Boyne n’avaient cependant pas oublié l’ancien tombeau. Ils croyaient que de puissants souverains y étaient enterrés. Au cours du millénaire, le vent et la pluie avaient presque réussi à niveler le tumulus. Des arbres y poussaient. New Grange est aujourd’hui une attraction touristique. La face du tombeau avec ses pierres en quartz blanc projette au loin son éclairage sur la verdure du paysage. 16.58

17:10

Stonehenge, par contre, demeurera à jamais une ruine. Il n’est venu à l’esprit de personne de le reconstruire, ni de redresser ses pierres. De même, jamais personne n’a songé à s’installer à proximité. A vivre dans son ombre. A y concevoir et à y élever des enfants. Stonehenge se protège par l’ombre qu’il dégage. Même en ruine, il respire l’arrogance du pouvoir de ceux qui l’ont édifié. Comme si, encore maintenant, il n’obéissait qu’à ses bâtisseurs - et à personne d’autre. Un ouvrage symbole de pouvoir, séparant ceux qui y pénètrent et ceux qui ont seulement le droit de le regarder de l’extérieur. Stonehenge est peut-être au fond le premier ouvrage moderne de tous les temps. 17.55

18:04 O-TON CHIP

Stonehenge a été construit par des hommes du néolithique, par des fermiers. Nous vivons d’ailleurs encore de la même manière. La grande révolution, dans notre préhistoire, fut le passage des chasseurs-cueilleurs aux fermiers. Nous sommes des fermiers, dans le fond. Nous vivons en sédentaires, nous construisons des buildings et nous possédons des quantités de choses. 18.27

18:28 O-TON CHIP

Stonehenge fait partie de cette culture. C’est un endroit fixe. Il a été bâti par des gens qui possédaient des fermes et le sens de la défense du territoire, de leur propre espace. Cette chose monumentale qu’ils ont construite a pu avoir une fonction pratique, mais elle a pu aussi bien servir en quelque sorte de théâtre. C'est comparable aux grands immeubles que nous érigeons à l’heure actuelle. Même cet espace à l’intérieur de Stonehenge est un endroit fermé, un lieu de cérémonie et de drame. Sa forme est semblable à un théâtre ou une scène dans notre civilisation. 19.05

19:07

Depuis qu’ils s’intéressent à Stonehenge, les archéologues tentent de percer le mystère de son apparence d’origine. Ils ne sont même pas d’accord entre eux sur le nombre de pierres. Il devait, semble-t-il, y en avoir 162. Mais là où le savoir fait défaut, l’imagination reprend ses droits. L’imagerie romantique de Stonehenge veut que l’alignement des pierres recèle une signification supérieure cachée. Ainsi, en multipliant le périmètre du cercle intérieur de pierre par 2,7 millions, on obtient le périmètre de la terre, sachant également que le diamètre de Stonehenge est le 400.000ème du diamètre de la terre. Naturellement, cette mystique mathématique, qui omet de préciser que chaque nombre est la fraction d’un plus grand, entretient une spéculation hasardeuse. Mais toute reconstruction scientifique de Stonehenge aussi. 19.52

 

19:55 O-TON CHIP

Sur cette animation virtuelle, l'ensemble est parfait, peut-être trop parfait, parce qu’on ignore en fait si Stonehenge a été achevé. Mais s’il a été achevé un jour, il devait ressembler à ça avec une enceinte extérieure faite de pierres verticales, avec des pierres horizontales sur le dessus, et à l’intérieur un cercle de petites pierres bleues qui ne sont pas de la région. Elles viennent du Pays de Galles, à 200 km d’ici. Puis de grandes pierres agencées en forme de fer à cheval, un autre fer à cheval fait avec des pierres plus petites, et enfin au centre, une pierre qui se dresse, solitaire, dans une sorte de Saint des Saints, à l’intérieur de l’enceinte centrale. 20.32

20:36

La légende veut que Merlin ait été l’architecte de Stonehenge. Merlin, autrement dit Merlin l’Enchanteur, qui recueillit sur la grève le roi Arthur, alors nourrisson, et l’éleva. Arthur, à l’époque, ignorait encore tout des pierres sacrées, qui paraît-il existaient au-delà des mers. Pendant longtemps, il s’en désintéressa même. Il faut dire qu’avec ses chevaliers de la table ronde, il poursuivait constamment la quête du Graal. Cela suffisait à nourrir son enthousiasme. Plus tard seulement, lui revinrent à l’esprit les pierres magiques d’au-delà des mers, car leur possession était synonyme de pouvoir. Il prit conseil auprès de Merlin, traversa la mer avec ses chevaliers et vainquit une armée terrifiante sur l’autre rive. 21.14

21.24 Un arc-en-ciel indiqua finalement à Arthur le chemin qui le conduirait jusqu’aux pierres. 21.27

21:57

Toujours selon la légende, Arthur partit ensuite pour l’Irlande. Toutefois, les pierres les plus anciennes de Stonehenge viennent du Pays de Galles. Arthur ne devait donc pas traverser la mer d’Irlande, mais bien le canal de Bristol pour parvenir ici dans les Prescilly Mountains et sur le mont Carmenyn, craint jusqu'à nos jours comme un lieu dangereux la nuit. En échange des pierres, les hommes de Stonehenge devaient certainement payer un tribut aux habitants de cette région montagneuse du Pays de Galles. Il est possible qu’à un moment, ce tribut soit devenu trop lourd pour eux. Pour une raison inconnue, cette pierre en tout cas, qui était déjà détachée et taillée, n’a pas fait le voyage. 22.35

22:36

L’ancienne légende d’Arthur et de Merlin a conservé une partie de l’histoire réelle. Près de 500 ans plus tard, les constructeurs de Stonehenge se rendaient sur cette montagne pour y prélever des pierres et les traîner le long des pentes douces jusqu’à la mer. Pour la postérité, cette performance demeura longtemps impensable. La légende raconte ensuite que Merlin a eu recours à ses pouvoirs magiques pour transporter les pierres en Angleterre, les chevaliers n’étant pas capables de les remuer et qu'avec ces pierres, il aurait bâti Stonehenge. De simples humains semblaient trop faibles pour pouvoir accomplir une tâche aussi gigantesque. 23.05

23:41

Jusqu’à ce jour, la taille des blocs de rocher utilisés pour la construction de Stonehenge dépasse celle que l’on peut trouver habituellement. Les hommes de l’âge de la pierre brisèrent les blocs en appliquant du suif le long du parcours des veines de la pierre, en l’enflammant puis en aspergeant les pierres avec de l’eau froide. Cela suffisait pour fendre la roche. 23.59

24:19

Il est facile de scinder une pierre lorsqu'on sait décrypter le parcours de ses veines. De nos jours, on emploie des aiguilles courtes en acier, mais à l’époque les hommes disposaient seulement de simples coins en bois. Ceux-ci étaient aspergés d’eau et gonflaient - cette simple force suffisait pour fendre un bloc de granite. Ces techniques n’ont plus cours aujourd’hui. 24:38

25:08

Le long des côtes européennes, de Malte à la Suède, les hommes ont dressé des pierres, qui, comme le géant de Manio en Bretagne, pesaient jusqu’à 60 tonnes. Personne ne voudrait se hasarder de nos jours à tirer des pierres d’un tel poids à travers des champs et des cours d’eau, des forêts et des dénivellations. Les pierres n’ont conservé aucune trace de l’effort déployé pour les bouger. Il est tentant de penser qu’elles ont pu être déplacées sans effort, que les hommes de l’âge de la pierre possédaient un savoir mystérieux, une connaissance des lignes de force de la terre. En Angleterre, la croyance populaire veut que de telles lignes de force -appelées "Ley Lines"- traversent le pays en empruntant des chemins tirés au cordeau. Selon cette croyance, elles relient les sommets des montagnes, les sépultures de l’âge de la pierre et les anciennes églises. Avebury, par exemple, cet imposant cercle de pierres, serait un point de convergence de plusieurs Ley Lines, expliquant la présence de nombreuses pierres rassemblées à cet endroit. 26.03

26:06 O-TON TIM

Avebury. Que puis-je vous dire d’Avebury ?

C’est le temple de l’amour. Les personnes qui ont construit ce temple avaient en moyenne 18 ans - à 30 ans, ils étaient morts. Ils ont imprégné cet endroit du pouvoir de leurs rites. Ces rites étaient basés sur l’amour et la sexualité. Les pierres de cet endroit sont imprégnées de ce pouvoir. Mais elles sont également imprégnées d‘un autre pouvoir, ou plutôt d’autres pouvoirs au pluriel, ceux des lignes sacrées qui traversent le temple, 25 en tout, connues sous le nom de ley lines. L’une d’entre elles va de Uffington à Stonehenge, en passant par Silbury Hill, West Kennet Low Barrow, Tenhill - des sites connus dans l’histoire de ce pays. 27.02

27:06

Les pierres étant muettes, les hommes sont contraints de s'exprimer à leur place. Les hommes changent, seules les pierres restent immuablement figées. C’est peut-être cela qui les fait paraître si pleines de promesses, qui les rend si rassurantes. Les pierres sont inexpressives, patientes et muettes. Elles sont innocentes, et les hommes aimeraient l’être aussi, innocents et protégés par la certitude de la bienveillance de la terre à leur égard s’ils la traitent de même. 27:31

27:46 O-TON TIM

Chaque pierre du cercle recèle une signification. Celle-ci, c’est la pierre de la pluie, la pierre du tonnerre. Le minerai de fer recouvrant son sommet attire la foudre, qui frappe la pierre et illumine les ley lines. Il en va de même avec les personnes. Nous avons chacun un chemin à parcourir. Chacun d’entre nous possède sa propre ley line. Quand j’étais jeune, j’ai quitté Londres pour venir ici dans le royaume de Wessex et j’ai vécu à Stonehenge en compagnie des Wollies de Wessex, les gens qui ont monté le festival de Stonehenge. Je suis venu ici, et maintenant je suis druide. Je suis toujours là, je parcours à pied l’ancien royaume et les chemins qui mènent au bonheur, à la vie et à l’amour. 28:48

28:51

L’idée que les pierres portent bonheur est vieille comme le monde. Cette croyance doit tenir à l’étonnement qui saisit les hommes quand ils parviennent à bouger avec leurs propres forces des pierres pesant des tonnes. A l’âge des machines, les pierres sont devenues des poids morts. Elles se plient sans résistance à la volonté de l’homme qui n’éprouve plus de respect envers elles. Comment le pourrait-il d’ailleurs. Mais pour quiconque veut s’attaquer à la pierre à mains nues, cette dernière se transforme en un être animé qu’il faut vaincre pour en déranger la tranquillité. 29:22

29:34

Tirer une pierre de 30 tonnes sur des troncs de bois nécessite la force de 200 hommes. Ou de 50 hommes et 4 bœufs. Une fois la pierre en mouvement, impossible de l’arrêter. 29.47

30:06

Ils n’étaient sans doute pas plus de 2000 à faire partie du clan qui bâtit Stonehenge. Un dixième de ces hommes était donc régulièrement occupé durant la saison sèche à ramener les pierres sur la terre ferme. Ou à construire les rampes avec lesquelles ils pourraient les redresser à la verticale. 30:24

30:33

Lorsque la pierre bascule de 75 degrés par-dessus de la rampe dans le trou creusé dans la terre, 17 personnes suffisent pour la redresser. Les lois de la mécanique réservent bien des surprises. 30:43

30:45

Le plus grand défi qu’ont dû relever les constructeurs de Stonehenge fut certainement de poser les pierres de recouvrement. En se servant d’un échafaudage en bois, ils ont réussi à soulever péniblement les rochers pour les amener à une hauteur de 5 m. Il leur a fallu pour cela des quantités énormes de bois, dont l’approvisionnement n’a cependant pas dû constituer un obstacle. Le pays était à peine défriché. Les habitations humaines ne formaient encore que de petits îlots au milieu de vastes forêts. Il était vraisemblablement plus facile d’abattre des arbres que de creuser le sol dur en calcaire pour en faire des rampes devant atteindre 5 m de haut. 31:17

31:34

Selon les calculs les plus récents, la construction de Stonehenge a nécessité 2,6 millions d’heures de travail - si on se base sur la force de travail d’un seul homme. Elle s’est prolongée sur un millénaire. Chaque année, les habitants devaient investir en moyenne 2600 heures, c’est-à-dire environ 320 jours de travail pour un seul homme. 32 jours de travail pour 10 hommes. Sans compter les fêtes célébrées lorsqu’une pierre était relevée. La tâche n’était toutefois pas insurmontable. 32:07

32:11

L’expérience du maniement des pierres s’est transmise de génération en génération pendant des milliers d’années. Les hommes affinèrent et enrichirent ces connaissances. Mais soudain, elles ont perdu toute valeur à leurs yeux. La pierre n’a plus été utilisée. Sur l’échafaudage de bois, la pierre de couverture est roulée sur d’autres déjà dressées. Une fois sa position définitive trouvée, il est étonnamment facile de l’abaisser. 32.35

33:11

Les hommes en dressant ainsi des pierres voulaient défier l’éphémère et laisser un signe. Un signe qui leur survivrait. Un signe pour la postérité. La réaction des générations futures est cependant imprévisible. La puissance de ce signe n’était pas en soi un gage de survie. Pas plus que son insignifiance. En Bretagne, près de Carnac, un petit monolithe très ancien se dresse au bord de la route, haut d’un mètre à peine. Aussi modeste qu’il puisse paraître, il a toutefois été perçu comme une provocation par les générations suivantes qui finirent par l’intégrer à leurs symboles et le mirent sous la protection de leur Dieu. 33.48

33:51

Dans la culture occidentale, les croix de pierre symbolisent une zone sous la protection d’une puissance supérieure qui devra la soustraire à l’arbitraire des générations futures. Mais souvent, cela fonctionne seulement pendant de courtes périodes. Stonehenge a peut-être survécu à travers les millénaires uniquement parce qu’il a éveillé des sentiments chez ceux qui finalement auraient pu constituer une menace pour lui, chez l’homme de l’ère moderne. Des sentiments pour un espace. Des sentiments romantiques. 34:16

34:20 O-Ton (Gustav PEICHL)

Lorsqu’on regarde Stonehenge, on ressent quelque chose en pénétrant à l’intérieur du site. On avance parce que c’est un espace. Il est très rare que les architectes ou les urbanistes créent ou rassemblent des espaces. Un espace n’a pas besoin de toit. Un espace peut être intérieur, il peut être extérieur. A Stonehenge, il est les deux à la fois. En pénétrant sur le site, on ressent une atmosphère. Une atmosphère de sensualité, de curiosité. Ces impressions peuvent naître, parce qu’il s’agit d’un espace. 34.53

34:59

Depuis quelques centaines d’années seulement, Stonehenge éveille chez ceux qui le regardent des sentiments dont il nous reste des témoignages. On ne dispose en tout cas d’aucun récit des temps plus anciens dans lesquels les hommes auraient raconté leurs sensations à la vue de Stonehenge. Cela tient vraisemblablement au fait que le site n’était pas considéré alors comme l’œuvre de l’homme, mais comme le caprice de puissances supérieures. Beaucoup plus tard, à partir de l’ère des machines, les hommes se sont émancipés du poids des pierres et ont pu les savourer en tant que symboles de l’intemporalité. Plus elles leur paraissaient mystérieuses et plus le sentiment était exalté. A cette époque, on a découvert que Stonehenge décrivait une forme circulaire. Le cercle représente pour nous la quête de l’aboutissement, de l’harmonie, de l’infini. Personne ne peut dire en revanche si les constructeurs de Stonehenge partageaient cette vision de leur œuvre. Mais nous la ressentons ainsi.35.57

36:42

O-TON

Le cercle est excitant. Le cercle est statique. Le cercle attire. Aujourd’hui, l’humanité ne peut plus se passer de cercles. Prenez par exemple des symboles très simples comme une cible, ou deux cercles avec deux points à l'intérieur, les caractères sexuels secondaires féminins, ou encore le nouveau drapeau des Nations unies.

Le cercle est important pour l’architecte car il peut s’en servir pour mener des réalisations tout à fait passionnantes. On peut entamer ou couper un cercle. On peut réutiliser le centre d’un cercle pour des unités fonctionnelles, caractérisées par la rondeur. Le cercle est la seule figure géométrique, présentant toujours le même aspect suivant l’angle avec lequel on le regarde. Les architectes d’aujourd’hui ne peuvent absolument pas se passer de cercles. Le cercle est un miracle. 37.41

37:42

Aujourd’hui, ce miracle est devenu une attraction touristique. Dans la lumière blafarde d’un soleil bas, on distingue encore la route menant autrefois à Stonehenge et qui, elle aussi, était bordée de pierres. On a longtemps cru que le site avait été détruit par les Romains, venus en Angleterre peu avant notre ère. On a retrouvé, en effet, à 20 km de Stonehenge les vestiges d’une ancienne forteresse romaine. Mais apparemment, les Romains, comme ceux qui vinrent après eux, remarquèrent à peine Stonehenge. Stonehenge se dégrada au fil des millénaires, sans que l’homme ne soit responsable de cette dégradation. D'ailleurs, cette contrée a toujours été peu habitée. Le terrain servait aux troupeaux de moutons, qui aujourd’hui encore continuent à y paître. 38:23

38:24 O-TON Christopher Chippindale

Stonehenge a survécu parce les gens s’en sont désintéressés petit à petit. Ils ne pouvaient pas se servir des pierres comme matériau de construction, alors ils l’ont abandonné là à sa propre démesure et à son inutilité. Il n’a pas été détruit ni colonisé pour venir renforcer le christianisme. La preuve en est ce nom même de Stonehenge. Stonehenge est un néologisme. Il a été inventé dans l’ancien anglais, une langue germanique, des siècles après avoir été oublié. Quand les gens l’ont redécouvert, ils s’y sont intéressés à nouveau. Ils l’ont baptisé Stonehenge et nous avons depuis inventé les représentations et les nouvelles significations de Stonehenge. 39.03

 

39:05

Depuis, ils sont chaque année un million à vouloir se faire une idée de Stonehenge, de sa taille, de sa présence mystique. Ils arrivent dans des cars plus hauts que le monument à visiter. Ils viennent seuls ou en groupes, intéressés ou voyeurs. Comme les pèlerins du temps jadis, ils battent la campagne, non plus à la recherche de miracles divins, mais de secrets humains. Les touristes sont les pèlerins d’aujourd’hui. Ils n’ont plus le droit de toucher les reliques de l’âge de la pierre. Alors chacune les envoûte à sa manière. L'aventure de Stonehenge est reportée à plus tard, quand on sera rentré à la maison. Stonehenge en soi ne parvient à captiver qu’un petit nombre. 39:49

40:25 O-TON CHIP

Concernant Stonehenge, une seule chose est certaine: il n’a pas été construit pour devenir un monument archéologique ni une attraction touristique. C’est un temple préhistorique. Au moment de sa construction, il a apporté une nouveauté, un étonnement, une différence. C’est la première chose fondamentale à comprendre : il a apporté quelque chose de très différent. 40.47

40:48

Mais jadis comme aujourd’hui, tout le monde n’a pas le droit de pénétrer sur le site de Stonehenge. Il est en effet disposé de telle manière que les gens sont triés malgré eux - selon leur rang, selon leur importance. 40:56

40:58 O-TON CHIP

En pénétrant dans Stonehenge, vous constatez combien l’espace est clos, vous voyez qu’il y a plusieurs barrières de pierres qui devaient filtrer les gens et retenir la plupart d’entre eux à l’extérieur. Et puis au milieu : le sanctuaire, l’endroit important, de la taille à peu près d’une scène de théâtre. Intense, fermé. Nous ignorons ce qu’ils y faisaient, mais nous devinons que c’était quelque chose de très spécial et de très important. On a l’impression d’être caché quand on se trouve au milieu, que c’est un endroit réservé à certaines personnes douées d’une connaissance particulière. Et puis il y a cette enceinte imposante pour retenir la foule, et exclure les gens qui ne détenaient pas le savoir. 41.36

41:36

Peu d’endroits en Angleterre ont été si souvent et si intensément fouillés que cette zone de Stonehenge, et cela depuis le début du siècle. L’archéologie se voulait encore à l’époque une science patriotique qui s’efforçait constamment de retrouver la trace des premiers Anglais. Mais Stonehenge n’était pas un lieu de sépulture. Le squelette que l’on a retrouvé au pied du rempart de Stonehenge était certainement un étranger qui s’était approché de trop près du temple, qui avait été tué et peut-être enterré là pour décourager d’autres tentatives. A part celui-ci, Stonehenge ne recèle aucun autre squelette.

42:10

Stonehenge ne porte également aucun des ornements que l’on peut trouver sur les pierres des couloirs et des chambres dans les grands tombeaux conservés intacts depuis l’âge de la pierre. Ces pierres-là sont parsemées de spirales, de cercles et de lignes se perdant en labyrinthes. Ces grands tombeaux étaient probablement réservés aux princes de tribu. Ceux qui ont bâti ces tombeaux croyaient en une vie dans l’au-delà et ils les ont bâtis car ces tombes protègent pour l’éternité. Aux alentours de 3000 avant notre ère, l’entrée du tombeau de Gravinin en Bretagne a soudainement été murée, l’ensemble de la colline a été recouvert de sable et rendu de fait méconnaissable. Les morts furent ainsi sauvés. Des vivants, rien ne nous est parvenu. 42.54

43:01

Mais les changements d’époques ne résultent pas toujours des catastrophes. C’est au nord de Dublin, dans la vallée du Boyne, que se situent les célèbres tombes de rois irlandais, New Grange, Knowth et Dowth. Contrairement aux tombes bretonnes de l’âge de la pierre, l’imposante tombe principale de Knowth ainsi que les nombreuses tombes satellites ont été colonisées jusqu’au Moyen Age, par des Celtes et des chrétiens, des paysans et des nobles. Ils n’ont pas détruit le site, mais l’ont habité. Parfois, le lieu servait même de cour royale. Knowth a été le dernier grand tombeau de l’âge de la pierre mis à jour en Europe. 43.33

43:34 O-TON George Eogan

Nous nous trouvons maintenant dans la tombe de l’Est, à laquelle on accède par un très long passage. Lorsque nous sommes venus ici pour la première fois après la découverte du site, je dois dire que ce fut pour moi un moment d’exaltation d’arriver au bout du passage et de découvrir cette gigantesque chambre. 43.53

43:54 O-TON George Eogan

Sa construction présente un intérêt considérable. Les pierres basses forment de larges montants, mais au-dessus, les pierres plus petites étaient agencées d’une manière très habile, décalées, l’une légèrement en dessous de l’autre. Il était ainsi possible de s’approcher graduellement du toit et de créer une sorte de voûte, couverte à six mètres au-dessus du sol par une pierre unique. 44.30

44:33

Ces chambres funéraires ne renfermaient pas de squelettes. Comme pour la plupart des tombes collectives de l’âge de la pierre, les morts étaient brûlés devant l’entrée. Seules leurs cendres y étaient enterrées. C’est la raison pour laquelle l’incertitude persiste sur le nombre de personnes ayant trouvé là leur dernière demeure. Le socle extérieur du tumulus est orné de riches pierreries qui représentaient vraisemblablement les coulisses des processions devant le tombeau proprement dit. 44:57

45:01 O-TON EOGAN

L’une des caractéristiques les plus remarquables de Knowth est la richesse de son art mégalithique. Cet art, on le retrouve habituellement sur la face visible des pierres. Il consiste en une série de motifs individuels, comme des spirales par exemple. Ce motif-là ressemble à un lever de soleil. 45,22

45:24 O-TON

On pratiquait de petits trous dans la surface des pierres et dans certains cas, on peut littéralement compter le nombre de marques effectuées, car ici, cet art est particulièrement bien préservé. C’est un art non figuratif. Peut-être d’ailleurs ne devrions-nous pas utiliser le terme d’art, mais parler plutôt d’un symbolisme religieux. Ce n’était certainement pas quelque chose qu’ils pratiquaient sur les pierres pour les embellir ou tout simplement dans un but décoratif. C’étaient des motifs individuels qui étaient représentés. Nous devons considérer ces motifs comme la partie d’un tout. Ici par exemple, nous pouvons voir des cercles sous différentes formes. A d’autres endroits, ce sont des arcs et bien sûr ici à nouveau une spirale. Donc je considérerais plutôt chacune de ces pierres comme des dessins séparés, mais dans le même temps en relation les uns avec les autres pour former une façade décorative tout autour de la barrière de la tombe. 46,37

46:38 O-TON

Cela nous amène à la question de la fonction de cet art en soi. Quand on observe l’art des pavés, on se dit que ces pavés faisaient probablement partie intégrante d’un chemin de procession qui devait être en relation avec l’utilisation générale de ces tombes comme grands centres rituels. 46,59

47:01

L’ère des cultures mégalithiques s’achève aux alentours de l’an 1500 avant J.C. avec l’avènement de l’âge du bronze. Il semble que ceux qui ont peuplé le pays pendant des millénaires et l’ont marqué de leurs symboles, aient brusquement disparu. Les hommes qui leur ont succédé peu à peu n’avaient que faire de cet héritage de pierre. Stonehenge représentait le symbole d’un clan familial dont la zone d’influence ne devait pas dépasser le périmètre nécessaire à la subsistance de 2000 personnes. L’âge du métal a connu de grands royaumes, dont les centres étaient desservis par des routes marchandes. Stonehenge n’était pas un carrefour commercial. 47.40

47:50

Seules quelques constructions monumentales de l’âge de la pierre qui ornaient jadis par milliers les côtes européennes de la Méditerranée jusqu’à la Baltique pouvaient résister aux générations suivantes qui s’approchaient toujours plus près des anciens sites sacrés. A Crucuno, près de Carnac, se trouvait autrefois un gigantesque site funéraire dont il ne reste qu’un imposant dolmen.

Les maisons se sont avancées jusqu’aux abords du tombeau qui n’a dû sa pérennité qu’aux 50 tonnes de pierre de sa couverture qui dissuadèrent toutes les tentatives de déplacement. 48,23

48:30

Sans le monticule de terre qui les protégeait, les chambres funéraires autrefois sacrées n’auraient pas résisté à l’humidité. Les pierres détrempées ont perdu de leur aura, rien n’a subsisté des espérances de vie après la mort. Elles ne trahissent plus les efforts de l’assemblée des prêtres, qui entretinrent cette tombe pendant des siècles tout en veillant jalousement sur leurs privilèges, sur l’accomplissement des rites et sur le choix de ceux qui étaient dignes d’y être enterrés. Les hommes de l’âge du bronze enterraient leurs morts dans des tombes individuelles qui ne furent plus jamais ouvertes. L’époque des sépultures collectives était révolue. 49:09

49:15

De nos jours, les dolmens apparaissent comme des corps étrangers qui dénotent dans le paysage. Les alignements de Carnac sont devenus des obstacles pour les Ponts et Chaussées qui doivent concevoir leurs tracés de manière à contourner les champs de pierre. Le petit village de pêcheurs de Carnac en Bretagne est devenu un lieu de vacances très fréquenté pendant la saison touristique. Une fois la saison passée, le calme de la province française reprend ses droits. Autrefois, les tombes et les alignements étaient situés en dehors du village. Petit à petit, les appartements de vacances et les terrains de camping ont gagné du terrain, se rapprochant tout près des menhirs. 49,45

49:49

Toutefois, les anciens lieux de culte et de sépulture avaient déjà été accaparés bien avant. Ainsi, l’imposant Mont St. Michel dans le centre de Carnac, une gigantesque sépulture de l’âge de la pierre, est aujourd’hui agrémentée d’une chapelle. La plupart des dolmens situés au milieu du site, dans la mesure où ils étaient encore debout, ont été christianisés. Pour échapper à la destruction, on devait s'approprier l'étrange, pour qu'il reflète l'habituel. 50,13

50:20

Aujourd'hui, les gens de notre époque ont moins peur de l’étrange, du moins en apparence. Les grands monuments de l’âge de la pierre, eux, n’ont pas pu être christianisés.

Au XXe siècle seulement, ils ont commencé à faire partie du patrimoine local, parce que les gens ont pu y raccrocher leur nostalgie. Jamais les alignements de Carnac ne semblent plus archaïques que sous une averse de pluie nocturne, jamais Stonehenge ne paraît plus mystique qu’au lever du jour. Du moins à nos yeux. Nous nous forgeons nos propres visions. 50,47

51:03 O-TON CHIP

Je pense que nous essayons en grande partie de trouver en ce lieu l’ancien Stonehenge. Mais entre l’ancien Stonehenge et nous-mêmes, il y a toutes sortes d’idées et toutes sortes d’attentes qui ont germé.

Je pense que les gens sont venus à la découverte de Stonehenge et vous pouvez voir que siècle après siècle, au lieu de le découvrir, ils ont inventé Stonehenge pour eux-mêmes. Et c’est probablement encore ce que nous faisons aujourd’hui lorsque nous venons à la découverte de Stonehenge. 51,28

51:32

Il est prévu qu’un jour la route et le parking bordant Stonehenge disparaissent. La paix doit descendre sur le paysage et sur Stonehenge pour que nous puissions nous rendre compte du charme d'autrefois. Jadis, il y a 5000 ans.

Le souhaitons-nous réellement ? Cette ruine au milieu d’un paysage plat ne nous suffit pas. Il en faut toujours plus. A peine les premières fusées étaient-elles lancées dans l’espace que Stonehenge passait pour un terrain d’atterrissage des ovnis. A peine les calculatrices électroniques étaient-elles devenues populaires que Stonehenge apparaissait comme un ordinateur de l’âge de la pierre destiné à observer les astres. Comme si nous allions perdre quelque chose si Stonehenge demeurait simplement ce qu’il est, c’est-à-dire une ruine de pierres. 52,20

52:26

Stonehenge nous est étranger et familier à la fois. Il nous est familier parce qu’au fond, ses bâtisseurs vivaient comme nous, encore aujourd’hui : - sédentaires, attachés à la propriété, méfiants envers tous ceux qui viennent de l’extérieur. Et il nous est étranger parce que cette société s’est aménagé un centre rituel pendant un millier d’années et n’a jamais renié sa foi. Mais c’est probablement cela aussi qui nous fascine encore en Stonehenge. Le fait que cette société ait vécu le regard tourné vers un centre, se soit retrouvée dans un bâtiment central et ait pu éventuellement se bercer de l’illusion de ne pas être le simple rassemblement d’un grand nombre de personnes, mais bel et bien une société. De cela, nous en rêvons encore secrètement aujourd’hui. 53,14

 

ADAPTATION: 3i Traductions

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