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VLADIMIR TARASSOV

LE TAMBOUR

7729

1.44

PREMIER CHANT

Petit oiseau bleu

Tu voles haut

... Prenant ton envol et revenant tu apportes les nouvelles

Tu as rapporté celle

Qui m'a tant ému

C'est que déjà ma compagne

Pour un autre s'en est allée ( 3.00 )

03:02 - AMI

C'est un gentil garçon. Et un bon ami. C'est très agréable d'être avec lui, de discuter avec lui, parce qu'il a le sens de l'humour.

03:43 - TARASSOV

Je suis né à Arkhangelsk, sur la Mer blanche, vous savez, ça fait maintenant partie de la Russie. Et je suis bien sûr fana de jazz, depuis 1965 ou 1966. Je ne sais plus.

04:02 - WAFFENDER

Quel âge aviez-vous ?

04:03 - TARASSOV

J'avais 18 ou 19 ans, à cette époque. On avait un grand orchestre, on jouait du jazz, vous savez, et... on a pu ouvrir un club de jazz. Et tous ces musiciens ont dit : o.k.! et je suis devenu une sorte de chef de ce club. Vous savez, il en faut pour ce genre de choses. Quelqu'un doit être le chef.

05 33 18

Enfant : Pa-pa !

Tarassov : Bravo, bravo ! Qu'est-ce que je t'écris maintenant ?

- 7.

- Bien. Et ça, c'est quel chiffre ?

- 8.

- 8, exact. Et ça ? (05 45 12)

- 3.

- Et celui-ci ?

- Je ne sais pas.

- Tu ne sais quel chiffre c'est ? C'est quel chiffre ? Allons !

- Lequel ?

- Je suppose que c'est un 2. [05 59 22]

- 2.

- Bravo, voilà, c'est juste. Et ça ?

- Euh... lequel ? (06 07 21)

- Et bien alors, tu ne sais pas quel chiffre c'est ?

- Lequel ? dis-moi lequel c'est !

- J'imagine que c'est 1.

- 1. [06 14 03]

- Oui, 1. Et ça ?

- Lequel ?

(06 20 17)

06:21 - TARASSOV

On a donc ouvert un club de jazz, avec un de mes amis. On récitait des poèmes de Boris Pasternak. En première partie, on récitait du Pasternak, et ensuite on faisait de la musique. Un jour où il y avait beaucoup de monde...- vous savez, à cette époque tout le monde aimait beaucoup cette musique, cette poésie- après 10, 15 minutes peut-être, le gérant, ou le maître d'hôtel de ce café est venu à notre table, et m'a dit : "Il y a deux types qui te cherchent". J'y suis allé en pensant que c'étaient peut-être des amis qui ne pouvaient entrer. Les portes étaient déjà fermées parce qu'il y avait trop de monde. En arrivant à l'extérieur, je vois deux hommes jeunes, deux grands gabarits. On aurait dit Schwarzenegger ou Rambo. Ils n'ont pas voulu discuter, non... L'un d'eux m'a pris comme ça contre le mur, et m'a dit : "Ecoutez-moi bien, vous pouvez jouer votre putain de jazz, ici, mais il est impossible de réciter des poèmes de Boris Pasternak". A cette époque, en ex-Union soviétique, Pasternak était vraiment considéré comme un dissident, à cause du Docteur Jivago, et alors j'ai compris que j'aurais des petits problèmes.

09:10- AMI

Il y a un phénomène sur terre, que nous appelons la culture. Elle est différente d'un pays à l'autre et les gens veulent connaître la culture de l'autre pays. Mais, vous voyez, il existe des choses comme le gouvernement. Et le gouvernement ne permet pas toujours de connaître la culture des autres pays. Et Tarassov est une personne très... utile pour nous, parce qu'il entreprend des voyages à l'étranger depuis très longtemps, et il nous ramène les dernières nouveautés culturelles du monde, sous différentes formes. Par exemple des disques, des films et des livres. Ensuite, il en discute avec nous.

10:23 - TARASSOV

Voilà un autre Youri Dychlenko. Et ça, c'est un Ivan Tchaïkov. Celui-là, c'est un Evgueni Zukerman, c'est le seul endroit que j'aie trouvé, je n'ai pas assez de place. Je ne suis pas un collectionneur professionnel. Je connais très bien tous ces gens. Je peux vous dire le nom de chacun, ce sont tous de très bons amis. J'ai vécu à Moscou, à Leningrad, dans les studios de mes amis, vous savez, nous avons habité ensemble. J'ai donné mon premier concert pour ces gens, pas pour le public, vous savez. Bien sûr, je suis monté sur scène très tôt... J'ai joué du jazz pour monter un groupe, mais je joue pour ces gens, je fais des concerts pour eux. Et eux font des toiles, et m'en font cadeau. Tout cela fait partie de ma vie.

15:12 - TARASSOV

Les rockers sont des gens étranges... Ils tuent tout le temps... ils tuent les instruments. Chaque instrument a sa sonorité propre, comme les bons violons.

[15 32 15] Homme

On peut dire beaucoup de choses sur les différents aspects de cet art. Mais je voudrais en signaler un très important. (15 41 10) Le matériau dont se sert Vladimir pour ces oeuvres musicales est constitué au fond de ce qu'on peut appeler "les détritus de la vie"; c'est-à-dire le plus musical ...[15 51 01], le plus musical des boucans, des tohus-bohus. (15 55 21) Ce sont tous les bruits possibles, des conversations, comment dire, les déchets sonores de la vie quotidienne ordinaire qu'on croirait impossible de transformer en ce que nous appelons une grande oeuvre musicale.

[16 08 15]

- Sors, sors d'ici ! Tu gênes, bordel !

- Tu n'as qu'à sortir toi, dévergondée !

- Va te faire foutre, enculé !

- Je t'ai dit de sortir d'ici, va t'en !

- Ah ! J'en peux plus.

- T'es encore en train de boire, fumier, enfoiré.

- Il faut boire moins !

- Bon, je m'en vais, je m'en vais.

Ne me parlez plus de portes, de casseroles ! [16 42 03]

- Personne n'a vu les allumettes ?

- Bon, je m'en vais.

- Pas un pour racheter l'autre ! Bon ça va, je sors !

[16 55 04]

[17 22 13] Tarassov

Ils ont filmé notre performance "Olga Guéorguiévna, vous avez quelque chose sur le feu" dans laquelle a joué Kabakov à Berlin. Je peux m'asseoir ici quelque part. [17 30 02]. Alors, alors, ils veulent... Et bien comme l'action se passe dans une cuisine et que c'est une histoire de cuisine, ils veulent que j'en parle ici, dans la cuisine.

[17 42 36] Femme

Quelle horreur... Vladimir, si tu me l'avais dit... Assieds-toi de ce côté. (17 48 02)

[17 48 09] Tarassov

Notre performance "Olga Guéorguiévna, vous avez quelque chose sur le feu" va sortir en disque compact dans deux mois [17 56 22]. C'est dans un sens une parodie, une dérision, bien qu'elle relève plus [18 09 06] de la tragédie parce qu'il s'agit [18 07 20] de la situation tragique d'une femme obligée de faire la cuisine [18 09 06] dans un lieu où elle n'est pas seule et ne peut pas faire ce qu'elle voudrait. Elle est forcée d'entendre tout le temps ce que disent les autres [18 14 20] et ces guerres permanentes entre les uns et les autres parce que, d'une certaine façon, c'est une compétition. [18 19 12] Qui cuisine mieux pour son mari, pour son mâle, parce qu'en principe, dans cette situation donnée, les maris sont des mâles, et chaque femelle défend son territoire, [18 29 08] et prend parti pour son bonhomme. Ce sont des reproches incessants à l'adresse des enfants, ceux des autres, naturellement. Ceux de la famille sont toujours sages. [18 36 02] Tandis que les enfants des voisins, dans cette cuisine, seront toujours insupportables. [18 38 20] Le mari, bien sûr, est un buveur, un alcoolique, la fille une prostituée [18 44 18]. C'est inévitable. Cette performance "Olga Guéorguiévna, vous avez quelque chose sur le feu" parle de cette situation dans les années 40, 50, 60 et jusqu'au début des années 70; [18 55 15] même si à l'heure actuelle il y a encore de ces cuisines communautaires dans des villes comme Léningrad et Moscou.

[19 01 17]

[19 35 ] A l'église, le prêtre

Gloire à Dieu, notre Seigneur !

Gloire pour des siècles et des siècles ! Amen !

Prions Dieu, notre Seigneur !

[19 44 ]

20:13 - TARASSOV

Ah, Vilnius ! Vilnius, c'est très lent, très relax, très agréable. C'est très lent, vous savez, mais c'est une lenteur très agréable, un peu comme le morceau de Bill Evans, Sunday in the Village Vanguard. Vous voyez ce que je veux dire ?

21:50 - TARASSOV

Jackson Pollack et Joseph Cornell, Ilya Kabakov, Ivan Tchaïkov, Eddie Sternick, Volodia Kirovsky, Eric Boulatov, Dimitri Krigov, Andrei Bitov, Louis Armstrong, Duke Ellington, Miles Davis, Elvyn Jones, Tony Williams à la batterie, Buddy Rich, comme Anthony Braxton et tout l'Art Ensemble de Chicago, toute cette école de Chicago, les Chostakovich, John Case ( à mon avis : Cage ??), John Case ( idem: Cage), je ne sais pas..., non..., Philip Glass. J'adore ces gens, vous savez. Je n'aime pas seulement la musique classique contemporaine, mais aussi... la musique folk, la musique traditionnelle de Chine, la musique ancienne. Oh, il y a vraiment de très belles choses dans le jazz.

[23 40 08]

Enfant : Pistolet !

Tarassov : Assieds-toi ! Assieds-toi !

Enfant : J'ai encore mon pistolet.

[23 52 22]

25.00

POEME

Fille ou colonne

Dans l'obscurité je n'ai pu distinguer

J'ai seulement senti sa fine taille

Et entendu un coeur sans vie

Du ciel descendit une colombe

Et posée sur la main morte

Devint une pierre

Et saisie d'effroi vit

Comment les vagues se transforment en pierre. 25.23

Je ne me souviens plus.

[26 37 10] Tarassov

Il est préférable que je m'exprime en russe. [26 39 20] A mon sens, on n'a pas besoin de qualités particulières. L'homme doit se développer en harmonie avec la nature [26 45 03], avec sa famille et avec la société. [26 46 18] Il doit être simplement un être humain ordinaire, [26 49 18] tout simplement normal. Ni meilleur, ni pire. Il doit développer ses talents s'il en a, [26 56 12] s'intéresser à ce monde. [26 59 20] Et quand il en est ainsi, ses relations avec la société, la famille, la nature et avec Dieu, si vous voulez, s'établissent de façon harmonieuse [27 10 15]. Je serais très heureux si mes enfants prenaient également cette voie.

[27 16 15]

27:20

- Merci beaucoup

- De rien.

27.27

DEUXIEME CHANT

... Tu as rapporté la nouvelle

Qui m'a tant ému

C'est que déjà ma compagne

Pour un autre s'en est allée. 28.08

 

ADAPTATION: 3 i TRADUCTIONS

 

Adaptation   3i Traductions