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PERMIS DE TUER
7737
L'assassinat politique en Islam.
Un film de Walter Helfer
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0'04" - Commentaire :
Le 23 octobre 1983, un extrémiste shi'ite pénétra dans la base des Marines américains de Beyrouth à bord d'un camion contenant deux tonnes d'explosif. Il alluma son chargement, se fit sauter, et avec lui 241 soldats américains. En Occident, cette attaque suicide fut condamnée comme un acte de violence inutile, qualifiée de terreur barbare. Au Proche-Orient islamique, en revanche, le coupable fut partout considéré comme martyr et fêté en héros.
Dans cette zone de tensions entre l'Orient et l'Occident, où règne depuis longtemps le combat pour le droit à l'existence de l'état d'Israël, fut employé une méthode de guerre qui avait déjà fait ses preuves au Moyen Age : le commando-suicide légitimé par la religion, filmé par des sympathisants en vue d'une diffusion retentissante dans les médias.
1'04"
C'est un religieux shi'ite du nom de Hasan ibn al-Sabbah qui, le premier, délivra, il y a 900 ans, dans son château fort situé dans les montagnes iraniennes un permis de tuer.
Titre : PERMIS DE TUER
L'ASSASSINAT POLITIQUE EN ISLAM.
UN FILM DE WALTER HELFER
1'41" - Carte :
La forteresse d'Alamut , qui symbolisait au Moyen Age pour les musulmans comme pour les chrétiens terreur et assassinats, se trouve dans les montagnes inaccessibles et escarpées des Monts Elburz , au nord-ouest de Téhéran.
1'58" - Commentaire :
Du haut de cette forteresse, on peut facilement contrôler la vallée large de 5 km et longue de 50. Avant que le révolutionnaire shi'ite Hasan ibn al-Sabbah choisisse en l'an 1090 Alamut comme quartier général pour son enseignement et ses commandos-suicides, d'autres rebelles s'étaient déjà réfugiés dans les montagnes imprenables de la province d'Elam.
2'28
Poursuivi par l'État qu'il voulait renverser, Hasan avait envoyé des éclaireurs dans les Monts Elburz. Lorsqu'ils lui rapportèrent avoir trouvé une base idéale derrière ces hautes montagnes, Hasan se mit lui-même en route pour inspecter la forteresse d'Alamut.
2'51"
La situation était devenue de plus en plus critique pour sa secte clandestine. S'il voulait mener à bien sa mission, il devait acquérir une supériorité stratégique: Alamut pourrait sauver son mouvement.
3'12"
Voyant enfin ce château fort qui s'élevait sur les rochers abrupts, il comprit immédiatement qu'il pourrait gagner son combat, ici.
3'26"
Le professeur britannique Bernard Lewis, orientaliste éminent, a mené des recherches approfondies sur Hasan ibn al-Sabbah et son époque.
3'35"
Bernard Lewis
La plus brillante des dynasties chi'ites fut celle des Fatimides, issue de la branche chi'ite ismaïlienne. Par analogie, encore, à la chrétienté et aux antipapes de l'Europe médiévale, on peut apparenter l'accession au pouvoir des Fatimides en Égypte à un anticalifat. Il y avait donc deux califes, qui n'incarnaient pas seulement la lutte pour l'hégémonie dans la région, mais deux concepts diamétralement opposés de l'islam et de la nature même du gouvernement islamique dans la société.
4'13" - Commentaire :
Le Caire, la capitale de la dynastie fatimide, fascina Hasan ibn al-Sabbah. Contrairement à la Perse, sa patrie déchirée par les religions, l'islam shi'ite était devenu ici une force politique. La "Porte de la victoire" au Caire, représentait aussi la victoire des shi'ites sur les sunnites dominants dans le monde de l'Islam. Le jeune théologien révolutionnaire Hasan fut finalement invité dans le bastion du shi'isme qui se réclame du calife Ali, gendre et fils adoptif du Prophète.
4'42"
Le 30 août 1078, il arriva au Caire, où il fut accueilli par des dignitaires de la cour fatimide. Pour Hasan, qui devait séjourner trois ans en Égypte, le temps était venu de choisir sa voie. Au Caire, il opta définitivement pour la branche ismaïlienne de l'islam shi'ite.
5'42"
En se promenant dans la ville, Hasan ibn al-Sabbah constata pourtant bientôt que la domination des Fatimides shi'ites n'avait apporté aucun progrès à la population du Caire, ni intellectuellement, ni matériellement. En Égypte, comme dans tous les pays islamiques régnait le mécontentement politique et religieux. Le message religieux et révolutionnaire, que les Fatimides shi'ites livraient aux Abbassides sunnites de Bagdad servait uniquement au maintien du système en place. Au bazar, les gens ne voyaient plus de différence entre les despotes du Caire, de Damas ou de Bagdad. Aussi Hasan était-il décidé à offrir une alternative radicale au monde islamique.
6'02"
La bataille de propagande que se livraient les dirigeants musulmans décontenançait les simples croyants, qui attendaient de l'islam shi'ite un renforcement de leurs droits économiques et une amélioration de leur situation sociale. Quelle était encore la différence entre leur situation au Caire et celle des musulmans sunnites à Bagdad par exemple, où l'État et la religion étaient séparés, mais où les théologiens soutenaient le pouvoir d'un État fondé sur l'exploitation ? Quiconque vivait au Caire fatimide voulait y trouver l'esprit rebelle de la révolution, et non l'arbitraire bâillonnant de l'État, par la grâce de Dieu, comme il existait ailleurs.
6'47"
A l'université al-Azhar, centre intellectuel du monde islamique, on avait conscience de la faiblesse croissante de l'État fatimide ; elle était au centre des débats. Mais Hasan ne put trouver ici aucune réponse à ses interrogations sur le devenir politique de l'enseignement du Prophète. Les érudits n'offraient aux étudiants que des modèles qui endormaient la conscience de la société, et renforçaient le pouvoir de l'État.
7'21"
Hasan ibn al-Sabbah, l'hôte de Perse, né à Qom, le fief du savoir shi'ite, qui avait rencontré les grands esprits de son temps à Ispahan, décida de rentrer au pays pour y créer un nouveau mouvement : une association terroriste.
7'46"
Alamut constituait le quartier général idéal pour l'exécution de ses desseins. Ici, il pouvait développer ses idées théologiques et leurs applications pratiques sur la révolution du système islamique et motiver ses partisans.
8'03"
Dans l'isolement d'Alamut, qu'il ne devait plus quitter jusqu'à sa mort, il conçut un paradis imaginaire, auquel ses partisans auraient automatiquement accès, s'ils le suivaient.
8'23"
Il introduisit la pensée occidentale dans la foi shi'ite, et ouvrit une nouvelle école islamique de philosophie religieuse.
8'33
La forteresse d'Alamut devint le centre de commandement destiné à la fois à l'endoctrinement ouvertement affiché, et à une guerre clandestine.
8'44"
Les habitants d'Alamut avaient déjà très souvent par le passé accordé asile dans l'isolement escarpé de leur vallée à ceux que l'État poursuivait.
9'00"
Mais Hasan n'était pas un brigand ordinaire qui arrivait à la forteresse, mais un visionnaire, dont les gens parlent encore aujourd'hui avec un profond respect. Il semble s'inscrire sans problème dans la longue liste des révolutionnaires religieux, dont la toute dernière génération règne aujourd'hui sur l'Iran.
9'18"
Les hommes d'Alamut savent quelle terreur Hasan et ses commandos d'assassins ont fait régner au Moyen Age, mais ils voient en lui avant tout le révolutionnaire intellectuel, dont l'influence persiste de nos jours.
9'37"
Récemment, nous avons trouvé des briques vieilles de plusieurs centaines d'années qui proviennent de l'époque où Alamut fut construit. Certaines personnes ont beaucoup de chance de les avoir conservées, car elles constituent la preuve indéniable du travail remarquable de Hasan Sabbah, tête pensante de tout cet ouvrage.
10'02" - Commentaire :
Hasan trouva un soutien chez les gens simples. L'idée selon laquelle les dirigeants étaient injustes, exploitaient leurs sujets, avaient usurpé le pouvoir, et devaient donc être chassés, convainquit la population d'Alamut.
10'24"
Ses partisans le suivirent avec une radicalité tellement inhabituelle, que ses contemporains n'ont pas voulu l'expliquer par un simple engouement religieux. La légende naquit alors, selon laquelle les partisans d'Hasan consommaient des drogues, notamment du hachisch.
10'43"
On les appela bientôt "hashâhîn" ("fumeurs de hachisch"), terme mutilé par les Croisés pour donner "Assassins". En anglais et en français, les mots 'assassin' et 'assassin' désignent quelqu'un qui commet un meurtre avec préméditation.
11'06"
Alamut, le village retiré dans les Monts Elburz, devint le centre d'une mission religieuse, mais aussi le quartier général logistique d'une armée de combattants fanatiques. Le peuple commença à voir en l'homme là-haut dans la forteresse le nouvel imam, successeur légitime du patriarche shi'ite Ali. Alamut devenait une menace pour les gouvernants du Caire, d'Ispahan et de Bagdad.
11'35"
Conclusion :
Même si HASAN se servit de la religion pour arriver à ses fins, nous pouvons dire que son objectif premier fut avant tout d'anéantir le pouvoir religieux de l'époque.
12'02" - Commentaire :
Un sentier étroit et dangereux dans la montagne était l'unique accès à la forteresse, d'où Hasan envoyait ses terroristes vers leurs cibles.
12'15"
On suppose que les commandos étaient cloisonnés, de sorte qu'Hasan seul avait une vue d'ensemble de toutes les actions. Cette structure secrète devait se révéler extrêmement efficace. Il était pratiquement impossible pour ses ennemis de se procurer des renseignements sur une attaque organisée par le seigneur d'Alamut.
12'40"
Pour armer ses commandos, il préféra le poignard, qui devait bientôt devenir la marque, le symbole de la terreur des Assassins.
13'00
LEWIS
Ils pensaient que le poignard avait, disons, une certaine signification sacramentelle. Ils auraient pu utiliser l'une de ces armes à longue portée très nombreuses à l'époque : l'arc et la flèche, l'arbalète, diverses sortes de catapultes et de balistes, et même la bombe archaïque d'alors - un pot en terre rempli d'un mélange explosant au moment de l'impact. Non, ils avaient choisi le poignard. Ils semblaient par ailleurs mettre un point d'honneur à ne pas survivre à l'assassinat qu'ils avaient commis. Divers récits rapportent que l'assassin qui s'enfuyait ou survivait était couvert de honte. Il devait accomplir un acte de sacrifice.
13'45" - Commentaire :
Les commandos d'Alamut, se considérant comme "fida'i", c'est-à-dire prêts à se sacrifier pour la cause, devinrent pour leurs adversaires une menace imprévisible. On ne tarda pas à les nommer "fedayin", combattants qui se sacrifient. Cette forme de lutte a depuis lors toujours marqué l'histoire du Proche-Orient, jusqu'à aujourd'hui.
14'08"
Une fois sa position à Alamut consolidée, Hasan ibn al-Sabbah, le nouveau chef de la secte des Ismaïliens, s'efforça de créer systématiquement de nouvelles bases pour ses commandos, d'abord dans les Monts Elburz, puis plus loin en Iran, et enfin en Syrie.
14'43"
Les Assassins parvinrent à prendre plusieurs forteresses dans les montagnes difficilement accessibles entre Alep et Damas, notamment celles de Masyaf et de Kufa. Pour les Croisés, dans leur forteresse appelée le 'Krak des Chevaliers', comme pour les dirigeants islamiques des grandes villes, la menace d'Alamut s'était rapprochée.
14'59"
Au cours de plusieurs croisades du XIIè siècle, les seigneurs occidentaux s'étaient fixés sur le pourtour est de la Méditerranée, et avaient conquis la ville sainte de Jérusalem pour la chrétienté. Ils firent du 'Krak des Chevaliers' la plus puissante des forteresses, d'où ils pouvaient contrôler l'accès à l'arrière-pays syrien, sur lequel régnaient les chefs musulmans.
15'28"
Sur le plan militaire, il était impensable que les fedayin d'Hasan puissent prendre le 'Krak des Chevaliers', ou battre les ordres de chevaliers chrétiens qui restaient regroupés.
15'40"
C'est pourquoi Hasan et ses successeurs n'envoyaient que rarement leurs Assassins contre des cibles chrétiennes. Les principaux adversaires des Ismaïliens étaient bien plus les dirigeants musulmans. Les Croisés sont donc restés relativement à l'abri des coups de poignard des fedayin. Ils n'eurent que deux victimes à déplorer parmi leurs dignitaires : le Comte Raymond de Tripoli et Conrad de Montferrat, roi de Jérusalem.
16'10"
Ce n'est que 170 ans plus tard que Baybars 1er, le sultan mamelouk, réussit à prendre la puissante forteresse chrétienne, et par là même à détruire l'organisation des Assassins en Syrie. Mais auparavant, la Syrie avait vu le pouvoir des fedayin augmenter. Au Caire, après le schisme des Ismaïliens, on les appela Nizarites : "Partisans du nouvel engagement".
16'40"
Téléguidés par Hasan à Alamut, les "Partisans du nouvel engagement" s'établirent solidement dans les montagnes de Syrie. Ils achetèrent, érigèrent ou prirent de force forteresse après forteresse. Pratiquement ignorés par les Croisés et les chefs sunnites, les Nizarites, dans leur forteresse de Masyaf, établirent un troisième pouvoir régional tout en maintenant le contact avec Alamut.
17'10"
De nos jours encore, la croyance des Ismaïliens nizarites compte des adeptes à Masyaf et dans les montagnes alentour. Certes, ils ont rengainé le poignard, mais ont préservé l'isolement ésotérique de leur secte. Il en fut autrement des partisans des anciens Ismaïliens : après le schisme que connut le Caire fatimide, ils émigrèrent principalement vers l'Inde et sont aujourd'hui dirigés par les Aga Khans.
17'44"
De Masyaf, Hasan ibn al-Sabbah et ses successeurs pouvaient, sans disposer d'une force militaire régulière, exercer une influence politique importante, grâce à la seule arme des Assassins. La terreur suicidaire des fedayin avait l'effet d'intimidation escompté. La stratégie d'Hasan triomphait. Pour se protéger contre le poignard des commandos, les despotes sunnites commençaient même à négocier avec leurs ennemis mortels : les Croisés.
18'24"
Les Assassins devaient leur puissance en Syrie surtout à l'habileté d'un chef nommé Rashid al-Din Sinan
qui réussit, de sa forteresse de Khaf, à manipuler les Croisés contre les Sunnites, et inversement. Passé maître en la tactique d'intimidation terroriste, il pouvait ainsi annoncer à Elburz ses réussites politiques. Hasan à Alamut, que les Croisés appelèrent avec respect "le vieux de la montagne", et Sinan à Kahf : les deux têtes pensantes et les organisateurs de la secte des Assassins.19'07"
Du nid d'aigle d'Alamut et des forteresses des montagnes syriennes, les agents terroristes d'Hasan recevaient d'innombrables permis de tuer. Ils acquirent la perfection dans les commandos-suicides, pour lesquels ils se sentaient religieusement légitimés. L'accès au légendaire jardin du Paradis d'Alamut leur était assuré.
19'35"
LEWIS
Nous ne savons pas grand chose de leur organisation interne. C'était manifestement une société secrète, dont on dit qu'elle était peut-être organisée en cellules. A l'intérieur de leurs forteresses, ils étaient à visage découvert. Des récits font état des divers déguisements sous lesquels ils voyageaient. On raconte même qu'ils se déguisaient en Croisés - comme les Francs - cela me paraît peu probable, voire un peu tiré par les cheveux. Il existe tant de groupes, sectes, tribus et individus au sein du monde islamique, qu'il n'était pas très difficile de se faire passer pour un étranger, en quelque sorte.
20'18" - Commentaire :
Munis d'un permis de tuer délivré par Alamut, les commandos cherchaient leurs victimes le plus souvent dans les grandes villes, par exemple à Damas.
20'31"
Leurs méthodes étaient raffinées. Sans se faire reconnaître, ils observaient leurs cibles souvent pendant des mois, voire des années, s'infiltraient insidieusement auprès de leurs futures victimes, exerçant éventuellement même une activité professionnelle discrète, jusqu'à ce que l'ordre de frapper leur parvienne.
20'53"
Pour leur premier grand attentat, l'assassinat du puissant vizir saldjuqide Nidham al-Mulk, en Perse, au mois d'octobre de l'année 1092, le commando se déguisa en religieux appelés sufis.
21'14"
Les missions leur fixaient comme cible des grands noms de la politique, mais aussi contre des juges, des hommes d'affaires, des militaires et des adversaires religieux.
21'26"
Les fedayin, ceux qui sont prêts à se sacrifier, opéraient en petites unités, comptant entre deux et dix combattants au maximum. Pour espionner et suivre leurs cibles, une tradition shi'ite facilitait la tâche des Assassins. Le principe religieux de la "Taqiyah", la "dissimulation de la foi shi'ite pour des raisons de sécurité", leur avait permis d'acquérir une longue pratique en matière d'imitation d'identités.
21'53"
Ils n'étaient pratiquement pas repérables par leurs futures victimes. Chaque homme se trouvant au bazar de Damas pouvait être membre d'un commando en action dépêché par le seigneur d'Alamut.
22'07"
Entre-temps, la peur avait envahi le monde islamique. Chacun avait connaissance des succès remportés par les impitoyables Assassins. Le nouveau principe du terrorisme était couronné de succès.
22'20"
De plus en plus, les personnes se sentant menacées portaient des cottes de mail pour se protéger des poignards. Elles n'osaient sortir au grand jour sans prendre les plus grandes précautions.
22'50"
Pendant le seul règne de Hasan ibn al-Sabbah, plus de 50 permis de tuer ont été délivrés, et ont abouti.
23'06"
Les Assassins ne comptaient pas de femmes dans leurs rangs, même si elles soutenaient les hommes autant que possible. On rapporte qu'une mère de fedayin ayant appris que son fils avait survécu à sa mission était devenue dépressive, s'était arraché des cheveux et noirci le visage.
23'25"
Les cibles principales étaient bien sûr les dirigeants politiques. Les éliminer, c'était ébranler l'État, parce que l'État islamique reposait sur eux seuls. Aucune autre institution ne pouvait stabiliser la communauté. Les lieux privilégiés pour les attentats étaient les mosquées, où les dirigeants islamiques se devaient d'apparaître pour la prière.
23'49"
Ici même, le 2 octobre 1113, à la mosquée des Umayyades de Damas les assassins réussirent un grand coup.
24'02"
Un Assassin déguisé en mendiant s'approcha du puissant émir saldjuqide, qui voulait justement lever une armée de musulmans contre les Croisés pour le compte du sultan.
24'19"
L'Assassin poignarda l'émir Maudoud 1er. Conformément à l'idéologie d'Hasan, la lutte contre les chefs musulmans passait avant l'expulsion des usurpateurs chrétiens de Syrie.
24'32"
L'assassinat de la mosquée des Umayyades, un sacrilège pour l'islam traditionnel, eut les conséquences politiques escomptées : la situation en Syrie fut déstabilisée pendant un certain temps.
24'51" LEWIS
Lorsque Hasan Ibn Al-Sabbah entra en scène, les Fatimides en Égypte avaient largement perdu le combat mené contre les Abbassides, le califat de Bagdad, qui était sunnite. La lutte avait été âpre et longue. Il avait pu sembler à certains moments que le califat fatimide, c'est-à-dire l'islam ismaïlien, aurait pu triompher. Cette fois, le cours des événements s'était retourné en sa défaveur.
Cette lutte intestine meurtrière s'ajoutait ainsi aux menaces extérieures des Croisés d'Europe et des peuples venus des steppes de l'Est.
25'29" - Commentaire :
Après le schisme des Ismaïliens au pouvoir au Caire, qui survint en 1094, les Assassins concentrèrent leurs actions sur leurs nouveaux ennemis dans la ville sous dominance fatimide. Des Ismaïliens assassinèrent d'autres Ismaïliens, des révolutionnaires assassinèrent des contre-révolutionnaires. Le vizir Al Afdal fut poignardé en 1121. Et neuf ans plus tard même le calife al-Amir.
25'53"
Parallèlement à la guerre fanatique menée contre l'ennemi de l'extérieur, c'est-à-dire l'establishment sunnite dans le monde islamique, les Fatimides se livraient à présent un combat acharné dans leur propre camp.
26'09"
L'empire fatimide autrefois si puissant glissait vers sa fin. Les Assassins devinrent définitivement une secte élitaire, une organisation extrémiste de la terreur.
26'24"
Après la mort d'Hasan, survenue en 1124, et leur expulsion du Caire, les Assassins cherchèrent une autre grande ville pour les accueillir. Ils voulaient une adresse prestigieuse pour valoriser leurs aspirations politiques.
26'43"
Ils y parvinrent pendant une courte période à Alep, la plus influante ville de Syrie du nord. La puissante citadelle dominait les voies de communication vers Bagdad et la Perse, et aussi Alamut. De leurs forteresses dans les montagnes isolées de la Syrie, les Assassins pouvaient mener au mieux leur guerre de terreur. Cependant, leur mission spirituelle nécessitait une base importante. Le seigneur turc d'Alep, un saldjuqide du nom de Ridwan, laxiste en matière de religion, leur permit de prêcher le retour du véritable Imam à Alep et même de répandre leur message messianique à partir de sa ville.
27'31"
Leur séjour à Alep ne dura que quelques années, pendant lesquelles ils s'immiscèrent fortement dans la politique. Leur extrémisme les rendit vite impopulaires, et ils furent finalement chassés d'Alep. Leurs commandos et missionnaires se retirèrent dans leurs forteresses des montagnes. Les Assassins ne purent jamais acquérir le statut de puissance politique, que la domination d'une grande ville civilisée comme Alep leur aurait conféré. Malgré leur succès, ils restèrent un groupe extrémiste et marginal, qui tint en haleine le monde islamique durant 180 ans, jusqu'à ce que Mamelouks et Mongols mettent un point final à l'Organisation d'Hasan ibn al-Sabbah.
28'13"
Les touristes iraniens qui visitent aujourd'hui la citadelle d'Alep savent peu de choses sur leur compatriote d'Alamut. Il existe encore au Proche-Orient quelque 10.000 adeptes du message religieux prêché par Hasan. Pour le shi'isme actuel, il est plutôt une non-personne, il fait figure d'hérétique, parce qu'il a remis en question la théologie établie, même celle des Shi'ites.
28'37"
Pourtant, bon nombre des préceptes d'Hasan, la passion et l'accomplissement, afin de rendre sa dignité à une vie faite d'ennui et d'amertume, et la volonté de réaliser les projets de Dieu sur terre figurent dans l'Iran d'aujourd'hui parmi les objectifs déclarés de l'État. Une corrélation entre Alep au temps des Assassins et les Shi'ites révolutionnaires d'aujourd'hui s'impose. Sous tous réserves, cependant.
29'06" LEWIS
Je crois qu'il faut se garder de décoder des concepts modernes dans l'histoire du Moyen Age. Il y a certainement une référence sociale dans le fait de dire, de leur point de vue, que l'histoire avait pris la mauvaise route, que la société n'était pas construite sur les bonnes fondations, que tout était faux dès le départ, à commencer par l'usurpateur du pouvoir, qui n'appliquait pas la loi de Dieu. Ce qu'ils voulaient, ce n'était pas seulement un changement de chef - remplacer le calife sunnite par un imam ismaïlien. Non, c'est toute la structure de la société qu'ils voulaient changer.
On peut en cela appliquer le terme de "révolutionnaires" à ces mouvements. Non pas au sens trop souvent utilisé au XXe siècle pour décrire le remplacement d'un groupe de dirigeants par un autre à l'aide de méthodes plus ou moins violentes. Je veux dire révolutionnaire au sens d'un profond changement social dont les racines remontent au passé et qui se prolonge après le renversement du pouvoir. Telles étaient certainement les aspirations qui les animaient au moment de l'accession au pouvoir des Fatimides ismaïliens en Égypte mais qui, comme presque tous les mouvements de ce type, se soldèrent par une désillusion.
30'26" - Commentaire :
Les Shi'ites, comme ici à Beyrouth, fêtent chaque année le jour d'al-'Ashu-ra, avec un radicalisme grandissant. La fête commémore le dixième Muharrem de l'année 680, ce jour du calendrier islamique, lorsque Hussaïn, imam shi'ite et fils d'Ali, tomba sous les glaives sunnites, pendant la bataille de Karbala.
30'50"
Depuis la révolution islamique, lorsque l'ayatollah Khomeiny renversa le shah, seigneur illégitime et non-islamique pour les shi'ites radicaux, les cérémonies à Beyrouth sont de plus en plus sanglantes. L'Iran, dont la révolution a abouti, fait figure de modèle aux yeux de ces shi'ites, et l'influence que Téhéran exerce à Beyrouth est grande. Les images d'autoflagellation parcourent chaque année le monde entier, attestant que ces croyants retournent aux sources du shi'isme. Elles font peur au monde extérieur parce qu'elles montrent à la fois le courage, la résolution et le mépris de la souffrance dont sont capables les croyants.
31'27"
Le passé est plein de ces soulèvements et agitations shi'ites qui presque tous échouèrent et furent anéantis. Autant d'événements qui nourrissent une histoire riche en sacrifice, martyre et dévotion à la mort, à commencer par l'assassinat d'Ali et des descendants du prophète à Karbala ; je veux dire, bien sûr, assassinat du point de vue des shi'ites. On pourrait aussi bien dire : mort au combat.
31'59" - Commentaire :
Le 23 octobre 1983, à Beyrouth, le mot fida'i, "sacrifice de soi", renoua avec la terreur qu'il inspirait jadis. L'auteur de l'attentat contre les marines américains frappa dans le plus pur style des fedayin d'Hasan ibn al-Sabbah, entraînant aussi sa propre mort. Bilan de l'attentat : 241 tués.
32'21"
A présent, l'arme n'est plus le poignard, mais le véhicule bourré d'explosifs. Le conducteur est prêt à se sacrifier. Sur les routes du Liban, réalité et vidéo se rejoignent.
32'49"
La nouvelle terreur a déclenché une onde de choc d'une puissance jamais égalée par les commandos d'Alamut. Les Marines, techniquement et militairement supérieurs, n'avaient aucune chance contre un attaquant isolé et décidé. Technologie contre théologie -- une nouvelle variante de la confrontation au Proche-Orient, qui a produit bien plus de peur et d'incompréhension en Occident que les opérations des Assassins à l'époque des Croisés.
33'19"
Ces noms de soldats américains, écrits en passant sur les murs de la caserne avant l'attaque, équivalent aujourd'hui à ces tableaux d'honneur, à Alamut, sur lesquels auraient été inscrits les noms des commandos tombés pour la cause.
33'39"
Les jeunes qui sont morts ici connaissaient peut-être l'origine du mot anglais 'assassin' grâce aux légendes des Croisés, mais sans faire le rapprochement avec la réalité de la terreur. Aucun survivant ne peut comprendre pourquoi l'auteur de l'attentat, qui a conduit les deux tonnes d'explosif sur la base américaine, souriait encore peu de temps avant l'explosion.
34'00" - Commentaire :
Le cheikh Hassan Nazrallah, l'un des dirigeants de la théologie shi'ite, et secrétaire général du Hezbollah, cette organisation qui compte également la terreur parmi ses méthodes de combat, essaie d'expliquer ce sourire sur le visage des terroristes.
34'22"
Hassan Nasrallah:
J'ai dit récemment à un visiteur occidentale je ne parlerai pas de l'Islam, de la foi, et de la vie après la mort. Cela demanderait trop de temps.
Je voudrais par contre donner un exemple tiré de la vie quotidienne de l'homme occidental, et qui est maintenant également valable pour nous aussi. 34:37
Prenons une personne qui se trouve depuis longtemps dans un sauna.
34:39
Bien évidemment, cette personne souffre de la grande chaleur, a très soif, et espère profiter d'une douce brise. Elle peut même être victime d'une grande fatigue si elle reste plus longtemps dans le sauna. 35:06
Si quelqu'un d'autre lui dit :"Tu es dans ce sauna, alors que la pièce voisine est calme et fraîche, il y a de la musique classique, tous les rafraîchissements et boissons ainsi que les mets que tu désires et personne ne viendra te déranger. Tout ce que tu auras à faire, est de sortir de ce sauna et pousser la porte de l'autre pièce si belle et calme. 35:37
Va-t-elle hésiter une seconde à franchir cette porte ? Bien sûr que non, elle va l'ouvrir en souriant et heureuse, pour pénétrer dans cette autre pièce. 35:42
Pour nous, quitter le sauna et pousser cette porte avec le sourire et empli de bonheur équivaut au sacrifice de la vie présente pour atteindre la merveilleuse vie après la mort. 35:56
35'58" - Commentaire :
Cette jeune fille fait ses adieux devant une caméra vidéo: elle veut se sacrifier pour la cause, la lutte pour la liberté. Elle fait partie des fedayin.
36'12"
En musique de fond, un chant de guerre affirme sa volonté de se sacrifier en tant que fidaya moderne : comme une bombe vivante sur quatre roues.
36'45"
Elle demande pardon à sa mère de partir sans lui avoir dit adieu, et espère qu'elle lui donnera sa bénédiction et fera preuve de clémence à son égard.
36'55"
Elle demande à son père de ne pas prendre le deuil, de ne pas porter de noir, mais de danser la danse nuptiale, car en donnant son sang, elle contribue à sauver le pays.
37'14"
Au Sud-Liban, la jeune combattante rejoint le royaume des martyrs au son d'un folklore joyeux. La cassette vidéo est ensuite diffusée par une chaîne de télévision locale.
Elle accède enfin au monde de l'autre côté, celui qui s'ouvre quand on quitte le sauna.
37'37"
En tant que "Fiancée du sud", Zaka deviendra, sous son nouveau nom céleste, une Muheidli "Sana'a", une image poétique élevant son sacrifice au rang d'exemple magnifique.
38'05"
Le sacrifice est devenu une arme redoutée dans la lutte contre l'ennemi, qui s'appelle en l'occurrence Israël. Les funérailles des martyrs sont des grandes cérémonies auxquelles participent aussi les chefs religieux, comme le cheikh Hassan Nasrallah, secrétaire général et dirigeant du Hezbollah, le parti de Dieu. Les martyrs ne sont pas seulement ceux qui se sacrifient, mais aussi ceux qui tombent sous les armes israéliennes. Le martyre devient une psychose de masse. L'hystérie de la foule exerce sur l'ennemi un effet d'intimidation aussi fort que l'attentat d'un individu suicidaire.
38'44"
On a l'impression de se retrouver ici à la fête extatique d'al-'Ashu-ra qui honore par l'autoflagellation la mémoire de l'imam Hussaïn, mort au combat. L'histoire shi'ite est omniprésente.
39'14"
Quand le deuil et la fureur ne provoquent plus la solidarité de masse, quand l'exaltation de la propagande religieuse s'est calmée apparaissent alors les contradictions entre la continuité historique et la réalité.
39'27"
L'art de vivre occidental trouve sa place sous le regard sévère du clergé, qui veut une autre société. Ici, dans le quartier Dahiye de Beyrouth, le centre du shi'isme radical, les martyrs sont toujours présents dans les esprits. Mais l'État de Dieu, que les shi'ites réclament depuis le temps de l'imam Ali, semble bien loin.
39'49"
Dans son livre sur les Assassins, le Professeur Lewis constate que le Hezbollah et ses dirigeants n'ont pas encore égalé la performance réalisée par Hasan ibn al-Sabbah et ses partisans dans un monde qui leur était hostile: Transformer en une idéologie et canaliser au sein d'une organisation les attentes, les convictions religieuses et la colère de l'insatisfaction.
40'14"
Les ennemis des shi'ites modernes, à l'intérieur ou à l'extérieur de l'Islam, sont les mêmes que ceux de Hasan et sa secte : des seigneurs sunnites injustes, surtout en Arabie Saoudite, et un Occident chrétien agressif. Avec la terreur et le martyre, la réponse des shi'ites est aujourd'hui la même qu'autrefois.
40'47"
Sur le tableau noir de la "maison des martyrs", le Hezbollah annonce les dernières victimes.
41'02"
Pour la troisième fois, la famille Abu Hassan a perdu un fils, Hussein Ali Mussa.
41'12"
Sa mère est fière du nouveau martyr.
41'22"
Depuis sa prime enfance, il adorait les jeux guerriers, il a confectionné une kalachnikov en bois, il jouait avec des petits chars et des petits soldats. Il a toujours été comme cela.
Il partait régulièrement en stage ( chez les Hezbollah) . Une fois pour 15 jours, ensuite pour 20 jours. La dernière fois en tant que combattant.
42'07" - Commentaire :
Le cimetière des martyrs de Dahiye ne cesse de s'agrandir. Le paradis promis se reflète pathétiquement et tendrement dans l'idylle d'un petit jardin. Les combattants morts et les croyants vivants semblent rester en contact. A Dahiye, le monde des uns semble être perméable à celui des autres.
42'49"
Au cimetière, on ne se demande pas qui a poussé les jeunes à mourir en martyrs, qui les a entraînés.
43'01"
Les combattants sont présents, comme s'ils étaient en train de raconter leur histoire par vidéo interposée.
43'12"
Le permis de tuer et d'accéder au martyre semblerait délivré d'un autre monde, s'il n'y avait pas ici les photos des dirigeants religieux qui appellent, au Liban ou en Iran, chaque jour au 'djihad', la guerre sainte, et au sacrifice.
43'36"
Celui qui a dicté à ce jeune homme son testament, qui, dans le cimetière, atteste son désir ardent de se sacrifier, reste inconnu. Le cheikh Hassan Nasrallah, chef du Hezbollah et également éminent théologien shi'ite, rejette toute accusation d'endoctrinement.
43'56"
Cheikh Nasrallah
C'est une erreur et un amalgame d'affirmer que je serais celui qui donne les orientations spirituelles à ces "Moujahiddines", qui sont appelés des hommes de religion. 43:59
Il s'agit plutôt d'une tentative d'appliquer à la réalité musulmane d'aujourd'hui le point de vue chrétien datant encore de l'époque des Croisades, période pendant laquelle on préparait le terrain pour attaquer l'Orient musulman.
Non. Toute personne, homme ou femme, peut comprendre l'Islam, transmettre ses convictions à d'autres et essayer d'en convaincre les autres. 44:32.
Car nous croyons que nos convictions sont en harmonie avec l'humanisme.
C'est pour cette raison que nos idées sont intellectuellement et naturellement reçues.
Quand on s'adresse à un jeune homme pour le convaincre on le fait avec des arguments et de façon logique, car l'Islam est la religion des arguments, de la logique et du dialogue. 44:59.
Donc, nous essayons de le convaincre qu'il y a bien un Dieu, qu'il y a une vie après la mort, et que la vie ne vaut pas la peine d'être vécue sous l'injustice, la répression, l'humiliation, et l'occupation. 45.14
Le Djihad redonne au peuple, au combattant et aux siens la fierté ici, sur terre. La Guerre sainte garantit au Moujahiddine, au combattant, une autre vie, une place au paradis. 45:28
Ces convictions peuvent influencer de façon naturelle et automatique les jeunes hommes qui essaieront de les mettre en pratique en menant la guerre sainte, en se sacrifiant. 45:46
45'50" - Commentaire :
Le pouvoir du Coran ne saurait être seul à l'origine de ces martyrs. Ce sont les dirigeants du clergé shi'ite qui stimulent et organisent cette volonté de sacrifice chez les croyants. Hasan ibn al-Sabbah et ses Assassins n'étaient pas un phénomène isolé. Ils s'intègrent dans la longue tradition des mouvements messianiques, qui culminent de temps en temps en éruptions de violence révolutionnaire, et qui ont trouvé des adeptes également dans d'autres tendances islamiques.
46'32"
Bernhard LEWIS
On connaît mal le profil social de leurs adeptes. A bien des égards, on y perçoit plutôt une réminiscence des mouvements révolutionnaires modernes. Ils comptent par exemple un grand nombre d'intellectuels parmi les partisans.
Les idées des Ismaïliens étendent leur sphère d'influence bien au-delà de ceux qui acceptent la doctrine de l'ismaïlisme.
On en retrouve de nombreuses traces dans la poésie, la philosophie, la littérature de l'époque. Même parmi ceux qui étaient réputés sunnites. Un peu comme l'influence de la gauche dans l'Europe du XXe siècle, qui dépasse largement le socialisme ou le communisme organisés.
47'14" - Commentaire :
Le Proche-Orient est lui aussi la proie du terrorisme politique : sous la pression du culte du martyre shi'ite, un Palestinien sunnite s'est fait sauter dans un bus à Tel Aviv.
47'32"
"Je suis un martyr vivant". Je suis originaire de Qalqiliya, en Palestine, et j'ai 27 ans", dit-il sur sa vidéo d'adieu avant de partir en commando-suicide.
47'49"
Bilan : 22 morts parmi les civils, qui n'avaient aucune chance d'en sortir vivants. La notion de 'fedayin' a toujours eu une mauvaise réputation en Israël, car c'est ainsi que l'OLP appelait ses soldats. L'auteur de l'attentat, Salah Abdel Hakim a pourtant redonné au concept son caractère effrayant, intimidant, qu'Hasan ibn al-Sabbah et ses Assassins lui avaient déjà donné.
48'16" LEWIS
Je parlerais plutôt d'une récurrence que d'une continuité. Ce n'est pas un mouvement continu, mais de temps à autre des circonstances similaires produisent des réponses similaires.
La notion de guerre sainte, qui est la traduction habituelle du djihad - ce qui n'est pas tout à fait exact, mais soit -, la notion de guerre sainte est évidemment au coeur de l'islam. L'islam sunnite l'entend comme la guerre au sens habituel du mot, une guerre régie par des règles établies dans les moindres détails dans les traités sunnites de la Loi Sainte, concernant notamment le sort réservé aux non-combattants, aux prisonniers etc. Tout n'y est pas permis.
Pour une religion minoritaire menant une guerre révolutionnaire contre l'Etat, le djihad revêt une tout autre signification. Elle ignore les lois de la guerre traditionnelle et donne un nouveau sens au martyre. Pour les sunnites, martyre signifie mort au combat. Les shi'ites se rapprochent, quant à eux, beaucoup plus de la notion chrétienne du martyre. D'où, aussi, une différence par rapport à l'adversaire. Eux combattent l'autorité. Dès lors qu'un petit groupe s'attaque à une puissante armée, je suppose que le recours à des méthodes terroristes peut paraître très attrayant, probablement légitime. Si vous estimez représenter les forces du bien et que votre adversaire...
Helfer
...dans ce cas, vous faites savoir que vous défendez la bonne cause.
Lewis
Exact.
50'06" - Commentaire :
Alamut, où tout a commencé, est aujourd'hui un petit village sans histoires, sans aucune trace de ces Assassins qui, de la forteresse, avaient plongé le Moyen Age dans la terreur. Certes, le courant de l'espoir messianique et de la passion révolutionnaire, fondé par l'"Organisation d'Hasan ibn al-Sabbah", ne persista pas. Les Assassins ne parvinrent pas à renverser l'ordre établi. Mais leurs idéaux et leurs méthodes ont trouvé de nombreux adeptes -- jusqu'à nos jours.
50'39"
On ne peut pas dire de quelle religion il se proclamait, mais son but était d'atteindre ses objectifs par le biais de la religion.
Il se peut qu'à cette époque-là, ISMAIL, fils de MOUSSA KAZEM, ait eu des partisans au sein du gouvernement. HASAN en profita pour dire qu'ISMAIL était un Imam juste et intègre et se déclara lui-même Ismaïlien. Il obtint ainsi de meilleurs atouts pour atteindre ses objectifs.
Si on ordonnait aujourd'hui par exemple de faire sauter le Mausolée de l'Imam HUSEIN, j'en serais très offensé et je n'hésiterais pas à faire la guerre aux profanateurs.
51'17 - Commentaire :
Hasan ibn al-Sabbah s'est servi habilement de la passion émotionnelle propre à l'Islam shi'ite. C'est la raison du succès du maître d'Alamut, premier véritable terroriste de l'Histoire.
Adaptation française : 3i Traductions.
| Adaptation 3i Traductions |